Chapitre 31
- Non.
Sans appel, aucun moyen d'argumenter. Le mot est tombé, la sentence ne peut être irrévocable. Sec, sans réflexion, du tac au tac. La peine a été prononcée, le juge n'a aucun remord, certain de sa décision. Le cadre qui explose, le verre qui s'éparpille sur le sol. Signe de mécontentement, de colère. Les débris sont semblables à mon cœur. Cassé, morcelé, écrasé. Un mot de trois lettres, un simple mot qui a rompu le charme. Cet organe qui bat, a cessé de jouer des tambours. Pourquoi ce refus ? D'une violence extraordinaire, j'expulse la chaise qui s'écrase sur le mur. Le bois craque, les pieds tombent au pas de la porte. Sous les yeux noisette impassibles du juge, j'exprime mon humeur. C'est un refus de trop. Je ne demande pas grand-chose !
- Pourquoi ?
- Tu n'intègreras pas l'unité Anbu et encore moins en tant que coéquipier d'Hinata Hyuga.
- Quel est le problème ?
- Il a été décidé depuis ton intégration dans le village que tu reformerais l'équipe 7. Tu n'as pas la confiance des conseillers pour entrer dans les forces spéciales.
- Vous ne comprenez pas ! Je dois être son coéquipier !
- Pour quelles raisons ?
La question me plonge dans la plus grande incompréhension. Les yeux noisette brillent d'une lueur que je ne leur connaissais pas. Oui, qu'est-ce qui me pousse à la vouloir près de moi ? Que puis-je trouver comme excuse face à mon caprice ? La solitude. Je ne veux pas me sentir de nouveau abandonner. Si elle me quitte, que je puisse au moins la voir le temps d'une mission. Ce que je veux, c'est retrouver cette sensation d'union quand nous combattions. Je souhaite tout simplement être accompagné.
- J'ai envie d'être en paix.
Le marron se fait sévère. La réponse n'est pas satisfaisante. Elle se lève de sa chaise pour se placer devant la fenêtre. Son attention se perd dans la vue de son village qu'elle a durement protégé. Les derniers rayons de soleil éclairent son visage de femme mûre et puissante.
- Ma réponse est définitive : non. Peut-être que si tu m'avais répondu autre chose, j'aurai pris le temps de réfléchir.
- Quelle réponse ? Je m'insurge
- Ce n'est pas à moi de te le dire. Trouve par toi-même.
Je la quitte sur ces derniers mots, en colère. Encore une devinette ! Je ne fais que ça de courir après des indices, des charades. Pourquoi ne peut-on pas me donner une réponse claire, nette et précise pour une fois ? Elle attendait une raison précise… laquelle ? Je dois trouver une solution à tout prix. J'ai fait des démarches auprès de l'Hokage, Kakashi et je n'ai rien obtenu. Je ferai tout pour te garder près de moi. Si je dois remuer le village, supplier les supérieurs, je le ferai. Il ne me reste plus qu'une seule personne : ton père. Je prends la direction de la demeure Hyuga. Je toque et je suis accueilli par un visage que j'aurai souhaité ne pas croiser. Ton cousin me fixe d'un air dur. Et dire qu'on me reproche mes regards froids… il n'y a pas que moi. Nous restons comme deux chiens de faïence.
- Que veux-tu Uchiwa ?
- Parler à ton oncle.
- Il n'est pas disponible. Hinata et lui sont en pleine réunion.
- Tu n'es pas auprès d'eux ? Dis-je ironiquement
- Hinata-sama se confronte au Conseil, elle saura le faire toute seule. Nous devons parler, Uchiwa.
Il s'écarte de la porte pour me laisser entrer. Je le suis dans un dojo, il s'installe sur l'un des coussins. Je prends place en face de lui. Il ressemble beaucoup à Hiashi. Je comprends qu'on le voit en futur chef de clan. Il a toutes les qualités pour cette position. Peut-être qu'en s'ouvrant plus… et c'est moi qui dit ça. Sasuke Uchiwa qui donne des conseils de socialisation. Il y a des fois où je me ridiculise.
- Alors c'est toi qui es le nouveau détenteur de Yami. D'un côté, ça ne m'étonne pas. Seule une personne à l'âme noire peut utiliser le potentiel de ce katana.
- Pourtant la mère d'Hinata ne semblait pas ronger par les ténèbres.
- Hyoko-sama s'est laissé peu à peu envahir par son pouvoir. Le but est de prendre le contrôle de Yami sans que le sabre ne mange votre âme et celui de votre conjoint. Et il semble que tu ais passé cette épreuve.
- Ils m'ont été d'une grande aide. Les esprits des membres de votre famille… Ils protègent les générations à venir.
- C'est la mission de tous parents et membres de la Bunke. Protégez les enfants et la Soke. C'est pour cela que je risquerai ma vie pour Hinata Hyuga, ma cousine. Et toi, Uchiwa ? Que vas-tu faire pour elle ?
