Chapitre 13
Nous venions de rencontrer un enfant doté d'un grand talent. Un enfant qui se révélait être une fille. Nous venions de découvrir son visage. Sans le savoir, j'avais sous les yeux la clé de ton passé. Sans le savoir, une chaîne d'évènement venait de s'enclencher. Sans le savoir, le pire comme le meilleur allait se présenter.
Une petite fille se tient devant nous. Je n'y crois pas. Sakura et Naruto sont tout aussi choqués que moi. Kakashi porte un regard soupçonneux sur cette enfant. Je la regarde vraiment. Elle doit avoir cinq ans, peut-être un peu plus. Elle est mignonne. Ses cheveux aussi blonds que le blé, d'une finesse incroyable descendant sur ses petites épaules son visage rond et porcelaine et ses yeux. Je ne crois pas avoir déjà vu semblable. Sans pupille, ils sont d'un bleu envoûtant et fantomatique. Clairs mais si… transparents ? Quand je vois ce visage, il me fait penser au tien. Tu portes ton regard froid sur l'homme, il affiche un air soumis. Il incline la tête demandant un pardon sourd. Ensuite tu transperces l'enfant. Vos yeux se rencontrent pour ne plus se quitter. J'ai l'impression que vous communiquez entre vous, que vos corps s'appellent. Kakashi pose une main sur ton épaule, te ramenant parmi nous. Tu abaisses vivement la tête et recules. J'intercepte une question de Sakura pour Naruto qui répond par un haussement d'épaule. Auraient-ils compris quelque chose ? Je reporte mon attention sur mon maître qui nous présente.
- Nous sommes de Konoha, nous venons sous demande de vos Majestés.
- Oui, j'ai reconnu Mlle… enfin désolé de vous avoir attaqué. Mais la petite est très nerveuse. Je vais vous emmener auprès de ses Majestés.
Il allait dire ton nom. Mais il s'est retenu face au léger mouvement de Kakashi. Un peu plus, et la bêtise était faîte. L'homme se penche sur la fille et lui tend la main. Elle l'attrape vivement et reste collée à son pantalon. Son comportement est complètement différent de tout à l'heure… Etrange. Ils nous mènent jusqu'au château, servant de guides. Ce n'est pas un très grand château, juste assez imposant pour un petit pays comme celui de l'Arbre. Nous traversons différents halls et je détaille les pièces qui se présentent. Quelques ornements en or, du cristal dans les endroits importants, des portraits royaux… A part ça, le mobilier est modeste. L'homme ouvre une porte plus grande que toutes les autres. Celle de la salle du trône. Nous entrons pour apercevoir une grande estrade, dessus trois trônes. Le Roi et la Reine discutent tranquillement. La fille lâche aussitôt la main et accoure dans les bras de la Reine en criant un « maman » joyeux. Alors c'est la princesse ? Une héritière qui utilise des techniques ninjas ? Vraiment étrange. Les deux souverains embrassent leur enfant et se tournent vers notre groupe. La première à avoir une réaction bizarre est la Reine. En découvrant ton visage derrière Kakashi, sa surprise est grande. Ses bras se resserrent sur sa fille. Le Roi lui est plus réservé ou il se contrôle mieux, mais il est autant déconcerté. Par contre, toi tu ne ressens rien. Du coin de l'œil, j'observe ton absence. Le temps semble s'être arrêté sur le sourire de l'enfant. Il est vrai qu'il est capteur. Chaleureux et doux en même temps. Un sourire qui nous rendrait la joie. Un peu comme Naruto… Penses-tu à la même chose ? La voix des Souverains me sort de mes pensées.
- Bienvenue au pays de l'arbre, ninjas de Konoha. Kakashi-san, c'est un plaisir de vous revoir
- Le plaisir est partagé Vos Majestés. Répond mon maître
- Je me prénomme Naruto Uzumaki, notre Hokage nous a envoyé pour superviser l'anniversaire de la princesse. Est-ce la princesse héritière Maemi ? Demande Naruto
- Non, c'est notre fille cadette. Maemi va fêter ses seize ans, ce qui signifie qu'elle sera apte à régner si nous venons à mourir. Et je souhaite que ma fille soit en sécurité. Déclare la Reine
- Evidemment. Votre fille est très jolie, comment se nomme-t-elle ? Questionne-t-il
- Merci, elle s'appelle Koiko. Répond la reine en te fixant
Pourquoi te fixe-t-elle ? Elle attend quelque chose de ta part ? Elle semble te connaître… pourtant elle ne t'a pas saluée en même temps que Kakashi. C'est un comportement vraiment étrange. Je me concentre sur les souverains, et la conclusion me saute aux yeux : Leur Cadette n'est pas leur enfant légitime. Leur physionomie ne correspond pas du tout avec elle. Les Souverains sont bruns aux yeux verts. La forme du visage est plus carrée. Koiko ne leur ressemble pas du tout. Et j'ai le pressentiment que mon maître et toi êtes dans l'affaire. Ma première impression sur l'enfant me revient : Elle te ressemble. Cependant les cheveux, la couleur des yeux et son sourire me font penser à une autre personne : Naruto. Non… ce n'est pas possible. Et pourtant, ce chacra, ces queues et la dernière attaque… Des phrases résonnent dans ma tête « J'ai la sensation de sentir un peu de Kyubi » « Naruto, je suis… » « Qu'il y a-t-il au Pays de l'Arbre ? Pour que tu veuilles disparaître de la Terre …. Un fantôme. »
Je me tourne brusquement vers toi, tu sens mon regard. Tu le vois dans mes yeux et détournes de suite la tête. Alors j'ai bien deviné… Cette fille est la tienne et celle de Naruto. Mais celui-ci ne semble pas perturbé par sa présence, alors il ne sait rien… Voilà la raison de ton comportement.
