PlumedePhoeenix, Lizs, missmalefoy76, merci beaucoup pour vos reviews et bienvenue par ici! =) Je suis super contente que l'histoire vous plaise!
drou: haha oui effectivement, c'est un petit goujat ce Malefoy ;-P
J'espère que ce chapitre vous conviendra, bonne lecture!
Hermione avait fêté ses dix-huit ans à Pré-Au-Lard avec Harry, Ginny et quelques Gryffondor d'humeur festive. Entre deux biéraubeurres aux Trois Balais, son meilleur ami lui avait offert un sablier magique avec des ornements argentés incrustés de pierres précieuses aux tons chaleureux, de ceux dont le sable s'écoule plus ou moins vite en fonction de la qualité de la conversation, comme celui qui décorait le bureau du professeur Slughorn. Ginny, quant à elle, avait trouvé un présent à la mesure des caprices de leur amitié houleuse. Les deux s'étaient expliquées quelques jours plus tôt au sujet de leur récente prise de bec, mais quelque chose semblait rompu. La communication, sans doute. Mais puisqu'il y avait toujours mieux que des mots pour s'exprimer, la rouquine lui avait trouvé une majestueuse plume de Focifère et un carnet de notes à l'ancienne avec une belle reliure en cuir pour flatter son âme d'écrivaine. Sa manière délicate de lui céder un confident autre que son oreille indésirée. Hermione en avait été largement touchée.
Quand sonna le dernier jour de septembre, le compteur solidaire de la Grande Salle affichait 5400 points, soit 400 points de plus qu'attendus pour remplir le contrat permettant à la collectivité de Poudlard de jouir de son premier privilège. C'était officiel, l'ancienne tour Gryffondor leur appartenait.
Rapidement, une réunion fut mise en place entre la directrice et un groupe d'élèves tirés au sort par le choixpeau magique afin de convenir d'un plan de réaménagement. L'idée étant d'insuffler un vent nouveau au château, il en était sorti que la salle commune serait recyclée en salle de détente plus festive et accueillante que la salle Mère, que les trois étages supérieurs seraient consacrés à l'édition du journal de l'école — un nouveau projet sur le feu —, et que tous les étages du dessous serviraient aux différents clubs de Poudlard; le club d'échecs version sorcier, le club de Bavboules, et le club des collectionneurs de cartes de Chocogrenouille. Toutes les activités du calendrier solidaire du mois d'octobre seraient donc dédiées à ce but commun, incitant davantage de volontaires à s'y inscrire par leur caractère aussi concret que ludique et motivant.
Le professeur Flitwick s'était engagé à venir chaque samedi pour livrer ses plans d'architecte enchanteur hors-pairs, une figure responsable à laquelle chaque groupe pourrait se fier au fil de leur projet. Sachant cela, Luna et Blaise étaient partants pour chapeauter l'agencement des étages liés à la rédaction de la gazette de Poudlard. En plus de ça, la Serdaigle ayant déjà une expérience significative avec le Chicaneur s'était même engagée à assurer la publication des premiers numéros en tant que rédactrice en chef le temps de constituer une équipe plus solide. Hannah et Neville, quant à eux, se chargeraient d'arranger les étages relatifs à tous les clubs. Pendant ce temps, un autre groupe d'élèves s'occuperait de la salle de repos récréative, mais indépendamment des ambassadeurs solidaires puisque Drago et Hermione s'étaient mis d'accord sur une autre activité du calendrier qui ne nécessitait leur présence que deux samedis sur quatre dans le mois; la préparation de la soirée d'Halloween dans la Grande Salle qui, sans surprise, se déroulerait dans la soirée du samedi 31 octobre. En contrepartie, ils remporteraient moins de points solidaires au compteur, mais ils s'en accommoderaient parfaitement. Un choix stratégique visant à passer le moins de temps possible dans la même pièce depuis qu'une tension évidente régnait entre leurs deux corps.
Le mois d'octobre fut influencé par cette danse indécise, autant pour maintenir son alchimie que pour la tenir éloignée. Et tandis que les feuilles des arbres commençaient peu à peu à rouiller, l'humeur d'Hermione n'était pas moins fluctuante que le mois précédent. Plusieurs paramètres rentraient en compte; si Harry était au château ou non, si Ginny la surveillait ou pas, si les séances de Psychomagie lui étaient supportables ou l'inverse, ou encore si le Serpentard la cherchait ou l'ignorait. Et en même temps, rien n'expliquait l'état d'esprit qui la caractérisait un jour ou le suivant. Si pour Malefoy cette inconstance était pire que tout, il ne restait pas moins certain que la Gryffondor finirait par craquer. Certains jours elle le suppliait presque de venir la cueillir par son regard dépossédé, mais la plupart du temps elle l'envoyait paître avec véhémence, comme pour le fuir par tous les moyens, comme pour lui échapper. Lui réagissait toujours de la même façon, comme un asticoteur au regard insolent qui serait là quand elle baisserait sa garde. Et entre temps il ne se privait pas pour forcer ses réactions car rien n'était plus déshonorant que son indifférence. Ainsi Malefoy jouait subtilement entre le chaud et le froid pour la travailler à distance sans toutefois se faire oublier complètement, maintenant le semblant d'empreinte qu'il avait posée sur elle ce soir-là dans la salle sur Demande. Ca passait par des œillades suggestives, des piques assassines ou des gestes incompréhensibles qu'elle était bien en peine d'interpréter. Lui aussi avait ses humeurs, et si la plupart du temps il se comportait comme un gamin à mille lieues de poser des mots sur ses élans, il parait souvent ses yeux gris d'un orage indicible qui la troublait bien malgré elle. Il le savait, un jour elle craquerait. Il attendait juste le bon moment.
Les rendez-vous pour la préparation de la soirée d'Halloween étaient animés. Autour d'une table ronde que tous deux présidaient en compagnie d'une dizaine d'autres élèves, les idées fusaient et s'entrechoquaient. Les filles misaient sur le thème des vampires, les garçons s'axaient davantage vers les inferi*. Aucun ne tombait d'accord. Hermione encore moins.
Les vampires. Dans la communauté sorcière, il y avait un flou sur ces êtres fascinants. Et bien que des lois existaient pour faire cohabiter les deux communautés, sorciers et vampires ne se mélangeaient que très rarement, ne faisant qu'alimenter le fantasme autour des suceurs de sang. Surtout chez les jeunes femmes. Ainsi, le choix de ce thème induisait forcément un énorme clivage entre les élèves, et il était même un peu hors-sujet pour fêter Halloween dans l'univers sorcier.
Les inferi. Il y avait quelque chose de blasphématoire à l'idée d'utiliser ces marionnettes macabres pour cette célébration. Car contrairement aux moldus, les sorciers rendaient réellement hommage aux morts durant cette soirée. Travestir la mort en cette occasion pour en souiller la mémoire n'était pas digne, et les fantômes de l'école n'apprécieraient sans doute pas la blague. Il fallait prendre ça en considération.
Finalement, ils avaient convenu de prendre un virage à 180 degrés pour fêter l'anniversaire de la mort de Nick Quasi-sans-tête, honorant dans le même temps les spectres du château qui seraient bien évidemment tous conviés à la partie. Un élan plein de bons sentiments qui fit tournoyer les yeux du Serpentard. De toute façon, tout ça lui passait au-dessus de la tête. Il était absent. A l'inverse, Mathew Byrne avait des suggestions intéressantes quant à la décoration.
- On pourrait avoir une partie château gothique avec des gargouilles, des rideaux rouges un peu poussiéreux, vieilles chandelles, toiles d'araignées, et une autre partie cimetière avec du brouillard vers la piste de danse par exemple. Non?
- Oui, c'est bien ça! Et le bar/buffet serait un énorme cercueil! Et on aurait un énorme saladier de sangria pour imiter le sang! s'exclama une Poufsouffle avec un enthousiasme non mesuré.
- Et ça repart sur les vampires, se lamenta un Gryffondor.
Hermione prenait bonnes notes de toutes ces suggestions. Tout n'était pas bon à prendre mais il y avait des éléments intéressants. Et tandis qu'elle écrivait, Malefoy la provoquait par son regard aimanté, las, les bras croisés, comme s'il attendait autre chose que cette mascarade qui ne le concernait pas. Elle sentait son poids, et une fraction de seconde sa main trembla.
- J'ai quelque chose qui risque de t'intéresser, Granger. Viens dans la salle sur demande à 18H, lui avait-il discrètement glissé au creux de l'oreille un mercredi en sortant du cours de Potions.
Hermione avait froncé les sourcils après l'épreuve de son souffle faisant frissonner son échine. Ca tombait comme un cheveu de vélane sur la soupe, sonnait comme un piège évident. Allait-elle vraiment tomber dedans? Que pouvait-t-il bien avoir d'intéressant pour elle? Rien. Pourtant sa mine assurée lui parut intrigante. Il avait l'air convaincu de tenir quelque chose. La Gryffondor s'en trouvait aussi hérissée qu'intéressée. Malgré ses réticences, sa curiosité la domptait. Il avait gagné, elle irait.
