Chapitre 19
Nous voilà au dernier chapitre de cette partie de l'histoire. La mission se finissait, les ennemis étaient morts. Il ne restait plus qu'un cas à régler : Koiko. Ce moment a été le plus déchirant, le plus violent, le plus destructeur. A ce moment là, tous les mots ont pris leur sens. Une décision, un sceau, des pleurs et un Adieu.
Sasuke, debout. Mère ? Cette voix si chaleureuse et si familière. Mère, est-ce vous qui venez me réveiller ? Sasuke, lève-toi. Si je peux écouter votre voix indéfiniment, je souhaite rester ainsi. Sasuke, réveille-toi ! Ce petit ton agaçant, légèrement colérique. Je l'imagine faire sa moue, les mains sur les hanches. Mère, vous me manquez tellement. Sasuke, obéis à ta mère. C'est un autre timbre, plus désagréable. Père… J'ai toujours eu de l'admiration pour vous et de la colère. Si tu ne te lèves pas, je le ferais. Votre visage sévère, votre impatience. Vous me manquez malgré ma colère du passé. Allons Sasuke, ne fais pas attendre mère. Une voix suave, calme… Itachi. Pourquoi t'ais-je tué ? Pourquoi la vengeance ? Je veux rester près de vous, de vos voix, de votre visage. Sasuke, quelqu'un t'attends. Une personne ? Qui peut me retenir loin de vous ? Qui serait capable de combler ma blessure ? Reste lui fidèle, Sasuke. Itachi ? Rester fidèle… oui, je vois. Je ne dois pas la faire attendre. Je dois me réveiller. Père, Mère, Itachi… nous nous reverrons.
Mes paupières s'ouvrent lentement. Je découvre le plafond de ma chambre, le sol est dur. Je me suis endormi à même le plancher. Mes muscles sont endoloris, je me remets sur pieds en grimaçant. La matinée est déjà bien avancée. Je dois détendre tout mon corps avant de rejoindre mes camarades. Je passe sous la douche, les mots de la nuit reviennent dans mon esprit. L'image de Koiko flotte devant mes yeux. Serait-elle à même de ressentir l'énergie d'Hinata ? J'en ai bien l'impression. Quel enfant terrifiant. Je me dirige lentement vers la salle du trône. Plus j'en approche, plus mon cœur palpite. Ce n'est pas normal. Des éclats de voix me parviennent. Je reconnais celles de mes coéquipiers mais les dominants sont deux voix que je connais bien. J'ouvre la porte pour voir deux êtres que je tiens à cœur se dévisager durement : Naruto et Hinata. Sakura se tient entre les deux, tentant de les calmer. Tandis que Kakashi m'observe. Il s'approche de moi et dépose une main sur mon épaule. Il se penche pour me chuchoter à l'oreille.
- Il va falloir prendre une décision, Sasuke.
Vous vous tournez simultanément vers moi. Ton regard blanc m'intercepte immédiatement. Il est empli de tristesse. Que se passe-t-il ? Dis-moi ce qui te rend aussi triste, que je l'efface. Notre contact n'est que de quelques secondes, tu le reportes sur Naruto. J'attends ta voix après trois jours de silence.
- Tu n'as aucune autorité sur ma décision. J'ai fait ce choix pour Koiko.
- Il s'agit aussi bien de ta fille que de la mienne ! Et je n'accepterai pas que tu imposes un nouveau sceau sur notre enfant !
- Je suis sa MERE et je sais mieux que quiconque ce qui est le mieux pour mon enfant ! Ne crois pas que ça m'enchante.
La situation se fait plus claire. Alors tu as choisis d'imposer un sceau sur ta fille ? Mais pour quelles raisons ? Koiko a déjà un sceau l'empêchant d'utiliser le Byacugan. Pourquoi lui en mettre un deuxième ? Je ne comprends pas.
- Il est hors de question que ma fille oublie mon visage et celui de sa mère ! J'ai vécu toute mon enfance sans connaître mes parents, ni leurs visages ! Je ne veux pas que Koiko vive la même chose !
Je vois… Il a raison, Naruto. Tu ne peux pas faire ça à ton enfant. Koiko a le droit de voir dans sa tête, les traits des personnes qu'elle appelle « papa et maman ». Mon meilleur ami se tourne vers moi, ses yeux océans me fixent. Une lumière apparaît. Je n'en connais pas la signification. Il s'approche de moi, et pose sa main avec force sur mon épaule. Tu nous dévisages, surtout Naruto. Tu essayes de deviner ses intentions. Mon camarade ne tarde pas à t'en faire part.
- Sasuke est de mon avis. Lui aussi connaît la solitude due à l'absence de ses parents.
- Naruto a raison. Tu ne peux pas et surtout tu n'en a pas le droit. Koiko se verrait priver de ses parents et ça, par la volonté de sa propre mère. Je désapprouve.
