Chapitre 29

Ce seul prénom a changé l'ambiance. Au fond de la voix d'Ino, j'ai senti l'amertume. Pourtant, elle ne la déteste pas. Quelle relation compliquée entre ses deux femmes. Impossible de s'ignorer sans se haïr. Je jette un coup d'œil sur ta personne. Ton visage est fermé, ton corps immobile. Tu essayes de faire abstraction de sa présence. Tu as peut-être pardonné, mais les cicatrices restent. Les pas des deux kunoichi se rapprochent et le visage de Sakura se présente à nous. Ino se place à tes côtés. Nous restons silencieux un court instant. J'en profite pour détailler ma coéquipière. La façon dont elle tient ses mains, ses yeux peu surs… Elle n'est pas du tout à l'aise. A chaque fois que ses émeraudes se posent sur toi, la panique l'envahit. Elle évite le contact entre nous. C'est Ino qui casse le silence, la seule encline à parler.

- Que veux-tu Sakura ?

La question trouble encore plus ma coéquipière. Elle prend une grande inspiration et décide de se lancer.

- Je suis venue pour vous annoncer que j'avais accepté la proposition de Naruto. Nous allons nous mettre ensemble.

Mon sang se glace. Pourtant, je ne me sens pas affecté. Pourquoi mon sang se glace ? Non, ce n'est pas le mien. Mon chacra bouille. Il demande la confrontation. Mais, moi, je ne la souhaite pas. Il faut que j'enlève toutes pensées négatives. J'envois une vague de chaleur. Elle va t'atteindre et te permettre de rester calme. Je ne veux pas que tu montres ton désespoir à Sakura. Restes forte jusqu'à son départ.

- Maintenant que tu l'as dit, tu peux partir. Déclare Ino d'un ton acerbe

- Avant je veux parler à Sasuke, en privé. Se campe Sakura

Je me lève du canapé et adresse un signe de tête à Ino. Elle comprend. Elle sait qu'elle doit veiller sur ton esprit. J'indique le jardin de la tête à ma coéquipière. Nous sortons, je prends soin de bien fermer la porte. Je ne veux pas qu'Hinata entende les mots qui vont être échangés. Sakura a repris toute son assurance, ses yeux sont pleins de détermination.

- Sasuke, j'ai suivi ton conseil. Nous avons longuement discuté avec Naruto et bien que je suis déchirée entre vous deux… je l'ai choisi. Alors, c'est ta dernière chance de me retenir.

Je reste à la dévisager, elle qui attend ma réponse. Je ne peux m'empêcher de penser à notre passé. Je revois encore cette gamine de douze ans à peine, éprise de ma personne. Elle qui s'est décidée à combattre dans la forêt de la mort, qui a fait face à sa meilleure amie. Je me rappelle de son corps contre le mien qui a fait reculer la marque. Cette nuit où elle a tenté de me retenir. Elle était prête à me suivre malgré le danger. Je l'avais remercié pour son attention et ses tentatives. Le jour de nos retrouvailles après deux ans d'absence. Elle avait bien grandi, prenant en maturité et force. Sa volonté de me tuer elle-même pour m'éviter de plonger un peu plus. Et toute l'énergie qu'elle a mise pour me ramener dans l'équipe 7. Peut-être que j'ai éprouvé des sentiments pour elle. Il se peut que j'aie été attiré par ses cheveux étrangement roses et ce vert éclatant. Le petit bourgeon a su éclore en une magnifique fleur de cerisier. Cette belle fleur de printemps qui a su, un court instant, effleurer mon cœur. Si je savais ce que c'est "d'aimer", je dirai que j'en ai éprouvé un semblant. Mais, ce n'est plus le cas. Une autre femme m'appelle. J'ai fait une promesse et me suis lié. Définitivement, elle n'est pas celle qu'il me faut. J'abaisse mon visage à son niveau et tente de me montrer tendre.

