Chapitre 5 : Charge mentale indécente.
Son anniversaire n'avait pas été une si mauvaise journée et, bien que toujours quelque peu énervée contre son mari, Hermione avait décidé de rester chez elle le soir même. Cormac avait commandé chinois et lui avait offert un collier en or avec un médaillon en forme de cœur, ainsi qu'un plaid polaire à manche qu'elle avait regardé de près l'année précédente. Ce n'étaient clairement pas des cadeaux qu'il avait eu besoin de commander, mais après tout, ce n'était pas si grave que ça, il s'était bien rattrapé.
Le lendemain, Rogue avait tenu parole et s'était arrêté pour covoiturer avec elle et Rhett, ce qui était agréable. La pression du matin était beaucoup moins présente quand elle pouvait faire le trajet en voiture et pour cause, ne pas avoir à se presser et à marcher était un gain d'énergie incroyable. En revanche, fait très surprenant, Rogue lui proposa de profiter du temps gagné pour boire, une fois encore, un café.
- Je vais finir par croire que vous ne pouvez plus vous passer de moi, avait-elle dit en riant.
- Vous vous prenez pour un café ? C'est de ça dont je ne peux pas me passer !
Il avait répondu avec l'ironie qui le caractérisait alors qu'ils se dirigeaient déjà au bar/café avec bonne humeur. Cela donnait presque envie à la jeune femme de passer plus de temps avec le sombre sorcier sarcastique.
Peut-être devait-elle faire attention à ses souhaits car, de nouveau le surlendemain, Rogue lui proposa un café. Ils s'arrêtèrent ainsi au même endroit avant de se séparer pour l'heure du travail. Ce fut ainsi que, étrangement, une nouvelle tradition matinale venait de prendre forme, plus agréable que celle de devoir courir partout.
Ce fut donc plus reposés que jamais que le samedi midi, Hermione, Cormac et Rhett arrivèrent chez les Potter. Harry et Ginny avaient aménagés tous deux, dès la fin des études de la rousse, au square, l'ancienne demeure ayant appartenue au parrain du survivant. Là, dans cet environnement qu'elle connaissait par cœur, malgré les nombreux travaux effectués pour rafraîchir le quartier général de l'ordre du phénix, elle retrouva les gens importants pour elle.
Ses parents étaient présents, bien évidemment, et se firent alpaguer par Rhett dès qu'il les avait vus. Les parents et les frères de Ginny étaient eux aussi présents, ainsi que Fleur, Audrey, Angelina, Alicia et tous les petits monstres qui étaient arrivés dans la famille Weasley avec les années. Cela faisait déjà beaucoup de monde mais c'était sans compter la présence d'Hagrid, Neville et sa compagne. Sans nul doute, Luna aurait elle aussi été présente si elle n'était pas aux États-Unis avec son mari. Bien qu'Hermione n'aimât pas spécialement les fêtes à son honneur, ce jour-là, pour son trente-troisième anniversaire, elle fut ravie d'être si bien entourée.
Le repas était digne de la « famille Weasley », avec des plats aussi nombreux que délicieux. Ginny, sa mère et Fleur avaient préparé à six mains des assiettes dignes d'un restaurant et l'estomac de la lionne en fut sur le point d'exploser. Pourtant, les desserts furent suffisamment appétissants pour qu'elle tente le diable de la digestion :
- Je te sers une part de gâteau au chocolat ? lui demanda Harry qui faisait le service.
- Hum, plutôt un « carott cake » s'il te plaît.
- Depuis quand tu manges ça ? s'étonna Cormac.
- Depuis toujours, pourquoi ? fit-elle en haussant les épaules.
- C'est vrai que tu aimais bien en manger quand mamie Lizzy en faisait, intervint Jean en souriant avec nostalgie.
- C'étaient les meilleurs cakes au monde, confirma Hermione.
- Je ne t'ai jamais vu en manger, ajouta son époux.
- Eh bien ça faisait longtemps que je n'en avais pas mangé c'est vrai, accorda-t-elle. Mais en même temps, je ne suis pas aussi bonne pâtissière que ma grand-mère ou que Molly donc forcément…
Pourquoi se sentait-elle à ce point obligée de se justifier pour son choix de gâteau ? Sûrement car elle avait l'étrange sensation d'être observée par son mari. Au moins, Rogue ne la jugeait pas sur le choix de son café ou de sa viennoiserie du matin ! Elle s'étonna d'avoir cette pensée bizarre et remercia Harry de l'avoir servie.
