Publié le dimanche 16 avril 2023.
CETTE HISTOIRE EST MAINTENANT DISPONIBLE EGALEMENT SUR WATTPAD, COMPTE EMRYS-CHRONIQUES
Disclaimer : Tout l'univers de Harry Potter appartient à JK Rowling.
Rating T : langage grossier, injures, violence
Hello les amis ! Pour une fois je suis en avance sur ma publication, je ne pensais vraiment pas pouvoir poster avant au moins début mai.
Le prochain chapitre sera intitulé Les Réprouvés. Ce sera le dernier chapitre fort centré sur la maison Serpentard (enfin on y reviendra par la suite ne vous en faites pas). Après on va retourner un peu sur d'autres intrigues : Quidditch, vie à Poudlard, l'AP...
Concernant la date de publication je vais essayer de faire au mieux mais je suis dans la dernière ligne droite pour mon concours et j'ai encore plein de révisions pour mes oraux. Je vais essayer de vous sortir ça pour le mois de mai grand max !
Sur ce, je vous souhaite une excellente lecture, n'hésitez pas à aller écouter la chanson du chapitre et comme d'habitude, on se retrouve à la fin pour le debrief !
CHAPITRE.15 : Attention, les serpents mordent (Numb - Linkin Park)
- Tu dois parler à Potter !
- J'le ferai !
- Ah oui ? Quand ?
- J'en sais rien... l'occasion s'est pas présentée pour l'instant, c'est tout !
Théo remonta ses lunettes d'un geste las. Il avait conscience qu'il devait lui donner l'impression de radoter depuis quelques jours mais Valya ne se rendait pas du tout compte de la gravité de la situation. Elle s'enfonçait à chaque fois un peu plus dans son déni à coups de « c'est sûrement pas important » et « Potter doit déjà être au courant ».
- C'est important et je pense que tu le sais, asséna-t-il pendant qu'ils descendaient les marches de la salle commune. Tu refuses juste de l'envisager parce que tu as peur de ce que ça pourrait impliquer.
Elle lui décocha un regard furieux.
- Merci Théo, très réconfortant...
La jeune blonde se dirigea vers l'un des canapés devant la cheminée, chassant sans ménagement la bande de deuxièmes années qui y était installée. Elle s'affala de tout son long, un bras derrière la tête, avant de lâcher un « quoi ? » provocant face au froncement de sourcil désapprobateur de Théo.
- Sérieusement ? Tu étais obligée de les dégager de cette manière ?
- Ça va, ils vont s'en remettre...
- Et le fait que Malcolm Baddock se trouve comme par hasard dans le groupe que tu viens de virer, on en parle ?
En guise de réponse, il eut droit à un haussement d'épaule désinvolte et il secoua la tête avec agacement.
- Et puis arrête avec tes chaussures ! glapit-il en désignant ses baskets appuyées contre l'accoudoir. Par Merlin, tu es au courant que les gens posent leurs fesses sur ce canapé ?! JE pose mes fesses sur ce canapé !
Valya se redressa en position assise, un rictus narquois plaqué sur les lèvres.
- Milles excuses, monsieur le Sang-Pur maniaque, railla-t-elle en mimant une révérence et le châtain retint difficilement un cri frustré.
Suite à leur discussion au sujet des Serpentard, une certaine froideur s'était installée entre eux. Le malaise avait fini par se dissiper et la jeune fille avait repris son attitude habituelle. Mis à part qu'il avait la nette impression qu'elle cherchait tout de même à lui faire payer en se montrant aussi insupportable que possible...
- Écoute, reprit-il en s'efforçant d'adopter un ton calme, je comprends que cette situation te perturbe mais...
- Non justement, tu comprends rien du tout !
Valya rentra la tête dans les épaules alors que quelques étudiants se tournaient vers eux, alarmés par son éclat de voix. Elle remonta ses jambes pour se recroqueviller sur elle-même, les bras entourant ses genoux, le dos voûté. Ses semelles laissèrent des traces poussiéreuses sur le cuir sombre du divan mais cette fois, Théo ne chercha pas à la réprimander.
Soucieux, il se laissa tomber sur les coussins à côté d'elle. Lorsque la jeune blonde était dans cet état, il n'y avait qu'une chose à faire : prendre son mal en patience et attendre qu'elle vide son sac.
- Pourquoi tu crois que je suis pas entrée à Poudlard quand j'avais onze ans ? finit-elle par murmurer. Ralph voulait m'envoyer ici, c'était le choix le plus logique, j'ai juste... jamais voulu en entendre parler. Parce que c'était... c'est à Poudlard que tout a commencé. L'histoire de mes parents, de Lily et James... Et on peut pas vraiment dire que c'est une histoire qui s'est bien terminée.
Le châtain ramena son poing devant sa bouche, interdit face à cette confession. Valya prenait tellement soin de se donner des airs invulnérables... il était facile d'oublier que sous le vernis de la nonchalance et de l'arrogance se cachait une toute autre réalité. Il n'avait jamais pris le temps de réfléchir à ce que le château pouvait représenter à ses yeux. Un endroit où ses parents s'étaient rencontrés, aimés, où ils avaient forgé des amitiés indestructibles... Mais aussi un endroit où les élèves s'écartaient sur son passage, où tout le monde croyait dur comme fer que son père était un meurtrier...
- Me tenir à l'écart de tout ça, de l'Angleterre... c'était un peu un moyen de faire comme si rien n'était jamais arrivé.
- Je comprends, dit gravement Théo.
- Vraiment ? lâcha-t-elle avec un reniflement rageur. C'est stupide pourtant. On peut pas effacer le passé, ça finit toujours pas nous rattraper.
- Parfois, nier la réalité c'est le seul moyen de ne pas s'effondrer.
Une moue peu convaincue se dessina sur le visage de la jeune fille. La première impulsion de Théo aurait été de lui poser une main sur le bras dans un geste qui se voulait réconfortant mais il se retint de justesse. Il savait qu'elle n'était pas à l'aise avec les contacts physiques.
- Tu es là maintenant. Ça signifie quelque chose, non ?
Valya leva une main pour frotter son front du bout des doigts, les dents plantées dans sa lèvre inférieure.
- A la seconde où j'ai su que Voldemort était de retour, je pouvais plus continuer à faire semblant. Je vais parler à Potter, promit-elle après un instant de silence. Juste... laisse-moi un peu de temps, ok ?
Le châtain sentit son cœur se serrer. Ils avaient quinze ans, ils n'étaient que des adolescents, presque encore des enfants... Quinze ans. Quelques mois plus tôt, à l'aube de ses quinze ans, Harry Potter avait vu Voldemort renaître sous ses yeux. On n'était jamais trop jeune quand le destin avait décidé de jouer avec vous.
