Bizarrement, je souris alors que l'aube se lève doucement. Le soleil illumine la prairie. Son éclat me rappelle la fraicheur de vie de Glimmer, son sourire, ses yeux verts et sa cascade de cheveux dorés. Depuis qu'elle est morte, pas une minute ne s'écoula sans que son regard hante encore mes esprits. Ma souffrance est indescriptible. Leur griffure me perfore la moindre parcelle de ma peau, seule ma tête est immunisée contre leurs crocs et griffes. Ils savent très bien qu'un seul coup sur mon visage et je meurs, mais ils ne veulent pas de ça. Limite, ils pensent que je peux encore gagner, que Katniss et Peeta mourront d'épuisement avant ma fin. Peut-être que c'est ce qu'ils attendent, que l'un d'eux meurt, que je meurs ensuite pour qu'il n'y est qu'un vainqueur et non deux. Ils veulent que j'ai encore de l'espoir, mais il se trompe je n'ai plus d'espoir depuis longtemps. Mes larmes ne cessent pas de couler, je ne sais même pas si elles signifient la souffrance ou la tristesse, parce qu'à ce moment, seul le visage de Glimmer inonde mon esprit. Elle est morte. Je ne le suis pas... pas encore.

Les hallucinations me rendaient fou. Je ne savais plus où était quoi. La seule chose dont j'étais certain c'était qu'elle était morte. Que Glimmer était morte. Qu'elle n'était plus de ce monde. Que plus jamais je ne caresserais son doux visage. Que plus jamais ses lèvres se presseraient sur les miennes. Que plus jamais je ne plongerai mon regard dans le sien. Plus jamais. Tout était terminé. Ma rage était tellement puissante et forte à cet instant que les illusions dues aux piqûres n'étaient que des effets secondaires. Le district Douze était responsable. Ils allaient périr. Je les tuerais, et tiens, il y en avait un juste là, à quelques mètres de moi. Alors que la fille de feu s'éloignait, alerté par les cris de son coéquipier. Je me mis à courir en leur direction. Il n'eut même pas le temps de s'apercevoir de qui était là. Mon épée s'abattit dans sa jambe si profondément que je sentis l'os juste à la pointe de mon épée. D'un geste brusque et violent, la lame sortit de la perforation tandis que Peeta cria de douleur. Mon épée allait s'abattre à nouveau mais je vis Glimmer. Juste derrière lui. Elle était là. Toute boursoufflée par les piqûres. Ses yeux verts me regardaient mais ils avaient perdu leur éclat d'autrefois. La vie s'était échappée de son corps. Je lâchais mon épée, à bout de souffle. Même au-delà de la mort, je ne pouvais me détacher de son regard et ce fut ce qui permit à Peeta de s'échapper. Je tombais à genoux les larmes bordant mes yeux. La douleur était insoutenable, en plus des piqûres qui me brûlaient la peau, mon coeur se serrait, j'avais l'impression qu'il explosait. Je m'évanouis mais jusqu'au bout je gardais mon regard fixé sur les yeux verts de Glimmer.

Je battis des paupières. J'avais l'impression qu'un énorme rocher s'était abattue sur ma tête. Cette dernière me lançait, m'empêchant ainsi de me relever. Des images me revinrent à l'esprit. Son corps qui ne bougeait plus. Ses yeux sans vie qui me fixaient et auxquels je ne pouvais me détacher. Glimmer était morte. Je fermais les yeux à cette pensée douloureuse. Ma main vint cacher mon visage, et je remarquai la piqûre sous l'oeil. Je grommelai. J'entendis un bruit à ma droite mais je ne me relevais pas. Je n'avais pas la force de bouger. À cet instant rien ne pouvait me faire plus plaisir que de mourir. J'entendis une voix, c'était un peu confus dans ma tête, mais je la reconnus. Clove.

─ Cato, tu es réveillé ?

─ Mmmh... lâchai-je comme pour acquieser.

─ Ca va ?

