Chapitre 26

Je retrouve la lumière. Mes yeux observent de suite le lieu. Une grotte, je le devine à l'humidité. Elle n'est pas loin. La voix mélodieuse de Yami. Oui, je le sens, tu n'es pas loin. J'avance tranquillement. Mes pas font échos dans ce trou de roche. Je n'ai pas peur, je ne crains pas de me perdre. J'ai l'habitude. Pendant près de trois ans j'ai vécu sous la terre, entre des murs de pierre. Je suis en terrain familier. Une intersection, gauche ou droite ? Yami, dis-moi. Droite, dépêche-toi. Sous l'intonation mes pas se font course. Maintenant, je peux clairement ressentir ton pouvoir. Il s'amoindrit au fur à mesure. Vite. Un éclat de lumière m'interpelle. La lumière d'une bougie. Je suis l'halo jusqu'à déboucher dans une pièce spacieuse. Plusieurs bougies sont au sol, des inscriptions et du sang. Une cérémonie, un sceau. Un groupe de ninjas s'est réunis en cercle, à son centre un corps. Le tien. Je peux voir le sang qui coule de ton visage, tes bras et tes yeux. Je distingue les halètements sortant de ta bouche. Je devine aussi les cicatrices le long de ton corps. Une seule chose te maintient en vie, Mitsu. Ton chacra est faible mais la légère lumière blanche qui couvre ton corps est présente. Cependant elle s'amenuise. Misérables… Comment osez-vous posez vos mains sur elle ? Comment osez-vous la toucher ? Misérables. Ma colère… Vous tuera ! Tu as un soubresaut, tu relèves tes opales sur moi. Ils s'écarquillent de stupeur. Oui, je t'ai retrouvé. Mais je vois autre chose, de la peur. Oui, je suis en colère. Oui, je suis terrifiant à regarder. Pardonne-moi de te donner cette image. Les ninjas continuent leurs incantations et signes. Mourrez. Les flammes noires apparaissent, léchant avec plaisir leur corps. Oui, détruis-les. Un mur de flammes noires t'entoure maintenant. Oui, réduis-les en cendres. Sème le chaos, Amaterasu !

- Quel pouvoir, Uchiwa Sasuke. Cependant, il semble qu'elle n'arrive pas à le supporter.

La voix s'est lentement immiscée dans mon esprit, me coupant dans mes réflexions meurtrières. Je dirige mon regard vers une silhouette. Elle se distingue à travers les flammes, regardant avec avidité le spectacle. Ces mots résonnent lentement dans ma tête. Je comprends leur sens d'un coup. Mon corps se tourne immédiatement vers toi. Les dents serrées, les bras repliés sur ta poitrine, une expression de douleur. Ne lui mange pas son âme, Uchiwa. Je n'en ai jamais eu l'attention. Je ne fais rien pour ça. Je te l'avais dit qu'il n'était pas prêt ! Ferme-la ! Concentre-toi sur sa personne. Que veux-tu ? Je ne veux pas qu'elle souffre, je souhaite qu'elle se sente mieux. Alors cesse de penser à tuer gamin ! Ça ne t'apportera rien, la vengeance. Mon cœur fait un bond. Je ne pense qu'à tuer… C'est comme lors de l'entrainement. Naruto m'a provoqué intentionnellement. Le but de ces entrainements était de me délivrer de ma haine. Je comprends tout à présent. Je dois cesser de chercher à venger. Je ferme les yeux et me concentre. Tout mon esprit doit être tourné vers le tien. Me calmer, enlever les images de sang de ma tête. Amaterasu, Susanoo, je dois les laisser derrière moi. Ne penser qu'à ton bien être… une image de toi. Je dois visualiser un souvenir. Je sais lequel, la première fois que j'ai vu ton sourire. Cette boutique d'arme, ton regard pétillant face à Yami. Ton visage heureux lors de son acquisition. Tu étais tellement épanouie à ce moment. Ton tendre visage loin du tourment, seulement habité par le plaisir. Oui, tu étais belle.

- Sasuke

J'ouvre doucement les yeux pour te voir. Tout de blanc, le pouvoir coule dans tes veines. Tes blessures se referment, ne laissant plus de trace de la torture. Tes opales blanches ne reflètent plus la peur, juste le soulagement. Ta bouche est étirée en un doux sourire. Tu es aussi belle qu'en ce jour. J'attrape doucement ta main. Oui, tu es aussi belle et douce que mon image. Ce blanc… cette couleur te va si bien Hinata Hyuga. Tu es semblable à un ange, mon ange. Merci, Sasuke. Yami ? Mes yeux s'écarquillent légèrement. Non, ce sont tes mots. Merci… c'est à moi de te le dire.

- Plus tard.