Une clameur soudaine monta autour d'eux, interrompant ses tristes réflexions. Certains élèves se hissaient sur la pointe des pieds pour observer quelque chose au fond de la pièce. Machinalement, Théo tourna la tête pour repérer la cause de cette agitation et un halètement abasourdi lui coupa la respiration.
La salle commune des Serpentard était construite toute en longueur. L'imposante cheminée au manteau gravé de figures alambiquées trônait sur l'un des murs. Sur celui d'en face, derrière une série de petites arcades, on trouvait les portes menant aux différents dortoirs. Et au bout, entre les fenêtres qui donnaient vue sur le lac, la paroi était ornée d'une immense sculpture, celle d'un serpent qui se mordait la queue. L'ouroboros.
Au sol, il y avait le même symbole incrusté sur une dalle de pierre saillante. C'était précisément face à cette dalle que se tenait Drago Malefoy, le dos droit, les poings serrés, le visage fermé.
Le jeune homme avança d'un pas pour venir se placer directement sur le motif. Les yeux du serpent sur le mur s'illuminèrent, escarboucles flamboyantes annonciatrices du cataclysme imminent. Un silence de mort tomba aussitôt sur les élèves médusés alors qu'une voix grave et profonde aux intonations gutturales s'élevait dans la salle commune. Une voix qui semblait provenir de partout et nulle part à la fois.
- Pour quel motif requiers-tu l'ouverture de l'arène de Serpentard ?
Théo sentit ses cheveux se dresser à la base de sa nuque. Il était glacé tout d'un coup. Malefoy ne semblait pas être dans le même état d'esprit. Il leva crânement le menton puis annonça bien fort :
- Je demande un duel de destitution contre le champion en titre, Adrian Pucey.
Il n'en fallut pas plus pour déclencher un tollé général, mélange d'exclamations suffoquées et indignées à la fois. Le blond ne broncha pas. Il attendait, indifférent à la tempête qu'il venait de faire naître et totalement inconscient de la folie qu'il était en train de commettre.
- Par Morgane...
- Théo ? l'interpella Valya, qui s'était relevée à moitié, à genoux sur le canapé, et tordait le cou pour mieux voir. Il se passe quoi ? Qu'est-ce qu'il fabrique ?
Le châtain la dévisagea sombrement.
- Il défie Pucey en duel pour prendre sa place. Sa place de chef des Serpentard.
- QUOI ?! Attends, il peut faire ça ?
Théo ne répondit pas tout de suite. Comme Malefoy, comme le reste de ses camarades, il attendait lui aussi, l'anxiété lui nouant les entrailles. Si la porte s'ouvrait...
Un grondement sourd retentit dans la pièce. La paroi circulaire délimitée par le bas-relief coulissa, laissant apparaître une large ouverture et une volée de marches qui s'enfonçaient dans les profondeurs du château. Le châtain porta une main à ses tempes, accablé.
- Oui. Oui, il peut.
Dans la salle commune, c'était le désordre le plus total. Les étudiants criaient, se marchaient presque dessus pour se précipiter vers le passage.
- Viens, lança Théo, dépêche-toi !
Jouant des coudes dans la cohue qui se pressait en haut de l'escalier en colimaçon, il fut rejoint par la jeune blonde quelques secondes plus tard. Elle n'avait pas cherché à faire dans la délicatesse, bousculant brutalement ceux qui se trouvaient devant elle et les mécontents avaient jugé plus prudent de se taire face à son regard assassin.
- Théo, tu veux bien m'expliquer ce que c'est que ce bordel ? C'est quoi cet endroit ? Pourquoi tout le monde...
- Tu vas voir, coupa-t-il tandis qu'ils s'engageaient dans la descente.
Ils débouchèrent à l'entrée d'un long couloir où l'écho des voix se répercutait sur les murs. Un vieux tapis vert brodé de fils d'argent étouffait le son de leurs pas. Il faisait sombre mais des lampes rondes flottaient dans les airs. Elles s'allumaient au fur et à mesure de leur progression, projetant sur les visages une lumière blafarde.
- Je comprends rien... Si c'est aussi simple de défier le chef de maison, pourquoi personne le fait ?
- C'est vrai que personne n'avait encore tenté cette année, accorda le châtain, mais c'est arrivé plusieurs fois l'an dernier. Les septièmes années avaient du mal à accepter qu'un gars plus jeune puisse gouverner la maison. Il les a tous laminés...
Valya fronça les sourcils, essayant de faire le tri dans les informations.
- Donc encore une fois, c'est parce que tout le monde a la trouille d'affronter Pucey ?
- Ça et le fait que l'arène s'ouvre uniquement si elle juge que la personne qui le réclame en est digne. Sinon, tu gagnes un aller-simple pour l'infirmerie. Certains en ont fait l'expérience et crois-moi, ce n'était pas joli à voir. Maintenant, les gens y réfléchissent à deux fois avant de tenter le coup. Je ne sais pas quel Billywig a piqué Malefoy, c'était un risque énorme...
Ils étaient arrivés au bout du corridor et la luminosité se fit plus forte, les suspensions verdâtres remplacées par des torches enflammées situées de part et d'autre. La jeune blonde se stoppa net, les yeux ronds comme des Gallions, sans se soucier des étudiants qui râlaient dans son dos parce qu'elle bloquait le passage.
- Bienvenue dans l'arène secrète des Serpentard.
- Wow... dément... souffla-t-elle en étirant volontairement la dernière syllabe.
Théo comprenait sa réaction. Lui aussi avait été impressionné lorsqu'il avait découvert ce lieu pour la première fois. L'arène en elle-même formait un vaste ovale délimité par une rambarde et mesurait environ vingt mètres de long. Quelques barricades en bois étaient disposées ici et là sur le sol sablonneux.
- Tu admireras le décor plus tard, la pressa-t-il en la tirant par la manche. Je veux avoir de bonnes places.
Ils s'avancèrent vers les gradins creusés à même la roche qui pouvaient facilement accueillir une cinquantaine de personnes. L'entrée était gardée par un garçon de septième année aux épaules massives et à la mine patibulaire.
- Salut Selwyn. Ça serait possible d'avoir des sièges au plus près ?
L'autre renifla avec dédain.
- Tu arrives un peu tard, Nott. Tout le monde veut être aux premières loges pour voir Malefoy se faire réduire en bouillie, ça manquait d'animation ces temps-ci.
- On peut s'arranger non ? Il me semble que vous avez un devoir de Métamorphose à rendre pour la semaine prochaine et ce n'est pas ton point fort si je me souviens bien. Tu veux toujours travailler pour le Département de la coopération magique internationale ? Ils ne prennent que les meilleurs dossiers...
