Chapitre 4 : Affection
Ce fut à cet instant que Vernaa devait impérativement rester muet. Il n'y avait pas que le physique qui fallait cacher. La voix d'un drémora se distinguait de celle des différentes races vivant à Cyrodiil. Cependant, le Daedra pensait qu'il devait répondre car on l'accueillait à bras ouverts. D'une manière ou d'une autre, il trouvait important de saluer cette mortelle qui était en face d'elle. Il se contenta de copier le même geste de salutation, mais en restant silencieux. Il espéra que cela suffise.
La femme aux cheveux sombres comprit son salut. Elle put aussi observer ses mains parce qu'il les avait jointes. Le Kynval n'avait pas prévu que cette dernière les voie, il croyait que les manches seraient assez longues. Elle crut que les mains du Daedra étaient celles d'un homme qui portaient de nombreuses brûlures. Vernaa ne s'en aperçut que lorsque l'habitante de Chorrol prit la parole. Elle fit un pas sur le côté pour lui montrer la grand autel.
-Vous pouvez guérir vos blessures en recevant la bénédiction des Neuf, lui accorda la prêtresse.
Elle avait tout faux, pensait-il. Elle imaginait sûrement un simple mortel revenu de l'enfer que fut Oblivion. Au lieu d'une victime qui se dressait devant elle, c'était un ancien serviteur du prince de la destruction. Ancien car il ne comptait plus le rejoindre. Vernaa avait ce soucis de ne pas s'adresser à quelqu'un, un drémora était une créature dangereuse car daedrique. Il aurait pu répondre s'il avait appris à écrire avec l'alphabet des mortels, ou s'il connaissait le langage des signes. Ni l'un, ni l'autre. Que faire ?
Il approcha en faisant quatre pas, pour éviter qu'elle ne parle plus fort. Quelques bougies l'éclairaient, sa peau « cramoisi » put se voir au niveau de son menton et sa joue gauche associé avec quelques traits sombres. La femme remarqua que son teint était inhabituel. Elle croyait au départ que c'était un Argonien mâle qui se trouvait devant elle. Mais cette race reptilienne avait des écailles. Vernaa avait un visage plus lisse. La prêtresse posa une question à laquelle le Daedra ne s'attendait pas.
-Vous n'avez pas d'arme sur vous, je suppose.
Il retint son souffle à cet instant. Il était loin d'être méfiant, mais son parchemin de Destruction fut l'unique objet offensif avec sa magie de flamme. Le drémora ne comptait pas l'utiliser. Il la regarda attentivement, elle n'avait pas peur.
-A cette heure-ci, je suis la seule réveillée dans la chapelle. Vous pouvez parler.
-Alors... vous savez ? Lui demanda le Kynval après quelques secondes de silence.
Elle avait sursauté en entendant sa voix, qui était particulière. L'entendre de si près, il y avait de quoi être surpris.
-Un Daedra ? Oui. Je suis sœur Cassandre, commença t-elle avec une voix calme.
-Mon nom est Vernaa.
-Enchantée de vous connaître. Excepté votre nom, je sais seulement que vous avez fui votre monde, dit-elle naturellement comme si elle était devant un habitant de Chorrol.
-Je ne suis plus vraiment un Daedra, comme ceux de mon clan. Je n'appartiens plus au clan désormais, sœur Cassandre. J'ai quitté Oblivion de mon propre gré, disons que je suis un déserteur, se présenta plus précisément le drémora.
-Je suppose donc que vos intentions me semblent et sont certainement pacifiques.
-Vous ne me craignez pas, pourquoi n'êtes vous pas terrifiée ? La questionna-t-il.
-Je suis une voyante, répondit-elle avec un sourire sur ses lèvres, je savais qu'un Daedra viendrait dans notre ville et qu'il ne tuerait personne. Je ne peux vous considérer comme un assassin, les Neuf vous acceptent car vous avez pu entrer dans la chapelle.