─ Et toi ?

─ Répond-moi d'abord, insista Clove sur un ton autoritaire.

─ Ca pourrait aller mieux.

─ Je me suis réveillée il y a quelques heures seulement.

─ Ca fait combien de temps que je suis évanoui ?

─ Une journée et demi. Il va faire nuit. A l'aube, ça fera deux jours.

─ Il reste qui ?

─ Marvel, toi, moi, un garçon du district Trois, il est avec nous je t'expliquerai tout après. Peeta, Katniss, la fille du district Cinq, les deux du district Onze, et le garçon du Dix.

─ Glimmer est morte, laissai-je échappé contre ma volonté.

J'entendis Clove changer de position mais je n'ouvrais toujours pas les yeux. Je n'avais pas envie. Je n'avais pas encore la force d'accepter la réalité. Je préférais me terrer encore un peu, laisser mon cerveau digérer l'information, et mon corps guérir complètement de ses insupportables piqûres de guêpes. Clove ne parla pas pendant quelque temps puis elle reprit subitement pour m'expliquer ce qui s'était passé en mon absence.

─ Marvel a trouvé ce garçon du Trois et il avait reçu des mines par les sponsors. C'est la spécialité de son district et on lui a promis la vie sauve en échange de quoi il installe les mines autour des provisions, comme ça, personne ne peut nous prendre quoi que ce soit. C'est génial non ?

Je ne me prononçais pas mais il était vrai que Marvel avait fait une bonne affaire avec ce garçon. Nous pourrions dormir plus tranquillement, sans que nous craignions l'arrivée d'un tribut pendant notre sommeil bien que cela ne soit jamais arrivé, jamais nous n'avions oublié cette possibilité. À présent, plus de danger, s'il touchait le sol, il exploserait dans la minute qui suivrait. Je me forçais à ouvrir les yeux. Ma main me protégeait des rayons du soleil. Je me sentais complètement vide et asséché.

─ Passe-moi de l'eau, demandai-je à Clove.

Je tendis mon autre main et elle me donna une gourde en métal. Je bus tout ce qu'elle contenait mais même encore après je me sentais mal. Je refermais les yeux. J'étais vide à l'intérieur, dans ma tête, une seule image me revenait à l'esprit. Ses lèvres bougeaient pour former des mots « Le premier homme dont je suis tombée amoureuse. » Ses yeux qui brillaient autant au clair de lune que lors de la journée, ils étaient illuminés par le soleil flamboyant. Son souffle dans ma nuque, ses mains délicates caressant ma joue, mes doigts s'emmêlant dans sa chevelure d'or, et s'entrelaçant tendrement avec ceux de Glimmer. J'avais l'impression que mon coeur s'arrêtait de battre à chaque pensée que j'avais pour elle. Soudain, je sentis quelques choses couler sur mes joues. Je palpais mon visage doucement avec mon autre main, celle qui ne me cachait pas les yeux. De l'eau ? Non. Des larmes. Je pleurais silencieusement sans que je ne me rendisse compte.

─ Cato, ça va ? me demanda Clove.

─ Laisse-moi seul s'il te plaît.

Je l'entendis s'éloigner. Je crois que c'était la première fois que je prononçais ces mots.

Je me réveillais à l'aube. Je n'avais plus aucune douleur. Je me sentais un peu moins nauséeux que la veille. Je passais une main sur mon visage et je remarquai que les larmes n'étaient pas sèches. J'avais encore pleuré toute la nuit ?

─ Je n'arrivais pas à t'arrêter.

J'ouvris les yeux et regardais Clove, assise juste à côté de moi. Je l'interrogeai du regard.

─ Je t'ai veillé toute la nuit. Tu n'as pas arrêté de pleurer, et pourtant, tu ne disais rien, le silence total, mais je crois savoir la raison de tes souffrances.

Elle marqua une pause hésitante puis repris.

─ C'est elle n'est-ce pas ?