La Reine décrit notre mission, nous précisons quelques détails puis prenons congé. Un valet nous présente notre chambre respective. Chacun prend possession de la sienne sauf moi. Je te suis dans ta chambre. Elle est sobre et accueillante donnant sur un jardin. Tu souris en la voyant. Un vague murmure m'indique que c'est la même qu'à ta précédente visite. S'en suit le silence pesant, je prends la parole.
- Elle est très belle. Koiko… enfant de l'amour. C'est toi qui l'as nommée ainsi, n'est-ce pas ?
- Merci. C'est la seule chose qu'elle aura de moi.
- Tu ne veux pas la connaître ?
- Koiko ne saura jamais rien de ses vrais parents, il en était décidé ainsi.
- Par qui ?
- Moi. Je ne… voulais pas… la voir. Je ne voulais pas !
Tu tombes à genoux en sanglots. Tu te couvres de tes bras comme pour te protéger. Les images du passé te reviennent à l'esprit. Ta respiration se fait haletante. Je m'approche de toi et plonge mon Sharigan dans tes perles. Tu me laisses entrer dans ton esprit comme la dernière fois. Je retrouve cette sensation de légèreté, me voilà replongé dans le passé, ton passé. Moi Sasuke Uchiwa vais découvrir une nouvelle partir de ta vie, à toi Hinata Hyuga.
L'odeur des médicaments attaque mon odorat. Je regarde autour de moi. Des murs blancs, une table d'observation, une armoire à pharmacie, nous sommes à l'hôpital de Konoha. Assise derrière un bureau, tu attends nerveusement une personne. La porte s'ouvre pour laisser passer le cinquième Hokage. Elle a la mine grave et une ride barre son front. Tu te tournes légèrement vers elle, cachant à moitié ton visage. Tu es la première à prendre la parole.
- Je le suis n'est-ce pas ?
- Oui, Hinata tu attends un enfant de Naruto.
- Bien… Vous savez ce que vous avez à faire Hokage-sama. Dis-tu d'un ton déterminé
Tsunade arbore une mine horrifiée et t'attrape par les épaules. Son ton est plus que sérieux et sa voix s'étrangle à moitié.
- Hinata ! Tu dois garder cet enfant, c'est celui de Naruto !
- Non, nous ne sommes plus ensemble à cause… vous savez très bien mes raisons. Je veux que vous m'enleviez… cette chose !
- Tu es enceinte de deux mois, nos techniques ne sont pas si développées… je ne peux interrompre la grossesse. Le seul moyen est de… Je m'y refuse !
- Alors je le ferai moi-même !
Tu sors un kunai et le pointes sur ton ventre, l'Hokage réagit de suite et arrête le geste. Tu luttes pour prendre le dessus mais elle est plus forte que toi. Doucement je te vois prendre une deuxième arme de ta main libre et l'approcher de l'endroit souhaité. Mais un champ de force apparaît, rouge, il empêche la lame de traverser ton ventre. L'Hokage regarde le phénomène, tu lâches tes kunai et des larmes coulent.
- Kyubi… Il a mélangé son sang au tien. Inconsciemment, il le protège. Mais toi aussi, dans le liquide amniotique circule le pouvoir du Dragon Blanc. Hinata, pourquoi ne pas le garder ?
- Nous le protégeons… Je ne peux pas vivre avec un enfant qui représente un amour perdu. Il doit bientôt revenir, il ne doit rien savoir. Faîte-moi quitter le village ! Si le clan Hyuga apprenait que…
- Bien ! Demain à mon bureau. Ordonne l'Hokage
Tu acquiesces d'un geste sec et quitte l'hôpital.
