Chapitre 17
Un combat qui avait dévoilé une haine incommensurable. Dans le feu de l'action, tu avais failli tuer Sakura. Ces yeux noirs, j'en avais des sueurs froides. Je ne comprenais pas les évènements. Le pouvoir de Yami me laissait perplexe. Ce Tatsumi semblait en savoir beaucoup ainsi que Kakashi. Ta dernière phrase… elle me restait dans l'esprit. Oui, Naruto avait une totale emprise sur toi.
Deux jours. Deux longs et interminables jours que tu dors. Aucun signe de vie à part ta lente respiration. J'ai essayé plusieurs fois d'entrer dans ton esprit sans aucun résultat. Dès que tu ressens ma présence, tu me repousses brusquement. Je peux sentir ta peine et ta colère. Mais tu refuses mon aide, quoique je fasse. Kakashi et moi nous nous relayons à ton chevet, attendant ton réveil. Pour l'instant je suis dans le jardin surveillant Koiko. Ta fille s'inquiète énormément pour toi, elle ne cesse de poser des questions. Elle t'a fait plusieurs bouquets qui trônent sur la table de ta chambre. Naruto évite tout contact avec Koiko mais elle en fait de même. Dès que ta fille l'aperçoit, elle se réfugie derrière moi ou le fuit tout court. Je ne comprends pas son comportement. Pourtant elle ne te fuit pas, au contraire. Koiko regorge de mystères…
En ce moment elle fixe l'eau sans rien dire. Sa main jouant avec l'élément, créant de petites vagues. Pendant un court instant, sa main se stoppe et Koiko soulève la tête. Elle se relève précipitamment et accourt vers le couloir. Je la suis aussitôt, elle se dirige vers ta chambre. Elle y entre et s'arrête devant ton lit. Tu es assise, regardant le ciel. Je ne sais pas comment mais elle l'a fait. Koiko a senti ton réveil. Te rendant compte de notre présence, tu la regardes. Je fixe tes opales mais je n'éprouve rien. Le vide total. Tes yeux n'expriment aucun sentiment, tu sembles vide. Ta fille s'approche de toi, monte sur le lit et se blottit dans tes bras. Tu les refermes dans un geste automatique et fermes les yeux. Je n'ai pas ma place ici, ma présence n'est pas désirée. Je quitte la pièce avec une sensation douloureuse. J'ai l'impression qu'une brèche a pris place entre nous. Je me dirige vers la salle du trône où je trouve mon équipe. Ils discutent avec leurs Majestés, je salue et les informe de ton réveil. Que de soulagement est exprimé sur leur visage. Je rapporte aussi que Koiko est avec toi et qu'il n'est pas nécessaire de venir te rendre visite pour le moment. Ils acquiescent, je quitte la pièce le plus vite possible. Cependant je saisis le léger mouvement de tête de Kakashi. Il est le seul à avoir vu à travers mon visage impassible. Je sors de l'enceinte du palais et court. Je dois courir, j'en ai besoin. Sortir toute cette angoisse de mon esprit. Je sais qu'il est derrière moi. Je me stoppe sur une branche et je me laisse tomber. Sa chevelure grise ne tarde pas à se présenter entre moi et les rayons du soleil. Il prend place à mes côtés et me regarde, soucieux. Hatake Kakashi, ne peut-on rien te cacher ?
- Qu'il y a-t-il Sasuke ?
- Je suis rentré en même temps que Koiko… pourtant elle n'a vu que sa fille. J'avais la sensation d'être rejeté par tout son être. Ses yeux… étaient si… neutre, vide.
- Est-ce là ce qui t'inquiète ?
- Je crois que je viens de perdre le peu de lien que j'avais avec sa personne. J'étais rejeté, elle ne voulait pas de ma présence.
- Tu fais fausse route. Un lien indestructible vous lie dès à présent. Répond mystérieusement Kakashi
- Que voulez-vous dire ?
- Tu possèdes déjà les réponses.
