Chapitre 6 : Des bourdes à la pelle !

Jamais pause déjeuner ne fut plus plaisante pour la cheffe ministérielle. Rogue et elle étaient allés dans un petit restaurant sans chichis à quelques pas de la cabine téléphonique qui menait la lionne chaque jour à son travail. Ils y mangèrent simplement, mais les plats étaient bons mais surtout, les conversations étaient stimulantes.

Alors qu'ils parlaient de l'actualité et de la polémique sur la correspondance du Prince Charles avec sept ministères, le téléphone de Rogue sonna. Cette fois, ce fut une sonnerie différente mais Hermione reconnue la voix d'une chanteuse internationale qui avait connu un grand succès, en particulier en France :

- Je suis désolé, je dois répondre je le crains !

- Le travail ? demanda Hermione avec curiosité.

- Pire… cette fois-ci, c'est ma mère !

- Oh, les mamans se déchaînent aujourd'hui, plaisanta-t-elle en voyant le rictus amusé de son compagnon de table.

Elle pensa un instant qu'il allait se lever pour répondre en privé à cet appel mais il n'en fit rien et se contenta de décrocher sans bouger.

- Oui mère, que puis-je pour toi ?... Hum, oui plutôt et toi ?... tu sais bien que tu ne me déranges jamais… oui, bon, sauf dans ces moments-là, mais je te le dis quand c'est le cas…

Détournant le regard, se sentant assez gênée d'entendre une conversation privée entre Rogue et sa mère, Hermione se concentra sur la décoration cosy du lieu. Le restaurant était simple mais chaleureux, avec une décoration européenne aux nuances orangées et rouge, sans pour autant être agressive. Les tables de bois et les chaises rembourrées lui rappelèrent un peu la salle de cours de divination de Poudlard, la folle aux lunettes, les boules de cristal et les fortes odeurs d'encens en moins. Le fumet de bons plats flottait dans l'air et cela faisait toute la différence.

Une fois le tour de la salle effectué avec le regard, ce qui fut d'une rapidité extrême, elle reporta son attention sur son verre d'eau. Elle en but une gorgée, ce qui lui donna l'occasion de regarder à nouveau Rogue, bien qu'elle ait déjà eu tout loisir de savoir à quoi il ressemblait depuis le début du repas. Hermione n'aurait pas pu expliquer pourquoi, mais elle était obnubilée par la tenue que portait le sorcier face à elle à ce moment précis. Cela ne le changeait pas spécialement beaucoup des matins pour les trajets jusqu'à l'école, le noir était toujours la couleur dominante de ses vêtements, mais cela venait sûrement du fait qu'un homme en costume trois pièces était toujours plus à son avantage que lorsqu'il portait simplement un chino et un pull noir.

« À son avantage » se répéta-t-elle dans le vague, se demandant pourquoi elle pensait à ça. « Sûrement parce qu'il est séduisant comme ça… mais qu'est-ce que je raconte ».

Elle se sentit sur le point de rougir alors qu'elle reposa son verre tout en rebaissant la tête. La lionne inspira discrètement et se mordit l'intérieur de la joue.

« Oh et zut, appelons un chat un chat Hermione ! » finit-elle par se dire « tu le trouves séduisant, c'est tout, t'as pas à rougir ! Surtout qu'il ne lit plus dans tes pensées alors ce n'est pas un problème ! Eh puis, au pire, c'est simplement un constat, il est juste mieux apprêté qu'à l'époque où il était professeur à Poudlard ! »

- … Granger… Hey je vous parle !

Hermione releva la tête à la hâte en entendant son nom. Avait-il finalement lu ses pensées ? Ah non, il avait quelque chose à lui demander, tenant son téléphone un peu à l'écart, sans pour autant avoir raccroché. Avait-il dit à sa mère qu'il déjeunait avec elle ?

- Pardon, vous disiez ?

- Vous allez bien ? Vous semblez encore une fois totalement ailleurs, comme ce matin !

- Oui, je vais bien, j'étais perdue dans mes pensées pour changer, désolée !

- Hum… je disais donc, est-ce que vous aimez les romans historiques ?