Le décor disparaît pour prendre celui du bureau de Tsunade. Il est tôt à en juger la position du soleil. Tu es debout, fixant droit devant toi. Tsunade quant à elle te regarde dans sa position si habituelle : le menton sur ses mains.
- Tu vas partir sous couverture, officiellement tu seras en mission pendant huit mois au pays de l'Arbre. Officieusement tu y vivras jusqu'à ton accouchement. Deux personnes vont t'accompagner, je suppose que tu as déjà choisi ?
- Oui, Kakashi Hatake et Ino Yamanaka. Kakashi a toute ma confiance, Ino est mon médecin attitré et pourra m'aider en cas de problème.
- Bien, je les convoque immédiatement. Vous partirez demain. Les gouvernants du pays de l'Arbre sont de vieux amis, ils t'accueilleront avec joie.
- Merci Tsunade-sama.
Le paysage devient flou. Je me retrouve devant les grandes portes de Konoha. Il fait nuit, tout le monde dort sauf quatre personnes. En effet, Kakashi, Ino et L'Hokage t'accompagnent. Vérifiant l'équipement et parlant des dernières formalités, ils attendent ton signal de départ. Tu jettes un dernier coup d'œil circulaire sur Konoha et lèves le bras. Tes deux coéquipiers saluent Tsunade et se mettent en route. Avant de les suivre, la vieille Hokage te retient et te serre dans ses bras.
- Hinata, prend soin de ce petit être. Malgré ce que tu penses, cet enfant est l'expression de votre amour… Protège-le.
- Désolé Hokage-sama. Mais cette nouvelle vie n'a pas sa place ici, ni maintenant ni dans le futur. Je le protégerai parce que vous me le demandez.
Tsunade a un regard triste et c'est la dernière chose que je vois. Maintenant tout est noir. J'aperçois quelques images de ta vie au pays de l'Arbre. Les moments durs, de réconfort. Le Roi et la Reine prennent grand soin de toi. Ino te fait régulièrement des contrôles et Kakashi informe Tsunade. Tu passes la plupart de ton temps seule, soit dans le jardin ou la chambre. Moi je vois surtout ce ventre s'arrondirent pour prendre cette forme si belle. Je te trouve encore plus jolie ainsi, être enceinte te va si bien. Puis la lumière revient, j'entends des cris. Nous sommes dans ta chambre, autour de toi des femmes s'agitent. Ino a pris la direction des opérations, Kakashi te tient la main. C'est le jour de ton accouchement. Tu es en sueur et souffres. Les servantes apportent de l'eau, des serviettes et des draps. Ino relève la tête et te supplie de pousser. Tu réponds par un cri de douleur, tu pleures tellement tu as mal. Kakashi te caresse les cheveux en t'encourageant. Ino sort ses mains pleines de sang et te regarde avec colère.
- Hinata Hyuga, soit tu pousses une dernière fois soit je vais le chercher. Et crois moi tu souffriras encore plus. Alors je veux que tu pousses lorsque je te le - dirai.
- On voit que ce n'est pas toi qui accouches !
- Maintenant !
Un hurlement, un cri de joie, des pleurs. Je vois un petit être se tenir dans les bras d'Ino. Une femme accourt avec une serviette pour l'entourer et le nettoyer. Ino l'illumine de sa lumière verte pour vérifier son état de santé. Elle sourit montrant que rien n'est à signaler. Je m'approche du petit être pour voir ses yeux blancs et un léger duvet blond.
- C'est une fille Hinata, tu veux la voir ?
- Non, emmène-la.
- Mais…
- Une nouvelle princesse est née… Elle est désormais la fille des ses Majestés.
- Tu ne veux vraiment pas la voir ? Questionne Kakashi
- Moins j'entrerai en contact mieux se sera…
- Donne-lui au moins un prénom. Déclare rudement Ino
- … Koiko, l'enfant de l'amour. Maintenant laissez moi.
Les femmes partent de la chambre, Ino quitte la pièce avec un air désolé. Kakashi te donne un baiser sur le front et suit la blonde. Quand la porte claque, tu te laisses aller. Tu étouffes un cri de tristesse et t'enfonces dans tes oreillers pour verser les larmes d'une mère qui abandonne son enfant.
Ce fut la dernière image. Ton esprit se renferme et je reprends conscience dans la réalité. Tes orbes me regardent avec angoisse, j'esquisse un sourire rassurant. Tu t'approches et te colles à mon torse pour chercher le réconfort, la chaleur. Alors voilà ce qui t'a brisé au fond de toi. Tu as perdu la chance de fonder une famille avec l'homme que tu aimes le plus au monde. Voilà pourquoi la blessure est insoignable. Comment peut-on oublier quand un petit être qui est notre sang et chair grandit loin de nous ? On n'oublie pas, on se perd.