Un pli de contrariété abaissa les sourcils de Damian Selwyn et le châtain soutint son regard sans broncher, jusqu'à ce qu'il lui tende sèchement la main.
- Vendu, grommela-t-il. Mais t'as intérêt à m'obtenir un O.
Il leur fit signe de le suivre pour les mener jusqu'au milieu des gradins et leur désigna deux places, expulsant les malheureux qui s'apprêtaient à s'y asseoir avec à peu près autant de douceur que Valya l'avait fait pour les deuxièmes années. Théo le remercia d'un signe de tête appréciateur. Ils étaient pile au centre, juste devant la barrière. Les tribunes étaient légèrement surélevées et ils avaient une vue plongeante sur le terrain.
- Sérieux, comment tu fais pour toujours obtenir ce que tu veux ?! s'exclama la jeune blonde.
- Ça s'appelle avoir des relations. Et pour ça, il faut commencer par éviter de dire aux plus jeunes « tirez-vous bande de minus ».
- Ouais ça va, j'ai capté, se renfrogna-t-elle. Encore vos histoires de politique tordues...
Appuyée contre la balustrade, Valya renversa la tête en arrière pour contempler le plafond. L'air était chargé d'humidité malgré les sortilèges d'assainissement qui protégeaient l'arène et l'on pouvait distinguer de minuscules gouttes d'eau perlant sur les parois de la caverne.
Un garçon malingre apparut devant eux, ployant sous le poids d'une grosse caisse en métal sur laquelle tenait en équilibre tout un tas de parchemins. Il laissa tomber son fardeau et deux fossettes creusèrent ses joues meurtries par l'acné alors qu'un rictus gouailleur étirait sa bouche.
- Nott ! clama-t-il en assénant une grande claque dans le dos de Théo. Il y a pas grand monde qui a l'air d'humeur joueuse ce soir... toi tu vas pas me laisser tomber, pas vrai ?!
- En même temps, ce n'est pas comme s'il y avait un réel enjeu, soupira le châtain. Mais... allez, on va dire cinq Gallions.
Oscar Vaisey était toujours de meilleure humeur quand on consentait à participer à ce genre de frivolités et il aimait autant rester en bons termes avec lui. Le sixième année était un électron libre. Il était difficile à cerner et encore plus compliqué de deviner dans quel camp il se situait exactement mais il connaissait du monde et constituait une excellente source d'informations.
- Non mais je rêve... vous pariez sur l'issue des duels ?!
Le châtain papillonna des yeux, surpris qu'elle soit choquée pour si peu. Il fit craquer ses doigts résolument, provoquant un claquement de langue agacé.
- Ça rajoute un peu de piment, justifia-t-il. Je te présente Oscar Vaisey. Lui et les jumeaux Selwyn sont nos bookmakers officiels.
- Pff, vous êtes vraiment des requins, lâcha-t-elle, dégoûtée.
- Des serpents ma belle, corrigea Vaisey avec un sourire canaille. Alors ? Tu tentes ta chance toi aussi ?
La jeune blonde le toisa comme s'il venait d'annoncer qu'il croyait au père Noël.
- J'ai le choix entre Pucey et Malefoy que je peux pas saquer ni l'un ni l'autre... à ton avis ?
- Tu peux parier, assura Théo en comprenant ce qui la gênait. Je te promets que ça ne sera pas interprété comme une marque de soutien ou quoi que ce soit. Regarde, je mise sur Pucey, ce n'est pas pour autant que je partage ses opinions.
A voir l'expression de Valya, ce n'était pas du tout la chose à dire et il se maudit silencieusement. Elle ne comprenait pas pourquoi il s'obstinait à conserver cette politesse distante à chaque fois qu'il croisait le préfet-en-chef et c'était un objet de dispute récurrent entre eux.
- Donc c'est Pucey le grand favori... A quoi ça sert tout ça si vous êtes tous tellement sûrs qu'il va gagner ? questionna-t-elle, la tête penchée de côté.
- Oh, il y a toujours un petit groupe de fous furieux qui s'amusent à parier des montants astronomiques sur l'outsider, juste pour l'adrénaline, expliqua Vaisey avec légèreté. Par contre, on limite les sommes pour le tenant du titre. Aujourd'hui, c'est maximum dix Gallions.
Une étrange lueur s'alluma dans les yeux bleu gris de la Serpentard. C'était une étincelle calculatrice, mutine, presque moqueuse et Théo eut soudain un très mauvais pressentiment.
- Ok, dans ce cas... lança-t-elle d'un ton traînant, cinquante Gallions.
- Cinquante Gallions, t'es pas malade ?! glapit le sixième année. Je viens de te dire que les sommes étaient limitées, Black !
Valya se redressa, les mains appuyées en arrière sur la balustrade. Puis, suffisamment fort pour que toutes les personnes autour l'entendent, elle claironna :
- Je parie cinquante Gallions que Malefoy va gagner et qu'il va faire mordre la poussière à cet enfoiré.
OOO
Drago pivota lentement vers les tribunes. Jusque là, il avait été plutôt serein. Même la vue d'un Adrian Pucey débarquant en catastrophe dans l'arène, blanc de rage, n'avait pas suffit à ébranler sa confiance. Au contraire, c'était jouissif de le découvrir dans un tel état. Et puis la phrase, prononcée par une voix reconnaissable entre mille, avait carillonné à ses oreilles.
« Je parie cinquante Gallions que Malefoy va gagner et qu'il va faire mordre la poussière à cet enfoiré. »
- A quoi tu joues, Black ?!
La jeune fille haussa les épaules dans un geste innocent puis leva les yeux au ciel, réalisant qu'il ne lâcherait pas l'affaire. Se hissant à l'aide de ses avant-bras, elle passa au-dessus de la barrière et retomba de l'autre côté d'un bond digne d'un félin.
- Un problème, Malefoy ? rétorqua-t-elle en copiant sa propre intonation.
Il la toisa avec suspicion, les yeux plissés.
- Pourquoi est-ce que tu fais ça ? Qu'est-ce que tu cherches ?!
- C'est pas évident ? J'ai besoin de fric.
Le blond s'étrangla avec sa salive tant la réponse lui paraissait triviale.
- Et tu n'as rien trouvé de mieux à faire que de parier sur moi ?! Je ne sais pas si tu as remarqué mais je ne suis pas vraiment le favori... Qu'est-ce qui te fait croire que je vais gagner ?
Mais au fond de lui, il savait. Il le voyait dans les ombres qui se mouvaient au fond des iris de la jeune blonde, vestiges du souvenir d'un trait de lumière verte, d'une incantation crachée avec haine.