- Sakura Haruno, Merci.

Ses yeux s'écarquillent et se noient. Un sourire chaleureux agrémente le tout. Elle a compris qu'elle pouvait, définitivement, se vouer à son amour pour Naruto. Je ne serai plus cette ombre dans ce cœur qui tentait d'aimer. Je m'apprête à partir quand elle me retient par mon chandail.

- Je ne voulais pas lui faire du mal. Je n'ai jamais eu l'intention de lui porter préjudice. Crois-moi.

- Je le sais bien Sakura.

La porte s'ouvre pour laisse place à Ino. La blonde porte un regard dédaigneux sur ma coéquipière. Elle s'approche de Sakura et la défie de toute sa hauteur. Les mots sont articulés avec grand soin et sifflés d'un ton glacial.

- Reviens sur ton choix et je te tue.

Le corps de ma coéquipière se tend. Qu'il est effrayant de se faire menacer de mort par une personne. Une femme que l'on considère comme sa meilleure amie. Les deux kunoichi luttent du regard. L'émeraude s'abaisse face au saphir. Sakura nous salue et quitte la demeure. Ino rentre immédiatement dans la demeure, je la suis. Tu es appuyée contre le canapé, ta tête plongée dans tes bras. Ino s'accroupit près de toi et t'entoure. A sa suite, je m'agenouille pour t'embrasser de ma chaleur. Je veux te réconforter. Je suis là. Apaise ta colère sur moi. Verse ta douleur sur mon épaule. Utilise-moi, tout simplement.

La nuit est tombée. J'observe le ciel étoilé de la fenêtre, l'air pensif. Cette annonce vient de bouleverser notre vie. Je ne peux en vouloir à Naruto. Après tout, ça ne peut que rendre le futur plus simple. Le raclement d'une chaise, un soupir de fatigue, une chevelure blonde. Elle fait toujours des entrées remarquées. Enfin de compte, l'enfant de 12 ans n'a pas disparu. Je lui donne une tasse de thé, elle me remercie vaguement. Son regard est porté sur les astres, plein de mélancolie. Elle se met à parler, seule. Peu importe que je lui porte attention ou non pour elle.

Hina aime les nuits comme celle-ci. Elle dit qu'on y voit l'infini de notre monde. Ces étoiles qui sont des planètes s'enflammant. La lune qui nous rassure de sa douce lumière. Elle qui peut nous montrer la beauté cachée des êtres. Oui, Hina aime ces nuits. Je me souviens de nos missions. On passait des heures, allongées dans l'herbe, sur le sol même sur l'eau à découvrir le ciel étoilé. Puis un jour, elle a cessé de regarder.

- Pourquoi ?

- C'est par une nuit comme celle là que Koiko est venue au monde. Je n'avais jamais vu un si beau bébé. Eclairée par les doux rayons lunaires, elle avait une peau auréolée. Aujourd'hui, je me demande bien à quoi elle ressemble…

- Magnifique. Je murmure

- Pardon ?

- Koiko est une enfant au sourire éblouissant et à la grande tendresse. Son rire cristallin réchauffe le plus froid des cœurs. Elles étaient magnifiques ensembles.

- Je n'ai jamais été de l'avis d'Hinata. Pour moi, il était inconcevable qu'elle abandonne sa fille. Malgré le rejet qu'elle montrait, elle aimait plus que tout cette vie qui grandissait en elle. J'aurai voulu voir le sourire d'une mère heureuse lors de l'accouchement… mais je n'ai pu que constater déchirure et douleur. Sasuke, je peux te donner quelque chose ?

J'acquiesce doucement de la tête. Elle semble soulagée de mon approbation. Elle sort de ses poches un petit paquet. Je l'attrape et l'entrouvre. Des enveloppes et ce qui semblent être des photos l'emplit. J'hausse un sourcil pour montrer mon incompréhension.