En arrivant dans la salle à l'heure escomptée, Malefoy était confortablement installé sur le canapé, suffisant et princier, arborant un air défiant tandis qu'elle s'approchait irradiant de sa mine revêche.
- Quoi que tu aies à dire, fais le vite, cracha-t-elle en le fusillant du regard comme pour se parer d'un bouclier increvable.
- J'ai entendu dire que ton voyage en Australie n'a pas été très fructueux, dit-il d'un ton posé autant que joueur.
Hermione plissa ses yeux. Alors comme ça, Zabini lui avait donné les détails sordides de leur escapade? Ce n'était pas étonnant. Après tout, il était sa majorette. Pourtant, elle se sentait trahie.
- Tu m'as convoquée pour rire de mon malheur?! s'offusqua-t-elle.
- Tu as fini par les localiser depuis, tes géniteurs moldus? éluda-t-il.
- Ne les appelle pas comme ça. Ce sont mes parents. Et je ne vois pas en quoi ça te regarde.
Elle croisa les bras. Lui étira son sourire.
- Je suis curieux.
Elle leva les yeux au ciel.
- Non, Malefoy. Je n'ai pas avancé dans mes recherches. Tu es content? Ca te fait plaisir?
- Tu as abandonné? demanda-t-il surpris.
Il en posait, des questions. La vérité, c'est qu'après son échec, Hermione s'était dévalorisée au point de se convaincre que, pour le moment, elle ne serait qu'un poids embarrassant pour ces gens qui ne la connaissaient plus, et que voir l'ignorance dans leurs yeux ne ferait qu'exacerber son chagrin. Après tout, ils avaient refait leur vie, et elle n'avait pas encore trouvé de solution pour réparer leur cerveau. Sa motivation était égoïste et vaine.
- Ils sont mieux sans moi pour l'instant, avoua-t-elle résolue.
Le blond hocha calmement la tête comme pour appuyer sarcastiquement son observation. D'après Blaise, sa motivation première était de s'assurer qu'ils allaient bien. Voilà qu'elle se révélait plus défaitiste qu'il ne l'aurait cru.
- Et si je te disais que leur adresse se trouve juste là? lança-t-il en brandissant un appât dans les airs sous la forme d'un petit bout de parchemin.
Elle écarquilla les yeux et secoua la tête.
- Non. C'est impossible. Je ne te crois pas.
- Puisque je te le dis. Viens vérifier, suggéra-t-il en grimaçant un dangereux rictus.
Piquée au vif, elle s'approcha pour s'en saisir mais il éloigna sa main.
- Pas si vite, Granger, dit-il en étirant un sourire carnassier qui la fit reculer. C'est une information qui se mérite, mais j'imagine que tu t'en doutes.
- Tu me fais marcher, grogna-t-elle convaincue de sa perversité. Si c'est vraiment leur adresse, comment tu as fait?
- Si je te le disais tu les trouverais toi-même. Ca serait problématique pour ma stratégie, tu ne crois pas?
Elle lui adressa un regard meurtrier par ses prunelles incendiaires. Il fallait donc négocier.
- Qu'est-ce que tu veux?
- Qu'es-tu prête à faire? marchanda-t-il triomphant.
Elle pouffa.
- Tu vas vraiment me faire chanter? Tu me veux à ce point? le provoqua-t-elle mais il ne sourcilla pas. Pourquoi tu fais ça?
- Parce que je le peux, admit-il l'œil frétillant.
Il laissa un silence pesant imposer sa tension avant de révéler son ultime condition.
- Embrasse-moi.
Elle manqua de s'étouffer. Etait-il désespéré à ce point ou ne cherchait-il qu'à l'humilier? A bout de nerf face à sa mine goguenarde, Hermione sortit sa baguette pour s'emparer du précieux sésame elle-même.
- Accio parchem...
- Expelliarmus, la coupa-t-il pour faire valdinguer sa baguette à ses pieds.
La sienne était déjà prête à être dégainée depuis longtemps, bien planquée dans sa manche. Ça avait été très facile de contrer ses intentions par un sortilège de désarmement. Elle ne se débina pas cependant et ramassa son arme pour le menacer avec plus de hargne. La Gryffondor était au bord de l'explosion.
- Je te réduis en miettes en deux secondes si je veux, ne me provoque pas, Malefoy.
- Je te conseille de calmer tes ardeurs, dit-il dans un calme olympien. Ca risque de partir en duel et quand il faudra justifier nos blessures à l'infirmerie je n'hésiterai pas à dire à McGonagall pourquoi tu as vraiment séché les cours ce jour-là.
- Et moi je vous balancerai pour la soirée, et pour le reste, ricana-t-elle en voyant très bien le trafic de fioles qui se faisait au château notamment quand Blaise allait en récupérer un petit stock dans la chambre de Parkinson en échange de quelques gallions.
Tout ça se faisait discrètement, loin de la surveillance de Harry, mais elle n'était pas dupe. Le Serpentard haussa les sourcils à moitié surpris de son esprit éveillé.
- Et tu tomberas avec nous par ta complaisance puisque tu as bien profité des avantages qu'on propose. J'ai l'impression qu'on est dans une impasse autodestructrice Granger, remarqua-t-il en livrant son plus beau sourire narquois. Ca serait plus facile de s'arranger à l'amiable, tu ne penses pas?
Folle de rage et résignée, elle abaissa sa baguette, sondant son regard comme pour essayer d'en saisir la motivation sadique qui l'animait.
- Si tu avais voulu nous balancer tu aurais pu le faire depuis longtemps. Pourtant tu n'as jamais eu l'intention de le faire, ajouta-t-il presque reconnaissant et masquant à peine sa curiosité. Peut-être que tu assures ton invitation à la prochaine soirée? Tu avais l'air de bien t'amuser la dernière fois. J'avoue que tu m'as surpris.
Elle ne sut quoi répondre alors qu'il la gratifiait d'un regard plein de sous-entendus. Son sang bouillonnait silencieusement. Elle ne voulait pas en reparler.
- Em-brasse-moi, ordonna-t-il en levant le menton.
Un silence, encore. Elle le regardait comme un être sournois perdu dans les enfers.
- Tu es vraiment un gamin, constata-t-elle passablement décontenancée. Ca t'amuse de faire ça?
Pour seule réponse, elle n'obtint qu'un haussement de sourcils traduisant son impatience. Alors elle s'approcha, lui lançant des éclairs, essayant d'occulter la honte s'insinuant dans ses joues, se penchant vers lui pour en finir rapidement. Et lorsqu'elle se trouva à quelques centimètres de son visage, il écrasa ses longs doigts pâles sur sa jolie bouche pour la faire reculer. Il éclata de rire.
- C'est que t'allais vraiment le faire en plus! s'amusa-t-il.
Furibonde et mortifiée, elle le toisa sans ménagement. Elle était impuissante et il en jouait.
- T'es vraiment con, pesta-t-elle.
Il se leva sans se départir de son sourire moqueur et se posta bien devant elle. Il coinça le parchemin entre deux doigts puis l'agita en l'air.
- Vas-y, prends-le, la défia-t-il.
A mi-chemin entre l'indignation et l'impatience, elle sautilla et le lui arracha des mains. Il n'opposa aucune résistance. Seul son sourire de brigand persistait.
Tandis qu'elle parcourait l'adresse des yeux, son expression se figea dans une confusion non feinte.
47 Alma Road, Bristol - UK
Ca n'avait aucun sens. Pourquoi ses parents seraient retournés en Angleterre? Et dans quel but Malefoy s'embêterait à les retrouver? Il n'était pas admissible que son élan soit noble et pur. Il y avait forcément un piège, comme toujours avec ce serpent. Malefoy était fourbe, c'était sa seule certitude.
- Je ne comprends pas pourquoi tu as fait ça, reconnut-elle sans décoller les yeux du parchemin. Pourquoi les avoir cherchés? Tu me fais marcher, c'est ça? T'es pourri à ce point?
Quelle question! Ce type avait été Mangemort. Un Mangemort raté, mais Mangemort quand même. Bien sûr qu'il était pourri.
- Considère que c'est mon cadeau d'anniversaire très en retard, lâcha-t-il avec nonchalance.
- Te fous pas de moi non plus, cracha-t-elle pas dupe que d'autres plans se cachaient derrière sa fausse sympathie.
Et il connaissait la date de son anniversaire? Rien de tout ça n'avait de sens. Pour un peu, elle allait commencer à y croire. Alors plutôt que de remettre sa sincérité en question, elle préféra le tester.
- Mais comment... Comment tu as fait? l'interrogea-t-elle chamboulée.
- Le Felix Felicis, avoua-t-il. La chance liquide ça aide dans les recherches. Je suis étonné que tu n'y aies pas pensé.
- Les ingrédients sont rares et chers, et la préparation prend six mois. Je... Je n'avais pas les ressources. Comment t'en es-tu procuré?!
- J'ai le bras long, Granger.