Étonnée par la question, Hermione haussa un sourcil avant de répondre :

- Heu… oui, j'aime bien ce type de roman, pour…

Elle n'eut pas le temps de finir sa question que Rogue remit son portable à son oreille :

- J'ai trouvé la personne parfaite pour te donner un avis objectif !... Oui j'ai bien dit Granger… non, comme le pape Granger, à ton avis ?

Severus leva les yeux au ciel avec néanmoins un air moqueur :

- Je te laisse maman, j'aimerai beaucoup finir de manger… oui, je te rappellerai… oui, façon de parler, nous savons tous les deux que c'est toi qui vas me rappeler… à plus tard.

Il raccrocha enfin et la regarda droit dans les yeux, en silence, la forçant à se rendre compte qu'elle le fixait avec insistance. Toussotant pour reprendre contenance, elle demanda :

- J'ai comme l'impression que vous m'avez demandé de faire quelque chose sans que je ne sache quoi exactement ! Puis-je savoir de quoi il s'agit ?

- Vous m'avez plus d'une fois dit votre amour pour la lecture, expliqua-t-il alors, et ma mère tient une maison d'édition. Elle a reçu récemment plusieurs manuscrits mais elle hésite à les publier car ce n'est pas vraiment ce qu'elle a l'habitude de financer et elle me donc demandait conseil. Or, je ne suis pas vraiment la cible de ce genre de livre sur fond de romance.

- Vous n'aimez pas les histoires romantiques ?

- Je trouve ce genre de roman surfait et trop éloigné de la réalité. Vous connaissez beaucoup de personnes dans la vraie vie qui tombent amoureux au premier regard mais qui ne s'en rendent compte qu'après plusieurs « épreuves », pour finalement finir ensemble comme s'il s'agissait d'une évidence ?

- Eh bien, je suppose que ça existe ! Vous n'êtes pas tombé amoureux de votre femme au premier regard ? demanda Hermione avec un mélange de curiosité et d'agacement, sûrement lié aux réticences de Rogue concernant le romantisme.

Se reculant pour s'adosser à sa chaise dans une posture nonchalante, il croisa ses bras devant lui et répondit après une rapide réflexion :

- La première fois que j'ai rencontré ma femme, j'avais 17 ans et je cherchais simplement du travail pour payer mes études supérieures. Mon meilleur ami… ou plutôt mon seul véritable ami m'a alors pistonné et j'ai rencontré Cornaline qui m'a donné ma chance. Je la voyais comme une patronne, rien de plus… nous étions bien loin du coup de foudre !

- Elle était votre employeur ? s'étonna la lionne.

- Avant d'être professeur Poudlard, par dépit plus que par envie, j'ai travaillé en tant que mixologue et oui, c'est ma femme qui m'avait laissé une chance à cette époque.

- Entre préparer des potions ou préparer des cocktails, vous restiez un peu dans le thème, ironisa la lionne.

- Hum, c'est ce que mon ami disait toujours ! accorda Severus. Enfin, Cornaline est elle aussi maîtresse en potion, du coup elle m'a pris sous son aile et m'a beaucoup aidé. On a été amené à passer beaucoup de temps ensemble, on s'est rapproché comme ça je suppose et… et voilà une trépidante histoire qui ne sera jamais écrite !

En disant cela, Rogue avait haussé les épaules pour ponctuer ce qui semblait être la fin de son histoire. Hermione le regardait toujours, il semblait avoir beaucoup de mal à parler de sa femme et elle se demanda s'il était vraiment heureux de son union.

« Mais ça ne me regarde pas ! » s'offusqua-t-elle intérieurement.

- Et… vous l'avez épousée après la guerre du coup ?

- Nous étions restés en contact mais nous ne nous voyions plus beaucoup avec mes… obligations. Ce n'est que lors de mon hospitalisation qu'elle est revenue auprès de moi et m'a énormément épaulé, expliqua Rogue avec un regard vague. Néanmoins, même si nous nous sommes de nouveau rapprochés dès lors, nous ne nous sommes mariés qu'en 2000.

- Vous lui avez demandé pour le changement de siècle ? interrogea la curieuse qui se demandait ce qui l'avait poussé à se marier.

- C'est elle qui m'a demandé, répondit-il simplement. Cela lui faisait envie et je ne voyais pas d'arguments suffisant pour refuser.