La question a fusé sans préavis. Son regard sans couleur me dévisage, scrutant mes traits. En observant ses yeux, j'en oublis l'interrogation. La comparaison à tes opales s'impose dans mon esprit. On retrouve cette touche de douceur, commune à vos deux regards. Néanmoins celui de Neji renferme une dureté que le tien n'a pas de nature. Son blanc tend vers le crémeux alors que le tien résonne comme le cristal. Je ne pensais pas découvrir une telle nuance dans vos yeux. Quel couleur étrange et passionnante. J'aime voir l'étincelle au fond de ton blanc. Apercevoir les larmes s'y échapper me fend le cœur. Je ne sais ce que je dois faire. Je ne comprends plus, n'arrivant pas à raisonner. Tout mon corps tente de te retenir près de moi mais mes actions t'y éloignent. Mes paroles se contredisent, amenant le doute. Mes interrogations personnelles sont mises à nues devant le scanne de ton cousin. Je n'ai pas besoin de répondre, le silence le fait pour moi.
- Uchiwa, je ne peux t'emmener auprès de mon oncle. Ta demande sera rejetée, tu n'es pas prêt.
- Tu n'es au courant de rien. Je crache
- Dans trois jours, Hinata aura terminé sa mission de surveillance. Elle reviendra dans notre demeure et cessera d'être en équipe avec toi. Uchiwa, tu -essayes de la retenir captive de ta personne. Seulement, Hinata Hyuga n'est pas à ta disposition. Tranche Neji sèchement
Je me plonge dans le mutisme. Lire dans une personne avec autant de facilité devrait être interdit. Cependant tu te trompes sur une chose : je ne la considère pas comme ma chose. Je suis l'un des premiers à la reconnaître en tant que personne et kunoichi. Elle m'est juste destinée. Je le sais et c'est pour cette raison que je ne la laisserai pas. Je quitte le dojo sous le regard colérique du Hyuga. Dans l'un des couloirs, une porte coulisse. Et je t'aperçois dans une tenue des plus traditionnelles. Ta vue me stoppe. J'ai l'impression de revoir un fantôme. Celui de ta mère. Le kimono rouge sang, la ceinture blanche, le chignon complexe. Quelle incroyable ressemblance. A tes côtés se tient fièrement ton père, l'air impassible. Derrière vous, les ancêtres respectés du clan. Ta tête se tourne vers ma personne, suivie de celles de la délégation.
- Que faite-vous ici Uchiwa Sasuke ? Demande Hiashi
- Je souhaitais m'entretenir avec votre personne mais ce n'est plus nécessaire. Je vais dès à présent me retirer.
- Avant ça, jeune héritier vous devriez saluer la future dirigeante des Hyugas. Remarque l'un des anciens
- Je…
- Cela ne sera pas nécessaire, ancêtre. Nous nous retrouverons plus tard. M'adresses-tu
Sans aucune contestation, les ancêtres s'inclinent devant ta décision. Une prestance incroyable. Je salue de la tête et disparais dans les rues de Konoha. Alors tu as atteint ton but. Ta place dans ton clan n'est plus à contester. Future chef des Hyugas ? Non. Tu dirigeras un clan, mais le mien. J'en ferai une certitude. Trois jours… seulement trois petites journées. Huhuu, nous serons de nouveau ensemble. C'est nous, ta famille. Ma famille… elle est morte sous mes yeux. Tout n'a été que mensonge. Mais nous t'aimons. Votre amour était-il bien réel ? Ne nous rejette pas. Tu as seulement peur de te retrouver seul, avec pour seule compagnie nous. Si quelqu'un prenait la peine de regarder le sol, il verrait trois ombres autour de moi au sourire diabolique. Ces esprits qui cherchent à tout prix à me faire perdre la raison. Menteurs, vous êtes tous des menteurs. Vos paroles, vos gestes, votre amour. Tout n'a été que manipulation. Tu es des nôtres, c'est écrit dans ton sang. Accepte ton héritage. La haine, la désolation, la vengeance… vivre de cette manière a détruit mon clan. L'écriture de notre vie s'est faite à la naissance de Konoha. Nous avons commencé notre histoire dans le sang et nous l'avons terminé ainsi. Et pour notre renouveau, tu dois reprendre le flambeau. Non, non… Enfin de compte, tu restes ce petit garçon pleurnicheur.
Je devais me dépêcher. Je devais trouver cette réponse que tout le monde attendait. J'avais compris que mon futur à tes côtés en dépendait. Je devais me dépêcher. Trouver le moyen de faire taire ces voix. De stopper les visions. Se dépêcher, se dépêcher. Le temps m'était compté. Trois jours. Trois jours. Se dépêcher à tout prix. Hinata, attends-moi. Ne pars pas sans moi. S'il te plait…