« Hum… ce cake est mille fois meilleur que celui du Happy Cup. Rogue adorerait ! »
- Molly, votre gâteau est aussi parfait que celui que faisait ma mère, dit Mme Granger en souriant.
- Ah, il faut donc féliciter Ginny, s'amusa la susnommée.
- Je n'ai fait que suivre à la lettre ta recette maman, répondit Mme Potter avec une pointe de fierté dans le ton.
- Il faudra que tu m'apprennes à en faire.
- Vraiment, s'étonna Ginny qui avait souvent invité son amie à cuisiner avec elle. C'est quand tu veux Hermione !
Après ce moment sucré, le temps des cadeaux arriva et la lionne aurait préféré disparaître plutôt que d'être ainsi le centre de toute l'attention. Néanmoins, elle devait l'avouer, ses amis et sa famille avaient été adorables et réfléchis, chacun de ses présents étant parfaits pour elle. Ce fut ainsi une petite fête bien agréable et elle ne regretta pas d'avoir accepté l'invitation, quand bien même l'eût-elle fait par obligation de prime abord.
…
Cela faisait au moins dix minutes qu'elle était devant la penderie à passer en revue ses tenues sans que rien n'aille jamais. La robe rouge était trop voyante, la verte foncée trop guindée, la jaune trop courte, la bleue claire trop claire… mais elle n'allait quand-même pas y aller en jean et teeshirt non ?
- Même pour aller au restaurant avec moi tu ne réfléchis pas autant. Tu vas voir Minerva ou tu vas draguer ? plaisanta Cormac.
- Pour aller au cheezy easy, je me fiche de la tenue que je porte, dit-elle en continuant de réfléchir. Eh puis, tu ne regardes pas comment je m'habille, mais là je vais au « trois balais »avec la directrice de Poudlard, je ne peux pas me permettre d'y aller n'importe comment…
- Tu sais que vous allez juste boire un thé et papoter entre femmes Mimi chérie ?
- Oui, je sais, accorda la lionne en soupirant, mais c'est quand-même Minerva…
- Tu as toujours été sa chouchoute, arrête de faire ta fayote ! se moqua-t-il.
Elle détestait ce mot et préféra ne rien répondre alors qu'elle attrapa une robe noire à manche longue. Elle prit aussi ses collants et alla dans la salle de bain pour se préparer loin du clown de service.
Quand elle arriva à pré-au-lard, elle retrouva bien vite la directrice de Poudlard qui l'attendait avec un sourire joyeux. Elles se saluèrent et se dirigèrent vers l'établissement le plus connu du lieu, où elles se retrouvaient régulièrement pour boire et discuter de tout et de rien. Ce jour-là, après les banalités d'usage, Minerva entama une conversation sur Rhett qui allait bientôt devenir élève à l'école de sorcellerie :
- Comment se déroule sa dernière année d'école moldue ?
- Elle débute sous les meilleurs auspices, répondit Hermione en souriant. Il adore sa maîtresse, il aime ce qu'il apprend mais surtout, il s'est fait une nouvelle meilleure amie.
- Ah oui, j'ai entendu parler de cette nouvelle amitié, dit la directrice avec gaité.
- Vraiment ? s'étonna Hermione. Comment le savez-vous ?
- Severus a eu l'obligeance de m'envoyer une lettre pour me raconter la rentrée scolaire pour le moins particulière de sa fille.
- Oh… oui, j'avais cru comprendre que vous étiez restée en contact.
- Vous semblez surprise, fit remarquer Minerva.
- Eh bien, nous n'avions jamais reparlé de lui avant, j'avoue avoir été plus que surprise de le revoir, en chair et en os, juste devant moi, et plus encore de savoir que vous lui aviez parlé de moi.
- Il est vrai que lors de nos sorties, je n'ai jamais pensé à parler de lui. Il faut dire qu'il est toujours assez discret, même lors de ses courriers semestriels, je n'ai donc que rarement de quoi raconter sur lui. Mais je ne me plains pas, j'ai toujours eu l'occasion de m'assurer qu'il allait bien et maintenant qu'il est de nouveau ici, il m'a promis de m'inviter à boire un verre de temps en temps. C'est déjà beaucoup pour lui, s'amusa-t-elle.
