Huit ans. C'était l'âge qu'avait André lorsqu'il perdit sa mère et se retrouva orphelin. Vivant dans la campagne normande, il était seul et parvenait à se débrouiller, bien que recueilli par une vieille voisine qui lui paraissait étrange. Un jour, on l'informa que sa grand-mère, sa dernière famille, venait le chercher pour l'emmener à Versailles. Cela lui paraissait tellement effrayant, lui qui n'avait connu que la campagne et la misère, qu'allait-il bien pouvoir faire dans la plus grande ville du pays, chez des riches ? Après des adieux déchirants et une promesse de mariage à sa camarade de toujours, Christine, il grimpa dans la diligence, regarda le paysage familier s'éloigner et c'est alors qu'il fondit en larmes. Sa Grand-mère le réconforta avant de lui expliquer ce qui allait se passer : il allait devenir le compagnon d'une jeune demoiselle, d'une année de moins que lui. André acquiesça, prêt à affronter sa nouvelle vie, malgré la peur qui lui enserrait l'estomac.
Le voyage dura à peine trois jours. Lorsque la voiture à cheval se mit à franchir le haut portail de fer du château, sa nouvelle demeure, le jeune garçon commença à angoisser. Le couple propriétaire de la demeure attendait sagement sur le parvis de la bâtisse. Il fut accueilli avec joie puis fut présenté à la jeune Oscar, qui était armée d'une épée. Malgré ses airs de garçons, André comprit immédiatement qu'elle détenait une beauté hors normes, des yeux bleus scintillants tels des diamants et son cœur commença à battre à tout rompre dans sa poitrine. Il ne pouvait plus bouger, pétrifié par cette jeune fille en culotte. La tristesse monta dans la poitrine du garçon, se rappelant qu'il ne pouvait pas faire le poids face à cette personne : il ne savait ni lire, ni écrire, ni se battre à l'épée. Il était juste bon à s'occuper des moutons, des vaches et des chevaux. Pourtant, la petite fille ne parut pas lui en tenir rigueur, lui confiant au détour d'une conversation, qu'elle lui apprendrait tout ça.
« Père veut que je l'accompagne à Paris demain. Je veux que tu viennes avec nous. »
L'autorité de la jeune fille blonde stupéfia André. Il ne sut quoi répondre, se contentant seulement d'opiner du bonnet en guise d'acceptation. L'excitation le submergea : Paris ! Il allait aller à Paris pour la première fois de sa vie ! Il n'en avait vu que des gravures ainsi que des peintures dans des bouquins.
« Je sais que tu n'es jamais allé à Paris. Tu verras, ce n'est pas si impressionnant. »
« Pour moi ça va l'être. A part la campagne, les champs, les prairies et les vaches, moutons et les chevaux, je ne connais pas la ville. Est-ce que c'est aussi grand qu'on le dit en Normandie ? »
« Je suppose, oui. Après tout, c'est la capitale de la France. » Oscar marqua une pause « J'aimerais bien aller à la campagne, un jour. Voir les chevaux galoper en liberté dans les vastes parcelles de verdures me balader dans les grandes forêts infinies… Dis André… M'emmèneras-tu dans ton village, un jour ? »
« Dès que nous le pourrons. Mais tu risques de t'y ennuyer… »
« Je m'en fiche. Si je dis que je veux y aller, alors j'irai et tu n'as pas à discuter avec mes envies. »
André se tut, comprenant qu'il n'avait aucune chance de convaincre la jeune fille d'autre chose. Il haussa les épaules et perdit son regard dans l'horizon, observant ce nouveau paysage, découvrant des choses nouvelles. Machinalement, il se saisit d'une feuille tombée au sol puis la dépiauta au fur et à mesure, tandis que la jeune fille prenait grand soin de son épée. Ils restèrent assis en silence jusqu'à ce qu'on les appelle pour venir dîner, se quittant dans le grand hall du château.
Le lendemain, ils partirent pour Paris en milieu de matinée. Oscar et le Général de Jarjayes étaient tous les deux assis face à André dans leur carrosse orné de leur écusson, marqueur de leur noblesse. Les discussions s'enchaînaient dans la timidité, chacun étant en quête d'informations sur l'autre. Les yeux d'André étaient rivés vers l'extérieur, désireux de capter le moindre monument impressionnant de la ville. Il ignorait que le Général, avec la complicité d'Oscar, avait prévu un parcours de visite dans la capitale. Le noble avait un sourire grand jusqu'aux oreilles en observant l'émerveillement dans sur le visage du jeune garçon, qu'il commençait déjà à considérer comme son fils.
« Oh ! Quelle est grande cette église ! »
« C'est la Cathédrale Notre Dame de Paris. Elle est majestueuse, n'est-ce pas ? » expliqua Oscar.
« Je n'ai jamais vu de cathédrale aussi belle. Elle est si blanche, si… Wow ! »
Oscar se mit à rire doucement en voyant son nouveau camarade dans un si grand état de contentement. La Conciergerie, Le Louvre, l'Hôtel des Archevêques de Sens, l'Opéra… Les monuments s'enchaînèrent, amplifiant toujours un peu plus l'excitation d'André. Seulement, les sourcils du jeune garçon se froncèrent, son sourire tomba et une certaine mélancolie l'envahit. Oscar lança un bref coup d'œil à son père, ne saisissant pas ce changement de comportement soudain de son nouvel ami.
« Quel est cet énorme château qui bloque la lumière du soleil dans cette rue ? On dirait un fort. »
« C'est la prison de la Bastille, André. » affirma le Général.
« On dirait un mur, elle n'a rien de joli. Comme je l'ai dit, elle empêche les rayons de soleil d'accéder à la rue, ce qui est triste. »
En son for intérieur, le jeune garçon songeait qu'il serait bon de détruire cette fortification semblant surveiller le peuple tout en l'effrayant par sa couleur grise tirant sur le noir. Malgré cette touche morne, le normand avait apprécié sa balade et gardait de merveilleux souvenirs de cette sortie surprise. Il n'eut aucun mal à s'endormir, le soir-même, songeant qu'à l'avenir, la capitale de la France n'allait plus avoir de secrets pour lui.
Challenge : Paris + surprise