- C'est en effet très romantique comme histoire, se moqua finalement Hermione.

- Ça l'était de votre côté ? demanda-t-il avec mordant. Vous n'avez même pas pris la peine de prendre son nom après tout.

Touché… la remarque avait fait mouche. Hermione s'adossa à son tour à sa chaise et joua avec son alliance, la faisant tourner autour de son doigt :

- Eh bien, peu de temps après que nous nous soyons retrouvés, je suis tombée enceinte et Cormac m'a fait sa demande en bonne et due forme. C'était un peu rapide, mais il a eu le mérite de faire une demande dans les règles de l'art, lui ! Quant à mon nom, je n'ai pas voulu en changer pour mes parents.

Peut-être aurait-elle dû garder cette réflexion pour elle, car le ton qu'elle avait employé fut un peu rude à son tour. Elle s'attendit donc à une remarque acerbe de la part de son interlocuteur qui se réavança vers la table. Étonnement, il ricana :

- Comme quoi, je ne suis vraiment pas la cible des romans sur fond d'histoire d'amour, mais vous oui, Mme Granger ! Car là où je vois un mariage de convenance, vous voyez un mariage de romance.

- Votre mariage est peut-être en lien avec l'envie plus que la convenance mais j'ai au moins le mérite de porter une alliance pour signaler mon statut marital ! Répliqua-t-elle.

Elle ne l'avait en effet pas remarqué auparavant, mais Rogue n'avait rien à son annulaire. Ainsi, légèrement blessée par la remarque de ce dernier, elle n'avait pu retenir cette pique qu'elle lui avait lancée en s'avançant à son tour, posant ses coudes contre la table. Peut-être était-ce une fois de plus exagéré et aurait-elle dû se contenter de se taire…

S'attendant à une remontrance, voire à ce qu'il se lève pour partir en se tournant de façon théâtrale, comme il savait le faire à l'époque, elle constata une nouvelle fois qu'elle s'était trompée. Il ne bougea pas, restant là, face à elle, accoudé lui aussi à cette table qui les séparait de peu… vraiment peu. Il était si proche d'elle à cet instant, qu'elle eut tout loisir de contempler ses yeux d'un noir profond et pourtant, brillants d'une lueur qui n'avait rien de sombre.

Il était si proche qu'il n'aurait probablement pas eu besoin de se lever pour l'embrasser...

Hermione se sentit rougir à cette idée, non pas parce qu'elle trouvait cette pensée choquante, bien qu'elle l'eût été, mais parce qu'elle se rendit compte qu'elle en avait envie. Heureusement, ou pas, il n'eut pas la même idée et se remit correctement sur sa chaise, un petit sourire narquois aux lèvres :

- Vous avez raison, je n'ai pas d'alliance. Je n'ai jamais porté ni bague ni chevalière, cela aurait été gênant pour la préparation des potions. C'est la meilleure excuse qui soit pour ne pas avoir à m'embêter avec ça !

- Avec ça ? répéta-t-elle en se réinstallant à son tour. C'est une façon bien triste de dire que vous trouvez le concept ridicule.

- Eh bien, je trouvais ça plus intelligent que triste, mais la finalité reste la même en effet. À quoi bon mettre un bijou onéreux pour soi-disant sceller une union ?

- C'est une tradition, néanmoins la bague n'est pas obligatoirement onéreuse, fit remarquer Hermione, c'est un symbole, quel qu'en soit le prix.

- Tout comme les colliers que l'on met aux chiens !

En le voyant hausser les épaules sur cette remarque qui aurait pu paraître désobligeante, la lionne ne put retenir un rire. Elle se rattrapa néanmoins avant de n'être trop bruyante et regarda Rogue en secouant la tête :

- Je vous accorde le point sur ce coup-là, mais uniquement parce que vous m'avez fait rire et que je suis certaine que ce débat, aussi amusant soit-il, pourrait encore durer des heures !

- Il doit y avoir pire que de vous entendre rire pendant des heures.

- M'entendre parl…

Elle ne termina pas sa phrase en constatant une lueur sincère qui était passé dans le regard de son interlocuteur, mais surtout en prenant conscience du fond même de sa réponse. Il aimait bien l'entendre rire ? C'était surprenant… et agréable aussi. Hélas cette lueur ne dura pas et avec sérieux, il regarda l'heure et haussa cette fois un sourcil :

- Par Salazar, il serait temps que je retourne au bureau !