Drago se détourna, une main sur la nuque. Il n'avait pas envie de faire face à la douloureuse vérité, à cette image de lui-même qu'elle lui renvoyait en pleine figure. Car de ce qui s'était passé dans la forêt, Black avait acquis une certitude : il était dangereux.
- Hé ! râla-t-elle en claquant des doigts devant son nez. Malefoy, c'est pas le moment de nous faire une crise existentielle. T'as intérêt à le battre, j'ai pas cinquante Gallions.
Sur ces merveilleuses paroles d'encouragement et après un dernier coup d'œil d'avertissement, elle retourna en direction des gradins, les mains fourrées dans les poches de son jean. Pour la énième fois, Drago ressentit une intense envie de faire disparaître son foutu sourire à coups de maléfices, furieux de s'être fait piéger de cette manière. Il n'avait pas du tout l'intention de faire les quatre volontés de Black. Le problème, c'était qu'il n'avait pas non plus l'intention de perdre ce duel.
Elle s'était à peine éloignée que Pucey fonçait sur lui à grands pas furieux.
- Drago, lâcha-t-il entre ses dents, prenant visiblement sur lui pour ne pas exploser. Écoute, si c'est Lucius qui t'a demandé de faire ça, je peux aller lui parler. Je suis sûr qu'on peut...
Tout l'énervement qu'il ressentait envers Valya Black parut devenir une goutte d'eau insignifiante en comparaison du torrent de fureur qui bouillonna en lui en entendant les propos du préfet-en-chef. Lucius par-ci, ton père par là... Tout le monde n'avait que ces mots-là à la bouche. Mais à partir d'aujourd'hui, plus personne ne penserait d'abord à son père en s'adressant à lui. Il allait leur montrer qui était le vrai Drago Malefoy.
- Qu'est-ce qu'il y a ? Tu as tellement peur de perdre que tu cherches une excuse pour éviter le duel ? Attention Adrian, les serpents mordent... et je crois que tu as oublié que tu n'es pas le seul serpent ici.
Un geste convulsif agita la main gauche du septième année mais Drago ne songea même pas à reculer. Pucey tenait trop aux apparences pour s'abaisser à le frapper comme un vulgaire Moldu.
- Tu ne sais plus ce que tu dis, affirma-t-il avec hauteur. Je ne saisis pas ce qu'il te prend mais je t'offre une dernière chance de renoncer à cette absurdité. C'est plus que généreux de ma part, non ?
Il était tellement sûr de lui, empli d'orgueil... ça en devenait pathétique.
- Tu sais où tu peux te la mettre ta générosité ?
OOO
Pétrifié, les bras ballants, Théo contempla la jeune blonde revenir tranquillement vers lui. Plus que tout, ce fut cette insouciance qui le poussa à bout. Elle venait de faire une connerie à peu près aussi monumentale que celle de Malefoy et elle arrivait comme si de rien n'était...
- Non mais tu es devenue complètement folle ! enragea-t-il tandis qu'elle escaladait la balustrade pour remonter dans les gradins. Elle est complètement folle ! répéta-t-il à l'adresse de Vaisey qui était toujours planté à ses côtés.
Ce n'était certainement pas le sixième année qui allait le contredire.
- Black, tu es certaine de vouloir confirmer ton pari ? Cinquante Gallions c'est pas rien...
- Bien sûr qu'elle ne confirme pas ! fulmina le châtain en même temps que Valya affirmait nonchalamment :
- Je confirme, ouais.
Le regard d'Oscar Vaisey oscilla de l'un à l'autre puis il lui adressa une moue désolée, l'air de dire que ce n'était pas son problème. Il s'éloigna pour les laisser seuls, non sans avoir pris le temps de griffonner le nom de la Serpentard sur l'un de ses bouts de parchemin. Imperturbable, Valya s'installa en tailleur sur son siège, les coudes appuyés sur les genoux, le menton entre ses paumes.
- Par Merlin, tu le penses vraiment... réalisa Théo, sidéré. Tu es persuadée que Malefoy peut battre Pucey !
- J'comprends pas pourquoi ça vous étonne autant.
- Tu ne... Mais où est-ce que tu es allée pêcher une absurdité pareille ?! pesta-t-il en agitant les mains. Bon sang, si tu m'en avais parlé, je t'aurais dit tout de suite que c'était n'importe quoi ! Tu ne sais pas de quoi Pucey est capable, il est très doué et il va faire son maximum pour le rappeler !
Elle lui jeta un coup d'œil blasé.
- Et moi, je te rappelle que je me suis battue en duel avec Malefoy.
- Vous avez échangé trois malheureux sorts et en plus, c'est toi qui a gagné ! protesta le châtain, de plus en plus perdu.
- Parce qu'il m'a sous-estimée. Il ne fera pas cette erreur deux fois, surtout pas avec Pucey. Lui aussi il le connaît... S'il a pris ce risque, c'est qu'il est plutôt sûr de son coup.
Théo repoussa ses cheveux vers l'arrière, déstabilisé par son ton inhabituellement sérieux. C'était qu'elle allait réussir à le faire douter en plus !
- Malefoy est arrogant... assura-t-il dans une pitoyable tentative pour se rassurer.
La jeune blonde soupira.
- Arrogant, oui. Stupide, non.
Il sentit l'incertitude se distiller dans ses veines, aussi brûlante qu'un poison. Si elle avait raison...
- J'espère que tu te trompes, dit-il lentement, parce que sinon ça signifie que Drago est un élément instable, beaucoup plus imprévisible que ce qu'on pensait. Et quelqu'un d'imprévisible, c'est...
- ... c'est quelqu'un de dangereux, compléta-t-elle d'un air sombre. Moi aussi Théo, d'un côté, j'espère vraiment que je me trompe.
La voix magiquement amplifiée de Marian Selwyn, la sœur de Damian, résonna soudainement autour d'eux. « Votre attention s'il vous plaît. Nous vous demandons de reculer des barrières, nous allons activer les sortilèges de protection. » Elle tapota les runes gravées sur le bois de la rambarde à l'aide de sa baguette et un dôme translucide apparut au-dessus de l'arène, laissant Pucey et Malefoy seuls de l'autre côté.
Le duel s'annonçait rude et il le fut. Des maléfices aux couleurs dures s'entrecroisaient, se percutaient et rebondissaient parfois sur le charme de protection en provoquant une avalanche de cris. Le préfet-en-chef avait ouvert la danse, invoquant une armée de serpents plus vrais que nature. Malefoy les avait exterminés à l'aide d'un Incendio avant de répliquer par un Impedimenta.