C'était un piège, une farce pour l'anéantir et la mettre au fond du trou. Il n'y avait pas d'autre explication. Une simple dose de chance liquide ne pouvait pas suffire à résoudre tous ses problèmes. Il lui cachait quelque chose.
- Malefoy, je te jure que si tu te fous de moi, je vais faire de ta vie un enfer, alors si c'est une mauvaise blague tu ferais mieux de me le dire maintenant.
- Arrête, ça me fait envie, ironisa-t-il. Tu verras bien par toi-même.
Son regard était toujours empreint d'incompréhension, alors elle se montra plus menaçante pour l'accabler de tout son mépris.
- Je ne plaisante pas. J'irai samedi après-midi et si je ne les vois pas, je mettrai un flacon d'éclabouille dans ta nourriture pour que la maladie te défigure. Ca laissera des séquelles irréversibles. Et après je viendrai t'arracher les parties dans ton sommeil.
Un air taquin se logea sur sa figure, comme celui qu'il arborait en troisième année quand il utilisait les détraqueurs pour se moquer de Harry.
- Ouh ouh ouh! Comme elle est ambitieuse! Je ne t'en demandais pas tant. Il y a d'autres manières de me remercier que t'intéresser à mes parties, mais si tu insistes.
Il pencha la tête sur le côté et la fustigea de son petit sourire malicieux tandis qu'elle affichait une mine pleine de dégoût. Elle ne comprenait pas pourquoi il plaisantait avec elle sans pudeur. Il fut un temps où il n'aurait jamais rebondi de manière graveleuse à sa menace, sauf pour lui dire à quel point elle le dégoûtait et combien il serait offensé à son contact. Elle voyait le même gamin la provoquer mais il employait des méthodes inédites, comme si la soirée dans la salle sur Demande avait débloqué l'accès à un nouveau pallier dans leurs confrontations.
Après un silence conséquent à se jauger dans ce vil petit jeu, le sourire du Serpentard s'effaça pour révéler une pointe d'amertume dans ses yeux gris. Le genre d'éclair qui, l'espace d'un instant, déroutait son interlocutrice. Il s'éloigna vers la porte.
- Tu salueras tes géniteurs moldus pour moi, dit-il en sortant.
Hermione était perdue, totalement abasourdie. Son esprit rationnel tentait d'analyser cet échange. Qu'y gagnait-il? Soit il voulait accélérer sa chute en la poussant vers des désillusions, soit il cherchait à la manipuler. Et si son aide se révélait fructueuse, s'imaginait-il qu'elle lui serait redevable? Ou était-ce une façon tordue et peut-être inconsciente de se racheter pour son passé avec elle? Non. Impossible. Elle refusait même de l'envisager. Il attendrait forcément quelque chose en retour. Il utiliserait cette faveur contre elle. Ces questions lui embrouillaient tellement l'esprit qu'elle ne savait plus s'il fallait espérer trouver ses parents là-bas ou pas. Tout ce qui la liait au Serpentard la rendait anxieuse ces derniers temps, et il mettait sciemment de l'huile sur le feu.
Le samedi d'après, Hermione se tenait prête. Transplaner à Bristol était dans ses cordes. Ce n'était pas à une distance démesurée et elle maîtrisait suffisamment la technique pour arriver en un seul morceau, sans risque de désartibulement. A 14H pétantes donc, elle sortit du domaine de Poudlard et transplana vers le centre-ville de Bristol sans encombre. De là, il lui fallait marcher une petite demi-heure pour retrouver le quartier de Clifton, une promenade nécessaire pour rassembler ses idées et calmer les battements de son cœur. Elle ne savait pas ce qui l'attendait au bout du chemin mais, au moins, ça ferait une belle balade.
Il faisait bien frais. Les rues étaient jonchées de verdure tirant sur des teintes orangées de saison et l'architecture ne manquait pas d'éclectisme, dans une combinaison de styles allant du Moyen Âge à plus de modernité. Il y avait indéniablement une influence médiévale par certains endroits. C'était bien plus joli que Williamstown. Moins géométrique, davantage marqué par l'histoire, plus à son goût. Elle quitta vite le centre et passa devant l'université de la ville, un théâtre, une église paroissiale et quelques restaurants, flânant le nez en l'air, répétant son texte comme une comédienne. Seraient-ils vraiment là? Rapidement, les immeubles et maisons défilèrent sous ses yeux, la circulation se fit moins effervescente, et le numéro 47 d'Alma Road acheva sa errance.
Une modeste maison familiale de style colonial embrassait des arbustes et quelques rangées de marguerites. Le cadre était tout à fait charmant, mais puisque l'information venait de Malefoy elle ne misait pas de gros espoirs dessus pour autant. Il n'empêche qu'elle n'avait pas moins d'appréhensions en étudiant la maison. Elle espérait si fort que le Serpentard ne s'était pas joué d'elle. Elle le ruinerait si c'était le cas. Revenant à la réalité, Hermione le chassa bien vite de ses pensées pour rassembler tout son courage.
Cette fois, elle avait bien préparé sa couverture. Pour se rendre crédible, elle avait même apporté une petite sacoche et rédigé un faux questionnaire. Elle avait pris soin de relever ses cheveux en un chignon sans mèche rebelle et d'enfiler un pantalon noir à coupe droite en plus d'une veste de tailleur pour se donner une stature. Elle toquerait à la porte et se présenterait. Il n'y avait plus qu'à espérer qu'elle ne bafouille pas et qu'on l'invite à rentrer. Elle avait d'abord pensé à utiliser un sortilège de confusion mais s'était rapidement ravisée. Ses parents avaient été suffisamment souillés par la magie. Elle ne voulait plus l'utiliser sur eux. Plus jamais, à part pour guérir leur amnésie. Leurs échanges devaient rester aussi purs et authentiques que possible, sans sortilège ni maléfice. Et si ça ne marchait pas et qu'on la renvoyait, alors tant pis.
Tous ses doutes s'envolèrent quand elle vit une silhouette féminine se déplacer derrière l'une des fenêtres. Maman. Le cœur battant, Hermione se fit violence pour respirer normalement. Peut-être que Malefoy n'avait pas menti après tout. Il y avait une chance, même infime, qu'il n'ait pas agi pour la piéger dans son spleen.
Alors, après quelques millisecondes à peser le pour et le contre, elle prit une grande inspiration et, poussée par une euphorie dopante incontrôlable, se lança et appuya sur la sonnette à droite de la grande porte verte. Elle y était enfin, et chaque seconde d'attente était une véritable torture. Elle avait peur de découvrir le visage de son hôte. Des palpitations brouillaient ses sens. Elle entendit des pas se rapprocher et, soudain, un grincement annonça le mouvement de la porte qui s'ouvrait.
- Bonjour, l'interpella une femme qui la détailla de haut en bas dans son étonnement. Je peux vous aider?
Maman.
Hermione n'en croyait pas ses yeux. Aucun mot ne sortait de sa bouche. C'était bien sa mère qui se tenait là, devant elle, bien vivante. C'était elle. Sa peau de pêche légèrement marquée. Ses pattes d'oie autour de ses yeux noisette si souriants et si doux. Son parfum fruité qu'elle humait d'ici. Son cœur tambourinait si fort dans sa poitrine qu'elle crut qu'il allait exploser en terrassant tous ses organes. C'était comme si elle rebasculait des années en arrière, quand elle courait dans ses jupes insouciante. Elle lui aurait sauté dans les bras si elle avait pu. Elle l'aurait étouffée en la serrant trop fort, plongeant son nez dans ses cheveux mieux domptés que les siens pour y camper des heures. Mais elle ne pouvait pas.
- Mademoiselle? réitéra madame Wilkins face à l'air figé de la jeune inconnue.
Hermione retrouva vite ses esprits. Il le fallait.
- Bonjour madame, commença-t-elle d'une petite voix mal assurée derrière son sourire enfantin. Je me présente, Hermione Granger.
Elle attendit une seconde pour chercher un quelconque éclair de lucidité dans les yeux de sa maternelle, mais rien ne vint. A ce rythme, elle allait griller sa couverture et la porte se refermerait sur ses espoirs alors, après une déglutition pénible, elle reprit en feignant plus de professionnalisme.
- Je réalise une enquête pour le compte de la mairie de Bristol afin d'améliorer la qualité de vie des habitants. Ca regroupe plusieurs axes comme la sécurité, le divertissement, les infrastructures. Vous auriez quelques minutes à m'accorder pour répondre à un questionnaire? Ce ne sera pas long, supplia-t-elle presque.
- Un samedi? C'est curieux, s'étonna-t-elle.
- En semaine c'est plus compliqué comme tout le monde travaille, tenta Hermione en retenant son souffle.
Elle se mordit la lèvre. A tous les coups elle avait l'air suspecte.
- Et bien, j'étais en train de faire un pudding en cuisine mais entrez, dit la dame un peu embarrassée avant de lui livrer un sourire engageant.
Le pudding de sa mère. Elle le connaissait bien, elle avait l'habitude de le faire avec elle tous les week-ends avant de rentrer à Poudlard. Voilà quelque chose qui n'avait pas déserté sa mémoire.