- Déjà mais nous n'avons même pas pris de dessert, ne put s'empêcher de soupirer la jeune femme.

- Je vous l'accorde, mais vous n'avez probablement pas vu l'heure, dit-il en souriant.

Elle prit son téléphone pour regarder à son tour et ouvrit de grands yeux. Cela faisait déjà au moins quinze minutes qu'elle devrait être à son bureau :

- Allez-y Granger, je vous invite.

- Hors de question, vous l'avez déjà fait ce matin !

- Alors vous n'aurez qu'à payer notre prochain déjeuner si vous voulez.

Rogue se leva, prit sa veste et son couvre-chef comme s'il venait de dire une banalité. Cela sonnait pourtant comme une invitation à redéjeuner ensemble aux oreilles d'Hermione. Se levant aussi et en tentant de rester le plus naturel possible, elle se contenta marmonner avec un ton mécontent :

- Bon d'accord, puisque vous insistez. Mais je mettrai un réveil pour être certaine de ne pas me laisser avoir par le temps la prochaine fois.

- J'y compte bien, je ne vais pas vous laissez vider mon compte bancaire, se moqua-t-il en mettant sa casquette-béret en place. J'ai ma Batcave à finir d'aménager après tout, et ça coûte cher !

Hermione se contenta de sourire et de souffler d'amusement par le nez tout en secouant la tête. Elle le salua une dernière fois et se dirigea vers la sortie mais se stoppa au deuxième pas qu'elle venait de faire :

- J'y pense… nous devrions éventuellement échanger nos numéros de portable, cela nous permettrait de communiquer plus facilement sans vous faire vous déplacer si j'oublie encore quelque chose !

- Comme votre portable ?

- Oui, par exemple, dit-elle avant de remarquer que sans téléphone il serait compliqué de répondre.

Rogue allait sûrement faire un commentaire moqueur mais Hermione leva un doigt menaçant pour qu'il se taise. Levant ses mains comme s'il était menacé par une arme, il se contenta de dire avec badinerie :

- Je suppose que l'idée est bonne, admit-il avant d'ajouter, mais j'ai déjà votre numéro et vous avez déjà le mien.

- Comment ça ? s'étonna la lionne en penchant la tête, surprise.

- J'ai fait sonner mon téléphone avec le vôtre et j'ai rentré votre numéro dans mon répertoire, expliqua-t-il. Au cas où vous oublieriez votre tête la prochaine fois.

Ne fallait-il pas qu'elle s'offusquât de cet aveu ? Qu'avait-il bien pu trafiquer avec son téléphone pendant qu'il l'avait en sa possession ? Cette idée l'effraya, d'autant qu'il semblait aussi fier de lui que ne l'étaient les jumeaux Weasley après un méfait…

Puis tout en se dirigeant vers la caisse, il s'arrêta à son niveau et se moqua :

- Je plaisante Granger, nos numéros sont simplement dans l'annuaire de l'école !

Elle fut rassurée mais n'eut rien le temps de répliquer qu'il se pencha pour lui murmurer à l'oreille :

- Mais vous devriez mettre un mot de passe pour verrouiller votre Blackberry Granger.

Puis il se redressa et reprit d'une voix normale :

- Et vous devriez courir pour ne pas avoir une demi-heure de retard à votre travail !

Toujours avec son sourire moqueur et sa manie de ne pas la laisser en placer une, il alla payer et la laissa sur place, aussi soulagée que paniquée en se demandant si elle devait ou non se méfier de lui. Soupirant, elle se hâta de retourner au ministère, tentant de se persuader qu'elle avait confiance en cet individu aussi énervant que fascinant mais, surtout, aussi effrayant que charmant.

« En tout cas j'aime bien son style de directeur, ça fait très gentleman des années 30 ! Je ne sais pas où il a eu cette idée mais c'est presque mieux que ses tenues de professeur ! »

Hermione sourit amusée en repensant à son ancien maître des potions de Poudlard et à ses habits si particuliers. Tous les professeurs de l'école de sorcellerie avaient des accoutrements qui leurs étaient propres et qui étaient reconnaissables, cela avait toujours énormément plu à la lionne qui espérait encore aujourd'hui trouver un style vestimentaire bien à elle, aussi claquant que ceux des adultes qui avaient forgés son éducation magique à l'époque.

