Chapitre 30
Quand l'as-tu remarqué ? A partir de quel moment avais-tu deviné mes angoisses d'une nuit ? Je faisais tout pour paraître insouciant, serein. Et pourtant, toi, tu voyais les spectres me hanter. Tu voyais mon propre corps se retourner contre moi. Mais une plus grande peur naissait. Sans rien n'y faire, le temps de notre séparation se rapprochait.
Une odeur de pain chaud se faufile dans ma chambre pour venir chatouiller mes narines. Une sensation de bien être monte. Je reviens à cette époque, belle et joyeuse. Avec difficulté, je m'extirpe de mes draps. Tous froissés et légèrement humides, ils sont témoins d'une nuit de lutte. Je détourne vite mon regard de cette scène de combat. Enfilant un simple jogging, je me rends vers le lieu d'où s'est enfui l'odeur. Mon odorat et mes pieds me mènent directement dans la cuisine. La table est mise, le petit déjeuné vient d'être servi. Le léger fumet des petits pains m'envahit et me met en appétit. Cette ambiance matinale est due à une personne, toi. Tu me tournes le dos, finissant de préparer le thé. C'est vraiment comme avant. Sauf que c'était ma mère qui se trouvait devant ce plan de travail. Elle y était souvent. Toujours à nous préparer un bon encas. Mais aujourd'hui, c'est fini. Je m'assois et commence à entamer la nourriture. Tu me rejoins, théière en main. Tu prends place en face de moi et tout en me servant l'eau verte, tu commences à me parler.
- Cette après-midi, Kakashi viendra te chercher.
- Me ?
- Tu vas être envoyé en mission avec l'équipe 7.
- Sans toi ? Tu es pourtant chargée de ma surveillance.
- L'Hokage et Kakashi pensent que ça serait une bonne préparation de te renvoyer avec l'équipe, seul.
- Mais…
- Ce n'est pas un ordre que l'on discute. Tu verras Sasuke, ça te fera le plus grand bien. Et puis, dans une semaine, ma mission sera terminée.
Ma main s'immobilise. Que viens-tu de dire ? Une semaine ? Non, nous n'arrivons pas au terme des trois mois. Ce n'est pas possible, pas aussi rapidement. J'en avais presque oublié cette mission de surveillance. Pour moi, c'est devenu une habitude de te voir habiter cette demeure. Puis, une autre chose me saisit. J'allais de nouveau me retrouver seul. Cette maison revivait. Si tu pars, elle respirera de nouveau la solitude. Non… non…
- Sasuke ?
- Hm ?
- Tu emporteras ces bentos. Je les ai faits pour l'équipe. Kakashi en est mordu. Rigoles-tu
Je fixe d'un œil critique les boites emplies de nourriture. Je ne me vois pas marcher dans Konoha avec ces bentos. Il semblerait que tu suives mes pensées vu l'expression de ton visage. Tu ramènes tes bras pour les croiser sur ta poitrine et te penches vers moi. Nos nez se frôlent, j'en ai un frisson.
- Uchiwa Sasuke, tu vas m'emmener ces précieux bentos. Mets ta fierté de côté et prends-les. Sinon, je ne serai pas la seule sur ton dos.
- Ou…Oui Hinata.
Tu affiches un sourire satisfait et quittes la cuisine. Et on dit que le sang des Hyugas ne coule pas dans tes veines ? Digne de la fille du grand Hiashi, plutôt ! Le moment où nos nez se sont frôlés repasse. Un nouvel engouement naît. On n'était si proche. Je pouvais sentir ton parfum lavande. Je ne me lasse jamais de cette odeur. Je dois me ressaisir. Il faut que je me concentre sur mon nouvel objectif : Te faire rester à mes côtés.
L'annonce de l'Hokage me laisse sans voix. En faite, je suis tellement atteint que je ne sais comment réagir. Par contre, il y en a un qui sait.
- Pardon ? Non mais la vieille tu as des problèmes de vue en plus d'alcool ? Nous sommes une équipe d'élite et tu ne nous donnes une mission de rang D ! En plus, celle du chat ! Hey, grand-mère, si tu es à la déroute je te remplace.
- Hey, Abruti de blond, si tu veux une bonne raclée suffit de demander.
