J'aurais pu me battre comme je l'avais promis à Clove mais qu'est-ce que je peux faire contre les jeux ? J'ai l'impression que tout a été fait pour eux, pour qu'ils gagnent. J'ai l'impression d'être le grand perdant de ses jeux, que l'on se joue de moi depuis le début. Si seulement je pouvais retourner en arrière et ne pas me porter volontaire pour ces jeux. Si seulement, je n'avais pas été le meilleur de ma promotion à l'entraînement. Je pourrais refaire toute ma vie avec des si. Seulement, je suis ici, déchiré, broyé, baignant dans mon sang, dans ma chair déchiquetée. Autour de moi, les mutants se battent presque entre eux pour trouver une place pour leur repas. Je ne sais pas ce qui me maintient encore en vie. Je cherche mais je ne trouve rien. Rien qui puisse me donner la force de vivre. J'ai tout perdu, mon honneur, ma dignité, ma virilité, ma puissance, ma joie, mon excitation. Glimmer et Clove m'ont tout pris, et la mort les a emportées en même temps que mon espoir. Qu'est-ce que je fous encore là ? Qu'on m'achève et qu'on en parle plus. Mais non, il faut nourrir l'appétit féroce du Capitole, quoi de mieux de laisser agonir un tribut pendant des heures ? Même si j'avais la même mentalité qu'eux au début des jeux, je dois avouer que je me sens subitement stupide d'avoir pensé pareil. Je cherche des yeux une issue... pour me sauver. Je la trouve... Juste au-dessus de moi. Katniss, la fille de feu, délivre-moi de ce mal qui me torture...

Je tombais à la renverse. Je regardais toujours Clove, son corps s'affaissa sur le côté. Je vis le reflet des couteaux dans sa veste à la lueur du soleil. Bien que je me dégoutasse de faire ce geste, ma main vint attraper quelques-uns de ses couteaux, et les rangeait dans ma propre veste. Malgré que sa tête n'ait heurté le sol, ses yeux étaient toujours grands ouverts, bien qu'ils aient perdu la lueur de la vie, je sentais encore leur intensité qui s'était animé lorsque j'avais pressé mes lèvres contre celle de la brune. Je reculais en position assise en arrachant l'herbe sèche. Je fixais son corps inerte. Je tremblais. La peur que j'avais ressentie après la mort de Glimmer me faisait perdre à nouveau le contrôle de mon corps. Je me sentais seul. Jamais je ne m'étais senti aussi seul, comme si mon corps supportait le pire des fardeaux, je me sentais lourd, pesant, et pourtant, complètement vide. Ma raison m'avait quitté. Clove m'avait ramené à la raison, à présent, elle ne le pouvait plus. Je m'efforçais de me rappeler sa main sur mon épaule, me rassurant, m'aidant dans les moments difficiles comme la fois où je m'étais acharné sur un tribut. J'essayais de me souvenir ce contact amical qui m'avait ramené à la réalité. Je fermais les yeux, me concentrer. Il fallait à tout prix que j'arrêtasse ses tremblements, que je reprisse le contrôle sur moi-même. Mon coeur battait si fort qu'il me faisait mal. Je respirais lentement. Si Katniss revenait, j'étais persuadée qu'à cet instant je me serai laissé tuer.

« Promets-moi de gagner. »

Je le lui avais promis. Je ne pouvais pas abandonner. Je me relevais en expirant profondément et me retournai pour ne plus voir le corps de mon amie. Je me mis à courir dans la même direction que son meurtrier. Le coup de canon qui retentit manqua de me faire tomber. Avant de poursuivre ma route, je me retournais et vis l'hovercraft au-dessus de la Corne d'abondance, le corps de Clove fut emporté. Je ravalais mes larmes qui étaient prêtes à dévaler mes joues. Il fallait que je suive ses traces dès maintenant si je voulais avoir une chance de récupérer mon sac et de venger Clove. J'essayais de me persuader qu'en l'éliminant cela me rendrait mon espoir, mais je n'en avais plus. Glimmer en avait pris une part lors de sa mort, et Clove avait pris tout ce qu'il me restait. Je ne gagnerais pas. Tandis que je courais à travers la forêt, pour la première fois, je me sentis libre. Je ne me berçais plus d'illusions. À cet instant, je prenais conscience que tout cela n'était qu'un jeu. J'étais un pion et ce pion n'irait jamais jusqu'à la case final. J'allais perdre la partie, c'était évident, mais avant cela, je devais livrer un dernier combat. Tuer ce garçon du Onze, et par la même occasion venger Clove.

