Chapitre 21

En quittant le pays de l'Arbre, je me suis lié à une promesse et un peu à toi. J'ai appris à renouer avec les sentiments et à comprendre les peines qui t'entouraient. Malgré ça, je sentais une réticence envers ma personne. Une part de toi tentait de se tenir à distance, comme si tu avais peur de moi. Je ne comprenais pas ce sentiment et il me laissait dans la plus grande incompréhension. Mais la réponse allait venir d'elle-même, comme à l'habitude. Et celle-ci, allait signer un nouveau pas dans ma lutte.

Nous apercevons les portes de Konoha. Rien qu'à les voir, mon cœur se sent plus léger. C'est étrange, avant, elles m'auraient apporté dégoût et haine. Le temps fait son effet sur mon cœur noir. Ou bien l'envie de retrouver mon manoir avec pour seules présences la tienne et la mienne ? Peut-être est-ce les deux. Le trajet a été apaisant. Tu as longtemps discuté avec Kakashi mais tu as passé la plupart de ton temps avec Naruto. Vous marchiez l'un à côté de l'autre, discutant de façon posée. J'ai même entrevu quelques sourires. On dirait que les explications adoucissent les blessures. Le souvenir des moments passés ensembles vous rend votre joie. Oui, vos cœurs s'apaisent. Nous pénétrons enfin dans notre village natal. Dès que nous sommes à l'intérieur, nous nous sentons en sécurité. A l'abri des agressions du monde extérieur. En avançant, les civils saluent l'équipe, des enfants crient des bonjours à Naruto. C'est vrai, aujourd'hui il est un héro. Et bientôt il sera un Hokage aimé et respecté de tous. Nous entrons en silence dans le bureau de Tsunade. Pour une fois, il n'y aucun document ni verre de saké. Le Godaime nous observe, en particulier toi. Je crois qu'elle attendait notre retour. Tu lui offres un regard chaleureux et un léger sourire. C'est un signe de pardon. Oui, tu as compris que Tsunade avait pris la décision de t'envoyer voir ta fille et de régler les différends une fois pour toute avec Naruto Uzumaki. Kakashi fait son rapport, ne négligeant aucun détail. Le sujet de Koiko se fait majeur dans la conversation.

- Est-elle si puissante ?

- Nous n'avons rien à craindre. Le sceau qui lui a été imposé limite son chacra. Notre fille ne pourra résister au chacra de Kyubi qu'au-delà d'une limite. Tout dépendra en partie de sa volonté.

- Bien, évidemment il ne doit y avoir aucune allusion de l'existence de Koiko Hyuga Uzumaki-Namikaze. Révéler qu'un enfant Hyuga est hors contrôle du clan pourrait s'avérer dangereux pour vous trois. Suis-je bien claire ? Demande autoritairement Tsunade

- Oui !

Les dernières paroles sont dites, nous pouvons partir. Le bâtiment de l'Hokage est bien silencieux. En temps normal, il est plus vivant. Deux personnes se présentent en face de nous, je les reconnais. Ce sont Eux, les commanditaires du massacre de mon clan. Les deux conseillers et Danzo ont voulu la mort de ma famille. Je ne supporte pas leur présence, leur regard posé sur moi. Ils me voient comme une épine dans leur pied, une tâche dans leur vision du monde. Je veux les tuer, ils sont les seuls à qui je ne pardonnerai pas. Ils doivent mourir, je dois les faire disparaître. Je sens le pouvoir monter en moi, ma pupille se déclencher. Une personne m'attrape et m'emprisonne dans son étreinte, Naruto. Je me débats, ils doivent mourir ! Plus rien ne compte à part eux, et seulement ces deux personnes. J'attends mon prénom, il est répété encore et encore. Cherchant à me ramener à la raison. Je n'y prête pas attention. Je me concentre sur mon envie de sang et ma soif de vengeance. Pourtant, cette voix ne veut pas quitter mon esprit. Sasuke. Sasuke. Sasuke ! Un électrochoc parcourt mon corps. Le ton est suppliant, suffoquant. La chaleur de Naruto fait son retour dans mon esprit. Je tente de me calmer. Je regarde dans tous les sens. Et je comprends l'agitation qui nous entoure. Kakashi est penché sur toi. Tu es allongée sur le seul, en position fœtus. Tu halètes face à la souffrance. Tu essayes de réprimer une force. Je vois ton chacra lutter. Tu cries, je vois tes yeux noirs encre. J'aperçois Tsunade sortir précipitée de son bureau. Elle accourt vers toi et demande à ce qu'on appelle Ino Yamanaka d'urgence. Je veux être à tes côtés pour t'aider mais deux bras m'empoignent, Uzumaki. Kakashi me retient aussi en se tenant face à moi, me demandant de me calmer. Non, tu as mal. Non, tu souffres. NON ! Je ne veux pas qu'il m'éloigne de toi. Lâchez-moi ! Yami réagit à mon envie. Mais son énergie est coupée par une personne. Lui, encore lui. Mon maître détient le katana, me fixant de son air meurtrier. Je ne comprends plus rien, je vois noir. Le monde s'écroule, je ne sens plus le sol. Je tombe. Hinata, où es-tu ?