Je la regardais. Jamais je n'avais remarqué la profondeur de ses yeux couleur chocolat. Elle me sourit, sourire que je lui rendis. Je m'assis à ses côtés en essuyant du revers de la main les larmes qui n'avaient pas arrêté de couler durant mon sommeil.

─ J'ai bien tenté de t'apaiser mais il n'y avait rien à faire.

─ C'est pas grave. C'est passé maintenant, mais merci...

─ Y'a pas de quoi.

Nous restâmes ainsi pendant un moment, silencieux, les yeux rivés vers le soleil qui se levait. Je laissais à nouveau mes pensées divaguer. Glimmer était morte. Il restait encore neuf tributs dont ceux du district Douze : les responsables. Je me souvins d'avoir blessé gravement Peeta, j'espérais qu'il soit en train d'agoniser et de souffrir autant que moi. Et la fille de feu, Katniss de son vrai nom, j'espérais la trouver et la tuer de mes propres mains. J'espérais que sa vie soit entre mes mains, que sa respiration baisse à fur et à mesure que la pression de mes doigts sur sa nuque soit plus dure et intense. Qu'elle succombe à l'étouffement, qu'elle se débatte autant qu'elle le peut. Je désirais voir ses yeux perdre la vie, je désirais qu'elle cesse de bouger alors que je la tenais encore par le cou. J'espérais que sa mort soit lente et douloureuse.

Plus tard dans la journée, Marvel et le garçon du district Trois se réveillèrent. Ce dernier resta au campement alors que nous autres, tributs de carrières, reprîmes notre activité préférée : fouiller la forêt et dénicher des tributs. Une épée à nouveau entre mes mains, je désirais qu'une chose : tuer, car cela me permettrait d'oublier pendant ces quelques instants de défoulement, les yeux vides de Glimmer qui me suppliait de l'aider. Mon voeu fut exaucé pendant la nuit alors que le soleil allait se lever d'un instant à l'autre. Un garçon se tenait à quelques mètres de nous. Nous fîmes le moins de bruit possible. Marvel et Clove tentèrent de m'arrêter mais à la vue de ce tribut innocent et seul je n'avais qu'une envie : le tuer. Il ne me vit même pas arrivé. Mon épée s'abattit dans son dos et son corps s'effondra sous mon poids. Je ne sais pas ce qui me pris à ce moment mais je continuais de le frapper alors que la mort l'avait déjà emporté. Je les détestais tous. Qu'il crève tous. Qu'il paye tous pour le meurtre de Glimmer, c'était tout ce qu'ils méritaient de toute manière. Ce fut Clove qui m'arrêta. Elle me tira par les épaules pour que je m'éloigne de son corps. C'est à ce moment que je remarquai que j'étais couvert de sang et que le corps du tribut était méconnaissable. Ma haine avait pris le dessus et pendant quelques secondes je n'avais pensé qu'à cette rage que j'avais en moi, cette haine qui me poussait à le massacrer comme je désirais le faire avec la fille de feu. Dès l'instant où Clove m'arrêta, je vis les yeux du mort me fixer du regard et instantanément, l'image de ses yeux se superposa avec ceux de Glimmer. Moi qui n'avais jamais eu peur de rien, me voilà effrayé à la vue de la mort. Cela ne fit que m'énerver davantage. Je bouillonnais de l'intérieur tandis que nous retournions au campement et que le canon annonçait la mort d'un nouveau tribut. Le ciel s'éclaircit peu à peu et arrivé près du lac, j'étais toujours en colère contre ce que j'étais devenu. Je m'adossais à un arbre à l'écart des autres, fulminant des injures contre moi-même. Je ne vis même pas Clove s'approchait de moi.

─ Cato, qu'est-ce qui t'arrive ? demanda-t-elle mais j'ai l'impression qu'elle se posait plus la question à elle-même qu'à moi. Je ne t'ai jamais vu comme ça même pendant les entraînements. Tu peux me parler, je ne dirais rien à Marvel. Ce sera entre nous.