La journée se passa sans que je ne retrouvasse le garçon. Mon épieu à la main, je me sentais de plus en plus affaibli par la fatigue, et le poids de la mort de Clove qui ne cessait pas de me ronger. Je me sentais terriblement coupable, alors j'avais sa mort sur sa conscience, elle m'oppressait, me rendait fou par moments parce que pendant que je poursuivais mon ennemi, je me mettais à penser à elle, au moment que nous avions passé ensemble et subitement, j'avais le souffle coupé, et mes membres se remettaient à trembler. Ces réactions soudaines me rendaient nerveux, et j'étais constamment en train d'essayer de contrôler mes pensées pour qu'elles se dirigeassent uniquement vers le garçon à la peau noire. La nuit tombée, je m'arrêtais pour me reposer. Aussitôt que l'hymne du Capitole résonna dans l'arène, je levais les yeux au ciel. Le visage de Clove se matérialisa et cela me fit un choc. Elle était bel et bien morte. Jusqu'à cet instant, quelque chose en moi essayait de croire que cela n'était qu'un cauchemar et que j'allais me réveiller, mais non, Clove était morte et à présent j'étais seul. Seul contre tous.

Je ne dormis pas beaucoup cette nuit-là car je fus réveillé par le tonnerre et la pluie qui s'abattit sur l'arène. La météo était à l'image de mes sentiments. Dévastateur. Les autres instants où je trouve enfin le sommeil, je me réveille au bout d'une demi-heure seulement, trempé de sueur, le souffle court, mon coeur battant à toute vitesse. Je soupirais en fermant les yeux. Des terribles cauchemars me torturaient l'esprit, et je savais qu'ils ne cesseraient pas tant que Clove ne serait pas vengée. Ma sueur fut balayée par les trombes d'eaux qui s'abattaient sur mon visage ainsi que sur toute la forêt. La pluie rendit le sol boueux ce qui m'énerva puisque les traces du garçon devaient être effacées. Je regardais le ciel tempétueux et je me pliai de rire, un rire nerveux et hystérique. Ils attendaient un combat violent et sans merci, ils allaient l'avoir, je le leur promettais.

─ Vous n'allez pas être déçu ! dis-je en brandissant mon épieu vers le ciel.

À ce moment un éclair zébra le ciel et fit sombrer mon rire dans l'oubli. L'orage grondait tout comme mon corps bouillonnait d'envie de tuer. Le sol trembla sous les coups de tonnerre qui suivirent. La foudre fit tomber un arbre à quelques mètres de moi tandis que je poursuivais ma route, espérant retrouver la trace du garçon. Il fallait que ce soit moi qui le trouvasse et non le contraire. À présent, si je tremblais, ce n'était plus de la peur, mais de l'excitation. La nuit avait été terrible. Les cauchemars revenaient à chaque fois que je fermais les yeux, mais heureusement, alors que mon envie de meurtre était à son apogée, j'étais persuadé que plus aucun cauchemar ne me ferait peur. Je m'étais libéré de ce nouveau poids. Je me sentais de plus en plus léger à mesure que je m'approchais, je le savais, du garçon. Comme si cette poursuite était la route vers un nouvel avenir. Ce n'était pas de l'espoir, c'était de l'exaltation, de l'impatience, de l'envie. Un désir que je ne pouvais refouler. Tuer. Voilà tout ce dont j'étais capable. Protéger n'était pas dans mes cordes, Clove était morte dans mes bras. Aimer non plus, on m'avait arraché Glimmer. J'allais leur offrir du spectacle. Du grand spectacle. Un seul mot résonnait dans ma tête et faissait bouillir mon corps d'envie : tuer.