Dans l'ascenseur ministériel, qui la secouait dans tous les sens, elle prit le temps de regarder sa tenue, étant de toute façon habituée aux mouvements incessants de ces cages démoniaques. Hum, elle n'avait vraiment pas trouvé la façon adéquate de se distinguer et d'arranger sa prestance par la même occasion. Amusée par ses pensées futiles du moment, elle se dirigea à son bureau, non sans s'excuser auprès d'Aurélie qui la regardait avec effarement en constatant qu'elle était une fois de plus en retard, dans la journée. Heureusement elle garda le fond de sa pensée pour elle.

Assise à son bureau pour entamer son après-midi, Hermione inspira dans le but de se donner du courage. Rares étaient les jours où elle en avait besoin, son travail étant proche du hobby, mais force était de constater que ce jour-là, elle aurait préféré être ailleurs.

La jeune femme regarda alors le dossier qu'elle avait été sur le point d'ouvrir un peu avant, estampillé des deux mentions qui lui laissait envisager qu'une chose importante se tramait. L'attrapant avec conviction, elle sursauta en entendant un bruit de robot qui n'était pas sans rappeler R2D2 dans Star Wars. Secouant la tête avec autant d'amusement face à sa frayeur passagère que d'étonnement face à ce bruit, elle prit son téléphone pour vérifier ce que signifiait ce son.

Cela venait bien de son portable qui lui signifiait un nouveau message, bien que cela ne fut pas avec la sonnerie habituelle. Peut-être avait-elle déréglé un paramètre ? Quoi qu'il en fût, concernant le SMS, il n'y avait pas énormément de choix différents, cela allait de sa mère à Ginny en passant par Cormac ou des publicités. Le numéro qui s'affichait n'était pas dans son répertoire, mais ce n'était clairement pas un message pour lui vendre un nouveau forfait mobile.

« Votre second retard de la journée est-il passé inaperçu ?

PS : j'espère que votre nouvelle sonnerie vous plaît ! »

En guise de signature, un émoticône en forme de chauve-souris trônait à la fin du message. Hermione leva les yeux au ciel non sans retenir un souffle amusé. Avec néanmoins un large sourire, elle prit le temps de répondre :

« Inaperçu n'est pas le terme exact, mais il a néanmoins été sans réflexions, si l'on exclut votre message pour souligner mon exploit du jour.

PS : j'ai été au bord de la syncope, j'ai bien cru qu'un robot venait d'entrer dans mon bureau sans mon accord ! »

En guise de signature, Hermione réfléchit et se contenta de mettre un émoticône de tête de lion. Alors comme ça, il avait pris la peine de noter son numéro de téléphone depuis l'annuaire de l'école ? Surprise et touchée en même temps, elle se rappela néanmoins que cela n'était pas totalement illogique dans la mesure où, en cas de soucis, il pouvait ainsi la prévenir d'un retard ou d'une impossibilité de sa part à venir la récupérer pour leur trajet quasi quotidien. Elle s'en voulut même de ne pas avoir pensé avant de regarder et d'avoir enregistré son numéro à lui sous un nouveau contact, au nom de « Bruce Wayne ». À peine eut-elle le temps de le faire que son portable sonna à nouveau, tel un droïde.

« Déformation professionnelle sans doute, j'aime pointer les erreurs des gens. »

Hermione sourit et se hâta de répondre :

« Déformation professorale ou directoriale ? »

« Un peu des deux je suppose. »

Cette fois, l'émoticône représentait un bonhomme réflexif, comme s'il n'était pas certain de sa réponse. C'était amusant d'imaginer Rogue de la sorte, lui qui se plaisait à toujours paraître sûr de lui. Regardant le clavier de son téléphone après avoir appuyé sur le bouton répondre, la jeune femme chercha que dire… mais elle devait se rendre à l'évidence, elle n'avait aucune idée de quoi écrire pour faire perdurer cette conversation textuelle inattendue. Elle en fut contrariée, ce qui la dérangea pour le moins alors qu'elle se demandait pourquoi elle tenait tellement à poursuivre cette conversation, qui la coupait pourtant de son travail. La lionne soupira puis reposa son téléphone et prit le dossier face à elle, s'houspillant intérieurement sur son manque de rigueur du jour.