Aucun des deux adversaires n'acceptait de céder un pouce de terrain et comme l'avait prédit Valya, le blond se défendait mieux que ce que l'on aurait pu supposer. Bien sûr, à première vue le septième année avait l'avantage. Ses sorts étaient puissants, agressifs, il ne prononçait aucune formule là où l'on voyait clairement Drago marmonner la plupart des siennes... Mais Malefoy rendait coup pour coup, il était vif, réagissait intelligemment aux attaques et ses maléfices parvenaient à ébranler sérieusement les boucliers érigés par le plus vieux.
Un amer sentiment de jalousie vint planter ses griffes au creux de l'estomac de Théo. Lui n'aurait jamais réussi à tenir la distance face à un duelliste aussi talentueux que Pucey. Il était excellent dans de nombreuses matières et même brillant en métamorphose. Il ne lui fallait en général que deux ou trois essais pour maîtriser des sorts parfois compliqués mais se battre de cette manière, feinter, esquiver... c'était trop physique pour lui. Ses sortilèges si élégants ne suffisaient pas à compenser sa maladresse, sa lenteur, et cette confrontation inattendue le dépassait, tant par sa technicité que par ses implications futures.
Si Drago prenait le dessus, la tempête enflerait jusqu'à devenir un ouragan. Tout l'équilibre fragile des Serpentard s'écroulerait et la culpabilité s'abattit sur les épaules du châtain, l'écrasant contre son siège. Il était doué pour prévoir les comportements des gens alors pourquoi est-ce qu'il n'avait pas été capable d'anticiper ça ?! Depuis quelques semaines, c'était pourtant évident que quelque chose n'allait pas chez Drago Malefoy. Mais il avait été trop préoccupé par Valya pour s'en soucier et cette inattention risquait à présent de leur coûter cher.
Sur le terrain, le blond agita sa baguette et un épais tourbillon de sable s'éleva devant lui, aveuglant le préfet-en-chef. Il cligna des yeux, déboussolé, et lorsque le sable retomba au sol, Malefoy avait disparu. Un bourdonnement incrédule se fit entendre dans les gradins, remplacé par des exclamations de surprise quand Pucey fut projeté dans les airs, atterrissant brutalement quelques mètres plus loin. Dans sons dos, Drago réapparut avec un curieux scintillement.
- Sortilège de désillusion, marmonna la jeune blonde à l'oreille de Théo. C'est ingénieux...
Pucey ne partageait pas son avis. La mâchoire contractée à l'extrême, une veine battant sur sa tempe, il fit exploser l'une des barricades avant d'en faire léviter les morceaux et une pluie de débris tranchants s'abattit sur le blond, telle une nuée de chauve-souris voraces.
- Il aura réussi à faire couler le sang le premier, souffla le châtain en voyant Drago ramener son bras gauche contre son torse avec une grimace de souffrance tandis que des applaudissements éclataient dans les tribunes.
Quelques gouttes de liquide carmin étaient venues humecter le sable de l'arène, sans qu'il ne réussisse à décider s'il en était horrifié ou soulagé.
- Il s'impatiente et c'est pour ça qu'il va perdre, contra Valya d'une voix ferme.
Elle s'était levée pour se rapprocher de la barrière et observer le combat de plus près. Ses sourcils sombres étaient froncés par la concentration, ses yeux glacés scrutant et analysant le moindre mouvement des deux duellistes.
Comme pour lui donner raison, le septième année lança à voix haute un banal :
- Expelliarmus !
Cependant, ce ne fut pas l'éclat de lumière rouge caractéristique du sortilège de Désarmement qui jaillit de sa baguette mais un trait d'un violet sombre du plus mauvais augure. Déconcerté, Malefoy eut à peine le temps de conjurer un bouclier et le maléfice l'atteignit à la jambe. Il s'effondra aussitôt, sans pouvoir retenir un hurlement cette fois.
- L'enfoiré, jura la jeune blonde entre ses dents. Bordel, c'était quoi ça...?
Crispé comme jamais, Théo résistait à la tentation de se ronger les ongles. Il pouvait percevoir physiquement la tension qui avait envahi l'atmosphère et le duel était en train de partir en vrille. Techniquement, Pucey n'avait pas le droit d'employer des sorts qui provoquaient trop de dégâts, cela faisait partie des règles. Sauf qu'il avait apparemment décidé d'en faire fi, déterminé à démolir Malefoy.
Le châtain aperçut Damian et Marian Selwyn échanger des regards alarmés, hésitant à intervenir. Et ils auraient dû, songea-t-il avec épouvante en découvrant la monstruosité que le préfet-en-chef était en train d'invoquer. Des flammes anormalement hautes, incontrôlables, douées d'une volonté propre... Un Feudeymon. Pas très puissant certes mais c'en était bien un.
Toujours à terre, Drago se redressa tant bien que mal sur un coude, sans se laisser déstabiliser par le brasier qui galopait vers lui à une vitesse alarmante et Théo se demanda comment il faisait pour ne pas être paralysé de terreur. Même de là où il était, il pouvait sentir la chaleur insoutenable de l'incendie qui menaçait de s'abattre sur son camarade.
Un feu vif et clair d'une étrange couleur bleutée enfla au bout de la baguette du blond, jusqu'à former la gueule béante d'un gigantesque dragon. La créature se lança à l'assaut du feu ennemi et l'enfer éclata au milieu de l'arène. Bleu contre rouge, flammes contre flammes, elles s'entremêlaient, se léchaient, se dévoraient avec rage.
- C'est un Feu glacial mais en beaucoup plus intense, commenta Théo, les yeux écarquillés derrière ses lunettes. Je ne savais même pas que c'était possible de faire ça...
Les mains et le front collés contre le dôme de protection, Valya admirait le spectacle avec une fascination qu'il jugea dérangeante. Ce qui se jouait sous leurs yeux, c'était un étalage de magie noire, pas du plus haut niveau mais quand même.
- Putain, il est bon ce con, siffla-t-elle. Il est... vraiment bon.
Les flammes bleues de Malefoy avaient fini par prendre le dessus, le dragon incandescent engloutissant sans merci les restes du Feudeymon.
Théo perçut distinctement le moment où Adrian Pucey perdit son sang-froid. Il avait compté sur une victoire rapide et éclatante qui lui permettrait de rappeler sa supériorité. Maintenant, même s'il gagnait tout le monde se souviendrait qu'il s'était fait humilier par un misérable petit cinquième année.
- Endoloris !