Sasuke, tu as encore abusé de l'entraînement ! Je t'ai déjà dit de ne pas en faire de trop. C'est malin, regarde ta cheville… ça t'apprendra à vouloir m'imiter. Mère, Itachi vous avez toujours pris soin de moi. Quand je rentrai des entraînements, tu étais dans la cuisine. Le repas était prêt, tu m'accueillais avec le sourire. Mon frère, quand je pleurais tu me réconfortais. Je pouvais montrer mes sentiments même si tu ne partageais pas les tiens. Mère et Itachi… vous me montriez votre amour. Sasuke, tu es allé trop loin. Tu dois apprendre à te contrôler, c'est important. Apprendre à me contrôler… l'émotion m'a toujours poussé au-delà de mes limites. En cherchant à créer un troisième Chidori, je me suis laissé dévorer par la marque d'Orochimaru. Aveuglé par la colère, j'ai tué mon frère qu'il ne voulait qu'une chose : me protéger. Anéanti par la vérité et manipulé, j'ai tué et encore tué. Oui, je dois apprendre à me contrôler. Sasuke, cesse de te reposer ! Relève-toi ! Mon corps se réveille sous l'ordre de la voix de mon père. Je reprends conscience, mes yeux découvrent le plafond blanc. Je me mets en position assis, cherchant du regard Toi. Tu es allongée dans le lit voisin, dormant. Assis au fond de la pièce, mon maître. Je ne l'ai pas de suite remarqué, il est en parfait harmonie avec l'ombre. Kakashi ne nous quitte pas du regard, surtout moi. Mes moindres faits et gestes sont examinés par son unique œil, alerte. La porte s'ouvre, laissant passer Ino et Tsunade. Elles arborent des airs inquiets et graves. Je ne reconnais plus Ino Yamanaka. La jeune femme que je vois respire le professionnalisme. Comme si tu avais senti leur présence, tes paupières laissent entrevoir tes orbes. Tu te relèves doucement et détailles le décor. Tu ne sembles pas te rendre compte que tu es à l'hôpital. Ton regard voyage entre nous quatre pour te stopper sur Ino. Elle t'adresse un sourire rassurant, chaleureux, amical. Vous semblez être devenues très proche, les meilleures amies.

- Je me suis évanouie… encore.

- Ce n'était pas un simple évanouissement Hinata, ton pouvoir t'a submergé. Rectifie Tsunade

- Comment ça ?

- Tu as vraiment abusé de l'utilisation du Dragon, tu as poussé tes limites. Ton corps et ton esprit subissent le contre coup et te le font comprendre. En plus de ça, un autre pouvoir te submerge sans que tu puisses le contrôler. Explique Ino

- Je te mets au repos Hinata, tu ne dois plus utiliser le Dragon jusqu'à nouvel ordre. Ordonne Tsunade

- Et si je l'utilisais ?

- Hinata, je t'interdis de le faire ! Si je ne suis pas là, je ne pourrai pas réprimer le surplus ! Ais recours au Dragon et c'est la mort qui te recueillera. S'exclame Ino

La sentence tombe. J'ai la sensation de me retrouver dans la même situation avec le Chidori. Moi aussi la mort m'attendait si j'allais au-delà de deux utilisations. D'autant plus que je pouvais tomber sous la coupe d'Orochimaru. Mourir… non, je ne veux pas je t'interdis de mourir. Je ferai tout ce qu'il faut pour que tu n'ais pas recours à ton pouvoir. Je combattrai à ta place, je tuerai à ta place. Tsunade se tourne vers ma personne.