La nuit je ne dormis pas. La pluie continuait de s'abattre dans l'arène, et je savais qu'en me sachant à ses trousses le garçon ne dormirait pas non plus. Ainsi, il serait fatigué, certes moi aussi, mais ma rage et ma haine étaient si grandes que face à lui, j'étais capable de résister à la fatigue et de lutter contre l'épuisement. Mes pas martelaient le sol. Mes vêtements me collaient à la peau. Ma main serrait tellement fort mon épieu que le sang ne circulait plus dans ma main devenue aussi blanche qu'un cadavre. Mes yeux, je les vis à travers une flaque d'eau, briller d'une flamme incandescente, la flamme de l'envie et de l'excitation, celle que l'on ressent juste avant un grand évènement, en l'occurrence, un meurtre, animaient mes pupilles. Je marchais avec tellement de violence et de détermination que de la boue vint recouvrir mes jambes et éclabousser jusqu'à mon visage, me rendant encore plus féroce que je ne l'étais déjà. Mes sens étaient aux aguets. Le moindre son, la moindre odeur, je les ressentais et les interprétais. Jamais mon adversaire ne se montra et même lorsque le ciel étoilé céda sa place pour le ciel de la journée, le garçon ne sortit pas de sa cachette. Au milieu de la matinée, l'orage gronda de nouveau après une nuit plus ou moins calme. La pluie se fit plus forte, et le tonnerre fit trembler la terre sous mes pieds. Je m'arrêtais et souris.

─ Merci, murmurai-je.

Il était évident qu'il fallait que j'interprète ces grondements du ciel comme un signal. Je m'approchais de lui. Malgré le manque de trace visible, de piste véritable, je n'étais pas loin du garçon. Mon coeur battit au rythme des effroyables coups de tonnerre. Des éclairs fendirent le ciel à plusieurs reprises, illuminant la forêt sombre à cause des nuages presque noirs qui recouvraient la lumière du soleil. Je marchais plus lentement, regardant tout autour de moi. On ne voyait pas grand-chose dans l'obscurité de la forêt, mais un éclair jaillit et j'aperçus une ombre se faufilait entre les arbres, silencieuse et habile. Je m'arrêtais tandis que l'orage gronda de nouveau. Un nouvel éclair, et je m'élançais à la poursuite du garçon. Il était à quelques mètres de moi. Je le voyais distinctement à travers les différents éclairs qui surgissaient m'illuminant la voie vers mon ennemi. On ne faisait plus attention à ne pas faire de bruit. Des branches craquaient sous nos pas, et de la boue éclaboussait nos corps à chaque fois que nous courions dans une flaque d'eau. Il était rapide mais il n'avait pas la rage et l'envie que je possédais. Certes, il était prêt à tuer s'il le fallait et puissant comme il était il pouvait me tuer, mais il n'avait rien d'autre. Moi je possédais le désir du meurtre, la détermination, l'excitation au combat, l'envie de vengeance. J'eus l'impression que Clove me poussait en avant car ma vitesse décupla un instant, juste le temps de le rattraper et de lui sauter dessus.