Hermione hésita à lui dire qu'elle buvait quasi quotidiennement, depuis un mois déjà, un verre avec lui, quand bien même ne fusse que du café, mais elle ne le fit pas. Dans sa tête, cette anecdote sonnait plus comme un « nananère » qu'autre chose, maintenant qu'elle savait que sa vieille amie ne lui avait jamais parlé de sa correspondance avec Rogue.
- En tout cas, lui qui semblait plus que réticent à l'idée de revenir ici semble, aujourd'hui du moins, un peu plus serein.
- C'est vrai. Enfin, il n'a toujours pas l'air le plus heureux du monde d'être ici, même s'il semble moins… ronchon.
- Sa mère m'a expliquée qu'il craint d'être poursuivi par la presse et aussi d'être harcelé par ses détracteurs. L'eau a pourtant coulé sous les ponts et son nom est aujourd'hui relié au titre de héros de guerre, comme le vôtre.
- Je suppose qu'il est toujours autant du genre à se terrer dans les endroits sombres, à l'abri, loin des autres…
- Je pense surtout qu'il a encore beaucoup de mal avec ce qu'il a fait pour Albus.
Le regard de Minerva devint plus sombre et triste en parlant de son prédécesseur. Elle inspira et reprit tout de même, doucement :
- Quand bien même c'est lui qui a demandé à Severus de le faire, pour de bonnes raisons, il n'en demeure pas moins celui qui a mis fin à ses jours.
- Je dirais plutôt qu'il a mis fin à ses souffrances ! la corrigea la lionne.
- Oui, c'est juste, mais je ne pense pas que notre ami commun soit en mesure de voir les choses sous cet angle pour le moment.
- Cela fait plus de dix ans pourtant !
- Peut-être qu'un jour, il aura le courage et la force de passer outre sa culpabilité.
- Je l'espère…
Afin de ne pas déprimer pleinement, Minerva eut la bonne idée de changer de sujet de conversation. Dès lors, les deux femmes parlèrent des frasques des étudiants mais aussi de l'actualité et de leurs projets à venir, que ce soit pour le travail ou autre. Comme toujours, ce thé avec la directrice de Poudlard fut pour le moins intéressant mais surtout agréable et, avant de partir, elles se promirent de remettre ça rapidement.
En rentrant plus tard dans la journée, elle retrouva Rhett en pleine session de Lego et Cormac en pleine réflexion devant un film de voiture. Le soir venu, après avoir couché son fils, la lionne espéra avoir un temps pour sa lecture mais c'était sans compter sur son mari.
- Alors Mimi chérie, prête pour la meilleure soirée de ta semaine ?
Comment avait-elle pu oublier que c'était le weekend ? Soupirant intérieurement, elle sourit tout de même :
- Oui… on ne peut plus.
Avec la délicatesse qui le caractérisait, Cormac s'empressa de la déshabiller et de la faire s'allonger sur le lit. Sans plus de cérémonie, il l'embrassa et pétrit les seins de sa femme qui eut l'impression d'être une pâte à pizza.
« Tiens d'ailleurs, ça fait longtemps que je n'en ai pas achetées, peut-être que ça pourrait être sympa demain soir ! J'ai bien envie d'une pizza au fromage… Rhett va sûrement en vouloir une au jambon et champignons. »
Cormac lui écarta les jambes sans ménagement et, se laissant faire, elle sentit son mari entrer en elle. Elle grimaça un instant et referma les yeux. Elle aurait pu faire l'effort de s'investir un peu plus dans l'activité en cours, mais elle avait tant de choses à faire et à penser qu'elle n'en avait pas, ou plus, le courage. Cela faisait un moment que cela durait, mais tant que son mari n'en pâtissait pas, c'était le principal non ? Au moins faisait-elle son devoir de femme mariée… mais elle avait aussi d'autre choses à faire et se concentra sur autre chose.
« Pizza… oui, j'en commanderai demain, ce sera pratique en plus, je n'aurais pas à cuisiner. Eh puis, tout le monde aime la pizza ! Même Rogue doit aimer les pizza… si ça se trouve il aime même les pizzas à l'ananas ! »
En pensant ça Hermione eut un sourire amusé :
- Ça te plaît hein ? grogna plus que ne demanda Cormac qui était à fond dans son rôle d'époux.
- Oui, beaucoup, répondit-elle en essayant d'être convaincante.
