Louis XVI et Marie-Antoinette n'entretenaient pas de relations conjugales marquantes, pour ne pas dire inexistantes. Le couple se côtoyait, développant des sentiments plutôt amicaux l'un pour l'autre. Le roi était le principal coupable de ce problème, ce que Marie Antoinette ne lui reprochait pas. Seulement, la pression était si forte qu'elle avait énormément de mal à la porter : il était primordial qu'elle offre un héritier au trône de France, sinon on la renverrait dans son pays et disgrâce deviendrait son nouveau prénom.

Malgré ces soucis de conception, elle appréciait le temps qu'elle passait en compagnie de son époux, à discuter de choses à d'autres, à l'écouter parler serrure et cadenas. Cependant, malgré sa gentillesse et ses petits présents, la jeune Reine ne songeait plus qu'à un seul homme, celui qui, au détour d'une danse masquée à l'opéra, lui avait volé son cœur. Il était un beau et jeune suédois, qui la comprenait, qui l'aimait pour ce qu'elle était, et qui pourrait tout donner pour elle. Marie Antoinette appréciait grandement les attentions que lui donnait Axel de Fersen, mais elle n'ignorait pas qu'il tentait tant bien que mal de contenir ses émotions et ses sentiments. Aimer la Reine de France serait une folie, c'était certains que des rumeurs allaient rapidement fuser au sein du grand château de Versailles, mettant alors en péril la réputation de Marie Antoinette.

Cette dernière ne se souciait guère des ragots rapportés essentiellement par les courtisanes ou les tantes du Roi. C'est pourquoi elle n'hésitait jamais à inviter Fersen au Petit Trianon, son repère de paix et de bonheur, éloigné de la cour à l'étiquette si stricte. Ensemble, ils jouèrent, ils rirent, ils discutèrent de tout et de rien ou bien firent de la musique tout en dansant. Leur joie était entière, à l'abri des regards des malhonnêtes. Louis XVI était mis au courant à demi-mot, de la présence du comte. Bien qu'il ne disait rien, la situation le pesait malgré lui.

C'est ainsi, qu'un après-midi, le jeune roi était parvenu à s'échapper de la surveillance de ses gardes et de ses ministres, prétextant qu'il devait se retrouver seul un moment afin de réfléchir à la résolution des problèmes du royaume. Malgré leur refus interne, ils finirent par céder au désir de leur souverain. Presqu'inconsciemment, Louis se dirigea vers le Petit Trianon, qui lui paraissait être à des lieues du château. Essoufflé par sa balade, il s'assit sur un banc à l'ombre. Rapidement, le roi se perdit dans ses pensées : il était le roi d'un royaume en peine, un mari qui ne parvenait pas à accomplir son devoir conjugal, il ne se sentait ni beau, ni séduisant. Les yeux vers le bas, il se dit que Marie Antoinette aurait mérité meilleur époux que lui.

Le hennissement d'un cheval le ramena dans la réalité. L'équidé changea d'allure progressivement, passant successivement du galop au trot avant de descendre au pas et de s'arrêter devant le roi. Il était là, devant lui, le comte de Fersen. Louis XVI leva les yeux vers lui, silencieux, tandis que le visage de Fersen était concerné.

« Tout va bien Sire ? » dit le jeune suédois en mettant un pied à terre puis faisant une révérence au roi.

Louis ne le quittait pas du regard, envahit par une sorte de tristesse incontrôlable. Il remerciait cet homme de faire partie de la vie de son épouse, de la rendre si heureuse. Le comte ne savait quoi dire, ressentant un malaise entre eux deux. Finalement, Louis se leva afin de faire face au suédois.

« Ne vous en faîtes pas, Monsieur de Fersen. Je vais bien. J'ai simplement eu un coup de chaud. » Il sourit. « Madame est-elle à son aise à Trianon ? »

« Oui, Sire. Elle semble être une autre femme, ne plus être reine lorsqu'elle s'y trouve. Voilà le plus beau présent que vous ayez pu lui faire. »

Le roi hocha la tête, un léger sourire aux coins des lèvres. Les bras dans les dos, il commença à avancer, la tête haute. Après un instant à réfléchir, il cessa sa marche avant de s'adresser à Fersen. Il était évident que le roi avait noté l'amour que le comte suédois portait à son épouse.

« Ecoutez, Monsieur de Fersen, je vous remercie de rendre mon épouse heureuse. Sans vous, je pense qu'elle s'ennuierait. Vous savez combien c'est difficile pour elle de s'accommoder de l'étiquette française. Je ne doute pas qu'elle vous aime, alors ne la décevez pas. Ne me décevez pas. Je vous la confie, qu'importe ce qui arrive. Sur ce, je dois rejoindre mes ministres. Faites attention à vous en partant. »

Le suédois ne put rien répondre. Louis était déjà parti dans la direction opposée à la sienne. Il ne le quitta pas des yeux, trouvant la scène étrange. Il eut besoin d'un peu de temps pour réfléchir à la situation précédente puis se remit en selle. Décidément, le Roi était aussi étrange qu'on le disait.