Il se retourna au bon moment. Ses doigts se refermèrent sur mon poignet, ma main tenait toujours mon épieu et la partie tranchante était tendue vers son visage. De son autre main, il riposta en désirant m'embrocher le ventre, j'esquivais d'un geste rapide et ma main vint bloquer son bras. On se regarda dans les yeux. Ils étaient grands et sombres. Un éclair jaillit, illuminant le blanc de ses yeux, intensifiant la noirceur de ses pupilles. On serrait les dents, et nos pieds s'enfonçaient dans le sol boueux. On resta un moment à lutter l'un contre l'autre. Lui serrant mon poignet droit, moi son bras droit. Tous deux tenions nos armes de la même main et aucun ne semblait vouloir céder. Céder signifierait que l'on soit plus faible que l'autre, le premier qui lâchait serait le perdant. Je le repoussais avec toute la rage dont j'étais fait, le pousser à lâcher sa prise. Il résistait à mes assauts. Je décidai de mettre fin à cette lutte acharnée en lui donnant en coup de pied dans le ventre, chose à laquelle il ne s'attendait pas. De la boue gicla sur mon visage lorsque mon pied frappa le torse du colosse. Il recula quelques instants mais je n'eus même pas le temps d'attaquer qu'il revînt à la charge comme si mon coup ne lui avait pas fait mal. Mon arme n'était pas adaptée pour ce combat car je vis sa faucille fonçait droit sur moi. Si je tendais mon épieu, il le briserait en deux. Je préférais donc esquiver les attaques en me baissant, me courbant avec agilité. Je retenais ses attaques, le lâchai, lui souris pour l'énerver, et il reprenait ses assauts de plus en plus féroce. Bientôt, je ne fus plus en mesure d'esquiver. Il avait accéléré et j'étais exténué par les journées de marche qui me précédaient. Ce n'était pas ça qui allait me faire perdre, mais elles jouaient un rôle dans ma souplesse. Il fallait donc que je trouvasse une ouverture pour l'attaquer et réussir à l'atteindre avec mon épieu. Soudain, je repensais aux couteaux de Clove. Il me regarda de ses grands yeux noirs et je le provoquai afin qu'il s'approchât et tentât de m'atteindre avec son arme. On ne se lâcha pas du regard tandis qu'il courait dans ma direction et que je me mettais en position de défense, du moins... en apparence. Dès qu'il fut à quelques centimètres de moi, j'ouvris ma veste et d'un geste rapide un couteau s'envola dans sa direction et vint déchirer la chair de son bras faisant gicler un filet de sang. Par chance, c'était son bras droit, cependant, par malchance, cela ne l'arrêta point. Il sauta sur moi. Nous nous écrasâmes sur le sol en même temps que la terre trembla sous l'effet d'un grondement terrifiant du ciel. La chute me coupa le souffle. Il serra les dents et j'arrêtais directement sa main s'approchant de ma gorge. Sa faucille se trouvait à quelques centimètres de mon cou. Sous l'effet de son poids s'abattant sur le mien, j'avais lâché mon épieu que je ne retrouvais plus en palpant la terre de ma main libre. J'essayais de regarder à ma droite pour retrouver mon épieu mais mon regard était instinctivement focalisé sur sa faucille et ma main gauche qui tenait fermement son poignet empêchant la lame de s'enfoncer dans ma gorge et de me tuer.

─ Tu es trop faible, lui crachai-je au visage.

Cela eut l'effet que j'escomptais, il s'énerva et décida d'en finir le plus vite possible. Ainsi, je sentis son bras se faire plus pressant, et son poignet sous ma main força le passage enfin que la faucille ne me découpât la tête. Je sentis la pointe de l'arme m'entailler le cou mais aussitôt qu'il se réjouît de sa petite victoire, ma main gauche retrouvant la possession de mon épieu, vînt s'abattre dans sa mâchoire. Cela le fit basculer sur ma gauche et je me retrouvais à califourchon sur lui, dans la même position que lui quelques secondes plus tôt. Cependant je n'y restai pas longtemps car il tenta de m'embrocher avec sa faucille. Je me baissai en arrière pour l'esquiver et me relevai en sautant, évitant à nouveau son arme qui désirait me couper en deux. Je reculai aussitôt afin d'éviter qu'il ne m'entaillât à nouveau. Nous nous fîmes de nouveau face. Nous reprenions notre souffle avant un nouvel assaut, qui me semblait être le dernier. Je sentais que le combat allait s'achever d'un instant à l'autre. Un nouvel éclair jaillit, nos regards se croisèrent aussi féroce l'un que l'autre. On ne se lâcha pas du regard tandis que nous nous élancions l'un vers l'autre dans une ultime lutte. Je sentais que ce dernier assaut allait me couter quelques blessures. Alors c'est sans surprise que lorsque j'enfonçais mon épieu dans son ventre, sa faucille vint se fondre dans mon dos. Je cris de douleur tandis qu'en puisant dans ses dernières forces il enfonça un peu plus la lame dans mon dos. Il cracha du sang et sa tête tomba dans mes bras, du sang se mit à se répandre sur mon corps. L'épieu s'enfonça un peu plus dans son corps dans un bruit écoeurant. Je tombais à genoux car la douleur dans mon dos me lançait terriblement et qu'en s'affaissant sur moi, la faucille m'arrachait la peau par la même occasion. Je poussais le corps du garçon sur le côté. Le sang se répandait et se mélangeait à la pluie formant des ruisseaux pourpres tout autour de moi. Mon sang s'unit à celui de mon adversaire, la boue se mêlant également au mélange visqueux. J'attrapais la poignée de l'arme dans mon dos et doucement je la retirais de ma chair en me tordant de douleur. Je la lançais un peu plus loin. Je m'essoufflai, à genoux à terre. Les larmes coulèrent sans que je ne le veuille. Clove était vengée. Je m'écroulais sur le sol tandis que j'entendis l'orage grognait aussi fort que le coup de canon qui se fit tout petit à côté de la puissance du tonnerre. Je m'évanouis avec le sentiment d'être seul au monde. Seul contre tous.