Joignant à la parole au geste, Tsunade envoie mon débile de coéquipier contre le mur. Je ne me retourne même pas pour voir le cratère formé par le corps ou plutôt l'épave de Naruto. Kakashi tente de s'excuser auprès de la blonde sulfureuse tandis que Sakura ne se gêne pas pour achever Naruto. Une vague de chaleur m'envahit, un fin sourire s'étire naturellement. J'ai la sensation de retourner dans un souvenir du passé, un souvenir heureux. Les comportements de nos douze ans. Ce temps où j'étais habité pas l'insouciance. Tsunade reprend son calme et se rassoit.
- Je ne veux pas vous envoyez sur d'importantes missions. Sasuke est toujours dans sa période de surveillance. Une bonne vieille mission de rang D ne nous fera pas de mal, surtout pour le travail d'équipe.
- Oui, vous avez raison maître Tsunade. Se dépêche d'acquiescer Sakura
- Alors, vous aller me l'attraper ce chat ou je dois vous aider à sortir de mon bureau ?
- Nous sommes déjà partis ! S'exclame Kakashi
Je comprendrai jamais pourquoi ils craignent autant Tsunade. Bon, Sakura et Kakashi je veux bien. Mais Naruto, il lui est largement supérieur ! Quoiqu'il faut dire qu'on ne sait jamais quand elle va nous cogner l'Hokage. Elle porte toujours ce sourire trompeur… un sourire dont a hérité ma coéquipière. Je me rappelle quand nous étions genin, Sakura tapait déjà fort. Tsunade n'a fait qu'empirer la chose. Comment ce crétin blond va-t-il survivre avec une telle femme ? Mais quand on y pense, il faudra bien une fille à la force brute pour calmer les ardeurs de notre Naruto. Bon, allons attraper ce chat !
Sale quadrupède sur pattes poilus. J'ai couru après des assassins, des malades, de puissants ninjas, et un chat m'échappe. Je la vois bien l'histoire. Il était une fois un ninja, Sasuke Uchiwa, grand ninja de son temps jusqu'au jour où il tomba sur plus fort : le chat de la femme du seigneur. Comment cette bestiole poilue peut courir aussi vite ? En plus, on ne peut pas utiliser nos techniques au risque de raser le village. Nous voilà revenus à nos premières années de genin. Je vois les buissons frétiller. Cette fois, il ne m'échappera pas. Je plonge avec énergie. Un grand cri de douleur suit. Pour mon plus grand malheur, je suis tombé sur Naruto. Que fait cet abruti caché dans les buissons ?
- Pourquoi tu m'as sauté dessus, Sasuke ? Pleurniche-t-il
- Je pensais que c'était ce stupide chat ! Et toi, qu'est-ce tu fais dans ce bosquet ?
- J'allais l'appâter avec du poisson ! Regarde, il m'a griffé tout le visage !
Comme un enfant, il me montre les traces rougeoyantes sur sa figure. Je me retiens de rire face à sa tête. Il ne l'a pas raté le bougre. C'est qu'il sort les griffes le minou. C'est pareil qu'avant. Il s'était fait bariolé de griffure la première fois. Une étrange odeur vient perturber mon air. Du poisson. Je baisse les yeux vers la poche de pantalon de Naruto pour y découvrir l'animal. Pourquoi pas. Il se peut que l'idée de l'idiot marche. Nous plaçons l'appât prêt du buisson et attendons. A l'étroit, seulement nous deux, c'est le moment de partagé avec mon meilleur ami.
- Félicitation pour Sakura.
- Attends que nous soyons mariés pour me le dire. Je ne suis pas aveugle, ça va être dur.
- C'est déjà une grande avancée. Le futur n'en devrait être que plus simple.
- Je ferai tout ce que je peux pour qu'il soit radieux. Je ne tiens pas à la décevoir une nouvelle fois. Cette fois, c'est à moi de me sacrifier pour que ses rêves se réalisent.
- Deviens seulement Hokage et apporte-nous une famille Uzumaki. Tu n'as pas à te sacrifier, juste vivre ta vie avec notre coéquipière.
- Tu veux dire une famille Uzumaki-Haruno. J'ai déjà une famille, une petite fille.
- C'est vrai. En tout cas, soyez heureux avec Sakura. Et je te souhaite bien du courage, il se peut qu'elle ait ta peau avant même le mariage. Plaisantais-je
- Dit le grand Sasuke Uchiwa qui a porté des bentos bien sagement sous les ordres d'Hinata Hyuga. Ricane Naruto
- Répète Baka !
- Moi je ne suis pas soumis.