- Quant à toi, c'est la même chose ! Tu as beau posséder le Sharigan Ultime, ton corps n'est pas une machine ! Tu es à la même enseigne qu'Hinata. Je ne veux plus vous voir en mission jusqu'à nouvel ordre ! Vous resterez dans les quartiers Uchiwa, Kakashi vous rendra visite.

Nous acquiesçons d'un signe de tête, l'Hokage nous quitte. Ino nous salue puis rejoint son mentor dans le couloir. Mon maître se lève et s'approche de nous d'un air las. Et là, je le vois. Yami est accroché à son dos. Je lui lance un regard plein de colère. De quel droit me l'enlève-t-il ? Il m'appartient, tu me l'as confié à moi. Pourtant ce détail ne te dérange pas. Je dirai même que tu es l'auteur de ce changement de propriétaire. Que signifie tout ceci ? J'exige des explications ! Sous un signe de tête de mon maître nous quittons l'hôpital. Je rumine ma colère le long du trajet, fixant Yami. Je le récupérerai à coups surs.

Nous sommes éloignés du village, seuls. Je me sens carrément isolé de la vie. Tu ne t'en accommodes point. Tu fais des exercices de souplesse, de juken. Même si tu ne peux plus utiliser le Dragon, tu continues de t'entraîner. Hinata Hyuga, tu cherches sans cesse la force. Mais à trop la vouloir, tu plonges dans des eaux dangereuses. Je ne veux pas que tu fasses la même erreur que moi. Je me lève et stoppe ton bras. Tu me dévisages gravement, agacée de me voir interrompre ton exercice. Je ne dévie pas ton regard, faisant du mien le plus acéré. Tu comprends ta défaite et me suis. Je m'arrête dans la cuisine et te montre une chaise de la tête. Tu t'assois, je te rejoins avec deux tasses de thé. Tu t'étonnes de mon comportement puis me gratifies d'un de tes sourires tendres. Pour la première fois, je vais entamer une conversation.

- Comment te sens-tu ?

- Bien, j'ai encore quelques tremblements mais ce n'est pas important.

- Je ne parlais pas de ça. Comment vis-tu ta séparation ?

- J'essaye de ne pas y penser, je me dis qu'elle est heureuse ainsi. Même si son visage hante mes nuits, qu'à chaque fois que j'entends le mot « maman » je m'attends à la voir me courir après. Elle me manque terriblement. Il y a des moments où je voudrai l'enlever pour la ramener à Konoha néanmoins je me retiens pour sa propre sécurité.

- Je n'ai pas pu avoir d'explications mais je veux savoir. Quelle est la relation entre Yami et ton pouvoir ?

Tu frémis légèrement face à ma demande. La question te perturbe ou plutôt te met mal à l'aise. J'ai essayé de soutirer des informations à Kakashi mais il est resté silencieux. Tous ces mots étaient pesés de tel sorte que je n'ai rien pu en tirer. Tes yeux restent bloquer sur tes mains et ta tasse de thé. Tu ne sembles pas disposer à répondre à mes interrogations et pourtant je veux des réponses. Je n'ai pas cessé de récupérer Yami mais mon maître me l'a repris.

- Pourquoi Kakashi m'a confisqué Yami ? Je n'ai plus droit de l'utiliser ?

- Je veux que tu me promettes quelque chose, Sasuke.

- Laquelle ?

- Ne cherche plus à prendre Yami des mains de Kakashi, promet-le moi Sasuke Uchiwa.

- Pourquoi ? Et je te le promettrai.

- Il te reviendra le moment venu.

Le moment venu ? Qu'est-ce que ça signifie ? Tu te lèves et quittes la cuisine pour ta chambre. Je ne comprends rien. Alors c'est une punition ? On me l'enlève car je n'en suis pas digne ? Le moment venu… comment le saurai-je ? Tu me laisses seul dans cette cuisine. Cette pièce silencieuse, avec pour occupant, un homme complètement désemparé. Que me caches-tu Hinata Hyuga ?