Drago roula sur le côté, évitant le sortilège Impardonnable de justesse. Une salve de maléfices explosifs l'obligea à se lever en boitillant, reculer, attaquer de plus belle. Leurs mouvements soulevaient des nuages de sable, les éclairs bariolés des sortilèges se heurtaient à nouveau dans des gerbes d'étincelles éblouissantes, si bien qu'il devenait difficile de distinguer quoi que ce soit. Puis tout s'arrêta, la poussière se dissipa et la respiration de Théo se bloqua dans sa poitrine. Étendu sur le sol, Drago Malefoy ne bougeait plus.
OOO
- Voilà ce qui arrive quand on joue au plus malin... Il y a un autre imbécile qui désire tenter sa chance ? Parce que je serais ravi de...
Pucey était tout proche. Il fallait juste attendre un tout petit peu, encore quelques secondes pour que ce soit le bon moment. Sa baguette était à côté de sa main, il avait seulement à tendre les doigts puis...
- INCARCEREM !
Le sort frappa le préfet-en-chef au beau milieu du torse. Des cordes surgirent de nulle part, s'enroulant autour de son buste et de ses poignets. Il se cabra dans tous les sens pour se défaire de leur emprise mais il était déjà trop tard. Ignorant la douleur lancinante qui pulsait dans son genou droit et au niveau de ses côtes, Drago fit un effort pour se redresser.
- Voilà ce qui arrive quand on joue au plus malin... singea-t-il. Alors, vous voulez toujours d'un chef de maison qui se fait avoir aussi stupidement ? Vous trouvez que c'est digne d'un Serpentard ?
Une flopée d'injures s'échappa de la bouche de Pucey, brisant le silence accablant qui régnait dans l'arène. Le blond jeta un glacial « Silencio » et l'autre ne put que continuer à gesticuler sur place, toujours aussi enragé mais muet. Par mesure de précaution, Drago donna un léger coup de pied dans sa baguette magique tombée au sol, l'envoyant rouler un peu plus loin.
- Hum... Malefoy remporte le combat... finit par annoncer Marian Selwyn.
Au vu de son ton hébété, il était clair qu'elle ne s'attendait pas du tout à ça, comme tous les autres. Enfin mis à part...
- Putain, j'ai gagné cinquante Gallions, trop fort !
Sans pouvoir s'en empêcher, Drago éclata de rire. C'était un rire nerveux, un relâchement de toute la tension qui l'habitait depuis plusieurs semaines. Et Black était juste... drôle, à sautiller sur place avec ses allures de gamine surexcitée.
Laissant là le septième année qui se tortillait comme un Véracrasse, le blond se dirigea vers la sortie. Inutile de s'attarder, il n'avait aucune envie de se coltiner les gueules d'hypocrites de Zabini et compagnie ou les allégations mensongères de Pansy selon lesquelles « elle n'avait jamais douté de lui ».
Cinq minutes plus tard, il était de retour dans les appartements des préfets. Il venait à peine de se laisser tomber sur le canapé que la porte s'ouvrait à la volée.
- C'était mortel ! s'extasia la jeune blonde. Tu lui as mis la raclée de sa vie à ce connard ! Et ton sort à la fin était carrément ouf, tu...
Elle parlait vite, avec les mêmes accents passionnés que lorsqu'elle commentait une action sur le terrain de Quidditch et il secoua la tête, amusé. Cette fille était définitivement irrécupérable. Mais au moins, il savait qu'elle était sincère elle.
- Je rêve ou c'était un compliment, Black ?
Elle se figea, mordillant sa lèvre inférieure.
- Ouais 'fin... prends pas trop la grosse tête non plus.
Drago ricana puis pointa sa baguette magique sur son genou, soupirant de soulagement quand la fraîcheur bienfaitrice enveloppa l'articulation.
- Et tu comptes me dire ce que tu vas fabriquer avec cinquante Gallions ?
Le rictus en coin habituel se dessina sur le visage de la jeune blonde. Ses yeux pétillaient de malice, ses sourcils sombres et épais qui lui conféraient si souvent un air buté s'étaient relevés en une expression joueuse.
- Tu te doutes bien que notre ami commun travaille pas gratuitement...
Il lui fallut quelques secondes pour percuter.
- Attends un peu... Jugson ? Tu t'es servi de moi pour pouvoir payer Jugson ?!
- Oh ça va, abuse pas, je me suis servi du fait que t'allais gagner, c'est tout. Et tu as gagné ! T'as eu ce que tu voulais, j'ai eu ce que je voulais, fin de l'histoire tout le monde est content.
Elle n'avait pas tort, admit Drago en son fort intérieur. Mais ça ne l'empêchait pas de se sentir utilisé et il détestait ça.
- Tu as conscience que c'est vraiment de l'argent jeté par les fenêtres ? la nargua-t-il en retour. Si tu allais parler à Potter...
La réaction fut immédiate : Black se hérissa aussi vivement qu'un Fléreur enragé.
- J'te préviens Malefoy, t'as aucune envie qu'on reprenne cette conversation !
Il leva les mains en signe de reddition.
- C'est toi qui vois. Préviens-moi s'il te manque des Gallions, je ferai en sorte que tu récupères tout.
- Qu'est-ce que t'en as à foutre ? protesta-t-elle, estomaquée.
Il lui décocha un sourire carnassier, satisfait de son effet.
- C'est moi le chef maintenant.
OOO
Valya accéléra l'allure, manquant de trébucher sur ses lacets défaits. Comme tous les matins, elle était partie s'entraîner au terrain de Quidditch. Sauf qu'aujourd'hui, elle n'avait pas vu l'heure passer, trop absorbée à essayer de maîtriser une variante du Plongeon de Dionysos version batteur.
Le cours de Métamorphose avait débuté depuis déjà cinq minutes, elle n'avait pas eu le temps de se changer, encore moins de prendre une douche. Son pantalon de jogging informe était maculé de boue, son sweat-shirt aux couleurs de Serpentard puait la transpiration et ses cheveux étaient encore plus emmêlés qu'à l'habitude, relevés à la va-vite en une queue de cheval haute. C'était officiel, McGonagall allait la massacrer.
La jeune blonde traversa la cour de métamorphose en courant, avant d'être arrêtée par un attroupement près du grand arbre. Divers quolibets s'élevaient du groupe et elle en comprit vite l'origine en jetant un coup d'œil par-dessus l'épaule d'une fillette.
Trois Gryffondor s'amusaient à ensorceler un élève plus jeune. Les sorts employés variaient du simple Tarantallegra au sortilège de Furonculose, ce qui était déjà beaucoup moins sympa. Certains les observaient avec incertitude, l'air de se demander s'ils devaient s'interposer ou non. A l'inverse, plusieurs élèves ne se gênaient pas pour rigoler sans se cacher. Valya hésitait elle-même entre passer son chemin pour ne pas se mettre plus en retard ou jeter rapidement un maléfice du croche-pied aux tortionnaires quand l'un d'eux s'écarta et elle jura, reconnaissant sans mal les épis ébouriffés du petit première année.