─ Entre nous et le monde entier tu veux dire, lui répondis-je froidement. Laisse tomber, ça va mieux maintenant que je me suis défoulé.

─ Tu es sûr que tu ne veux pas en parler ?

Je me tournai vers elle. Elle me regardait de ses grands yeux bruns, ses cheveux attachés négligement derrière sa nuque. Elle semblait très attachée à moi, à ce que je pouvais ressentir, et elle ne désirait que mon bien, je le sentais. Alors pour la soulager de sa peine, celle que je lui causais en étant mal, je répondis à ses attentes et lui fis part de ce qui me tourmentait, enfin, juste une partie. Je n'osais pas avoué être hanté par le cadavre de Glimmer, par ses yeux m'appelant à l'aide par-delà la mort.

─ J'enrage. J'ai tellement envie de tuer la fille de feu, j'ai envie qu'elle meurt entre mes mains. Je ne supporte pas le fait qu'elle soit en vie alors qu'elle a-

Les mots restèrent coincés dans ma gorge. Je ne voulais pas tout lui dire. J'essayais de me contenir mais dès que je pensais à Katniss j'avais envie d'exploser. Je lançais un regard en coin à Clove qui semblait avoir compris la fin de ma phrase. Elle soupira en regardant le ciel.

─ C'est pas toi qui m'as dit qu'on allait tous les massacrer avant les jeux ?

Je me souvins de la veille des jeux, des larmes de Clove, de sa rage contre Katniss. Je souris.

─ Et c'est ce qu'on va faire.

Elle avait le don pour me remonter le moral. Les mots qu'elle prononçait me donnaient envie de me battre, me battre pour elle. Elle me sourit à son tour et proposa sa main pour m'aider à me relever. Bien que je puisse le faire seul, je pris sa main. C'était un signe d'amitié. Clove était tout ce qu'il me restait dans l'arène, mon seul point d'attache. Je ne laisserai personne me l'enlever.

Quelqu'un se jouait de nous. Je lui ferais payer cet affront. Marvel, Clove et moi avions surpris de la fumée plus loin en profondeur de la forêt et instinctivement nous nous y sommes rendus en laissant le garçon du district Trois seul au campement. Grossière erreur, quelques instants plus tard, une détonation impressionnante fit trembler le sol. Directement, tous les trois nous retournâmes et aperçûmes l'énorme nuage de fumée près de notre camp. Notre course en direction du campement fut la plus rapide que nous ayons jamais faite depuis le début des jeux. Je me sentais révolté, prêt à tout et n'importe quoi. Lorsque je vis nos provisions parties en fumée, je m'énervai, je chutais dans plusieurs débris de sac, valise et autres, et là, je vis le garçon. Je ne lui laissai même pas le temps de faire trois pas. Clove essaya de m'empêcher de le tuer, elle désirait savoir ce qu'il s'était passé, mais je ne l'entendais plus. Ma rage de tuer prit le dessus. Je pris son visage entre les mains et d'un mouvement brusque et précis, je lui brisais la nuque. Ces os craquèrent instantanément et son corps tomba à terre sans vie. La vue de son cadavre ne me fit pas décolérer pour autant. Clove tenta de m'apaiser mais je me fichais de tout. Tout ce que je voulais c'était que cette mascarade ne cessât. Qu'on en finisse une bonne fois pour toutes, que tous ceux qui s'amusaient cessent leur petit jeu, qu'ils se montrent, qu'ils se battent. Que des lâches. J'en avais assez. On s'éloigna du corps pour laisser le Capitole le récupérer mais j'étais toujours en proie à une rage folle et à plusieurs reprises je mis des coups de pied dans tout ce qui se trouvait au sol.