Je me réveillais à la nuit tombée, pour la première fois, je n'avais rêvé de rien. Le corps du garçon n'était plus là et mon visage baignait dans une mare de sang. Une douleur dans le dos m'empêcha de me relever. Alors je me souvins du combat que j'avais livré, de cette lame dans mon dos, la douleur qu'elle m'avait procurée. Je crus que c'était la fin mais c'était avant d'apercevoir le petit parachute qui m'apportait de l'aide. On croyait encore en moi derrière l'arène alors que moi-même j'avais perdu l'espoir. J'attrapais la petite boîte métallique et fus ravi de prendre entre mes mains une pâte visqueuse et brunâtre qui ne pouvait être qu'une pommade pour soigner ma blessure. Je dus me tordre le bras pour atteindre l'entaille dans mon dos, mais c'était un mal nécessaire contre le bien fou que me procura les soins apportés par le Capitole. Je reposais ma tête dans la flaque de sang, de toute manière je ne pouvais pas bouger au risque de rouvrir la plaie. Alors je laissais mes pensées divaguer. Je repensais au début des jeux, à Glimmer, à ses lèvres contre les miennes, à sa beauté resplendissante, à Clove, ses yeux chocolat, ses sentiments pour moi, et je repensais surtout à la promesse que je lui avais faite. Pouvais-je encore espérer gagner ? Je ne savais pas. Je ne savais plus. Je m'endormis à nouveau, complètement épuisé par mon combat, ma blessure et mes insomnies des jours précédents.

L'aube me réveilla. Mon visage touchait la terre et ne baignait plus dans ce mélange pourpre de sang et de boue. La douleur dans mon dos s'était envolée. Je palpais rapidement ma plaie mais je ne sentais qu'une cicatrice. Je souris et me redressai. Je levais les yeux au ciel. Le soleil resplendissait à l'est. La pluie avait enfin cessé de s'abattre sur la forêt, ce qui me réjoui un peu, j'en avais assez d'être constamment mouillé, les vêtements me collant à la peau. Je me laissais un moment baigner dans la chaleur du jour. Je restais un moment à genoux, la tête en direction du ciel, les yeux fermés, dorant au soleil. Le silence m'entourait, et le vide en moi se creusait. J'espérai qu'à tout moment Clove surgit d'entre les arbres et m'hurlât dessus de me relever. Je souris à cette pensée avant d'être à nouveau envahi par cette sensation de gouffre, il me semblait plonger dans une chute perpétuelle nommée : solitude.

Je finis cependant par poser un pied-à-terre puis l'autre et je me relevais, comme un phoenix renaquît de ses cendres. Je fis quelques étirements afin de retrouver ma souplesse des jours antérieurs. Je regardais autour de moi à la recherche d'un sac. Je me souvins l'avoir vu entre les mains du garçon mais il l'avait lâché avant de commencer le combat. Il ne devait pas être loin. L'hovercraft n'avait pas pu l'emporter, contrairement à mon épieu qui s'était volatilisé avec le corps. Je fouillais du regard le moindre recoin de la forêt qui m'entourait, et je le vis, un sac noir portant le chiffre 2. Je l'attrapais et regardais à l'intérieur. Il contenait l'espoir des personnes qui soutenaient le district Deux. Alors que je souriais à la vue de cette magnifique armure, résistante aux flèches, déjà il y a quelques jours il était évident que le grand choc de ces jeux serait un combat Cato contre Katniss, je surpris à toucher une sacoche. Je la retirais du sac et découvris une panoplie de couteaux. L'image de Clove apparût dans mon esprit. Elle n'était pas encore morte lorsque ce sac nous était parvenu du Capitole. Je soupirais.