La réalité était toute autre hélas, elle s'ennuyait plus qu'autre chose, mais elle ne se voyait clairement pas dire à Cormac qu'il était loin d'être aussi efficace qu'à ses 20 ans. Peut-être que c'était aussi de sa faute à elle en même temps, elle savait ne pas être la plus attirante des femmes et ne faisait, une fois encore, plus vraiment d'efforts pour l'être. Enfin, même sans ça, cette activité ne la passionnait plus depuis déjà quelques années maintenant.
« La femme de Rogue est une belle femme en revanche » se dit-elle en se souvenant de la prestance de la mère de Jade, alors même qu'elle était seulement au supermarché.
« Si elle s'habille et se maquille comme ça pour acheter des Legos, j'imagine qu'elle doit toujours être au top, elle doit même savoir être sexy… »
Sans trop savoir pourquoi, mais sachant que ce n'était clairement pas adapté, elle ne put s'empêcher de s'imaginer que cette femme s'efforçait d'être parfaite en TOUTES circonstances. En réalité le plus gênant fut le moment où elle s'imagina Rogue lui-même dans certaines de ces circonstances… plein d'entrain…
Hermione préféra rouvrir les yeux pour s'enlever cette image de l'esprit et vit Cormac qui fermait les yeux avec une grimace de plaisir sur le visage. À moins qu'il fût en train de souffrir, difficile à dire vu comme il se pressait dans chacun de ses mouvements. Refermant les paupières alors qu'elle sentit une légère douleur au bas ventre, elle essaya de penser à ses dossiers de travail. Hélas rien n'y faisait et, très vite, Rogue reprit place dans sa tête.
Il devait certainement avoir un visage beaucoup plus neutre dans ces moments-là. Même s'il semblait plus détendu qu'à l'époque de Poudlard, il ne semblait pas être du genre à grimacer comme ça.
« Bon sang mais arrête de penser à ce genre de chose ! » s'houspilla-t-elle.
Pourtant son cerveau en avait décidé autrement et, pire que de l'imaginer au lit avec sa femme, elle le vit au-dessus d'elle. Elle l'imaginait à la place de Cormac, plus détendu que jamais, souriant juste à l'idée plaisante qu'il allait attendre le nirvana. Hermione voulut rouvrir les yeux mais ce qu'elle imaginait était tellement plus serein que les à-coups qu'elle ressentait qu'elle les referma aussi vite. Cormac atteint alors le septième ciel et ce fut avec honte qu'elle prit un certain plaisir à imaginer un autre homme le faire avec plus de contenance.
« Pas juste un autre homme » finit-elle par se dire, tandis que son mari s'allongeait à côté d'elle « Bordel, mais pourquoi j'ai imaginé Rogue ? »
Essayant de paraître le plus calme possible, elle se redressa pour aller prendre une douche fraîche et revigorante :
- Eh bien ma mimi, j'ai dû être plus extra que d'habitude vu ta tête !
- Quoi ma tête ? s'inquiéta la lionne.
- Rien, juste tu étais bien plus « détendue » si tu vois ce que je veux dire !
Elle voyait très bien ce qu'il voulait dire, mais elle revoyait surtout ce à quoi elle avait pensé et s'en voulait encore plus. Sans rien ajouter, elle se contenta d'aller prendre une douche froide pour se remettre les idées en place. Ce n'était pas grave, il n'y avait rien eu d'illégal ou d'interdit, elle s'était juste laissé aller à son imagination et, elle le savait depuis longtemps, elle en avait à revendre. Elle espéra néanmoins qu'elle en aurait beaucoup moins lundi et surtout qu'elle arriverait à regarder Rogue dans les yeux sans rien laisser paraître.
…
Ce fut comme d'arracher un sparadrap et une fois dans la voiture de son chauffeur, elle le regarda pour ne pas craindre de croiser son regard de façon fortuite. Il l'observa alors avec circonspection :
- Vous allez bien ?
- Oui, je vais même très bien, dit-elle avec fierté et en souriant.
C'était officiel, elle pouvait le regarder droit dans les yeux sans rougir. Son esprit avait fait la part des choses, tout était parfait !
- Papa, j'ai besoin de me moucher s'il te plaît, intervint Jade derrière avant que son père ne redémarre.
Severus se pencha alors vers Hermione qui se figea légèrement. Il cherchait sûrement un paquet de mouchoir dans l'accoudoir mais ne le trouva pas et, s'excusant d'avance, il se pencha plus encore pour regarder dans la boîte à gants. Son bras puis sa main frôlèrent sa cuisse alors qu'il se redressait pour donner le paquet à sa fille à l'arrière :
- Tiens ma princesse, garde le paquet à l'arrière ça sera plus simple.