Il disparaît me laissant dans la plus grande interrogation. J'aurai toutes les réponses en moi ? Mais quelles sont ces réponses ? Si nous avons un lien particulier je serai le premier à le savoir. Ou alors je ne suis pas assez attentif et je passe à côté. Encore des questions… Je suis fatigué de toujours réfléchir. Pour l'instant je veux me reposer… oui me reposer. Je ferme les yeux et me laisse emporter par la douce brise. Partir dans un autre monde, un monde imaginaire.
Mes yeux s'ouvrent lentement pour rencontrer les rayons lunaires. Il fait nuit. Le silence règne, les lumières sont éteintes, seule la Lune et les étoiles sont éveillées. Je m'étire et prends la direction du palais. J'entre par l'un des jardins et me stoppe immédiatement. Assis sur les marches, le visage tourné vers l'Astre lunaire, Naruto. J'ai l'impression qu'il n'attend que moi. En effet, il dévie son regard sur mes obsidiennes. Son regard a un véritable pouvoir, tout est dans ses yeux. Peine, incompréhension, sévérité. Je ne fais guère attention à lui et continue d'avancer. Je passe à ses côtés, il m'arrête en m'attrapant le poignet. Je grogne de mécontentement.
- Lâche-moi. Je lui ordonne
- Hors de question.
Je tire sur la prise mais elle se resserre. Je tourne cette fois mon regard froid pour rencontrer un bleu implacable et un visage emplie de pitié. Je perds un court instant mon masque pour de la surprise. Je fais un second grognement signe de résiliation. Nous ne bougeons pas, attendant que ça soit l'autre qu'il prenne la parole. Mon camarade parle le premier, et c'est une question qui vient.
- Depuis quand le savais-tu ?
- A notre première rencontre.
- Comment ?
- Elle ne peut qu'être sa fille. Ce visage de poupée, ces yeux envoûtant. Et cette force, un mélange incroyable. Quelque chose de beau mais malsain.
- Je le savais… que Koiko était ma fille.
A cette phrase, je sursaute. Mes yeux s'écarquillent et je tourne mon visage vers Naruto. Des larmes coulent le long de ses joues, ses yeux sont un véritable océan. Sa main tremble, signe de sa détresse. Mais depuis combien de temps ? Comment ? Il ne montrait pourtant aucun signe !
- Je l'avais découvert. Nos liens de parenté sautaient aux yeux. Le jour où nous avons vu les tableaux, je n'ai pas pu me voiler la face. Avant, je refusais l'évidence. Même Kyubi essayait de me faire prendre conscience.
- Pourquoi n'as-tu rien dit ? Sombre imbécile ! C'était l'occasion rêvée de s'expliquer avec Hinata.
- Je vais le faire, dès demain. Sasuke, aide-moi à m'approcher de Koiko.
- Pardon ? Pourquoi faire ?
- Elle m'évite, échappe à mes regards. Elle me rejette cependant je veux la connaître. Koiko est ma fille ! S'écrie Naruto
- Je vais y réfléchir. Maintenant j'aimerai dormir, j'ai eu une journée mouvementée.
Je monte les marches. Naruto ne dit rien puis dans un dernier mouvement, il me demande une question. Les mots sont dits avec douleur, la voix écorchée par l'émotion. Il a peur de la réponse mais souhaite savoir tout de même.
- Le jour où nous avons rompu, le savait-elle ?
- Oui.
Un simple mot à l'effet dévastateur. Je reprends ma route sous l'écho de tes larmes. Oui, elle le savait. Oui, elle était heureuse. Oui, elle avait pensé te retenir. Oui, elle avait souffert jusqu'à attenter à la vie de l'enfant. La réponse était Oui.
Je suis venue chercher Koiko dans ta chambre. Encore une fois, tu ne m'as pas regardé. J'étouffe dans cette pièce, qui est la tienne. Ta fille quitte tes bras pour me rejoindre et s'accrocher à mon pantalon. En se comportant ainsi, elle est attendrissante. Et pourtant derrière cet air angélique se cache une puissance diabolique. J'ai décidé d'accepter la demande de Naruto. Ne m'en veux pas. Je t'en prie, ne m'en veux pas de ce choix. Je crois qu'il est important, non primordiale que ta fille parle avec son père. Nous marchons dans les couloirs quand Koiko me pose une question plutôt… incongrue :
- Sasuke, comment s'appelle ton lien avec maman ?