Sans aucune pudeur, je me déshabillais sous le regard des caméras en pleine forêt, un peu plus loin de là où s'était déroulé le combat. Laissant apparaître une musculature parfaite, je laissais choir mon t-shirt à côté de moi. J'enfilais alors la cotte de mailles couleur de chair que m'avait offerte le Capitole. Elle était légère et je me sentais bien dedans. Elle possédait une matière différente que celle que j'avais connue et je supposais que c'était ce qui la rendait perméable aux flèches. De même, des espèces de collants vinrent se coller à mes jambes mais sans me gêner plus que ça. Je réenfilais mon pantalon, mon t-shirt et ma veste par-dessus le cadeau du Capitole, dernier espoir de mes supporteurs, et cachais les couteaux de Clove dans ma veste. Je me remis en route. Je déambulais dans la forêt à la recherche d'eau et de nourriture. Bientôt ça serait la fin, nous n'étions plus que quatre, il fallait que je reprisse des forces avant de combattre Katniss, les autres m'importaient peu, je n'aspirais qu'à une chose, la tuer, la faire souffrir, même si je perdais le combat du moment que je l'emportais avec moi. Tandis que j'arpentais de nouveau la forêt, un coup de canon retentit, des oiseaux s'envolèrent dans le ciel. Je haussais les épaules et repris mon chemin en courant. J'entendais un ruisseau coulait non loin de moi. Le soir, alors que l'hymne retentit, je m'endormais, je n'avais pas besoin de regarder le ciel pour savoir quel tribut avait péri. La fille du district Cinq sans l'ombre d'un doute.

Je fus réveillé en pleine nuit. La lune était pleine et éclairait la clairière dans laquelle je m'étais arrêté d'une lueur bleutée. Je me massais le cou tandis que je regardais vers ma droite, là où était censé se trouvait le ruisseau dans lequel je m'abreuvais, mais la petite vallée creusée par les courants était complètement asséchée. Il n'y avait plus une goutte d'eau. Je jurais silencieusement mais cet évènement marquait le début de la fin, et cela me fit sourire malicieusement tandis que je me relevais. Le temps était venu de venger Glimmer. Soudain, j'entendis un craquement derrière moi. Je fronçais les sourcils en espérant voir quelque chose dans l'obscurité de la forêt. J'entendis les oiseaux s'envolaient à toute vitesse, et je levais les yeux au ciel pour les voir apparaître au clair de lune. Quelque chose les faisait fuir. Je scrutais la forêt en gardant l'une de mes mains à l'intérieur de ma veste, prêt à dégainer les précieux couteaux de Clove si l'ennemi arrivait. Deux grands yeux s'ouvrirent entre deux arbres, au milieu de la forêt, des yeux que je crus ne plus jamais revoir avec autant d'éclat. Glimmer ? Je battis des paupières, interloqué, et je me pinçais le bras en toute discrétion. Je ne rêvais pas. Ses deux émeraudes me fixaient du regard et ils étincelaient d'un nouvel éclat, plus puissant et plus féroce qu'autrefois. Je fronçais des sourcils et penchais la tête sur le côté. Soudain, un grognement. J'aperçus brièvement les crocs de la créature qui possédait les mêmes yeux que Glimmer. Je me retournais et courus aussi vite que mes jambes me le permettaient. Derrière moi, une horde de chiens fous se précipitait pour me poursuivre avec qu'une seule idée en tête : me dévorer.

Je crus plus d'une fois que mes jambes allaient se dérober sous moi, que j'allais cesser de respirer à cause de la course intense que je livrais, que les milliers de branches que je me prenais dans la figure allaient me ralentir. Mais non, je ne cessais jamais de courir tandis que le ciel s'éclaircissait petit à petit. J'aperçus le soleil qui poursuivait sa route dans le ciel. Sans relâche, je puisais dans mes dernières ressources, sentais mes forces s'affaiblir de plus en plus mais elles persistaient à m'amener le plus loin possible. Plus j'avançais, plus l'idée d'abandonner me revenait à l'esprit. Cependant, la promesse faite à Clove me retenait en vie et me poussait à courir toujours plus vite, toujours plus loin. Même si la victoire était hors de ma portée, je n'allais pas me laisser tuer. Je n'abandonnerais pas. Jamais.