- Merci papa !
Sans rien ajouter de plus, il démarra. En même temps, il n'y avait rien à dire, il l'avait à peine effleurée en attrapant un truc sans importance dans la boîte à gants après tout. Mais tout de même, il aurait été plus simple de lui demander à elle de regarder, elle était juste devant !
« Par Merlin, mais il faut que j'arrête de me prendre la tête ! » se fustigea la lionne.
- … bientôt Halloween ! s'exclama Rhett, ce qui fit réagir sa mère. Vous le fêtiez en Espagne ?
- Oui, bien sûr, répondit Jade avec joie. C'est une fête géniale en plus, mais on ne le fête pas exactement de la même façon qu'ici il me semble.
- La base reste la même, intervint Severus. Les déguisements, la chasse aux bonbons, les histoires qui font peur. Par contre c'est vrai qu'en Espagne, on a tendance à faire cette fête de façon plus… familiale je dirais. On célèbre nos défunts plus que les saints, même si les villes et villages se métamorphosent en lieux de fête avec des décors plus ou moins identiques au reste du monde.
- On place des bougies sur nos fenêtres ou au cimetière pour apporter de la lumière aux morts, expliqua Jade. Grand tata Ana dit que ça leur permet de retrouver le chemin jusqu'à nous pour la fête en leur honneur, mais personnellement, je n'ai jamais vu les fantômes de personnes que je connais…
- C'est parce-que c'est métaphorique princesa, s'amusa Rogue.
- Nous on passe Halloween autour d'un feu de camp chez papy et mamy Granger, dans leur maison de campagne. C'est vraiment trop bien, on mange des chamallows touuuuute la nuit !
- Jusqu'à ce que tu sois malade en tout cas, plaisanta Hermione.
- J'ai vomi qu'une fois l'année dernière ! se défendit le jeune garçon.
Le trajet paraissait bien court quand ils parlaient de la sorte. Rhett et Jade continuèrent de discuter à propos d'halloween alors qu'ils entraient en classe et laissaient leur parent respectif retourner en voiture :
- Vous allez bien Granger ? demanda-t-il une fois seul avec elle.
- Oui, pourquoi vous demandez ça ?
- Vous semblez ailleurs.
Ce n'était pas entièrement faux. Elle avait réussi à oublier son malaise en parlant avec les enfants durant le trajet mais maintenant, ils se retrouvaient juste tous les deux et la jeune femme avait directement replongé dans une sorte de torture mentale. Elle avait beau se dire qu'elle n'avait rien fait de mal la veille, elle repensa à la main de Rogue frôlant sa jambe et tenta dès lors de lutter contre un sentiment stupide de gêne.
- Tout va bien, répondit-elle finalement en souriant.
Qu'est-ce qu'elle pouvait être stupide quand elle s'y mettait ! Le regard aussi intrigué que froid de Rogue lui rappela qu'ils étaient à peine amis et qu'elle n'avait pas à se sentir le moins du monde embarrassé. Il ne l'avait pas touché de façon indécente et ce qui s'était passé la veille était de l'ordre de la fatigue mentale, rien de plus. Non, vraiment, cela allait passer et plus tôt que prévu d'ailleurs, car Hermione espérait bien repartir sur de bonne base dès maintenant.
- Disons que je me fatigue moi-même à force de trop réfléchir et, en l'occurrence, depuis ce weekend je n'ai de cesse de faire flamber inutilement mes neurones.
- Je confirme que vous êtes fatigante, accorda-t-il avec un air faussement exaspéré.
- Hey, grogna-t-elle en lui donnant un petit coup dans l'épaule.
De toutes les réactions qu'il aurait pu avoir, le fait de le voir rire fut la plus surprenante. Cela ne dura pas longtemps, mais tout de même, Hermione se promit de s'en souvenir.
- Et si nous allions prendre notre café avant de ne plus en avoir le temps ? proposa-t-il.
- Avec grand plaisir, répondit-elle en souriant.
Il avait eu l'obligeance de ne pas poser plus de questions et la jeune femme s'en sentit soulagée. Le malaise semblait être parti bien loin alors qu'ils se rendirent au café et s'installèrent tous deux à leur table habituelle, discutant de tout et de rien sans vraiment faire attention au temps qui passait. Ce fut le portable de Rogue qui les coupa alors qu'il se mit à sonner sur l'air de « hard day's night » des Beatles :
- Désolé, je dois répondre, dit-il en regardant le nom sur l'écran avant de s'étonner, heu, Granger, je ne veux pas vous presser mais il est 8h32 !
