Dès que j'eus ouvert les yeux, je compris, qu'une fois encore, ce n'était qu'un rêve. Comme à chaque fois, une douleur m'irradia la poitrine en comprenant que le garçon allongé à côté de moi ne pouvait être Caleb.
Quand je pense, qu'il y a près d'un an, c'était tellement normal de me réveiller à ses côtés... J'aurais aimé remonter dans le temps, juste une fois, pour ressentir le contact de ses lèvres contre les miennes.
Il avait l'air d'un ange, son sommeil était paisible, mais l'on avait l'impression qu'il avait pleuré. Avait-il pleuré, en réalité, pour ce qu'il m'avait fait ? Est-ce que, comme mes amies me l'avaient dit, il m'aimait toujours ? Moi... Moi je n'avais jamais cessé. Il m'avait fait du mal, mais chaque battement de mon coeur lui était destiné. Je crois que c'est pour cela que j'avais voulu en finir, parce que je savais que je ne pourrais jamais cesser de l'aimer.
Je me risquai à poser ma main sur sa joue et il ouvrit les yeux. Ils étaient rouges, gonflés et remplis de douleur. Il prit ma main dans la sienne et l'embrassa. Je me collai contre lui, passant mes bras autour de son cou, tandis que lui passait ses mains sur le bas de mon dos et mettait sa tête dans mon cou, qui devint humide à cause de ses larmes.
- Frappe-moi, me supplia-t-il tous bas. Fais-moi payer ce que je t'ai fait...
C'est là que je compris, je ne dormais plus.
Les évènements de la veille me revinrent en tête en moins d'une seconde.
- Je ne peux pas, soufflai-je en me relevant.
Je mis mes chaussures, avant de commencer à me battre avec la fermeture de ma robe qui était restée ouverte, jusqu'à que les mains habiles de Caleb la ferme.
- Je t'en supplie Hanna... Reste, chuchota-t-il à mon oreille. Nous pourrions parler devant une tasse de café ?
Il me fallut plusieurs secondes avant de finalement accepter. Nous descendîmes à la cuisine qui était vide, sa petite soeur était à côté, devant La Belle et la Bête. Cette pièce était assez grande, les murs colorés d'un vert clair. Nous nous assîmes sur des hautes chaises pour pouvoir poser notre tasse de café sur le comptoir.
- Alors, explique-moi cette histoire de sœur, lui dis-je curieuse.
- Il y a 8 mois, une femme m'a contacté, c'était ma mère. Elle m'a expliqué les raisons pour lesquelles elle m'avait abandonné et m'a demandé de venir vivre à Tucson avec elle, son mari et sa fille Lucy.
Je voulais le serrer dans mes bras, lui dire : "Mais c'est fantastique !", mais je ne fis rien. Je restai concentrée sur ma tasse de café fumante.
Il passa son pouce sur mon tatouage. Je l'avais fait dès que j'étais sortie de l'hôpital, car la marque de stylo était partie et je voulais la garder à tout jamais. Ma mère avait longtemps voulu me le faire enlever, mais j'avais refusé.
- Comme ça... Ton père est de nouveau avec ta mère ? demanda-t-il après un moment de silence.
- Comment le sais-tu ?
- Il y a quelques jours, je me suis glissé dans ton jardin pour t'observer, admit-il en baissant la tête.
Donc c'était bien lui que j'avais cru voir... Il remonta ses doigts sur mon bras replis de cicatrices. Je grimassai. On voyait encore la marque de ma tentative de suicide sur l'autre bras, mais celle-ci était cachée par le tatouage. Je n'avais pas refait des marques aussi importantes, mais je devais continuer à faire glisser cette lame sur mon bras pour me sentir vivante et maîtresse de ma douleur.
- Hanna... Je suis désolé.
- Tu l'as déjà dit.
Je dégageai mon bras et sortis de la pièce pour aller près de la petite Lucy. Je m'assis à côté d'elle et elle me lança un regard interloqué.
- Maman et papa étaient pas content qu'une fille dorme avec Cal'. Mais quand ils ont su que c'était toi, ils se sont calmés...
- Ah bon ?
- Ils ne sont pas bêtes, ils savent que Cal' est amoureux de toi.
Elle pointa les photos qui étaient sur la cheminée. La première était une photo d'un bébé, l'autre d'un mariage et trois autres d'un jeune couple, Caleb et moi. La première était la même que celle que j'avais avec moi, sur la terrasse. La seconde était une qu'Aria avait prise où j'étais adossée au casier, lui me tenant les mains et me regardant dans les yeux en souriant. La dernière venait de l'hôpital, quand il y avait dormi avec moi, et que ma mère avait sûrement du prendre.
Je les observais longuement, la bouche entrouverte et les yeux ronds.
- Il en a beaucoup plus dans sa chambre, fit remarquer la petite fille.
J'avalais difficilement ma salive, luttant contre les larmes.
- Il... Il parle souvent de moi ? la questionnai-je.
- Tout le temps ! Et il n'arrête pas de pleurer depuis qu'on est arrivés.
Là c'en était trop. Il ne m'avait jamais oublié, mais alors pourquoi était-il parti ?
Je me levai doucement, manquant de peu de tomber, et partis en courant de cette maison. Caleb essaya de m'en empêcher, mais je ne pouvais pas rester une seconde de plus ici. J'avais l'impression d'étouffer et que mon coeur allait exploser. Je m'assis sur le bord du trottoir pour essayer de reprendre mon souffle, mais je ne pus que fondre en larme. Je pleurais, encore et encore sentant la présence de Caleb derrière moi. Il posa ses mains sur mes épaules et je me relevai avant de le gifler.
- Pars ! Retourne chez toi et laisse-moi tranquille !
Sur ces mots, je le laissai là, marchant vers chez moi sans arrêter de pleurer.