Elle fut conduite dans un salon à la décoration simple et coquette, et madame Wilkins l'invita à s'asseoir sur le sofa.
- Vous prendrez du thé? demanda-t-elle par politesse anglaise.
- Non, non merci, ne vous embêtez pas, souffla Hermione en secouant ses mains moites.
C'est alors qu'un sifflement caractéristique retentit.
- Ah! dit-elle en levant son index. Comme vous l'entendez, la bouilloire était déjà sur le feu avant votre arrivée. Autant en profiter! Attendez-moi une minute, je reviens tout de suite, dit-elle avant de s'éclipser vers la cuisine.
Elle était toujours bien hospitalière, sa maman. Hermione se sentait comme un poisson dans l'eau. Elle avait envie de s'affaler sur le sofa ou d'inspecter les lieux jusque dans tous les recoins pour capturer les images et les odeurs. Elle laissa son regard se perdre sur les étagères. Elle reconnaissait certaines photos de ses parents sur lesquelles elle apparaissait avant de lancer son sortilège d'amnésie. De nouveaux clichés logeaient dans des cadres à proximité. Jamais elle n'avait figuré sur ceux-là. Il y avait comme un goût doux-amer qui ressortait de son inspection express. Et pourtant, Hermione ne se sentait pas abattue. Elle était là, chez ses parents. Elle pouvait parler à sa mère, s'assurer qu'elle allait bien. Mais une question subsistait en sourdine. Où était son père?
- Et voilà, dit madame Wilkins en posant un plateau sur la table basse.
Elle versa le contenu de la théière fumante dans deux tasses et rapprocha un pichet avec du lait, un pot avec des carrés de sucre et une boîte en métal avec des petits biscuits pour que sa convive se serve à sa convenance. Hermione empêcha sa main de trembler pour ajouter un nuage de lait à son English Breakfast Tea.
- Merci beaucoup, lâcha-t-elle en souriant chaleureusement.
Elle sortit son faux questionnaire de sa sacoche et un stylo Bic. Elle commencerait avec les questions usuelles pour identifier le type de ménage.
- Vous êtes combien dans ce foyer?
- Trois.
Première bombe.
- Trois? répéta-t-elle comme si elle avait mal entendu.
- Monsieur Wilkins, notre fille et moi-même, confirma-t-elle simplement.
- Oh, je vois, dit-elle en griffonnant sur sa feuille pour retrouver une contenance.
Au moins, c'était la garantie que son père allait bien et que ses parents étaient toujours ensemble. Mais un autre détail avait retenu son attention. Un détail crucial.
Notre fille. L'espace d'une seconde, elle s'était reconnue dans ce terme, s'était sentie désignée. Pourtant, sa mère ne la reconnaissait pas. Ca ne voulait dire qu'une chose. Ses parents avaient eu un autre enfant. Ca voulait dire que sa mère était tombée enceinte rapidement à son arrivée en Australie, à 43 ans, et qu'aujourd'hui la gamine n'était âgée que de quelques mois. En fait, ça voulait surtout dire qu'elle avait une sœur. Hermione n'en croyait pas ses oreilles. Elle ne savait pas comment accueillir la nouvelle. C'était un évènement heureux et pourtant, elle se sentait remplacée. C'était frustrant et douloureux. Elle aurait du se réjouir, mais une boule lui nouait la gorge. Elle fit un effort pour se ressaisir.
- Ca fait longtemps que vous habitez à Bristol?
- Oh non! Seulement quelques mois, dit-elle avant de pencher la tête sur le côté pour mieux réfléchir. Trois mois, ça fait trois mois. Nous étions en Australie avant mais nous n'y sommes pas restés longtemps.
Ça, de toute évidence, Hermione le savait déjà. Elle n'avait jamais éradiqué tous leurs souvenirs à ses parents, n'avait pas fondamentalement changé leur identité non plus en leur faisant croire qu'ils étaient Australiens. Elle n'avait modifié que trois éléments cruciaux. Leur nom qu'il fallait remplacer, leur entourage proche qu'il fallait oublier, et leur souhait de déménager à l'autre bout du monde qu'il fallait éveiller. Pour le reste, tout était pareil et ne dépendait que de leur personnalité restée intacte. Peut-être que, si elle avait effacé davantage, ils n'auraient jamais eu l'envie de revenir en Angleterre, le lieu où ils avaient grandi et s'étaient rencontrés. Elle se félicita intimement de ne pas l'avoir fait. Il lui restait maintenant à savoir comment ils en étaient venus à se raviser si rapidement. Il fallait l'encourager à parler.
- Ah oui? L'Australie! Ca alors, ça devait être incroyable! lâcha-t-elle pour l'inviter à développer.
- C'était une expérience, oui, mais nous sommes heureux de revenir en Angleterre. C'est comme retrouver sa maison, même si à l'origine nous venons du sud de Londres. On a eu un coup de foudre pour Bristol et on ne regrette pas du tout notre choix!
- Je vous comprends, c'est une ville charmante, n'est-ce pas? En tout cas, ça fait un sacré aller-retour pour votre petite famille, s'amusa-t-elle en s'efforçant de ravaler son amertume.
- Oui, et en un temps record en plus, rit-elle comme si elle réalisait l'absurdité de leur parcours chaotique. Nous avons eu une belle opportunité pour le travail mais on s'est vite rendus compte que notre culture nous manquait et quand on a eu Melisande l'idée de rentrer est venue comme une évidence.
Melisande. C'était son nom.
- En un temps record? C'est vrai que ce n'est pas banal quand on va aussi loin, dit-elle en mimant l'étonnement.
- Oui, c'est vrai, reconnut-elle en prenant une gorgée dans sa tasse. Nous ne sommes même pas restés un an à Melbourne! C'est fou quand j'y pense. Nous y sommes allés sur un coup de tête avant de nous rendre compte que des opportunités pour le travail, on en avait ici aussi. Et c'est chez nous. Il y a des choses comme ça qui ne s'expliquent pas. On pensait continuer notre vie là-bas et finalement on ne s'y plaisait pas vraiment. C'était urgent de rentrer, notre pays nous rappelait, que voulez-vous? Mais je m'éloigne de votre questionnaire, je crois, acheva-t-elle dans un rire maladroit.
Hermione sourit. Sa mère était bavarde. Elles avaient une discussion tout à fait normale entre deux questions très succinctes. A croire qu'elle aurait livré toutes ces informations personnelles à n'importe quel psychopathe frappant à sa porte. La Gryffondor se rassura bien vite à ce sujet. Elle n'inspirait pas l'inquiétude, et sans doute que madame Wilkins ne voyait aucun danger chez la jeune femme pas très grande et plutôt menue qu'elle était. Au fond, elle voulait croire que cette chose inexplicable qui les rappelait au bercail, c'était elle. Et elle voulait aussi se convaincre que si sa mère se livrait tant à une inconnue, c'était parce qu'il restait un lien inaltérable entre elles, toujours là, quelque part. Cette seule pensée lui mit une sacrée dose de baume au cœur.
Pour assurer sa couverture, elle posa ensuite des questions propices à la visée de sa visite. Elle demanda s'ils étaient satisfaits des services à usage public, des hôpitaux, des jardins, de la gare ferroviaire, du réseau de bus, de l'efficacité de la police quant à la délinquance de quartier. Tout ce qui lui passait par la tête. Elle s'intéressa à leurs envies, ce qu'ils attendaient de plus pour servir les intérêts de la ville. C'était également l'occasion de connaître leurs habitudes, le type de lieux qu'ils fréquentaient pour sortir. Elle apprit par exemple que sa mère trouvait le théâtre du centre-ville tout à fait charmant et adorait parfois s'y rendre pour voir des pièces de boulevard. Elle souhaitait cependant y voir une programmation plus diversifiée, qu'on ouvre plus d'expositions dans les musées, qu'on rallonge les heures d'accès à ces derniers, que la culture soit toujours centrale. Hermione n'en fut nullement surprise. Elle avait hérité des mêmes attraits.
Au bout d'une petite demi-heure, des cris de bambin retentirent.
- C'est la petite, s'inquiéta madame Wilkins en se levant. Elle s'est réveillée de sa sieste. Je suis désolée mais il va falloir que je m'en occupe.
- Oh oui, oui, bien sûr. Pardon, j'avais dit que ça serait rapide et je me suis éternisée, remarqua Hermione. J'ai largement ce qu'il faut pour l'enquête. Je vais y aller.
Elle serait bien restée pour voir sa petite sœur mais ça voulait dire rentrer dans l'intimité d'une femme qui, a priori, n'éprouvait rien pour elle. En plus, c'était ce bébé qui l'arrachait à ce moment privilégié tant attendu. Il y avait une part d'elle-même qui n'avait aucune envie de se tordre le cœur en voyant celle qui l'avait remplacée. C'était idiot, mais c'était ainsi. C'était trop tôt. Hermione la remercia pour son temps, frustrée de ne pas pouvoir l'embrasser ou attendre le retour de son père. Dans la conversation, elle avait glissé que son mari Wendell était sorti pêcher aux abords du port avec des collègues du centre dentaire où il travaillait. Alors tant pis.