Le soleil, quelques heures plus tard, se coucha. Nous nous étions réfugiés près du lac. La faim commença à nous tenailler petit à petit. On explora quelque temps les dernières traces de notre pyramide de provisions et c'est là que je la vis. Une flèche. C'était bien une flèche que Glimmer avait dans son carquois avant que... Katniss. Je brisai la flèche en deux, la rage montant en moi. Clove aussi serra les dents en voyant la flèche brisée en deux. Elle aussi avait compris qui était responsable de la perte de nos provisions. J'avais une raison de plus de vouloir la tuer. Qu'est-ce que je ne ferai pas pour avoir un face à face entre elle et moi ? Que je puisse la faire souffrir. Qu'est-ce que j'en mourrais d'envie. Je m'endormis cette nuit-là en pensant à la joie intense que cela me procurait de la voir périr entre mes mains.

Je rêvais de Glimmer. Des frissons qui me parcouraient le dos en l'embrassant. Le goût de ses lèvres. La beauté de ses yeux. La sensualité de son corps. La douceur de sa peau. Ses doigts entrelaçaient avec les miens. Sa joue contre la paume de ma main. Ses tendres caresses. L'envie irrépressible d'approfondir chaque baisers échangés. Ce désir d'arrêter le temps lorsque nous étions seuls. Mon coeur s'affolant à chaque nouveau contact entre nous. L'effleurement de nos deux corps endormis. Ses baisers, son regard. L'éclat de ses yeux lorsqu'elle était encore en vie... Ils brillaient de joie. La flamme de l'amour qui s'animait dans nos corps, cette chaleur qui s'éprenait de nous. Glimmer est morte.

La vue de son corps inanimé dans mes songes me fit sursauter dans mon sommeil me propulsant en avant, me réveillant, transpirant et essoufflé. Clove dormait à côté de moi mais aucune trace de Marvel. Le canon retentit, brisant le silence du matin. Clove sursauta et se redressa d'un seul coup, un couteau en main, prête à tuer s'il le fallait.

─ Où est Marvel ? me demanda-t-elle.

─ Aucune idée.

Nous nous levâmes en cherchant des yeux notre coéquipier. Pas de trace de lui, ni de son arme favorite : une lance qu'il ne lâchait jamais. Je jetais un regard inquiet vers Clove, nous craignions la même chose, que le coup de canon soit pour lui. Nous n'eûmes pas le temps de nous remettre de la nouvelle qu'un second coup de canon retentit. Aussitôt la réalité me frappa. Nous n'étions plus que six. Clove et moi attendîmes quelques heures le retour de Marvel mais nous comprîmes rapidement que l'un des deux coups de canons était pour lui.

Le soir, alors que nous cherchions de quoi nous nourrir dans la forêt, l'hymne retentit et l'image de Marvel, ainsi que celle de la petite du district Onze, se matérialisa dans le ciel. Nous ne comprîmes pas ce qu'il s'était passé et nous ne le saurions jamais. On continua notre chemin en fouillant le moindre recoin de la forêt. Cependant, on ne s'éloignait jamais trop de la Corne d'abondance, histoire d'avoir un repère dans l'arène. Et puis, il y avait le lac. On ne pouvait pas se permettre de s'en éloigner si l'on voulait boire à notre soif. La journée suivante se déroula sans évènements particuliers. On se nourrissait de quelques animaux que nous parvenions à attraper, de fruits que nous connaissions. Je me sentais minable, faible, et fatigué. Chaque fois que nous nous reposions, je ne dormais qu'une heure ou deux, ensuite, je me réveillais en sursaut à cause de Glimmer, de son corps mort, de ses yeux sans reflet qui me fixaient. Ces images étaient toujours précédées d'un doux songe dans lequel j'embrassais la belle blonde, que je la contemplais, que nous nous regardions tendrement, le sourire aux lèvres. Parfois son rire berçait mon sommeil, mais pas aussi longtemps que je l'espérai, bien vite son rire était remplacé par ses cris d'agonies alors que j'étais entrainé vers l'avant l'abandonnant, contre mon gré, à son triste sort. Le soleil se coucha à nouveau et contre toute attente une sonnerie de trompette retentit. Clove et moi avions les oreilles aux aguets. Qu'est-ce que c'était ?