Soumis ? SOUMIS ! Un Uchiwa n'est jamais soumis. Je vais lui montrer qui est le chef ici. Je me jette sur lui. Il s'accroche à mon col et nous commençons. Ce n'est pas facile de se bagarrer dans un endroit aussi étroit que des buissons. Nos corps se mettent à rouler et nous sommes à découverts. Nous continuons à taper dessus tels deux gamins dans une récréation quand une paire de pied nous interrompe. Mon poing reste à l'air, oubliant le trajet pour la joue de Naruto. Ça va chauffer pour nous. Mon abruti d'ami a, lui aussi, arrêté de brailler. A l'unisson, nous relevons nos regards vers le visage souriant de Sakura. Vous vous souvenez du sourire dont je vous ai parlé. Et ben, c'est celui-ci qu'elle arbore. Derrière, notre maître porte le chat bien attaché dans ses bras et nous fixe avec un regard compatissant.
- C'est ce que vous appelez « pourchasser le chat » ? Je vais vous faire passer l'envie de vous battre en mission !
Le regard enflammé, les poings qui craquent. Il y a bien une seule chose qui ne m'a pas manqué durant mes années de fugue : les colères de Sakura. Naruto m'agrippe fermement, j'en fais de même. Autant que nous soyons deux dans la douleur.
J'ai la joue en feu et une bosse sur la tête. Elle n'a pas perdu de son droit ma coéquipière, toujours aussi efficace. Mais je dois bien dire que Naruto a pris beaucoup plus. Son visage ressemble à une énorme montgolfière. Si je pouvais en rire, je le ferai mais la douleur me rappelle à l'ordre. En nous voyant, Tsunade ne s'est pas gênée pour se tordre de rire. Humiliant… puis Naruto a voulu riposter. Résultat : il a eu droit à une deuxième rencontre avec le mur. Là, je n'ai pas pu m'empêcher de rire avec Sakura et Kakashi. Même la douleur ne pouvait m'en empêcher. Maintenant nous prenons un repas des plus mérité. Et je dois bien dire que les bentos d'Hinata sont un festin. Une sieste juste après ne serait pas de refus. Pensée commune à l'équipe. Sous les arbres, protégés par leur ombre, nous profitons de la douce température. Naruto et Sakura, allongée l'un à côté de l'autre, respirent à l'unisson. Kakashi reste silencieux, plongé dans son livre, près de moi. J'avais oublié ces journées en équipe. Avant que nous passions l'examen, c'était ainsi. Le vieil Sandaime nous collait aux épuisantes missions inférieurs. Malgré notre mauvaise foi, nous nous appliquions et passions de bons moments. Sakura, toujours à frapper Naruto pour ses bêtises. Lui et Moi, à nous bagarrer. Kakashi souriant devant notre fatigue. Que de beaux souvenirs. Je m'étais épanoui en ces jours, m'ouvrant à ceux qui devenaient ma famille. Cette journée m'a permis de retrouver ce sentiment précieux.
- Tu as un beau sourire Sasuke. Dommage qu'il soit si souvent caché.
- Je ne savais même pas que je souriais, Maître.
- Quand nous sommes parfaitement bien, nous sourions naturellement.
- C'était une très bonne idée de me remettre dans l'équipe pour une mission. Je devrai remercier Tsunade-sama.
- C'est Hinata qui a demandé que ça soit fait. Elle nous a dit que ça ne pouvait que te faire un grand bien.
- Hmpf… Pourquoi suis-je surpris ? J'aurai du me douter que cette femme était derrière cet ordre.
Kakashi ne répond rien, se replongeant dans sa lecture. Je ferme les yeux et me laisse aller au sommeil. Le sifflement du vent, le murmure de l'herbe, le bruissement des arbres, la chaleur du soleil sont une douce berceuse. Mon corps s'affale un peu plus et sous l'œil protecteur de mon maître, je m'endors. Une dernière pensée me traverse : Merci Hinata.
En une journée, j'avais retrouvé la quiétude de mes douze ans. La poursuite du chat, la bagarre avec Naruto et la punition de Sakura m'avaient fait ressentir un sentiment perdu. J'avais redécouvert la joie d'être avec ses camarades, de rires de nos bêtises. En vivant cette journée, c'était comme si je n'avais jamais quitté Konoha. J'en avais oublié les fantômes qui me hantaient et les angoisses des nuits. Et tu avais fait en connaissance de cause. Quand as-tu su ? Depuis quand mes cris te réveillaient-ils ? Et le plus important, voyais-tu mes cauchemars Hinata Hyuga ?