Elle reviendrait. Tous les week-ends s'il le fallait. Juste pour les observer de loin.
Elle n'avait même pas fini son thé.
Le lendemain, dimanche, elle avait préféré la grandeur de la bibliothèque au calme de sa chambre. Une envie qui ne la motivait plus depuis bien longtemps. Pourtant, traîner dans ce temple du savoir était inscrit dans son ADN. Ses amis s'inquiétaient souvent de ne plus l'y voir flâner comme autrefois. Aujourd'hui, elle avait retrouvé l'envie de s'y perdre, comme un goût ressurgi du passé.
Il faut dire qu'Hermione n'avait pas eu le cœur aussi léger depuis longtemps. C'était comme si elle pouvait respirer à nouveau, comme si ses poumons redécouvraient la combinaison vitale de l'oxygène et de l'azote. Et le pire, c'est que tout ça c'était grâce à Malefoy. Sûrement que la contrepartie serait terrible, mais elle n'en avait cure. A ce stade, elle appréciait juste de se sentir bien. Rassurée. Ses parents allaient bien. Ça faisait trois mois qu'ils étaient juste là, sous son nez, et ils allaient bien. C'était le plus important.
Il fallait trouver une solution pour leur amnésie cependant, car plus elle attendait, plus il serait délicat de leur rendre la mémoire sans l'affecter gravement. Elle n'allait certainement pas avoir un éclair de génie aujourd'hui, et elle n'avait définitivement pas un sorcier assez puissant sous la main pour lui faire cette faveur, mais rien ne l'empêchait d'approfondir les recherches de son côté pour trouver les meilleures techniques existantes. Le sorcier compétent pour l'exécution du plan, elle s'en inquièterait plus tard. Chaque chose en son temps.
Plus motivée que jamais, elle avait réuni différents ouvrages relatifs à la mémoire et les sortilèges, maléfices et contre-sorts s'y rattachant. Elle avait déjà épluché la plupart mais il était possible que certains détails lui aient échappé. Au fond, elle était surtout là par plaisir, investissant une table sur laquelle elle avait étalé plusieurs livres épais dans lesquels se noyer quelques heures. Une forme d'entraînement pour se remettre en selle, et la cause était juste.
Elle était happée par les Mécaniques fluctuantes de la magie sur le cerveau quand un raclement de chaise la contraignit à lever la tête.
- Salut, Granger.
Le Serpentard avait pris place en face d'elle et jouait à lancer et rattraper une Granny Smith dans la paume de sa main, l'air intéressé et vaguement vicieux.
- Malefoy, constata-t-elle avec légèreté. Salut.
Il haussa les sourcils.
- Tu as l'air de bonne humeur.
- Hm hm, acquiesça-t-elle en replongeant le nez dans son livre.
Il croqua dans sa pomme verte sans la quitter des yeux.
- Alors? se décida-t-il.
- Alors, quoi? dit-elle sans daigner lever les yeux.
- Tes parents. Ils étaient bien là?
Lui-même avait un doute. Ignorant leur apparence, il lui avait été bien impossible de vérifier qu'il s'agissait bien d'eux. Mais vu la tête de la Gryffondor, il se doutait que les événements s'étaient déroulés comme prévu.
- J'ai vu ma mère, avoua-t-elle en lui accordant enfin son attention.
Elle ne parvenait pas à masquer son sourire. Elle souriait si peu, et c'était bien la première fois qu'elle lui en adressait un, de sourire. Pour un peu il aurait vacillé à sa vue.
- Quelle surprise, lâcha-t-il hermétique en croquant de nouveau dans sa pomme.
Elle plissa ses yeux pétillants.
- Malefoy. Je ne sais pas pourquoi tu as fait ça, quel intérêt tu y trouves, mais merci, dit-elle d'un ton trop mielleux pour ses oreilles non préparées.
Il manqua de s'étouffer.
- Je ne l'ai pas fait pour t'aider, la frappa-t-il dans un réflexe défensif.
Elle cligna des yeux, partiellement indifférente mais piquée d'une curiosité.
- Ah? Alors pourquoi?
Il la regarda d'un air mort.
- Au cas où tu ne l'aurais pas remarqué, McGonagall te surveille. Et quand tu traînes ta carcasse dépressive, tu finis par sécher les cours et tu attires son attention. C'est dans mon intérêt que t'arrêtes de tirer la gueule pour qu'elle te laisse tranquille. Tu en sais trop sur mes activités. Si elle te pose des questions, ça pourrait se retourner contre moi parce que tu ne sais pas mentir. Tu pourrais finir par me balancer.
- Hm hm, émit-elle en arquant un sourcil.
- En plus je n'ai vraiment pas eu grand chose à faire pour les retrouver, tes géniteurs moldus. Vu ta tête, j'ai fait un bon investissement. McGonagall te foutra la paix, et je vais pouvoir continuer mes affaires tranquillement, acheva-t-il dans une mine ravie.
Elle secoua la tête.
- En fait, t'es complètement fou. C'est pas comme si j'en avais quelque chose à faire de tes affaires. Et comment ça, je ne sais pas mentir?! s'offusqua-t-elle d'une voix plus aigue comme si c'était le seul élément choquant de sa réplique.
Madame Pince intervint rapidement pour imposer de baisser d'un ton.
Hermione leva les yeux au ciel, lui recroqua nonchalamment dans son fruit en hochant la tête.
- Oui, tu mens très mal. La pire menteuse que j'ai jamais rencontrée, c'est aberrant, répéta-t-il en mâchouillant son morceau.
- Comment tu peux savoir que je ne sais pas mentir? s'amusa-t-elle avec plus de discrétion.
Il étira un sourire sardonique et se pencha vers la table pour la provoquer d'un murmure.
- Parce que quand tu as dit que tu n'avais pas aimé que je pose, je cite, mes "salles pattes" sur toi, tu mentais, Granger.
Comme pour illustrer ses dires, le jus naturel de sa pomme faisait briller ses lèvres, comme s'il salivait un peu. Hermione secoua la tête l'air consternée. Elle ne savait pas s'il fallait rire ou pleurer. Bien que ce malheureux évènement datait du mois dernier, ça l'avait visiblement marqué. Et s'il s'attendait à ce qu'elle admette ne pas y avoir été insensible, il se fourvoyait. Elle ne l'admettrait jamais.
- Et tu as un sourcil qui tremblote. A chaque fois que tu mens. Juste là, railla-t-il en effleurant le dessus de son œil gauche avec le bout de son index.
- Un sourcil qui tremblote?! s'étonna-t-elle en faisant un mouvement de recul. N'importe quoi. Et puis merde. Tu es libre de penser ce que tu veux après tout. Ca me passe au-dessus.
Le blond pouffa et madame Pince jugea bon de se manifester à nouveau en leur lançant un regard réprobateur. Il se tut un instant et en profita pour l'observer, puis il reprit plus joueur.
- Tu ne nies pas cette fois.
- De?
- Que tu as aimé, chuchota-t-il en haussant ses sourcils par trois petits coups secs.
Consciemment ou pas, elle ne le contredit pas plus.
- Ca ne servirait à rien. Quand tu as une idée fixe dans la tête on ne peut pas te raisonner. Je n'instruis pas les cons, c'est une perte de temps, rétorqua-t-elle en lui rendant son rictus moqueur.
Il recula sur le dossier de sa chaise comme pour mieux l'étudier.
- Tu as plus de mordant quand tu es de bonne humeur. J'aime bien, la taquina-t-il d'un sourire en coin. Bref. Pour en revenir à tes remerciements, ne va pas t'imaginer quoi que ce soit. J'assurais juste mes arrières.
L'espace d'un instant, elle eut l'impression que cette joute verbale était sa manière tordue de flirter. Pour le reste, ça faisait beaucoup de justifications pour pas grand chose mais au moins c'était clair. Elle réprima à peine son rire gausseur. Il était complètement paranoïaque. Le fameux instinct d'auto-préservation de Malefoy. Ça pouvait se tenir connaissant l'obsession des Serpentard pour le calcul et la stratégie, mais dans ce cas précis ça restait insolite, et ça frôlait le ridicule. Un vrai stratège aurait sans doute prétexté vouloir l'aider plutôt que de lui révéler sa stratégie. Pas lui. Alors une fois de plus, elle le cernait très mal tant il brouillait les pistes.
- Bien, dit-elle sans se départir de son sourire avant de se replonger dans les lignes de son livre. Tu peux disposer.
Rien ne troublerait son humeur aujourd'hui. Rien. Pas même l'acidité de Malefoy. Et à en croire la mine satisfaite qu'il arborait en se levant, il n'en était pas mécontent. Hermione réalisa que lui aussi était étonnamment de bonne humeur. Dérangé, incohérent, mais de bonne humeur.