Repoussant sans ménagement ceux qui se trouvaient devant elle, la jeune fille fendit la foule pour rejoindre les Gryffondor.
- Trois contre un et sur un mioche de onze ans en plus... C'est du joli les gars.
Ils se retournèrent d'un bloc. Un garçon aux cheveux drus et aux épaules larges qui paraissait plus vieux que les autres se mit à ricaner :
- Houuuuu tu viens aider ton petit copain futur Mangemort...? T'inquiète pas, on te le rend dès qu'on a fini de jouer avec lui, il a rien à faire à Gryffondor de toute façon !
- Laissez-le tranquille, contra Valya d'une voix glaciale.
Il échangea un regard entendu avec ses acolytes.
- Sinon quoi ? Qu'est-ce que tu vas faire, Black ? Nous faire exploser, comme ton père l'a fait avec ces pauvres Moldus ?
Sans qu'il n'ait le temps de réagir, la baguette de la jeune blonde fendit l'air dans un sifflement.
- Arania apareo !
Pendant une seconde, rien ne se produisit. Un sourire triomphant s'étala sur le visage du Gryffondor. Il fit un pas vers l'avant avant de se figer et son rictus moqueur devint fébrile. Il se mit à gigoter inconfortablement sur place et poussa un hurlement strident lorsque des dizaines et des dizaines de minuscules araignées sortirent des manches et du col de sa chemise d'uniforme pour courir sur sa peau.
- Enlève-les, enlève-les !
- T'as oublié le mot magique, railla la jeune fille.
- S'IL TE PLAIT ! brailla aussitôt l'adolescent. Enlève-les s'il te plaît !
- J'peux pas désolée, annonça-t-elle avec une moue angélique. Mais t'inquiète, les effets devraient s'estomper d'ici une petite heure...
Dans un beuglement affolé, il s'enfuit à toutes jambes, frottant frénétiquement ses vêtements pour enlever les araignées qui continuaient d'apparaître de nulle part. Les deux autres voulurent le suivre mais elle fut plus rapide.
- Locomotor Mortis ! Levicorpus !
Le premier s'étala la tête la première dans une flaque de boue et son copain se retrouva suspendu dans le vide par les pieds. Un éclair de lumière plus tard, son pantalon se déchirait en deux au niveau de l'entrejambe, laissant apparaître un caleçon couvert de petits Boursouflets rose bonbon.
Les élèves qui avaient assisté à l'altercation se tordirent immédiatement de rire et Valya leur renvoya son plus beau regard dégoûté. C'était toujours comme ça. Quand il s'agissait de se marrer il y avait du monde mais pour aider les autres en revanche...
- Le spectacle est terminé ! Si vous avez pas tous dégagé d'ici cinq secondes, c'est moi qui m'en charge, menaça-t-elle en faisant tourner sa baguette entre ses doigts dans un geste explicite.
En un clin d'œil, les étudiants s'éparpillèrent comme une volée de moineaux poursuivis par un chat. La jeune blonde secoua la tête avec hargne avant de se tourner vers Clive, dont le sourire s'évanouit immédiatement en se retrouvant au centre de son attention.
- Et toi, pourquoi tu m'as pas dit que t'avais des ennuis avec les Gryffondor aussi ?!
- Tu m'as pas posé la question, rétorqua-t-il vaillamment. Et je t'ai déjà dit que je peux me...
Il se relança dans un monologue selon lequel « il pouvait se défendre tout seul », « il n'avait pas besoin d'aide »... et elle leva les yeux au ciel. Ce gosse lui rappelait bien trop de choses. Un Gryffondor, élevé dans une famille d'admirateurs de Voldemort... un gamin qui n'avait pas la langue dans sa poche et qui était visiblement passé maître dans l'art de s'attirer des ennuis... Comment louper la ressemblance avec Sirius Black ?
La différence résidait dans le fait que son père avait eu des amis, lui. Des garçons fiers, courageux et téméraires qui auraient été prêts à donner leur vie pour lui sauver la mise. Malheureusement, tout le monde n'avait pas la chance d'avoir un James Potter à ses côtés.
- Bon ils te voulaient quoi les trois clowns ? demanda-t-elle après avoir aidé Clive à se relever et agité sa baguette pour annuler les sorts dont il avait été victime.
- Le plus grand c'est Cormac McLaggen. Il est tout le temps sur mon dos, il fait peur aux gens de ma classe en leur racontant des histoires sur moi... Il dit que mon père est un Mangemort et que moi je suis un espion de Tu-Sais-Qui... personne veut me parler à cause de ça, avoua-t-il d'une petite voix.
Le gong de l'horloge résonna à l'autre bout du château et il poussa un gémissement paniqué.
- Je vais jamais pouvoir arriver à l'heure en potions, Rogue va me trucider...
- Je t'accompagne, je connais un raccourci, assura Valya.
Elle, avait totalement abandonné l'idée d'arriver à l'heure à son propre cours. De toute façon, si la directrice adjointe ne la collait pas pour son retard, ça serait à cause de sa tenue.
Le passage secret derrière le portrait de Giffard Abbott les mena directement sur le palier du premier étage du grand escalier et ils purent rapidement rejoindre le hall d'entrée. Des élèves de toutes les maisons allaient et venaient, se dépêchant de se rendre en classe ou de retrouver leurs amis. La jeune fille repéra une crinière flamboyante aisément identifiable et elle haussa les sourcils.
Près des portes, une bande de garçons regardait Ginny passer dans un concert de sifflements et de commentaires suggestifs.
- Eh Weasley, ça te dirait qu'on fasse plus amplement connaissance ? pouffa l'un de ces abrutis avec un geste particulièrement obscène.
La rousse se retourna furieusement. Quelques secondes plus tard, l'indélicat était étalé par terre, le visage recouvert d'immondes petites chauves-souris. Un tonnerre d'applaudissements s'éleva dans le hall et Valya se joignit aux exclamations admiratives tandis que Ginny s'éloignait en rejetant ses longs cheveux roux en arrière d'un air satisfait.
- Bon, ce qu'il faudrait, reprit la jeune blonde à l'adresse de Clive tout en l'entraînant vers le couloir des cachots, c'est que je trouve quelqu'un à Gryffondor pour garder un œil sur toi. Les Serpentard je peux gérer mais le reste...
C'était plus facile à dire qu'à faire. Elle connaissait peu les Gryffondor et ne se voyait pas demander ça à Potter. Lui serait peut-être d'accord mais Granger et Weasley taperaient une crise à coup sûr. Puis elle eut une illumination.