- Quoi ?
Rogue répondit à son téléphone alors que la lionne regarda sa montre qui, hélas, lui confirma son retard.
- Oui je suis bien le directeur Rogue, disait-il au téléphone en faisant signe à la lionne de partir et qu'il réglerait tout.
- Merci, murmura-t-elle en se levant.
Elle renfila sa veste, prit son sac et regarda une dernière fois Rogue qui semblait concentré alors qu'on lui parlait à l'autre bout du fil. Hermione sourit amusée en le voyant ainsi, il était plutôt séduisant quand il réfléchissait avec autant de sérieux. Elle secoua la tête à cette réflexion et s'éclipsa avant qu'il ne remarque qu'elle le fixait de la sorte, de crainte qu'il ne lise en elle comme dans un livre ouvert.
Perturbée par le fond de sa pensée, elle arriva au ministère et se hâta à son étage. Là, sa secrétaire la regarda avec soulagement avant qu'elle n'atteigne son bureau :
- Bonjour Hermione, que vous est-il arrivé ? demanda-t-elle sans y aller par quatre chemins.
- Bonjour Aurélie, je vais bien ne vous en faites pas, je n'ai juste pas vu l'heure passer…
- Mlle Cattermole est dans la salle d'attente…
- Un retard en dix ans et il faut que ce soit aujourd'hui ! soupira la lionne.
La lionne remercia la secrétaire et, n'ayant clairement pas le temps de se morfondre à nouveau, elle se dirigea vers la salle où attendait Ellie Cattermole, la cadre du département de la justice magique. Elles avaient rendez-vous pour parler d'une prochaine opération conjointe entre leurs deux départements, les services du secteur de régulation et de protection des créatures magiques n'étant pas accrédités pour tous types d'actions de terrain.
- Bonjour Ellie, je suis sincèrement désolée d'être en retard ! s'excusa platement la jeune femme.
- Tu as dix minutes de retard Hermione, appuya-t-elle en regardant sa montre. Est-ce le signe du début de la fin du monde ?
Mlle Cattermole, malgré sa bonne place au ministère et ses années d'expériences, était d'une nature joyeuse et taquine. Elle sourit à sa consœur qui l'invita à entrer dans son bureau tout en lui répondant avec le plus d'humour possible, pour cacher son embêtement :
- La fin du monde je n'espère pas, mais celle du groupe de braconniers de créatures marines, j'espère !
- Ça ne fait aucun doute, assura Ellie. Mais avant tout, dis-moi quelle catastrophe a pu te mettre en retard ?
- Mon Manque d'attention sur l'heure, j'en ai peur.
- Tu es venue en traînant des pieds ?
- Même pas, j'avais de l'avance à la base, j'ai juste cru avoir plus de temps que je n'en avais en réalité… mais ne dit rien à Cormac s'il te plaît. S'il l'apprend, je vais avoir le droit à des réflexions incessantes pendant des semaines.
- Du genre « alors tu vois, il n'y a pas qu'à moi que ça arrive d'être en retard », plaisanta sa collègue en imitant le susnommé. Ne t'en fais pas va, même si je le vois tout à l'heure, je ne dirais rien, je ne vais quand-même pas donner une excuse à ton mari pour légitimer son manque cruel de rigueur.
- Heureusement qu'il est efficace à son poste, soupira la lionne qui avait toujours été exaspéré par les retards réguliers de son époux.
Rassurée à l'idée qu'Ellie ne dirait rien à Cormac avec qui elle déjeunait régulièrement, au vu de leur passion commune pour le Quidditch et étonnamment pour le cinéma d'action, elles se mirent au travail. L'opération à préparer était conséquente et surtout, allait avoir un gros impact sur la suite de la carrière d'Hermione. Si tout se passait bien, l'affaire serait médiatisée et pourrait potentiellement aider la lionne à prendre place au magenmagot aux prochaines élections, la rapprochant un peu plus de son but ultime : le poste de ministre. Ce n'était pas obligatoire bien entendu, mais gravir les échelons un à un était sûrement, après Rhett, la plus grande fierté d'Hermione qui n'était pas du genre à aimer prendre des raccourcis.
Une fois la réunion préparatoire terminée, Hermione s'étira et regarda l'heure. Cela avait pris trois bonnes heures et le déjeuner approchait à grand pas, mais la pile de dossiers à traiter était encore imposante.