─ Félicitations aux six derniers tributs ! Avant de poursuivre votre route, je vous préviens qu'il y a un changement dans le règlement. Cette année pas un mais deux tributs peuvent aspirer à la victoire à condition qu'ils soient du même district.

Je regardai Clove tandis que Claudius Templesmith répétait l'annonce. Instinctivement, Clove s'approcha de moi et on se prit dans les bras. Je lui caressais les cheveux et elle me serra fortement contre elle. Nous pouvions gagner, tous les deux. Pour cela, il nous fallait tuer les quatre derniers survivants. Katniss et Peeta doivent se chercher à présent, ils voudront unir leurs forces pour combattre à deux alors que les deux autres tributs allaient rester seul. Même si Peeta devait être dans un sale état depuis que je l'avais blessé. Je me séparai de Clove. Je la regardais dans les yeux et lui annonçai :

─ Il faut qu'on trouve la fille du Cinq et le garçon du Onze. Gardons le meilleur pour la fin.

Elle acquiesça et nous repartîmes à la chasse aux tributs.

Deux jours s'écoulèrent sans que l'on ne trouvât la moindre trace des tributs. Que ce soit la fille du Cinq, le garçon du Onze ou les deux enfoirés du Douze, pas une trace d'eux. L'arène était gigantesque et au final, Clove et moi préférions attendre un rassemblement mis en scène par le Capitole. Ainsi, ça allait être plus facile de les tuer. On se reposait plus qu'on ne traquait. Un jour qu'il faisait terriblement chaud. Un parachute s'abattit sur le sol. Ils nous apportaient de la nourriture des sponsors. Enfin. On put se rassasier à notre faim car le petit sac contenait beaucoup de mets délicieux. On garda quelques provisions et on se remit en marche. À travers la forêt, on restait silencieux, attentif aux moindres bruits de la nature, guettant si un tribut n'était pas loin. En soirée, on s'arrêtait, et la troisième nuit après l'annonce de Claudius, sa voix retentit à nouveau dans les haut-parleurs. Cette fois-ci s'était pour nous annoncer ce que Clove et moi attendions depuis deux jours. Un festin, certes pas n'importe lequel, mais il était tout de même synonyme de rassemblement. Il était donc évident que nous allions être de la partie. Par la même occasion, nous allions récupérer notre sac qui devait sûrement contenir quelque chose qui nous aiderait à être proclamés grands vainqueurs des 74èmes Hunger Games. À ce stade du jeu, toute aide était la bienvenue. Clove et moi nous mettions en chemin en direction de la Corne d'abondance. On arriva au milieu de la nuit aux abords du lac. On s'accorda quelques heures de repos. On s'allongea l'un à côté de l'autre. Je plaçais mes mains derrière la tête et observais le ciel. Je songeais à la journée qui allait venir, peut-être la fin des jeux était proche. Je m'apprêtais à m'endormir lorsque Clove se tourna vers moi. Je levais les yeux pour plonger mon regard dans le sien.

─ Cato... J'aimerais que tu me fasses une promesse, me dit-elle sérieusement, ses yeux brillant à la lueur d'une de nos torches.

─ Je t'écoute.

─ J'aimerais tuer Katniss.

Je la regardais surprise. Après tout ce qu'il s'était passé, elle savait très bien que jamais je ne serais tranquille tant que je ne tuais pas Katniss moi-même. Sa proposition me déconcerta. Je ne voulais pas lui refuser cette faveur, après tout ce qu'elle avait fait pour moi. Qu'est-ce que je serai devenu sans elle ? Mort probablement, les piqûres de guêpes auraient eu raison de moi. Grâce à elle, j'étais vivant, et à ce jour, il était possible que nous gagnions tous les deux, alors même si je désirais ardemment tuer la fille de feu, je décidai de la laisser à Clove.

─ Vas-y Clove, je te la laisse. À une seule condition.

─ Laquelle ? me demanda-t-elle perplexe.