- Je te laisse trouver le moment pour lui donner. Hina a souhaité couper tous liens avec Koiko, pas moi. Sous l'accord de Kakashi, j'ai demandé qu'on m'envois des lettres et photos. Je ne les ai jamais ouvertes. Elles sont destinées à Hinata.

- Pourquoi moi ?

- Tu es la personne la mieux placée. Bien, ma mission est accomplie ! Je vais rentrer. J'ai été ravie de discuter avec toi Sasuke.

Ino se lève. Je l'accompagne jusque dans la rue. Elle me salue en s'inclinant, je lui rends la politesse. Pour la première fois, je me sens proche d'une personne. J'ai l'impression de partager un lien essentiel, une amitié. Quand on y pense, Ino est cette personne. Belle et souriante qui entre dans votre vie. Attendrissante et à l'écoute. Elle est une fleur qui embelli votre journée. Une de ses paroles me revient en mémoire « J'aurai voulu voir le sourire d'une mère heureuse lors de l'accouchement… mais je n'ai pu que constater déchirure et douleur ». Dans un élan, je l'interpelle. Sa chevelure virevolte, son unique œil bleu m'attrape.

- Je te donnerai l'occasion de voir son sourire ! Celui d'une mère heureuse. Je crie

Son œil s'écarquille sous le poids de mes paroles. Oui, comme à elle, je te fais une promesse Ino Yamanaka. J'ai juré de lui donner une famille. A toi, Ino, je te promets de réaliser ce futur. Tu mets tes doigts en v et m'éblouit d'un sourire. Marché conclu. Satisfait, je retourne en ma demeure. Silencieusement, je monte les marches. Je m'approche de ta chambre, j'écarte le panneau. Tu dors à poing fermé. Dormir te va si bien… Je ne peux empêcher mes lèvres de s'étirer face à la vision que tu m'offres. J'aimerai tellement caresser ta peau, t'embrasser le front… Mais je n'en ai pas le droit. Tu es bien trop pure pour que je te touche de la sorte. Je ne suis qu'un petit diablotin. Alors que tu es un envoyé de Kami. J'imprime ton paisible visage et referme le panneau. Je reprends ma marche dans ce long couloir. Je passe devant une porte que je redoute. Chaque soir, je crains ce moment. A sa hauteur, j'ai encore la sensation malsaine du meurtre. L'odeur du sang m'attaque les narines. Je prends sur moi et la dépasse. Je tends avec hâte ma main vers la porte de ma chambre. Je dois vite m'enfermer dans cette pièce. C'est un lieu sécurisant. Hihihi, aurais-tu peur de nous ? Ma main s'agrippe à la poignée. Qu'est-ce que c'était ? Le petit Sasuke tremble face à ses parents. Mon corps se statufie. Qui sont-ils ? Voyons, c'est nous. Cette fois, elle a murmuré à mon oreille. Je me retourne vivement. Vide. Juste le vide. J'ouvre précipitamment ma chambre et m'y enferme. Mon pouls accélère. C'est mon imagination. Simplement la fatigue. Je me déshabille et entre sous les couvertures. Mon esprit me joue des tours… Tu ne te débarrasseras pas de nous si facilement, Sasuke. Je me bouche les oreilles. Je ne veux pas entendre ses voix. Laissez-moi. Juste pour cette nuit… Une nuit. A l'aide…

Ino Yamanaka fait parti de nos plus proches amis aujourd'hui. J'avais été ébloui par la force de votre amitié. Elle était prête à tuer Sakura pour toi. Elle avait bravé tes choix pour te donner une chance de suivre ton enfant. Dans ta période noire, elle a été cet arc-en-ciel qui illuminait ton corps. Je l'admirais pour le chemin qu'elle empruntait. Elle créait son propre sentier par sa force. Ce chemin étroitement lié au tien et qui venait de rejoindre le mien. Oui, je reconnais la valeur d'Ino Yamanaka.