« Aller ma vieille, pas le temps de niaiser ! » s'encouragea-t-elle.
Le premier qu'elle attrapa était estampillé « prioritaire/confidentiel ». Il était assez rare de voir les deux mentions en une seule fois et cela était, en général, signe que la cadre ministérielle allait devoir aller sur le terrain elle-même. Hermione n'eut néanmoins pas le temps de l'ouvrir que l'on vint frapper à sa porte :
- Oui ?
- Désolée de vous déranger Hermione, mais un certain monsieur Wayne demande à vous voir, expliqua Aurélie en entrant.
- Il a un rendez-vous ? s'étonna la lionne.
- Non, mais il dit que c'est urgent et que vous serez d'accord de le recevoir…
- Je ne sais pas qui est ce M. Wayne mais je ne vois pas… oh attends, Wayne ? Comme Bruce Wayne ? demanda Hermione après s'être entendu prononcer le nom à haute voix.
- Oui, c'est ça ! s'exclama la secrétaire. Je fais quoi du coup ?
- Faites-le entrer, merci Aurélie.
Hermione ne put retenir un sourire amusé en comprenant de qui il s'agissait. Elle s'étonna néanmoins de la présence du sorcier dans l'enceinte du ministère, lui qui voulait se faire discret, mais surtout, elle commença à se demander ce qui avait pu le pousser à venir la voir maintenant, alors qu'ils allaient se recroiser dans l'après-midi ou au pire, le lendemain matin.
Là, Batman lui-même entra dans le bureau. Il s'était changé et à la place de sa tenue plus conventionnelle qu'il arborait d'ordinaire, il portait un costume trois pièces très formel ainsi qu'un couvre-chef donnant l'impression qu'il venait des années 30. Le noir lui allait toujours aussi bien même si sa veste de costume n'eut rien à voir avec sa redingote de l'époque. Sa chemise blanche mettait en avant la cravate sombre qui lui tombait sur le torse, lui donnant l'allure d'un gentleman digne du personnage à qui il avait emprunté le nom :
- Rebonjour M. Wayne, s'amusa Hermione. Qu'est-ce que vous faites ici ?
- Une jeune femme intelligente mais visiblement surmenée a laissé trainer ceci sur la table d'un café !
S'approchant du bureau, il déposa devant la maîtresse des lieux un Blackberry :
- Par Merlin, mon téléphone ! s'exclama-t-elle en se redressant et en palpant machinalement ses poches vides.
- Pas la peine de le chercher, il est devant vous, ironisa-t-il.
- Oui, en effet… merci beaucoup !
Hermione le regarda et se sentit rougir légèrement, se sentant stupide. Elle ne sut quoi dire alors qu'elle se rendit compte qu'il avait pris un risque inconsidéré de se faire remarquer, juste pour lui rendre son téléphone. Certes, il était presque non reconnaissable avec cette tenue, une barbe et des cheveux courts, mais tout de même. Il retira la casquette béret qu'il portait et qui avait sûrement aidé à camoufler son visage, en plus du reste, et dit avec un air détaché :
- Votre mère a appelé, elle voulait savoir si vous aviez trouvé le cadeau pour votre père !
- Oui, je l'ai même déjà acheté, dit-elle avant de hausser un sourcil circonspect, mais attendez une minute, vous avez répondu à mon téléphone ?
- Elle vous a appelé trois fois au cours de la matinée, j'ai fini par répondre pour lui expliquer qu'un quatrième appel serait superflu au vu de votre éloignement géographique avec votre portable.
En disant cela, il haussa les épaules mais regarda ailleurs et Hermione croisa les bras devant elle :
- Vous n'aviez pas plutôt peur qu'elle s'inquiète du fait que je ne réponde pas ?
- Vous spéculez Granger, j'en avais juste assez d'entendre votre satané téléphone sonner.
Remettant son couvre-chef sur la tête, dans une posture défensive claire, il s'apprêta visiblement à la saluer quand elle reprit :
- C'est très gentil d'avoir fait ça pour moi.
- Ça m'a donné une bonne excuse pour sortir un peu de ma prison, dit-il avec dédain avant d'ajouter, mais votre cellule est pire que la mienne ! Moi j'ai au moins le luxe d'avoir une vraie fenêtre donnant sur l'extérieur.