Ce qu'elle ignorait, c'est que le Serpentard n'avait pas ménagé ses efforts pour parvenir à ses fins. Dans un premier temps, il avait interrogé Anderson pour qu'il lui livre ses souvenirs avec précision quand il était rentré dans son esprit au cours de Savage, et il avait du se montrer persuasif tant le Poufsouffle se défendait d'en reparler. De cette façon, il avait pu obtenir le nom de ses parents, un élément clef pour son enquête. Pour se procurer la chance liquide, il avait du se tourner vers les relations douteuses de Blaise. De là, la potion l'avait aisément guidé vers les bonnes institutions et, en définitive, ça n'avait pas été bien compliqué de retrouver la trace de monsieur et madame Wilkins. Il s'était bien gardé de lui dire que si Voldemort avait vraiment eu pour projet de retrouver ses parents pour faire pression sur elle, il y serait parvenu en un claquement de doigts.
Evidemment, il ne lui dirait rien de tout ça.
Le samedi suivant, il était grand temps pour Hermione de dénicher un costume pour la soirée d'Halloween, et le choix n'était pas si simple. Dans le monde des sorciers, les options pour faire mouche étaient assez restreintes. La culture populaire des moldus n'était pas une option avec eux. Impossible de choisir un personnage loufoque d'un film de Tim Burton, la Carrie de Stephen King à son bal ensanglanté, ou encore les jumelles de Shining. Ils ne comprendraient pas. D'autant plus que durant cette tradition, eux rendaient réellement hommage aux défunts. Halloween n'était pas une célébration à travestir grossièrement, raison pour laquelle la Gryffondor aurait trouvé malvenu de faire des vampires ou des inferi le thème principal de la soirée. Il y avait une fine ligne à respecter. Et puisque, derrière le prétexte de l'anniversaire de la mort de Nick Quasi-sans-tête, les fantômes étaient à l'honneur, le costume pouvait très bien se rapporter à n'importe quelle personne décédée emblématique. En fin de compte, ça ouvrait pas mal de perspectives. Alors c'était décidé, elle se métamorphoserait en sorcière de Salem.
Déjà avant Poudlard, elle avait eu une fascination pour le folklore de la célèbre chasse aux sorcières et, plus tard, pour cette série de procès en sorcellerie la plus marquante de l'histoire coloniale de l'Amérique du Nord. C'était autour de 1692 dans plusieurs villages du Massachussetts, une époque bien sombre qui, à quelques années près, concordait avec l'invention du Code International du Secret Magique pour faire cesser les persécutions des moldus sur les sorciers dans le monde entier. En ce temps-là, une centaine de personnes avaient été arrêtées et quatorze femme avaient été damnées sur le bûcher pour usage de la magie. Parce que la magie était forcément associée au Diable et qu'il fallait avoir le démon en soi pour pouvoir la pratiquer.
Rétrospectivement, il était édifiant de voir comment les bureaux de désinformation des Ministères de la Magie du monde s'étaient réappropriés les évènements pour les couvrir. Ainsi, on livrait une version plus admissible aux moldus en leur faisant croire qu'en ce temps-là, le mot "sorcière" ne désignait en réalité que les femmes, et que tout ce qui se rapportait à la séduction, à l'indépendance et, globalement, tout ce qui froissait la religion était forcément perçu comme diabolique et sévèrement condamné. Et les Ministères de la Magie n'avaient pas du aller bien loin pour user de ce prétexte tant il y avait du vrai là-dedans. Certains moldus tiraient profit de la chasse aux sorcières pour persécuter des femmes moldues qui refusaient leurs avances, ces viles tentatrices qui ne rentraient pas dans les codes de leur société régie par la religion, celles qui n'allaient pas à l'église, revendiquaient la médecine pour guérir les maladies et ne se soumettaient pas à la volonté d'un dieu. Parce que les déviantes étaient forcément des sorcières, et les quelques hommes moldus qui les protégeaient étaient exécutés de la même manière pour trahison. A côté de ça, des hommes sorciers étaient brûlés au même titre que les sorcières mais, dans la version officielle, ceux-ci n'avaient été que des complices féministes avant l'heure. Ainsi les hautes sphères magiques n'avaient eu qu'à réutiliser la cruauté humaine pour mettre toutes ces persécutions sur le compte du puritanisme. D'autres théories avançaient aussi que si des comportements bizarres avaient été remarqués chez ces femmes, cela venait probablement des hallucinations dues à l'ergot de seigle, un champignon qui provoquait la maladie de l'ergotisme. Des années plus tard, tout était plié. Les sorcières de Salem n'avaient jamais été de vraies sorcières, et les hommes sorciers avaient été totalement évincés de l'histoire. Bien entendu, c'était un mensonge et Hermione se ferait une joie de les mettre à l'honneur.
Pour le costume, il lui faudrait trouver une robe tombant jusqu'à ses pieds, très cintrée à la taille et plus lâche en deçà pour assurer sa fluidité. Elle serait sombre, rangée, à manches longues serrées, et boutonnée jusqu'au ras du cou. Une collerette à dentelle noire draperait la peau de sa gorge pour l'emprisonner par sa rigidité, de sorte à ce qu'on ne distingue que son visage pâle au-delà de son engoncement. Elle ne porterait aucun bijou, relèverait simplement ses cheveux en un chignon tressé duquel quelques boucles s'échapperaient inévitablement.
Trouver cette robe n'avait pas été une mince affaire. Hermione avait du piocher dans les deux mondes, écumant aussi bien les friperies moldues que les boutiques de vêtement vintage de Pré-Au-Lard pour s'en sortir à moindre coût. Au bout du compte, elle avait fini par trouver son bonheur en réajustant certaine pièces éparses avec sa baguette magique.
En fin de journée, elle fit un dernier essayage dans la salle de bain et, en tournoyant face au miroir, se trouva cohérente. Ca semblait un peu rigide mais c'était le but, et avec la coiffure elle serait encore plus convaincante. En plus, le tissu épousait parfaitement les lignes de son corps. Hermione s'était tellement affinée que cette coupe tout particulièrement lui conférait beaucoup d'élégance. C'était simple, daté et austère, mais fort à propos. Elle en était largement satisfaite.
Le jour J arriva sept jours plus tard. La mise en beauté de la Grande Salle s'était déroulée après le déjeuner avec les volontaires de l'Opération Solidaire, il n'y avait plus qu'à peaufiner son costume. Harry avait convié Ginny à se préparer dans sa chambre dans l'après-midi et avait naturellement proposé à Hermione de les rejoindre. Mais puisqu'elle avait toujours la désagréable sensation de tenir la chandelle et savait quand leur laisser de l'intimité, elle avait préféré se pomponner, là encore, dans la salle de bain. Sa robe était bien ajustée, mais elle avait du s'y reprendre par cinq fois avant d'obtenir la coiffure désirée. Deux tresses partaient de chaque côté de son front et venaient encadrer son visage en se mêlant à sa tignasse rehaussée en un chignon oscillant entre le strict et le bohème. Sa masse capillaire étant conséquente, il avait été inutile d'espérer un résultat très sophistiqué, mais le volume final lui convenait parfaitement.
En se regardant dans la glace, Hermione se trouvait à la hauteur de ses espérances mais, visiblement, Parkinson n'était pas du même avis à en croire la tête qu'elle tirait en la voyant sortir de la pièce. Son bec était grand ouvert et ses yeux sombres tout ronds.
- Quoi? Tu veux ma photo? grogna Hermione.
- Mais! pouffa la brune en voyant sa robe noire et spartiate contraster sévèrement avec sa mine blafarde. Tu te déguises en nonne martyre du Moyen-Âge?
Elle la fusilla du regard.
- Avance de deux siècles. Je suis une sorcière de Salem, dit-elle comme une évidence en levant les yeux au ciel.
La Serpentard étouffa son rire pour s'adoucir légèrement.
- J'aime bien la dentelle noire autour du cou cela dit, ça donne un côté gothique sympa, évalua-t-elle en la jaugeant. Merde Granger, t'es frustrante comme fille. Y a du potentiel dans ton truc, mais tu ne vas pas au bout.
Sceptique, Hermione se reluqua elle-même.
- Tu aurais rajouté quoi, toi?
Ce sujet de conversation était apparemment une occasion supplémentaire de laisser leurs griefs de côté. Parkinson soupira puis, éventuellement, plissa ses yeux experts et se reposa sur l'encadrement de la porte pour la détailler plus sérieusement.
- Du maquillage. Des bijoux. Des accessoires pour réveiller ta tenue. En soi elle n'est pas mal, mais c'est incomplet. Ca manque de mystère et d'audace. On dirait ma grand-tante Amaryllis. Elle est sapée comme toi sur les portraits.
La Rouge et Or pinça ses lèvres. Curieusement, Parkinson avait le chic pour la faire douter.
- Mais les sorcières de Salem ne portaient pas de maquillage ou de bijoux clinquants, s'empressa-t-elle de faire remarquer. C'est le principe de cette époque castratrice pour les femmes et les sorcières. Ca serait hors-sujet de rajouter tout ça.