Peu à peu, je commençais à reconnaître la forêt. Je passais devant des arbres qui m'étaient familiers. Les lieux se révélèrent à moi. Des souvenirs affluèrent. Je sautais au-dessus de troncs d'arbres calcinés. Le feu des premiers jours. Je passais à côté d'un nid de guêpe vide. Mes baisers avec Glimmer, son souffle dans mon cou, ses yeux sans vie. Derrière moi, la créature possédait ses yeux, en tous les cas, ils étaient quasiment semblables en tout point sauf en ce qu'avait de plus précieux Glimmer et que le chien ne possédait pas dans l'éclat vert de ses yeux : l'amour. Je reprenais mon souffle moins souvent qu'à l'ordinaire, je ne pouvais plus. Ma poitrine allait exploser tellement mon coeur battait vite, tellement mes poumons reprenaient leur souffle violemment. J'aperçus le bord du lac devant moi alors que le jour faiblissait. Je n'avais pas cessé de courir toute la journée. Je ne savais même pas comment j'avais réalisé ce miracle. Le lac. Notre campement, Clove, ses attentions envers moi, ses yeux d'une profondeur inégalable. Au loin, la Corne d'abondance brillait à la lueur des derniers éclats du soleil. Je ne m'aperçus même pas de Katniss et Peeta et pourtant ils étaient juste devant moi. Ce fut seulement lorsque je sentis un impact rebondir contre mon torse que je vis Katniss et son arc en main. L'armure fonctionnait à merveille mais je n'avais pas le temps de m'en réjouir. Je passais entre eux à toute vitesse. Pendant une seconde je me permis d'avoir l'espoir fou que les chiens les dévorent eux avant que les deux tributs ne les aperçoivent, cependant, j'entendis les cris de Katniss et Peeta qui me confirmèrent qu'ils étaient derrière moi. J'atteignis la Corne d'abondance et montais sur la petit queue de l'édifice doré. À bout de souffle, je m'éffondrais au sommet de la Corne, à plus de six mètres d'altitude. Tout mon corps tremblait rien qu'en repensant aux yeux verts de ce chien mutant. Ils étaient une bonne dizaine et je ne pouvais pas penser à autres choses qu'à leurs crocs et leurs griffes. Pour la première fois de ma vie, j'étais terrifié, tétanisé, complètement affolé par ces créatures inhumaines.

─ J'espère qu'ils ne peuvent pas grimper, me surpris-je à murmurer en bégayant légèrement.

─ Quoi ? s'écrit Katniss qui se trouvait pas loin de moi.

─ Il demande s'ils peuvent grimper, lui traduit Peeta.

Je reprenais mon souffle petit à petit car plus les secondes s'écoulaient plus je voyais Katniss montait sur la Corne et aidait son petit ami à l'atteindre aussi. À un moment, alors que mon souffle commençait à se faire de plus en plus régulier, je surpris Katniss en train de parler à Peeta.

─ C'est elle ! cria-t-elle.

─ Qui ça ? demanda Peeta, elle ne répond pas, alors il reprend : Qu'y a t-il Katniss ?

─ Ce sont eux. Tous ! Les chiens. Rue, la Renarde et... tous les autres tributs.

─ Glimmer, soufflai-je pour moi-même.

Des mutations génétiques. Ces mots me sautèrent aux yeux. Je fermais les yeux. Dans ma tête, je me répétais inlassablement : « Ce n'est pas Glimmer. Ce ne sont que des créatures créées artificiellement. » Puis, ma respiration se fit plus lente cependant elle était moins saccadée et je n'avais plus la sensation de perdre mes poumons à chaque inspiration. Mon coeur reprit un rythme de battement plus apaisé. Mes pensées se bousculèrent tandis que du coin de l'oeil j'apercevais Katniss et Peeta se hisser au sommet de la Corne. La fille de feu parvint à tuer un chien qui bondissait pour nous atteindre. Je choisis ce moment pour me relever et me diriger vers eux. Katniss n'eut pas le temps de faire le moindre geste. J'attrapais Peeta par le cou et par-derrière. Mon bras vint se caler dans sa gorge. Il mourait au moindre mouvement brusque que je pouvais faire. La fille de feu se retourna brutalement. J'aperçus la haine dans ses yeux. J'adorais ce moment. On se regardait dans les yeux, on s'insultait du regard, on bouillonnait l'un comme l'autre. Peeta tenta de se débattre mais il ne pouvait rien contre ma force qui, après m'être reposé, était revenue aussi puissante et dévastatrice qu'avant. La fille de feu pointa sa dernière flèche sur mon visage. Je m'esclaffais tellement la situation me faisait rire.