Je regarde ces yeux si beaux. Mon lien avec Hinata ? Je n'en ai pas, j'aimerai dire. Nous sommes une équipe parce qu'on l'a imposé. Nous combattons ensemble car il est nécessaire. A l'époque, je ne lui ai jamais prêté attention. Elle ne m'a jamais regardé comme toutes les autres filles. Dans son cœur, il n'y a jamais eu que Naruto. Cet ange blond aux yeux ciel et hypnotiques. Et pourtant, j'aime croire que nous sommes liés. Quand nous jouons de nos sabres, nous sommes en synchronisation. Quand nous communiquons, la parole n'est pas forcément nécessaire. Oui j'aime croire que nous avons franchi l'étape de l'amitié. Or depuis ce soir, j'ai la sensation d'avoir tout perdu. Je me sens à nouveau un étranger, comme si le mois passé avait été effacé. Que puis-je répondre à cette question ?
- Je dirais que nous sommes coéquipiers, camarade d'armes. Ta maman et moi pratiquons la même profession.
- Je ne l'appellerai pas ainsi, votre relation. Elle est beaucoup plus.
Mes yeux s'écarquillent légèrement sous la surprise de la révélation. Je ne peux pas croire qu'une petite fille de cinq ans puisse tenir des propos identiques à Kakashi. Koiko n'est pas seulement observatrice, elle ressent les choses. Tout son être est aux aguets, prêt au moindre danger. Son instinct lui dicte les manœuvres à suivre. Même si elle ne connaît pas le mot, elle trouve le sentiment chez la personne. Oui, cette enfant est d'un exceptionnel. Nous continuons notre marche jusqu'à ce que je me stoppe à l'entrée du jardin. Ta fille lève des yeux interrogatifs sur moi et me demande la raison de mon arrêt. Je n'ai pas besoin de lui répondre puisqu'elle a senti la présence de Cette personne qui est son Père. Koiko resserre sa prise sur mon habit et essaye de se cacher derrière mon corps. D'une main que je veux douce et rassurante, je l'empêche de fuir et au contraire la pousse. Naruto s'est tourné vers nous, et nous fixe inquiet. La peur qui se reflète sur son visage est évidente. Une peur que je ne lui ai jamais vu dès à présent. Elle est différente de toutes les angoisses que l'on peut ressentir. Elle est spéciale. C'est la peur d'un père qui a peur du rejet de son enfant. L'angoisse de voir un petit être aussi innocent soit-il, nous enfoncer dans la tristesse par son seul comportement. Naruto s'avance doucement vers Koiko. Il essaye d'arborer un air de confiance mais rien y fait. Sa peur transperce ce masque d'assurance. Plus il s'approche, plus l'aura de sa fille change. Ses yeux se font vides, son corps se redresse. Son visage qui était tiré par l'anxiété se fait plus serein. Sa peur se transforme en une assurance surprenante. Mon camarade est enfin face à nous, ils se dévisagent. Le silence est lourd, plein de suspense. Je contemple ses deux personnes qui sont un père et sa fille. Il s'accroupit à sa hauteur, elle ne bouge pas d'un millimètre. Hinata, je t'en prie pardonne-moi. Accepte la décision que j'ai prise. Pardonne-moi d'avoir permis cette rencontre.
C'était un moment important. J'avais cédé à la requête de mon meilleur ami. Cette image de lui, me suppliant de l'aider m'était restée en mémoire. Toute la nuit, la scène avait défilé dans mon esprit et j'avais cédé. J'espérai au fond de moi-même que c'était la bonne décision. Aujourd'hui, en y repensant, je crois que c'était le cas. Sans cette rencontre, il en aurait été autrement. Mais il est certain que ce moment entre père et fille allait permettre aux problèmes d'évoluer.