La brune haussa les sourcils. En fait, tout dépendait de la perspective. Ses idées à elle n'étaient pas aussi arrêtées. Il suffisait de sortir des bouquins sur l'histoire de la magie et d'avoir un peu d'imagination.
- Et qu'est-ce que tu en sais? Ces sorcières étaient condamnées parce qu'elles ne suivaient pas les règles et la morale populaire moldue. Elles auraient pu afficher leur différence en signe de protestation. Certaines rebelles le faisaient sûrement. Mais j'imagine que tout dépend de la personne que tu veux incarner.
- Comment ça?
- Tu es la sorcière qui essaie de se fondre dans la masse sans rien dire ou la combattante qui se révèle au grand jour? Celle qui subit ou celle qui se venge sur ses oppresseurs?
Venant de Parkinson cette question ne manquait pas de culot et d'ironie, mais elle mettait tout de même le doigt sur un point intéressant.
- Honnêtement je n'y ai même pas pensé, admit-elle. Je voulais juste éviter de faire des anachronismes.
Des anachronismes? Voilà qui était amusant pour la Serpentard. Miss-Je-Sais-Tout n'était apparemment pas au parfum de toute l'histoire du monde sorcier.
- Tu sais que dès le début du Moyen-Âge les sorcières réduisaient le charbon en poudre pour se maquiller les yeux et utilisaient des mélanges à base de minerais et de pierre de lune pour mettre du rose sur leurs joues?
Hermione fut étonnée de son éloquence, mais elle n'en démordait pas.
- Et alors? Les moldus ont fait la même chose dans la Grèce antique, rétorqua-t-elle. Ca n'empêche qu'à Salem le maquillage ne devait pas être une option. Je me trompe peut-être mais je pense que ça ne colle pas avec le contexte historique.
Tout ça partait en débat stérile et la Gryffondor était obtuse. Pansy perdait patience.
- Par Merlin, c'est une fête, Granger! s'anima-t-elle consternée. Les anachronismes on s'en fout. Le but c'est surtout de se sentir jolie. Bon sang, tu me fatigues. C'est officiel, t'as raté ta jeunesse.
Hermione ne sut que répondre à sa sidération. La seule raison pour laquelle elle allait à cette soirée, c'était parce qu'elle y était obligée en tant qu'ambassadrice solidaire et organisatrice de l'évènement. Et si ça l'avait amusée de jouer le jeu pour trouver un costume sympa, sa première ambition n'avait pas été de se sentir jolie. Jolie pour qui? Pour elle? Elle n'avait que faire de se sentir jolie en ce moment. Si elle arrivait à bien dormir et qu'elle était dans un bon jour, c'était amplement suffisant. Face à son mutisme, la brune poursuivit.
- Tu voulais savoir ce que j'en pense. Je dis juste que ça manque de fantaisie. Au lieu de ressembler à une nonne martyre, tu pourrais ressembler à une nonne sadomaso. Ca serait quand même plus cool, tiqua-t-elle en la regardant de haut.
Son interlocutrice ne put réprimer un rire. En réalité, elle n'était absolument pas réfractaire à ses suggestions, il lui manquait juste les ressources. Et c'était trop de boulot.
- De toute façon je n'ai ni maquillage ni accessoires, avoua-t-elle. Alors comme ça, c'est réglé. Je ferai avec la nonne martyre.
Pensive, la Serpentard continua de la jauger de haut en bas en se mordillant les lèvres. Elle pouvait l'aider, elle le savait. Et bien que l'idée ne lui parut pas spécialement reluisante au départ, elle se souvenait de Blaise l'encourageant à se montrer plus sympathique avec la Gryffondor pour la bonne cause. Et en dehors de ça, le challenge était suffisamment stimulant pour la convaincre de passer à l'action.
- Viens avec moi, lança-t-elle d'un ton assuré.
- Hein? émit Hermione stupéfaite.
Elle lui prit la main, l'attira dans sa chambre et la poussa sur le lit. Il ne fallait pas perdre de temps.
- Je vais m'occuper de toi, dit-elle en la regardant comme un rat de laboratoire.
- Tu crois vraiment que je vais te laisser me défigurer pour le plaisir?! Je ne suis pas idiote.
- Non, non, non. Détends-toi. Laisse-moi faire ma magie et tais-toi. J'ai déjà tout en tête, assura-t-elle en sortant un vieux coffre de taille moyenne qu'elle installa sur le lit.
Elle se posa en tailleur sur sa couette et somma Hermione de l'imiter pour être bien en face d'elle. Cette dernière était soufflée. La Serpentard semblait animée d'une transe inédite. Jamais elle ne l'avait vue sous ce jour. Elle paraissait passionnée, presque plus humaine. Alors piquée par une curiosité certaine, elle consentit à se laisser faire, non sans maintenir sa baguette à proximité, juste au cas où. Au pire, elle se débarbouillerait après le massacre.
- Alohomora, incanta la brune.
Le coffre n'opposa aucune résistance au sortilège de déverrouillage. Aussitôt, elle fit léviter diverses petites boîtes de différentes formes et différentes tailles à l'aspect solide et vieilli. Elle n'aurait plus qu'à piocher dans ce qui l'intéresse pour servir sa mission.
Hermione reconnut sans mal du maquillage sorcier. Elle en avait déjà vu dans la chambre de Ginny au terrier, mais comme la rousse ne se maquillait qu'en de rares occasions, elle ne croulait pas sous une quantité démesurée de produits non plus. C'était la première fois qu'elle voyait une panoplie aussi complète, ça avait du coûter une fortune. De toute évidence, Pansy était coquette.
La brune glissa ses doigts sous son menton pour le surélever un peu et, comme si elle effectuait un diagnostic clinique, l'observa calmement.
- On va commencer par tes cernes, grimaça-t-elle. C'est épouvantable.
Hermione ne se départit pas de son sourire en coin malgré cette réflexion peu amène. Ses cernes étaient un problème, ce n'était pas nouveau. Ni une, ni deux, Parkinson se saisit d'un tube argenté qu'elle se contenta de tapoter sous les yeux de son sujet. Hermione ne sentit aucune matière se déposer mais crut voir des étincelles bleutées s'incruster sur sa peau fine. Ca picotait légèrement. Est-ce que ça s'adaptait à toutes les carnations? La Gryffondor avait visiblement quelques lacunes dans ce domaine.
- Tu as une jolie peau, observa la brune. J'imagine que tu prônes le naturel et que moins on y touche mieux c'est?
Elle hocha la tête un peu éberluée. Ca alors. C'était sans doute la chose la plus gentille que la Serpentard lui avait jamais dite. Ca lui ôtait carrément les mots de la bouche. Tout ce qu'elle était en mesure de faire pendant qu'elle lui tripotait la face, c'était l'observer de très près. De là, elle pouvait voir le soin porté à son apparence. Sa peau, à elle, était sans défaut, sans pore apparent. Elle avait du y étaler un produit miraculeux pour les réduire tant ça paraissait irréel. Ses grands yeux bruns avaient quelque chose de piquant, sans doute l'effet de son eye-liner et de ses longs cils dramatisant son regard revolver. Sa bouche, quant à elle, était très légèrement marronée. Au quotidien, elle devait tout miser sur les yeux.
- Tu es très pâle de nature mais pour le costume c'est parfait. Je vais juste ajouter un ton pêche très discret sur tes joues, ça se fondra très bien à ta blancheur.
Elle invoqua cette fois une petite boîte ronde incrustée d'opales et en sortit une houppette en plumes d'oiseau-tonnerre. Elle tapota légèrement le haut de ses pommettes et, une fois encore, Hermione ne sentit aucune matière significative se déposer sur son épiderme. Il y avait comme des petites particules rouges qui s'évaporaient dans les airs. C'était assez spectaculaire.
- Ok. Maintenant on va intensifier ton regard. Tu as les yeux assez étirés et tes sourcils droits les mettent déjà bien en valeur. Avec un smoky profond tu pourrais presque être intimidante, Granger.
- Presque, rétorqua l'intéressée en étirant un rictus.
Les piques de la Serpentard ne l'offusquaient nullement à ce stade. Elle avait l'impression d'être à une soirée pyjama version sorcier. Parkinson se munit alors d'un pinceau et le trempa dans un petit pot contenant un drôle de liquide noir. A son contact, l'outil s'en abreuva d'une dose suffisante pour ne pas avoir à y retourner en cours de route, et quand elle le retira du pot il ne s'égoutta pas sur le lit. Elle commença à travailler directement sur ses paupières. Ses passages étaient comme des caresses indolores, effectuant des petits mouvements circulaires en étirant des volutes de fumée obscure vers le coin externe de son œil gauche, intensifiant ses tracés par certains endroits, notamment au ras de ses cils, en haut et en bas. Hermione craignait le pire. Elle allait faire d'elle un panda si elle ne s'arrêtait pas.