Ouvrant enfin la chemise ministérielle qu'elle observait depuis quelques secondes, Hermione lut rapidement de quoi il en retournait et se figea un temps. C'était réellement un dossier important qui induisait qu'elle aille sur le terrain, mais absolument pas comme elle l'imaginait, ni pour les raisons habituelles.

Cette fois, la demande venait directement du président du MACUSA, le gouvernement magique des États-Unis, mais pas que. En lisant plus attentivement le dossier, un nom célèbre en ressortit aussi : Dragonneau. Cela expliquait sûrement pourquoi la lionne était missionnée en personne pour l'affaire en question, à savoir : un grand gala caritatif organisé pour la protection des créatures fantastiques. Du beau monde allait être attendu et un représentant politique de chaque pays se devait d'être présent. Visiblement, pour le petit fils de Norbert Dragonneau en personne, Rolf, cela ne pouvait être autre que la lionne.

Hermione le connaissait très bien, ancien collègue à elle avant qu'il ne devienne magizoologiste à son compte, il avait aussi épousé une amie à elle, Luna Lovegood. De ce qu'elle avait compris, le jeune homme avait repris les rênes de l'association visant à protéger les créatures sans défense créé par son grand-père et sa grand-mère eux-mêmes. La cadre ministérielle ayant été reconnue comme fervente défenseur de ces mêmes êtres vivants, et comme potentielle future membre du magenmagot, Rolf avait insisté pour que ce soit elle le visage représentant le ministère de la magie anglaise. Cela n'allait pas plaire à tout le monde, surtout dans les hautes sphères, mais le ministre Shacklebolt en personne avait validé cette idée.

Fermant le dossier, la cadre posa son front contre son bureau. Non pas que la mission qu'elle allait devoir accomplir était complexe - bien qu'elle fût « dangereuse » si on la forçait à danser avec un autre membre de la haute société - mais pour se faire… elle allait devoir prendre l'avion !

L'héroïne de guerre était forte en bien des domaines et son courage légendaire n'avait d'égal que son envie perpétuelle d'apprentissage. Elle se sentait capable de gravir les échelons de la réussite, elle se savait en mesure de supporter les regards noirs des ambitieux du ministère qui voulaient autant sa place que celle de Shacklebolt lui-même et pour se faire, travailler de longues heures dans un bureau ou sur le terrain ne la dérangeait pas. Mais prendre l'avion, aussi surprenant que cela pouvait paraître… Hermione en tremblait d'avance.

Enfin, malgré ses appréhensions, elle avait bien trop à faire pour se lamenter, et puis, elle avait encore plusieurs semaines pour se préparer à ce voyage inattendu. La lionne attrapa néanmoins son téléphone pour écrire à sa meilleure amie, ressentant le besoin de la voir au plus vite pour évacuer ses vertigineux états d'âme :

« Je ne dirais pas non à un sex on the beach ce soir ! »

Reprenant son travail où elle l'avait laissé après avoir répondu par la positive pour la mission américaine, elle attendit la réponse de Ginny. Elle ne doutait pas un instant qu'elle accepterait l'invitation, après tout elle ne refusait jamais une sortie à l'Opale Noire entre filles. Au contraire, elle se plaignait régulièrement du fait de n'y aller qu'une fois par mois et pas plus, reprochant par la même occasion à Hermione de ne pas sortir assez. Puis R2D2 indiqua au bourreau du travail qu'elle avait reçu sa réponse, un peu moins vite que d'ordinaire d'ailleurs :

« Bien que le sexe à la plage puisse être attrayant par certains aspects Granger, je ne suis pas certain que le sable soit si agréable que ça en guise de matelas. Sans parler de la température du bord de l'eau en cette période de l'année au Royaume-Uni !

PS : Je crois que vous vous êtes trompée de destinataire. »

Le cœur d'Hermione rata un battement alors qu'elle lisait la réponse de Rogue et non pas celle qu'elle avait espérée recevoir de la part de Ginny. Comment avait-elle pu se louper de la sorte ? Rouge de honte et ayant la sensation que la température de la pièce avait grimpée de trente degrés, elle se hâta de répondre en se confondant en excuses. Reposant son téléphone sur son bureau, elle mit son visage dans ses mains et retint de justesse une bruyante complainte.