─ Que tu la fasses souffrir, que je puisse observer le spectacle de ma loge.

─ Je te le promets.

─ Promets-moi autre chose aussi.

─ Oui ?

─ Reste en vie. S'il te plaît.

À nouveau je prononçais ces trois mois que je n'avais utilisé que trop rarement avant les jeux. Elle prit ma main dans la sienne et nos doigts s'entrelacèrent comme pour sceller notre promesse. En se fixant l'un et l'autre dans les yeux, je me surpris à espérer qu'elle ne meurt pas. Elle m'avait soutenu après la mort de Glimmer, qui serait à mes côtés si Clove mourait ? Je ne pourrais le supporter. Elle s'allongea mais ses doigts ne se démêlèrent pas des miens. Elle s'endormit en serrant un peu plus fort sa main dans la mienne. J'avais l'impression qu'elle désirait s'assurer que j'étais toujours là à ses côtés. À mon tour, mes doigts serrèrent davantage les siens afin de la rassurer. Je m'endormis à mon tour.

Il faisait encore nuit lorsque je m'éveillais. Cependant, à la couleur du ciel, on devinait que dans peu de temps les rayons du soleil caresseraient nos visages. Je voyais la Corne d'abondance de là où j'étais et aucun sac n'était encore en place. Je me retournai et vis que Clove dormait toujours paisiblement, ses doigts serrant les miens avec force. Aussitôt que je retirai ma main pour me lever, ses yeux s'ouvrirent et elle m'appela.

─ Je suis là, la rassurai-je. Il faut qu'on y aille, le soleil va bientôt se lever.

Elle voulait me dire quelque chose mais les mots ne sortirent pas et le silence s'installa entre nous tandis que nous rassemblions nos affaires afin de nous rendre dans la forêt pour guetter les tributs qui arriveraient. Clove et moi étions forcés de nous séparer pour que l'on puisse avoir une vue sur tous les côtés de la Corne dorée.

─ Tu bouges seulement pour Katniss. Moi je guette le gars du district Onze d'accord ? La fille du Cinq ne nous intéresse pas et Peeta ne doit pas être en mesure de courir avec l'entaille que je lui ai faite. S'il y a un problème tu m'appelles d'accord ?

Même si j'avais tout fait pour cacher mon inquiétude, ma voix trembla lorsqu'elle prononça ses mots. Clove me regarda dans les yeux, me rassurant du regard qu'elle ne comptait pas mourir et qu'elle suivrait mes conseils à la lettre. Elle me fit promettre de ne pas interrompre son combat tant qu'elle ne m'appelait pas. J'acceptais. J'étais prêt à tout lui céder de toute manière. Je la pris dans mes bras, la serrant fortement contre mon torse. Son cœur battait aussi fort que le mien, nos battements rassemblés formaient une fanfaronnade dans le silence de la forêt. L'aube approchait. Avant de nous séparer complètement, mes mains agrippèrent ses épaules et on se regarda à nouveau dans les yeux. Je lisais dans son regard à la fois de l'inquiétude et de l'excitation. Je lui embrassais le front dans un geste de réconfort.

─ Merci pour tout ce que tu as fait pour moi, lui dis-je. Tue-la, qu'on en finisse.