Encore des mots. Tu lis dans mes pensées comme dans un livre. Oui, après. Ta main quitte la mienne. Tu te places à mes côtés. L'ennemi est toujours là, nous observant avec intérêt. Je le détaille. Il a une apparence banale, qui ne se distingue pas. Néanmoins son chacra est étrange. Il semble incomplet ou plutôt multiple. Il s'apprête à s'avancer mais il n'en est rien. Quelque chose l'a perturbé. Je devine que cette chose, c'est toi. Tu as enclenché ton Byacugan, les mains en avant. Tes cheveux flottent sous la pression de ton chacra. On peut le voir s'évaporer par tous les pores de ta peau. Je comprends le comportement de ton corps. Je sens le goût de ton chacra : l'envie de combattre. Mon sang bouillonne. Je sais qu'il en est de même pour toi. Je peux voir ta peau frétiller. J'ai même l'impression de distinguer ton chacra pétillé. Notre adversaire nous dévisage, une petite lueur de peur dans ses yeux gris. Tu tournes doucement ton visage vers le mien. Tes yeux sont habités par un éclair de malice, comparable à celui de Naruto. Il a vraiment déteint sur toi… Tu fais glisser Mitsu de son fourreau, prodiguant un son exaltant. Tu étires un petit sourire, simple et joyeux. Le son qui sort de ta bouche est enfantin.

- On y va ?

- Je n'attendais plus que toi.

Nous nous sourions mutuellement puis reportons nos yeux sur cet individu. Il prend carrément peur face à nos expressions. Oui, n'importe qui aurait peur. N'importe qui craindrait l'expression enfantine de deux personnes qui vont vous tuer. Un pas à l'unisson, nous disparaissons. Allons-y, il est temps de jouer !

Il ne reste plus rien à part les flammes. Le corps de l'adversaire est étalé sur le sol, un liquide rougeâtre s'en échappe. Le combat n'a pas duré. A nous deux, nous avons vite pris le dessus. Je brûle le dernier cadavre puis te rejoins. Tu es assise contre un mur, les yeux dans le vague. Je m'approche doucement et te tends la main. Tu relèves légèrement ton doux visage. Un sourire épanouie, tu attrapes la main tendue. Il est temps de rentrer chez nous. Je range Yami dans son fourreau, un petit éclat accompagne le mouvement. Nous sortons de sous terre pour y retrouver la lumière du jour. Le soleil nous éblouie. Mais pour la première fois, je laisse ses rayons caresser ma peau. Je me sens de nouveau libre. Il y a un village pas loin, nous nous y rendons. C'est un petit rassemblement de maison, il n'y a que des civils. Nous nous renseignons du lieu où nous nous trouvons. Apparemment nous ne sommes pas loin de Konoha. Si tout se passe bien, nous devrions y être avant la nuit tombée. Je porte attention sur ton état physique. Même si tu as récupéré, tu n'es pas au meilleur de ta forme. Tu as surtout besoin de repos. Je me tourne complètement vers toi et capte tes orbes blancs.

- Hinata.

- Sasuke ?

- As-tu confiance ?

- Oui.

Mes yeux font place au rouge. Tes yeux s'abaissent lentement pour se fermer définitivement. Ton corps s'affaisse, je t'attrape avant que tu ne touches le sol. Il valait mieux que tu t'endors. Je te place dans mes bras et je me mets à courir. Tu es vraiment légère. Pendant le voyage, je ne peux m'empêcher d'admirer ce visage paisible. N'es-tu jamais envahi par les mauvais rêves ? Ton monde est-il toujours aussi paisible ? Que j'aimerais avoir une expression aussi calme lors de mon sommeil. J'aperçois les portes de Konoha, à leurs pas deux silhouettes. Tsunade et Ino. Je vois la longue chevelure de la Yamanaka arriver sur nous. Son visage reflète l'inquiétude. Ses mains sont déjà illuminées de ce doux vert, prêtes à intervenir. En moins d'une minute, elle est penchée sur toi. Ses yeux bleus sont à la recherche de la moindre blessure avec angoisse. Ses mains recherchent fébrilement des dommages internes. Je ne supporte pas de la voir autant inquiète alors j'arrête une de ses mains. Comme si ma présence lui revenait, Ino lève vivement son visage vers le mien. Je peux distinguer quelques larmes au coin de ses yeux bleus.

- Ino, elle va bien. Je l'ai simplement endormie. Il lui faut seulement du repos.

- Sasuke… Merci !

Les larmes coulent définitivement le long de ses joues. Ino… tu étais vraiment inquiète pour Hinata. Tu t'inclines légèrement pour me remercier, adresse un dernier regard à Hinata puis part. Tsunade est restée à sa place, le visage soulagé. Oui je l'ai ramené saine et sauf. Il ne pouvait en être autrement. Et en plus, j'ai trouvé la voie à suivre. Aujourd'hui, je sais quel est le chemin à prendre. Hinata Hyuga… Merci.

Il m'arrive de revoir cette image de toi en sang. De revivre cet instant où je t'ai découvert en ce centre. Le goût de la colère, de la haine revient en moi. Je ne pouvais pas supporter les traces de torture sur ce corps. Ton corps. Non, je ne pouvais pas leur pardonner. Mais la voix de ta mère m'a sauvé, nous a sauvé. Je me souviens de ton image. Tu étais belle. A partir de ce jour, j'ai pu marcher à tes côtés et m'approcher de la lumière de la délivrance.