La chambre conjugale était plongée dans le noir. Tout paraissait calme, les bruits nocturnes se dissipant au fur et à mesure que la nuit progressait. Vraiment tout apportait un sentiment de paix au sein de foyer des Châtelet. Pourtant, Bernard était incapable de trouver le sommeil, ne pouvant cesser d'observer le visage endormi de Rosalie. Malgré la pénombre, il était capable de peindre son épouse avec une perfection, la connaissant par cœur, comme imprimée éternellement dans sa chair et son esprit.
Un bras replié sous sa tête, il n'osait pas faire de mouvements afin de ne pas réveiller sa reine, comme il aimait l'appeler. Néanmoins, une de ses mains aimerait dégager les mèches de cheveux blonds qui lui retombaient sur le nez, mais il se retint, continuant à l'observer. Son cœur battait si fort dans sa poitrine, il l'aimait avec une telle puissance qu'il n'avait pas eu le courage le lui annoncer la terrible folie qu'Alain et lui-même s'apprêtait à commettre. Pour son bien, à elle mais aussi celui de leur fils, François, Bernard avait choisi de garder le secret. D'un autre côté, Rosalie s'était aperçue que quelque chose n'allait pas et avait tenté plusieurs fois de savoir ce qu'il se passait. Il avait failli craquer plus d'une fois, détestant lui mentir comme il le faisait.
A force de fixer sa dulcinée, son espoir de survivre à ce projet s'amenuisait. Le journaliste doutait de la réussite du plan, mais ils devaient essayer, tous les deux, de tuer Napoléon. Ce militaire, premier consul, avait des idées beaucoup plus précises que le peuple pensait. Alain avait eu vent de la volonté du corse de devenir Empereur. Alors c'est ainsi que cela finirait ? Tous les combats menés par le peuple et les hommes politiques, par Robespierre, Danton, Marat, St Just, Alain et lui-même allaient voler en éclats à cause des idées de pouvoirs de Napoléon ? La République si chère à ses yeux était sur le point de vivre ses derniers instants, cela le révoltait. C'est pourquoi il était nécessaire de mettre en place cet attentat, et c'est morts ou vifs qu'ils s'en tireraient.
Imaginer ne pas revenir en vie et ne plus pouvoir vivre aux côtés de sa femme et son fils lui transperça le cœur. Les larmes montèrent à ses yeux et il ne put les retenir, la douleur étant désormais trop intense. Il se mit à renifler silencieusement, son oreiller devint humide, essuya rapidement ses larmes puis s'avança vers Rosalie. Le journaliste se mit à l'étreindre, la laisse placer son nez contre son torse nu et poser sa tête dans le creux de son bras. Les caresses dans sa chevelure que Bernard offrait à son épouse lui fit décrocher quelques soupirs de bonheur. Il aimerait tant lui avouer ce qu'il s'apprêtait à faire, mais son souhait le plus cher était de fuir avec les deux amours de sa vie. Il se sentit si vide à la simple idée de vivre sans eux, emprisonné à vie quelque part, peut-être dans ce fameux Fort Boyard situé près de la Rochelle. Il s'imaginait difficilement être en plein milieu de l'Océan Atlantique, loin de tout, loin de ce qu'il avait construit, loin de sa famille.
Tiré de ses pensées par une Rosalie remuant puis par sa voix si douce, Bernard baissa ses yeux troublés de larmes vers elle. Directement, elle posa une main sur la joue de son époux, son regard se noyant dans le sien.
« Bernard… Dis-moi ce qu'il se passe, s'il te plaît. Je sens que quelque chose ne va pas. »
Il déglutit, renifla et son corps, pris de tremblements soudains, sembla se briser sous une vague de tristesse. Démunie, Rosalie caressa le dos et les cheveux de son mari, invitant son visage à venir se nicher au creux de son cou. Son corps nu sous les draps vint se coller à celui du journaliste, apportant un semblant de réconfort à l'homme de sa vie. Elle patienta un moment, ne voulant pas le brusquer, et lorsque Bernard retrouva son calme, il reprit sa précédente position. Le menton posé sur la tête blonde de Rosalie, Bernard inspira lourdement.
« J'aimerais tout te dire, mon amour. J'aimerais, mais je ne peux pas. »
Il fit une pause.
« Quoi qu'il arrive aie confiance en mon amour et en mes actes. »
Perplexe, Rosalie décida de ne pas alimenter cette conversation qui ne menait nulle part. Pourtant, son mauvais pressentiment ne cessait de s'accentuer en même temps que celui de son mari.
Challenge : Bernard + secret