Les mots sont sortis tout seul de ma bouche. Mon être est en total accord avec mon coéquipier. Je bouillonne de l'intérieur. Comment peux-tu envisager cette option ? Cette mission t'a permis de créer des liens avec ta fille et tu voudrais les défaire ? Intolérable. Je me dégage de Naruto et fais demi-tour. J'ai dit ce que je devais, je ne veux plus être dans cette pièce. Cependant une aura froide m'arrête. Je ne bouge plus d'un millimètre. Ta voix est tranchante.
- Aurais-tu oublié ta promesse Uchiwa ?
Je me retourne. Promesse ? Ce mot me touche en plein cœur. Promesse… fidèle… Je me souviens. Avant de partir, tu as promis d'être mon épaule si je devenais la tienne. Néanmoins je ne peux pas contribuer à cet acte : priver un enfant du souvenir de ses parents. Et pourtant… promesse Les paroles de Kakashi me reviennent en mémoire : Qu'importe ce que tu apprennes, ne lui tournes pas le dos. Depuis notre arrivée j'ai appris tout un pan du passé d'un homme et d'une femme. J'ai découvert leur histoire qui continue à vivre dans le futur d'un enfant. J'ai cherché à faciliter la vie d'un ange, à comprendre les douleurs et peurs qu'ils l'habitent. Malgré ça, je suis resté à ses côtés. A aucun moment, je ne lui ai tourné le dos.
Et voilà que maintenant, je fais l'action qui brise ma promesse et ma conviction ? Je suis pitoyable. Je dévisage mon frère de cœur, il semble perplexe. Je ne m'empêcher de penser : Désolé Naruto. Comme s'il avait entendu mes pensées son regard se change en désarroi. J'avance vers toi, et m'arrête à un mètre. Je te fixe de toute ma hauteur.
- Pourquoi veux-tu lui enlever un pan de sa mémoire ?
- Koiko sera plus heureuse.
- En quoi ? S'écrie Naruto
- Es-tu prêt à ramener ta fille à Konoha et de lui dire que ses parents ne vivent et ne vivront jamais ensemble ? Es-tu préparé à lui montrer un père avec une autre femme ? Es-tu certain de vouloir lui montrer le véritable monde ?
- Nous pouvons vivre avec elle, sans nous entredéchirer ! Réplique-t-il
- Mesures-tu toutes les conséquences de son existence, Naruto ? Hurles-tu
- Comment ça ?
- Réfléchis, Koiko est ta fille elle sera constamment menacée. Sa mère est l'héritière d'un clan redoutée elle subira des tentatives d'enlèvement. Et en premier lieu, elle ne sera pas en sécurité au sein même du village : le Clan Hyuga n'acceptera jamais l'existence d'une enfant vivant hors du clan. De plus, un enfant dont le père est l'hôte de Kyubi ne rendra les choses que plus venimeuses. Je lui explique
Hinata s'approche de toi et pose ses mains pour encadrer ton visage. Ses yeux blancs te regardent avec tendresse et souffrance. Elle est plongée dans ce puits infini que sont tes yeux. Je peux voir la colère, l'incompréhension mais aussi une grande solitude. Son doigt caresse doucement ta joue.
- Comprends-tu ? Notre enfant sera très bien dans une famille unie et aimante. Koiko vivra comme toutes les petites filles, sans l'angoisse d'être menacée. Je ne veux que son bonheur et le tien.
- Le mien ?
- Deviens Hokage et fonde une vraie famille.
Tes lèvres frôlent les siennes. Il ne bouge pas. Tu t'éloignes de lui pour disparaître dans un flash blanc. Kakashi m'attrape par l'épaule et nous partons. Naruto reste immobile dans la pièce, Sakura le dévisage ne sachant quoi faire. La dernière image que j'ai, avant que les portes ne se referment, est celle de Sakura le prenant dans ses bras.
Dans les couloirs nos pas résonnent, seul signe de présence. Mon maître est silencieux, comme à son habitude. Nous avançons dans des lieux que je n'ai jamais vus. Il fait de plus en plus frais, les murs ne sont que pierre. Nous nous arrêtons devant deux grandes portes de fer. Kakashi patiente quelques instants avant que celles-ci s'ouvrent. Tu es là, Koiko dans tes bras. Nous approchons, ta fille tourne son regard vers moi. Je suis déstabilisé. Tu as rompu le sceau, je découvre ses véritables yeux. Ils sont… incroyables. D'un blanc neigeux, des pigments bleus océan tâche leur blancheur. Les veines caractéristiques du Byacugan ressortent : signe qu'elle a activé son hérédité. Tu poses une main sur sa tête, elle s'évanouie. Je détaille la pièce. Elle est lugubre : de la pierre et encore de la pierre. La seule lumière provient des bougies, placées en cercle. Des écritures sont ancrées au sol, reliées par des kunais. Tu portes ta fille au centre et te places à l'extérieur du cercle. Kakashi se positionne à tes côtés. En position de lotus, vous tombez dans une complète méditation. Tes veines battent régulièrement, la respiration de Kakashi est presque imperceptible. J'enclenche le Sharigan pour suivre le processus. Tout doucement, ton chacra entoure celui de Koiko qui flotte dans un blanc parfait. Un fil vous relie ainsi que Kakashi.