Moins d'une minute plus tard, elle reçut déjà une réponse à laquelle elle ne s'attendait pas. Allait-il se moquer plus encore ? Ou bien l'engueuler peut-être, sans omettre une remarque narquoise de son cru ? Ou pire encore, lui dire d'effacer son numéro de téléphone pour qu'elle ne l'embête plus dans le futur ? Inspirant longuement elle prit son courage en main et attrapa son mobile pour être fixée sur son sort :

« Vous avez eu le mérite de me distraire en pleine dépression administrative Granger. Mon seul reproche serait que vous m'avez donné envie de boire un verre ! Passez néanmoins une bonne soirée et buvez avec modération. »

Hermione relâcha enfin l'air qu'elle n'avait pas eu l'impression de garder dans ses poumons. Il ne lui en voulait pas et n'avait pas non plus été si moqueur que ça. Sa réponse était même plutôt gentille dans le fond et la lionne put presque entendre la voix autoritaire de son ancien professeur lui dire de ne pas faire d'excès, ce qui l'amusa assez. Elle lui promit alors d'être responsable et renvoya le premier message à la véritable destinataire qui accepta sans surprise l'invitation, en moins de dix secondes. Ginny était vraiment beaucoup trop sur son téléphone depuis qu'elle avait découvert cette technologie !

En allant récupérer Rhett au moment venu, elle ne croisa pas Rogue et en fut étonnamment déçue. Après avoir passé du temps avec son fils, Cormac rentra à son tour et demanda rapidement comment avait été la journée de sa femme tout en se dirigeant vers le frigo pour prendre une bière, avant d'aller sur le canapé et de se plaindre de sa charge de travail. Hermione l'écouta puis, quand il eut terminé de parler des incapables qui ne comprenaient rien à l'importance d'une herbe bien verte pour un terrain de coupe nationale, elle compatit :

- Ça a dû être difficile c'est sûr…

- Tu n'imagines pas, grogna-t-il en commençant sa bière.

- Heu, Cormac, avant que j'oublie, je vais rejoindre Ginny ce soir pour une soirée entre filles.

- Vraiment ? s'étonna son mari sans la regarder pour autant.

Apparemment les informations étaient plus intéressantes qu'elle, merci la BBC... si au moins c'était Dr Who !

- Oui, j'avais envie de la voir pour discuter de mon départ pour l'Amérique et…

- Ton quoi ?

Cette fois Cormac tourna enfin la tête vers elle, avec effarement :

- Mon voyage ministériel vers l'Amérique, je t'en ai parlé il y pas dix minutes quand tu m'as demandé comment avait été ma journée ! s'exaspéra Hermione.

- Oui... heu… mais j'avais pas du tout compris ça ! Tu pars quand ? Comment on va faire avec Rhett ?

- Eh bien je pars dans quelques semaines, juste après Noël. Ça me laisse le temps de tout préparer, souffla Hermione qui avait l'impression de se répéter. Et Rhett eh bien, tu es là donc il ne se retrouve pas tout seul non plus.

- Mais j'ai une montagne de travail à finir avant le début de l'année prochaine moi, se plaignit Cormac.

Hermione garda difficilement son calme face à cette réponse qui eut le mérite de l'agacer et de la vexer. Comme si elle n'avait pas de travail et, surtout, comme si Rhett était un poids qui empêchait ses parents de travailler. Préférant se taire pour ne pas en dire trop, elle se contenta d'aller chercher sa veste avant de dire tout de même :

- Je vais être en retard si je ne pars pas maintenant, on en reparlera. Rhett a déjà fait ses devoirs et il y a un plat préparé au congélateur, tu n'auras qu'à le mettre au four.

Avant de partir, elle monta voir son fils qui était allé jouer dans sa chambre puis elle partit rejoindre sa meilleure amie. Elle allait en avoir encore plus besoin qu'elle ne l'avait pensé de prime abord !