Regardant autour d'elle, elle ne trouva rien à rétorquer. C'était effectivement très sombre et déprimant de se savoir sous terre de la sorte, pourtant, Hermione s'y sentait bien. Elle était à sa place ici après tout :
- C'est vrai que c'est assez triste ici, mais j'aime bien mon bureau, je suis utile quand je suis installée ici et mes actions se répercutent à la surface. Du coup, quand je retourne en haut, j'ai tout le loisir de profiter de la beauté et de la quiétude que j'apporte au monde magique avec mes différentes équipes et mes services.
Rogue l'observa un instant en silence et sourit avec sincérité :
- Le monde magique sera encore bien meilleur quand vous en serez à sa tête, cela ne fait aucun doute.
Se sentant rougir, ce qui lui arrivait bien trop souvent maintenant, elle le vit souffler par le nez, moqueur, avant de dire :
- Bon, je vous laisse sauver le monde, à demain Granger.
- Attendez, dit-elle en faisant le tour de son bureau pour s'approcher de lui avant qu'il ne parte. J'aimerais vous inviter à déjeuner, pour vous remercier d'être venu me rapporter mon téléphone et d'avoir rassuré ma mère.
Peut-être qu'elle en demandait trop au sorcier face à elle, car il détourna le regard et sembla réfléchir à la question. Il était probablement en train de chercher la meilleure des façons de refuser sans la vexer…
Cette idée décevante tirailla légèrement l'estomac de la jeune femme qui se demandait pourquoi elle s'était mise dans une telle situation. Elle conserva néanmoins un sourire, prête à accepter le refus sans faire d'histoire quand il daigna enfin la regarder de nouveau, un léger sourire aux lèvres :
- Avec plaisir, je suppose que ce sera toujours mieux que la cantine du laboratoire.
OoOoOoOoOoOoOoO
Note :
Bien le bonjour/bonsoir et merci à tous pour vos lectures.
Merci aussi pour vos retours qui sont une source de motivation juste incroyable pour moi !
Je me répète souvent, mais sans vous, il n'y aurait pas d'histoires écrites par « mes soins » ! :D
Alors encore une fois, merci pour tout, de la lecture en passant par les commentaires et les votes.
IMPORTANT :
Maintenant, passons à un sujet plus sérieux si vous le voulez bien…
Dans cette histoire, vous l'aurez remarqué, Hermione s'est légèrement (même beaucoup) engouffrée dans une vie dite « normale » …
Mais à force de vouloir faire « comme tout le monde », on peut se perdre soit même, parfois au prix fort !
Et c'est bien à cause de ce constat que j'ai écrit cette histoire de cette façon : provocatrice mais réflexive.
Même si Hermione n'en est pas arrivée jusqu'à là, il me semble important de faire un point...
POUR CAUSE :
Basée sur un défi, j'ai fait beaucoup de recherches pour ne pas écrire trop d'aberrations dans cette FF. Lors de ces dernières, je suis tombée sur des articles, des reportages et même des témoignages qui m'ont glacé le sang…
Ces derniers parlaient des femmes (tout ce que j'ai lu sans exception, mais je ne doute pas que certains hommes sont dans ce cas aussi), de leur charge mentale, de leurs obligations sociétales et de l'image qu'elles sont censées renvoyer…
Et franchement… J'ai eu mal à ma féminité et à mon 21ème siècle !
Je pourrais faire un laïus de plusieurs centaines de pages, mais je vais me contenter d'un cours résumé, mon histoire se chargera du reste (je l'espère) :
- Une femme a le droit de ne pas être parfaite et a le droit de se laisser aller au naturel !
- Une femme a le droit de penser à elle, ses envies et ses passions, car c'est tout aussi légitime que de s'occuper de la maison, des enfants et de son mari/sa femme.
- Une femme n'est pas dans l'obligation de tout gérer toute seule.
ET SURTOUT :
- Une NON reste un NON, mari ou pas !
Une femme a le droit d'avoir ses propres désirs, ses propres envies et ses propres limites. Si elle ne veut pas, elle ne veut pas, mariée ou pas, elle a le CHOIX !
Être contrainte par son époux/sa femme à des actes sexuelles non consentis s'appelle un viol conjugal, ce qui est puni par la loi.
Alors si vous n'avez pas envie, dites NON et faites-vous entendre, c'est VOTRE DROIT !
DONC :
Ne l'oubliez pas,
Ne vous oubliez pas,
Vivez pour vous et pas pour la société.
Au cas où :
(Service spécialisé dans les violences faites aux femmes : 3919)