Valya fit volte-face, traînant le petit Gryffondor par le bras.
- Ginny, attends !
OOO
Ginny cligna des yeux, jetant un regard un peu gêné autour d'elle. Elle n'avait pas honte d'être amie avec Valya Black. Parce que oui, force était de reconnaître qu'à un moment, sans trop savoir comment, Valya était devenue son amie. Il y avait eu un second entraînement nocturne. Suivi d'un troisième, un quatrième... De fil en aiguille, elles en étaient venues à s'attarder de plus en plus longtemps après les séances pour discuter, d'abord de Quidditch puis de tout et de rien. Mais jusque là, la Serpentard avait toujours évité de lui adresser la parole en public, comme mue par une sorte d'accord implicite.
- Ginny, j'ai besoin que tu me rendes un service, commença-t-elle avec un moue désolée. J'te présente Clive Avery. Il a quelques problèmes avec des personnes de ta maison et je me demandais si tu pouvais... veiller sur lui, peut-être prendre un peu de temps pour lui apprendre ton maléfice de Chauve-furie ? S'il te plaît ?
Déstabilisée, la rousse lança un regard en coin au gamin en question. Il fixait ses pieds d'un air boudeur, la tête rentrée dans les épaules. Il ne portait pas de cravate ni sa robe d'uniforme et son visage ne lui disait rien mais vu son nom de famille, elle n'avait que peu de doute sur la maison à laquelle il appartenait.
- Écoute, lâcha-t-elle en baissant la voix, désolée mais je ne comprends pas trop pourquoi tu veux que je m'occupe de ça. Je ne suis pas certaine d'avoir envie d'apprendre des maléfices à un petit Serpentard...
- Ça tombe bien, il est à Gryffondor, répliqua la jeune blonde en souriant de toutes ses dents.
Ginny ouvrit des yeux ronds.
- Attends, quoi ? Mais il... son père est un Mangemort !
Valya se passa une main dans les cheveux avec nonchalance.
- Eh ben tu vois, c'est pas incompatible. Ginny, s'il te plaît...
Elle empoigna le gosse par les épaules pour le placer devant elle et lui adressa une moue implorante.
- Allez, regarde-le. C'est un minus, on dirait qu'il va se casser en deux. Comment tu veux qu'il se défende ?
- Eeeeeeh ! geignit-il, outré. Je suis pas...
Valya lui asséna une pichenette sur l'oreille et il poussa un glapissement aigu.
- La ferme, la crevette. Je suis en train de plaider ta cause là.
Ginny réfléchit un instant. Elle ne savait pas pourquoi mais elle voyait bien à la supplique muette qui brillait dans les prunelles de la Serpentard que cette histoire lui tenait à cœur. Et elle n'avait pas tort, le première année était particulièrement petit et frêle pour son âge. Il avait beau s'appeler Avery, il n'avait pas l'air très dangereux.
- Trois soirées d'affilée où tu joues gardien, exigea-t-elle finalement. J'ai besoin d'améliorer mes frappes transversales.
- Raah, t'es dure en affaires ! C'est ça ta stratégie pour que les Gryffys gagnent la coupe, m'empêcher de m'entraîner ?
- Je croyais que « changer de poste de temps en temps, c'est un tout aussi bon entraînement » ? asséna la rousse avec un sourire innocent.
L'air offusqué qui se dessina sur le visage de Valya était particulièrement comique.
- Et ça retourne mes propres arguments contre moi en plus ! C'est pas juste, espèce de... de Serpentard, tiens ! Ok... t'as gagné, trois soirées mais ensuite, j'te jure que tu vas recommencer à manger des Cognards !
Les filles se tapèrent dans la main avec un sourire complice. L'expression de la jeune blonde se fit plus incertaine et elle la dévisagea avec embarras.
- Merci Gin'... c'est un peu compliqué mais... j'te raconterai tout en détails plus tard, ok ?
Ginny acquiesça avec compréhension. Maintenant, le problème allait être de gérer Harry, Hermione et ses frères...
Alors, impressions, réactions ? Vous avez apprécié ce chapitre ?
Personnellement, je l'ai trouvé agréable à écrire par moments et très difficile à d'autres. Je n'aime pas écrire les scènes de duel de HP, je trouve qu'on a pas assez d'infos dans les livres pour faire quelque chose de varié et qu'on se retrouve vite à enchaîner les Stupefix et les Protego en boucle, ce qui devient vite ennuyeux.
Là j'ai essayé de partir sur quelque chose d'un peu différent en trouvant des sorts plus originaux et en intercalant les impressions de Théo mais je ne suis toujours pas satisfaite de la scène à 100%. Je trouve qu'il y a peut-être un peu trop de description et du coup ça ralentit le rythme alors que c'est censé être un enchaînement d'actions assez rapides. D'un autre côté, on est justement sur le pov de Théo qui est quelqu'un de très observateur et analytique donc c'est pas incohérent non plus qu'il vive le duel de cette manière...
Bref, n'hésitez pas à dire ce que vous en avez pensé, ça m'aidera beaucoup à équilibrer les prochaines scènes du même style !
Sinon, vous avez aimé les passages avec Clive et Ginny ? Je me suis beaucoup amusée à les écrire.
Pour finir, deux petites questions "techniques" :
1) Je sépare les POV par des OOO mais est-ce que vous aimeriez que je mette en plus des séparations à l'intérieur des POV quand on change de lieu ou de moment pour faciliter la lecture ? (Exemple ici pour le pov de Drago : "Laissant là le septième année qui se tortillait comme un Véracrasse, le blond se dirigea vers la sortie. Inutile de s'attarder, il n'avait aucune envie de se coltiner les gueules d'hypocrites de Zabini et compagnie ou les allégations mensongères de Pansy selon lesquelles « elle n'avait jamais douté de lui ».
ooo
Cinq minutes plus tard, il était de retour dans les appartements des préfets. Il venait à peine de se laisser tomber sur le canapé que la porte s'ouvrait à la volée.)
2) Cela fait plusieurs fois que je me demande si mon résumé correspond bien à l'histoire, est-ce que pour vous ça va ou vous pensez que je devrais le modifier ? Et si c'est le cas sur quoi est-ce que je devrais l'axer davantage ? (sachant que je ne veux pas directement mettre "fille de Sirius Black" ou un truc du style pour laisser la surprise à la lecture)
Voilà, j'arrête de bavarder pour aujourd'hui, on se retrouve dès que possible pour le prochain chapitre, avec au programme les Serpentard, Clive et Ginny again ! N'hésitez pas à me faire part de vos hypothèses et à donner votre avis avec une petite review please !