Toutes deux, après une accolade bienvenue, se dirigèrent vers le bar londonien. Une fois installées, avant que le serveur n'arrive pour prendre leur commande, Ginny regarda son amie avec attention et, sans détour, lui intima :

- Alors, raconte !

- Quoi donc ? demanda la lionne plus par principe que réel étonnement.

- Pourquoi tu avais besoin d'un verre ? reprit Ginevra en souriant. Je sais que tu adores passer du temps avec moi, normal vu que je suis géniale, mais tu es plutôt du genre à prévoir à l'avance plutôt que d'être aussi spontanée.

Était-ce si surprenant que sa meilleure amie la connaisse aussi bien ? Non, bien sûr que c'était logique, et Hermione ne put retenir un sourire amusé. Elle avait bien fait de lui demander de venir, elle allait pouvoir se détendre et parler ! Elle commença bien entendu par ce qui la tracassait le plus : son futur voyage en avion jusqu'aux Amériques. Elle lui expliqua dans les grandes lignes jusqu'à ce que le serveur, le même que la dernière fois, arriva pour prendre la première commande de la soirée.

- Je n'ai jamais pris l'avion, reprit ensuite Ginny, mais ça doit être amusant, je ne comprends pas pourquoi ça t'inquiète ! C'est pas le moyen de transport moldu le plus sûr en plus ?

- Cet argument n'est valable que si on est pas dans un avion qui se crash, marmonna Hermione.

- Pourquoi tu voudrais que ça arrive ? s'amusa Ginny. En plus, au pire, tu te protégeras avec un sort.

- Dans la panique c'est quand-même pas évident ! Et avec tous les moldus présents…

- En cas de situation de vie ou de mort, tu seras excusée d'avoir utilisé la magie, fit remarquer la rousse. Quant à lancer un sort en urgence, tu es la mieux placée pour réussir ! Enfin, après, au pire du pire, tu n'as qu'à utiliser le Pacifique express. Sous terre, tu n'auras pas le vertige.

- J'y ai pensé, mais les places coûtent une fortune et le trajet dure trois jours. Il faut réserver des mois à l'avance. C'est donc à la fois trop tard, trop cher et trop lent…

- Le trio d'or de la loose, fit remarquer Ginny avec autant d'amusement que de compassion.

Leur boisson arriva enfin et les jeunes femmes remercièrent le fameux Onyx. Tout en buvant, la rouquine tenta plusieurs arguments de plus pour rassurer la lionne qui lui en était reconnaissante. Elle le fut encore plus quand le sujet dévia sur Cormac et sa réaction du soir même. Ginny ne sembla pas étonnée mais plutôt énervée, bien que gardant ses réflexions pour elle. Là aussi, Mme Potter fut d'une aide précieuse en suggérant à Hermione de demander à ses parents de garder Rhett qui serait en vacances lors de son départ.

- En plus il sera content d'être avec papy et mamy Granger, argua la rousse avec un large sourire.

- C'est vrai, et Cormac pourra travailler autant qu'il le souhaite !

Après le premier verre vint le second, et les conversations sur les enfants et l'école continuèrent. Là, Ginny demanda à la lionne si tout se passait bien pour son filleul :

- Il est toujours aussi ami avec la petite espagnole ? demanda celle qui avait bonne mémoire.

- Oui, Jade et lui sont quasiment inséparables depuis qu'ils savent qu'ils iront à Poudlard ensemble, expliqua Hermione en souriant. Tu verrais comment Rhett est pressé tous les matins en attendant que Rogue arrive avec Jade pour nous amener jusqu'à l'école ! Il est trop…

Hermione ne remarqua sa bourde qu'en constatant le visage surpris, si ce n'était choqué, de sa meilleure amie. Elle n'était pas au courant du nom de famille de l'amie de son fils et pour cause, Hermione avait fait une promesse. Promesse qu'elle venait de trahir et qui l'envahit alors d'un doute. Oui, elle ne savait pas, pour l'heure, ce qu'elle allait devoir craindre le plus : la réaction de la puissante Ginevra Potter face à elle, ou celle du terrible Severus Rogue quand il apprendrait qu'elle avait parlé de lui à quelqu'un !

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Note :

Merci pour vos lectures et comme toujours pour vos retours !

Vous êtes les meilleurs ^^

A très bientôt pour la suite.