L'opération commence. Je vois ton chacra entrer dans le réseau de ta fille et en prendre le total contrôle. Quant à Kakashi, il est plongé dans les souvenirs de Koiko, les effaçant un par un. Tout est dans la subtilité du geste et la précision. Un mouvement étrange m'intercepte. Je reporte mon attention sur ta tâche, tu es en difficulté. Je me concentre un peu plus, pour apercevoir ton chacra se confronter à un autre : Kyubi. Le chacra rouge agresse le tien, t'empêchant d'effectuer la pause du sceau. Du sang coule à la commissure de ta lèvre. J'entame un pas mais une personne me retient, Kakashi. Ou plutôt un clone. Je comprends que je ne dois, en aucun cas, intervenir. Je contrôle mon envie de venir à ton aide. Le combat dure toujours, mais je distingue le gagnant : Toi. Le petit renardeau se laisse apprivoiser par la femme. Bientôt il t'entoure de ses queues. Tu le caresses tendrement. Le clone me dépasse et passe la barrière des écritures et kunais. Il impose ses doigts sur la base du cou de Koiko et murmure les mots. Ces mots qui font tomber la sentence : « Fuinjutsu, emprisonnement du mal et de la mémoire ». La peau rougit légèrement, un tourbillon se forme. Vous ouvrez les yeux, tu fixes ton enfant dans ce cercle de blanc. Kakashi dépose une main sur ta tête, en signe d'affection. Tu lui souris doucement et me regardes. Tes lèvres bougent, aucun son ne sort. Mais je le comprends ce mot : Merci. Je quitte la salle avec mon maître, te laissant ces derniers moments avec ton enfant.
La brise est légère, le ciel dégagé. C'est un jour de beau temps et pourtant… nous sommes loin d'un départ heureux. Je détaille une dernière fois le palais. Nous sommes sur le point de partir. Mais avant de quitter à jamais ce pays, leurs Majestés sont venues nous dire Adieu. Oui c'est un Adieu et non un En revoir. Toi, Hinata Hyuga a pris la décision de disparaître de la vie de ton enfant. Koiko Hyuga Uzumaki-Namikaze a oublié le visage de ses deux parents. Elle n'aura pour souvenir que des silhouettes sans visage. Naruto se tient à tes côtés, gravant le visage de sa fille. Elle est dans les bras de la Reine, vous souriant. Mais quand elle se rendra compte que ses parents partent, elle pleurera. Les larmes aux yeux, tu baises le front de la petite. Mon coéquipier caresse les cheveux de sa fille et dépose un bisou sur sa joue. Je peux voir une larme glissée, tout père pleurerait dans cette situation. Nous sommes sur le sentier, Naruto et toi nous rejoignez. C'est la première fois que je vous vois unis. Marchant côte à côte, vous vous soutenez mutuellement par votre présence. Tu t'arrêtes à ma hauteur et te retournes une dernière fois pour voir ton enfant. Je fais de même, et remarque ton regard heureux. Et là, je la vois. Cette image du futur. Une femme élégante, aux longs cheveux blonds et aux yeux d'un bleu transparent envoûtant. Une tenue de combattante, une couronne et les neuf queues blanches fouettant majestueusement le vent. L'illusion ne dure que peu de temps pour laisser place à l'enfante de cinq ans. Tu refais face au sentier et reprends la marche en lâchant ses paroles dans le vent :
- Elle sera une grande dirigeante.
Oui, tu as raison. Comme l'a dit notre ennemi, il coule en elle le sang de nombreux dirigeants. Koiko Hyuga Uzumaki-Namikaze… Une enfante née d'un puissant amour, née pour gouverner, née avec une puissance terrifiante. Nous partons en laissant une enfante, le cœur déchiré d'une mère et la culpabilité d'un père. Voilà ce que nous laissons en rentrant à Konoha. Mais tu as pu vivre avec ta fille, Naruto a demandé pardon et je me suis fait une promesse. Maintenant rentrons chez nous, je dois soigner les blessures de mon ange.
Voici comment c'est terminé cette mission. Elle a été une réussite en soi mais une catastrophe au niveau psychologique. Tu as fait ressurgir un souvenir plus que douloureux et dévoilé une noirceur dans ton cœur. Cette puissance malsaine est terrifiante et j'en suis en partie responsable. C'est pour cela que j'ai fait une promesse. J'ai juré de te donner une famille. Peu importe les moyens, je te permettrai de vivre avec un enfant.