Clove me tourna le dos et s'enfuit dans la forêt à l'opposé de ma direction. Je courus aussi vite que je le pouvais à la limite entre la forêt et la prairie où se trouvait la Corne d'abondance. Je m'arrêtais à un endroit, je ne voyais pas Clove mais elle était plus proche de la Corne, fidèle à son poste, prête à l'attaque si la fille de feu se montrait. Les premiers rayons du soleil caressèrent mon visage tandis qu'un bruit terrifiant en provenance de la Corne d'abondance m'interpella. Je vis le sol se fendre en deux et une table s'élevait dans l'arène. Quatre sacs étaient posés dessus. Un bruit dans le feuillage me fit me retourner. Plus loin dans la forêt, j'aperçois une rousse courir à toute vitesse à travers la prairie, attraper son sac et s'en aller aussi vite qu'elle était apparue. La fille du district Cinq. Rapide et futée. Mais ce n'était pas elle qu'on attendait. Soudain, je vis la fille de feu dévaler la pente, attraper son petit sac orange tout en évitant un couteau de Clove qui se prend une flèche dans le biceps. Je grimaçais. Pendant un moment, j'étais prêt à courir pour l'aider mais j'attendis, pour elle, elle désirait tellement la tuer que je respectais nos promesses en espérant tout de même qu'elle m'appelât en cas de danger. En quelques secondes, Clove parvint à prendre le dessus, elle la plaqua contre le sol, même si j'étais loin d'elles, je pouvais tout voir. Elles échangèrent quelques paroles jusqu'à que Clove sortît l'un de ses couteaux. Je la vois l'approcher de son visage mais soudain une masse noire se dressât au-dessus d'elles et catapulta Clove plus loin. J'étais tellement absorbé par ce que faisait Clove, de peur qu'elle ne meurt que j'en avais complètement oublié le garçon. Je m'apprêtais à m'élancer pour aider Clove lorsque je l'entendis m'appeler. Mes jambes coururent à une vitesse que je n'avais jamais atteinte même avec les années d'entrainements derrière moi. Je l'appelais à mon tour. Mon cœur me frappait la poitrine. Je vis seulement que le garçon laissa la vie sauve à Katniss qui s'enfuyait à la suite du garçon qui tenait à la main le sac de notre district, après, je me tournais vers Clove, l'épieu à la main. Elle me regardait en penchant la tête sur le côté, elle semblait complètement sonnée. Je m'agenouillais auprès d'elle et même si je luttais contre elles, les larmes se mirent à couler contre mon gré. À cet instant je me fichais bien qu'on me filme dans un moment de faiblesse. Il fallait qu'elle reste avec moi. Je serrais sa main encore chaude dans la mienne.

─ Clove, reste avec moi, je t'en supplie.

─ Cato...

Sa main caressa ma joue avec délicatesse.

─ Je voulais faire ça pour toi. Je voulais t'aider à te sentir mieux, à te libérer de ce poids qui t'oppressait. Je voulais tellement la tuer pour que tu sois fière de moi.

─ Je suis fière de toi, mais arrête de parler comme si tu allais mourir. Arrête... Je t'en supplie reste avec moi.

─ J'aurais voulu que tu voies en moi ce que tu voyais en Glimmer.

─ Clove...

─ Promets-moi de gagner.

─ Je te le promets, reste Clove, résiste...

J'étais prêt à lui dire tout et n'importe quoi pourvu qu'elle ne restât à mes côtés. Elle murmura des paroles que je n'entendis pas. Je me penchais vers elle, et j'entendis les mots qu'elle prononça avec toute la tendresse et la sensibilité qu'elle possédait.

─ Cato... Embrasses-moi.

Je plongeais mon regard dans la profondeur de ses yeux couleur chocolat. Quelque chose en moi résista un moment à la demande de Clove. Cela ne dura qu'un instant mais Glimmer me revînt à l'esprit. Ses yeux flamboyant d'arrogance me fixaient à l'intérieur de mes pensées dans l'espoir de me faire reculer. Mais je ne pouvais pas refuser la demande de Clover. Elle avait attendu le jour de sa mort pour m'avouer ce qu'elle ressentait, avait supporté mon amour pour Glimmer, et alors qu'elle était au bord de la mort, elle me suppliait de l'embrasser. Je me penchais vers elle et nos lèvres s'effleurèrent un instant tandis que sa main lâchait la mienne. Ses yeux s'illuminèrent à l'instant de notre baiser et s'éteignirent aussitôt après. Mon front vint rencontrer le sien, je lui caressais la joue tandis que je pleurais de désespoir. Je criais ma rage en brisant le silence oppressant de l'arène. Clove était morte.