─ Si tu me tues, je l'entraîne avec moi, lui dis-je en resserrant ma prise.

Katniss me dévisagea. On resta ainsi un moment à nous regarder l'un et l'autre avec toute la haine et la rage dont nous étions faits. Ces quelques minutes qui s'écoulèrent alors que je tenais fermement entre mes mains la vie de Peeta, me permirent d'espérer gagner, ça ne dura que quelques minutes mais cela apaisa mon coeur et ma dignité. Je me berçais d'illusions une seconde de trop. Je sentis un doigt former un signe sur ma main. Je regardais les yeux de Katniss. Je perdis mon sourire. Il m'aurait fallu une seconde de plus.

Elle tira.

Tout se passa si rapidement. Ma main fut transpercée, la flèche traversa ma paume et je lâchai Peeta instinctivement. Je criais de douleur. Je perdis l'équilibre, et glissai sur le sang qui maculée la Corne. Pendant ma chute, je gardais mon regard rivé sur les yeux de la fille de feu. Elle était soulagée. Peeta était dans ses bras, sain et sauf. Je me surpris à imaginer Glimmer dans mes bras, mes mains de part et d'autre de son visage, nos fronts collés l'un contre l'autre, souriant avec joie. Mon dos vint percuter le sol avec violence. Je crachais mes poumons, mon souffle se coupa, et à cet instant je ne sentis plus rien d'autres que la douleur de leurs crocs perforant ma peau, que les griffes m'entaillaient le corps. Leurs grognements terribles me déchiraient les tympans. Je ne sentais plus rien d'autre que la douleur. Je tentais à plusieurs reprises de retrouver la petite queue de la Corne qui me permettrait de remonter, mais c'était peine perdue. Je réussis à blesser certains chiens avec les couteaux de Clove. Je criais, hurlais, vociférais, agonisais... Le sang étaient partout, il me semblait être couvert de ce liquide pourpre. J'apercevais ma chair, mon sang, mes membres disloqués. Je ne reconnaissais même plus mes jambes de mes bras. Je me laissais tomber tandis qu'un de mes couteaux s'enfonça dans la structure métallique de la Corne et qui produit un son terrible en raclant l'édifice dorée. J'abandonnais mon corps à leurs gueules béantes. Je me sentais partir en morceau dans un bain de sang terrible. La douleur perdit de son intensité à mesure que le temps passait. Etrange fait mais bien réel. Mon coeur battait si vite qu'il me semblait qu'à tout moment il était capable de s'arrêter. J'étais loin d'imaginer que mon agonie allait durer des heures.

Son regard est si intense. Je vois qu'elle est dégoutée par ce qu'elle voit. Qu'elle aussi ne supporte plus de me voir, de m'entendre, agonir à petit feu. Elle tient entre ses mains son arc. Une flèche est prête à être tirée. Je la regarde dans les yeux, et dans un ultime effort de ma part, ma bouche parvint à former trois mots.

« Je t'en prie. »

Je m'en fiche de ma fierté, de ma dignité, de la vengeance que je devais accomplir en mémoire de Glimmer. Je vois le regard de la fille de feu s'illuminait à l'idée de décocher cette flèche. Mais contrairement à ce que j'allais penser, son geste n'est pas pour se venger de tout ce que je lui avais fait subir durant ces jeux, non, elle avait pitié de moi. Qu'il en soit ainsi. Il ne se passe même pas une seconde entre le moment où elle tire et celui où la flèche atteint mon front, mais cet infime moment me semble se suspendre dans le temps et toutes les images de ma vie se succèdent unes à unes. Je souris.