Les yeux embués de larmes, Christine fixait son ruban sans songer à autre chose. La Grand-Mère d'André avait retrouvé sa trace et avait décidé de lui redonner ce bien que la jeune fille de l'époque avait donné à celui qu'elle considérait comme son prince. L'émotion était si intense qu'elle peinait à éclaircir ses pensées, tout la ramenant à l'amour de sa vie, désormais perdu.
Christine avait été surprise par la visite inattendue de la vieille dame, ce qui n'annonçait pas grand-chose de bon. Son instinct l'avait rapidement convaincue que la grand-mère d'André, qu'elle n'avait vue qu'une seule fois dans sa vie, était porteuse d'une bien triste nouvelle. La vieille dame lui remit son ruban en mains propres tout en lui annonçant calmement la mort de son bien-aimé. Elle eut la sensation que le monde s'effondrait autour d'elle, elle senti son cœur voler en éclats dans sa poitrine. Devenue pâle, elle s'empara du fin ruban et commença à pleurer, ne pouvant croire qu'une telle chose avait pu se produire.
Désormais seule dans sa chambre, elle en était toujours au même point. Son âme sembla s'effacer avec lenteur, la douleur l'envahissant de part en part. Elle avait revu André sans qu'il ne puisse la reconnaître, il l'avait oubliée et elle avait bien vu les regards languissants qu'il lançait à sa compagne militaire. La blessure était réelle : il avait volé son cœur de petite fille et elle ne l'avait jamais oublié, ayant bougé à Paris, une ville mal infâme à son goût dans le seul but de pouvoir le retrouver, lui. Elle avait dû enchaîner les petits boulots, la maltraitance et pire encore… Avant de se retrouver au Palais Royal en tant que maîtresse du Duc d'Orléans. Cette vie emplie de luxe, de bijoux, de cadeaux et de belles robes n'était pas faite pour elle. Tout ce qu'elle désirait, c'était retrouver celui à qui elle s'était fiancée puérilement.
Lorsqu'elle vit qu'André était devenu un si bel homme, ses yeux ne purent cesser de le fixer intensément, ce qui ne paraissait pas plaire à la jeune femme qui était à ses côtés. Pourtant, Christine continuait d'espérer qu'André puisse la reconnaître, en vain. Se rendre à la raison fut un exercice difficile, le cœur serré et retenant toute forme de sanglots de venir l'envahir, elle garda son sang froid devant le couple d'amis. Le cœur battant à tout rompre dans sa poitrine, une chaleur prit possession de son corps, se sentant faillir. Elle n'avait jamais cessé d'aimer cet homme, ayant été en proie à un coup de foudre. Ses yeux croisèrent les siens, s'accrochèrent sans sourciller. De la poussière d'étoiles parut s'installer dans ses iris pétillantes, puis ils s'écarquillèrent subitement, comme s'il avait saisi un élément important. Sa bouche s'ouvrit mais il n'eut pas le temps de dire quoi que ce soit que la jeune militaire le tira à l'opposé de la pièce. Honteuse, Christine abaissa sa tête, fixant le sol, les mains enlacées entre elles avant de retourner vaquer à ses occupations.
Malgré cet amour à sens unique, la jeune femme continuait à aimer son premier amour. Le deuil était un obstacle insurmontable, il y a tant de choses qu'elle aurait voulu lui dire, elle aurait aimé l'embrasser une dernière fois, en guise d'adieu. Non… Le seul hommage qu'elle avait pu lui donner, était de se saisir des glands qu'elle avait gardé avec elle depuis la séparation survenue dans leur enfance et de se diriger vers la cour du Palais Royal. Armée d'une pelle, elle poussa une dalle de la cour et commença à creuser, enterrant les glands sous le regard médusé du Duc d'Orléans. Elle n'avait que faire des jugements et des moqueries, elle avait fait ce qui lui paraissait être le meilleur pour affronter son deuil. Le chêne qui pousserait à cet endroit, était celui d'André, son amour de petite fille à jamais perdu.
Challenge : André / Christine + coup de foudre