La tâche demandait manifestement plus de précision et de concentration. A un moment, Pansy releva ses manches pour ne plus en être dérangée. Un geste qui révéla sa marque des Ténèbres à moitié effacée sur son avant-bras. En la découvrant, Hermione ne put réprimer un souffle de malaise. Sa première réaction avait été de se tendre. Elle avait presque oublié que sa maquilleuse avait été dans le camp de Tom Jedusor et, à cette pensée, une vague de ressentiments qu'elle avait su taire jusqu'alors l'envahit. Quand la Serpentard sentit sa tension soudaine, elle fronça les sourcils. Et lorsqu'elle réalisa, elle rabaissa immédiatement sa manche dans un réflexe traumatique, trahissant un souffle furtif et frissonnant, fermant les yeux une seconde comme pour nier sa trace indélébile et tous les souvenirs s'y rattachant. En les rouvrant, son expression changea du tout au tout. Elle serrait les dents. En la voyant tressaillir d'aussi près, Hermione se détendit dans une certaine fascination, comme si elle découvrait une facette insoupçonnée de celle qu'elle avait longtemps comptée parmi ses pires ennemis. Hantée par des images hors de sa portée, Pansy affichait là une faiblesse évidente. Finalement, les deux échangèrent un regard bref et entendu qui, contre toute attente, les firent baisser leur garde. D'un accord tacite, chacune avait l'assurance que la trêve ne serait pas rompue par cet imprévu. Alors, sans un mot, la brune se remit au travail.
- Je pensais que ça serait complètement effacé depuis, osa Hermione d'un ton étouffé.
- Ca s'estompe doucement, avoua Pansy d'une voix terne en peinturlurant son œil droit. Ca dépend des gens. Chez Drago c'est presque intacte.
Drago. Ca lui faisait toujours un drôle d'effet d'entendre des gens l'appeler par son prénom. Comme si derrière l'horrible petit tyran de sa jeunesse et la figure de Mangemort se cachait une vraie personne dotée de sentiments. Et quand elle pensait que Malefoy avait des sentiments, ça la troublait, alors elle préférait ne pas y penser. Pourtant plus il gravitait autour d'elle, plus il devenait difficile de nier sa complexité et ses incohérences, tout autant que de le cerner. Alors, de toute façon, elle en était troublée.
C'était tout de même curieux cette histoire de marque plus ou moins persistante selon le sorcier. Elle avait toujours pensé qu'à la disparition de Voldemort, toutes les marques s'évaporeraient avec lui. Même anéanti, le seigneur des Ténèbres persistait à laisser sa trace. Il était increvable.
- On sait pourquoi ça ne part pas de la même façon chez tout le monde? demanda-t-elle.
- Non.
Hermione n'insista pas. C'était un sujet épineux aussi bien pour l'une que pour l'autre, et elle n'avait pas envie de ruiner cette nouvelle entente fragile. Du moins, pas quand son maquillage de la soirée dépendait littéralement de ses mains.
Quand même, elle se faisait maquiller par Pansy Parkinson, dans sa chambre, son intimité. Si on lui avait dit ça l'année passée, elle n'y aurait jamais cru. Alors que la Serpentard cherchait la couleur idéale pour ses lèvres, la Gryffondor inspecta brièvement la pièce. La décoration n'était pas tout à fait la même que dans sa chambre, mais elle était aussi peu spacieuse. La couleur dominante n'était pas le rouge. Ici, les rideaux et le tapis étaient d'un vert empire, comme si la magie du château adaptait la déco à la maison d'appartenance du préfet.
- Tout compte fait, je pense qu'on ne va rien faire pour ta bouche, se ravisa la brune. Comme ça tes yeux ressortent mieux, c'est plus mystique.
Pansy se recula pour admirer son chef-d'œuvre.
- J'espère que ça va te plaire parce que je n'ai plus d'effaceur, avoua-t-elle en étirant un sourire satanique.
- Quoi?! Tu te fous de moi?
Hermione s'en décrocha la mâchoire. L'effaceur, c'était l'équivalent du démaquillant moldu.
- Non. Mais t'inquiète, ça s'estompe en douze heures. Demain à la même heure tout sera parti.
Paniquée, elle se leva d'un bond à la recherche d'un miroir tandis que la brune éclatait de rire.
- Je savais que tu me piègerais. Je le savais, pesta-t-elle.
- Ouvre le placard, lui conseilla la fourbe présumée entre deux ricanements.
Elle s'exécuta et découvrit une glace fixée à l'intérieur de la porte lui permettant de se voir de plein pied. La jeune femme se détailla la bouche bée tandis que Pansy se rapprochait pour s'intégrer au reflet.
- Alors? demanda-t-elle.
Alors? Elle avait l'impression d'observer une autre personne. Pourtant c'était toujours elle. La même robe austère, la même collerette à dentelle noire autour du cou, la même coiffure tressée, mais le maquillage funèbre apportait une toute nouvelle dimension à son personnage. Elle se rapprocha pour mieux s'apprécier. Son teint était toujours pâle, mais il avait quelque chose de plus raffiné, de moins maladif. Comme de la porcelaine. Sans doute qu'en effaçant ses cernes et en apportant une légère touche de couleur sur ses pommettes, ça faisait toute la différence. Et en parlant de ses cernes, il n'y avait aucun effet de matière pour la trahir. C'était comme si sa peau était parfaitement reposée à cet endroit. Et ses yeux. Ses yeux! Pansy ne lui avait pas menti en lui disant qu'elle intensifierait son regard. Ses cils semblaient plus longs, plus noirs, plus denses. Ses paupières affichaient un dégradé profond, diffus et macabre. Ses œillades charbonneuses, mystérieuses et démoniaques traduisaient la rage sourde d'une sorcière persécutée qui se défendrait jusqu'à l'agonie, et qui n'abandonnerait jamais. Il y avait comme une allure vengeresse dans cette interprétation de la sorcière de Salem. Ca changeait absolument tout. Elle n'avait plus l'air d'une victime, elle était le cauchemar de ses persécuteurs.
Parkinson ne l'avait pas piégée. Elle avait sublimé son déguisement avec brio. A bien y repenser, cette session maquillage avait été surréaliste. Hermione réalisa qu'au lieu de l'accabler d'insultes en tout genre pour rabaisser son apparence comme elle l'avait toujours fait dans leur jeunesse, Pansy s'était montrée... Elle cherchait le mot. Pas gentille. Plutôt professionnelle. Voilà. Pansy s'était montrée professionnelle. Comme si elle avait fait ça toute sa vie.
- C'est incroyable ce que tu as fait, reconnut-elle sans quitter son reflet des yeux.
Elle n'avait pas l'habitude de se voir avec du maquillage, mais quand c'était aussi bien fait et avec l'aide d'outils magiques d'une qualité supérieure, c'était tout bonnement stupéfiant.
- Attends, ordonna la brune avant d'aller fouiller dans un tiroir.
Elle revint la seconde suivante avec un sautoir entre les doigts. Une longue chaîne de bronze retenant une pierre de couleur orangée simulant parfaitement la folie d'un feu piégé dans sa prison minérale, ne demandant qu'à être libéré pour tout terrasser.
- Mets ça, dit-elle en le lui enfilant elle-même par-dessus la tête.
Le bijou retombait maintenant avec panache sous sa poitrine. C'était parfait. La touche ésotérique qu'il manquait pour parfaire son costume. Hermione était remarquablement saisissante.
- Ne le perds pas! menaça la brune. J'y tiens.
- Pansy, je...
Elle fronça les sourcils, ne sachant plus quoi dire. C'était la nouvelle mode des Serpentard de lui filer un coup de main l'air de rien? La terre tournait-elle toujours rond? Avait-elle manqué quelque chose?
- Ne m'appelle pas trop souvent par mon prénom, s'il te plait. Ca me fait flipper, grimaça la brune.
- Pourquoi tu fais tout ça? l'ignora Hermione.
La brune haussa les épaules.
- Ca m'amuse. J'avais du temps à perdre. Et ça ne te va pas trop mal.
Il y avait un peu de Malefoy dans sa façon nonchalante de gérer les échanges, comme si rien n'était à prendre trop au sérieux. Il n'y avait rien d'étonnant à ce que ces deux-là soient amis.
De fil en aiguille, Hermione avait fini par apprendre que la plupart de ses produits étaient issus d'une marque de cosmétique sorcière américaine trouvable dans une petite boutique de Pré-Au-Lard. Il y avait également un stand de maquillage de luxe chez madame Guipure. Elle n'y avait jamais vraiment prêté attention. Peut-être qu'après ce soir ça changerait. Aux yeux de Pansy, c'était une aberration de découvrir le côté ludique du maquillage à dix-huit ans, mais elle n'en attendait pas moins d'un rat de bibliothèque.
Après cette clarification technique, Hermione la laissa se préparer. La Serpentard avait un tout autre projet pour son costume. Elle serait l'ange de la mort, et elle ferait mieux de se hâter à le devenir puisque dans une heure, il serait déjà temps de descendre dans la Grande Salle.
La Gryffondor, elle, était déjà en route pour y retrouver les autres volontaires. Il fallait s'assurer que tout était bien en place avant le début des festivités.
Inferi — cadavres humains ensorcelés par un mage noir pour lui obéir.