Vernaa n'avait aucune connaissance sur ce que la guérisseuse appelait les Neuf. Mais parlait-elle peut être des personnages représentés sur les vitraux ? Il détourna son regard pour se rappeler qu'il y avait un dieu ou une déesse sur chacun d'eux. Et comme leur valut ce nom, ils étaient bien neuf. Il regarda à nouveau Cassandre. Cette dernière put voir ses yeux fins.
-Parlez-vous de vos dieux ?
-Oui, ce sont les nôtres. Et nous les prions chaque jour pour que rien ne nous arrive. Mais cela n'a pas duré. Les Daedra de votre monde nous ont envahis il y a quelques jours, raconta la prêtresse en perdant sa joie.
-Je suis... navré, se sentit alors coupable la créature daedrique. Je n'avais pas encore compris le but de ces invasions. Et je n'avais jamais eu le véritable désir de vous tuer.
-Vernaa, personne de notre ville ne vous a vu agir de telle sorte. Ce n'est pas que je refuse de vous croire. Cependant vous êtes un Daedra, et nous, peuples de Cyrodiil, nous méfions de tous ces démons en particulier s'ils servent Mehrunes Dagon.
Le Kynval pensait perdre la confiance qu'il était en train de former avec cette femme, qui semblait l'écouter avec attention et connaître le nom de son dieu, le prince daedrique. Elle avait peut être des dons de voyance, mais une simple vision ne lui permettait pas de penser qu'un drémora, créature cruelle et sanguinaire, serait innocent. Vernaa n'avait aucune preuve matérielle pour répliquer et montrer que Cassandre se trompait. Il ne comptait plus faire couler le sang. N'était-ce pas une parole suffisante ?
-J'ai sauvé une personne de votre cité, du moins j'ai fait croire à mes propres frères qu'elle n'était plus en vie. Je l'ai fait parce que je n'avais aucune volonté de l'éliminer. J'ignore ensuite si elle s'en est sortie, nous nous sommes repliés, lui avoua le Daedra.
-Savez-vous si c'était un homme ou une femme ? Demanda la prêtresse qui avalait cette histoire plus ou moins crédible.
-C'est une femme, contrairement à moi son corps est pâle et ses cheveux sont blancs...
-Alyssia ? C'est vous qui avez sauvé Alyssia ? Fut ravie Cassandre en entendant cette brève description.
Le drémora était surpris de cet immense soulagement. Cette femme était donc Alyssia, et vivait ?
-Elle... a survécu ? Voulut comprendre Vernaa.
-Oui. Nous avons cru au début qu'elle était morte. Mais quand j'ai essayé de la guérir, le sang n'avait pas disparu. Les mages de la guilde de Chorrol m'ont affirmé alors que le sang sur le corps était faux.
-C'est moi qui ai ajouté ces traces, pour que les autres Daedra pensent qu'elle soit morte, lui répéta le Kynval.
-Et votre ruse a fonctionné. Quand nous avons retrouvé Alyssia, elle n'était seulement qu'évanouie, certainement à cause de la peur. Vernaa, si vous êtes bel et bien son sauveur, je vous ferai entièrement confiance et vous serez accueilli sous ma protection, dans notre chapelle pour le moment, proposa-t-elle avec sérieux.
-Je vous prie de me croire. Un autre drémora vous aurait tué sans vous donner d'explications. Depuis mon existence, je sais seulement que je suis un Daedra, mais différent. La preuve est que je n'ai pas tué cette mortelle. Je le jure devant vos dieux.
-Et non devant les vôtres ? Vous me surprenez. Mes prédictions étaient donc vraies, vous souhaitez vous intégrer dans notre cité.
-Je n'ai pas d'autres choix, sœur Cassandre. Je souhaitais avant tout... qu'Alyssia connaisse le nom de celui qui l'avait sauvé. Je recherche aussi des réponses à mes questions. Je veux éclairer ce mystère qui me permet de comprendre les sentiments. De plus, je suis certain que personne ne puisse me dire la vérité dans mon monde. Je ne reculerai plus.
Ces paroles étaient profondes et sincères. La guérisseuse l'entendait dans sa voix. Il y avait de l'honnêteté. Avait-elle vraiment un Daedra devant elle ? Il voulait faire partie de ce monde, et vivre comme le peuple de Cyrodiil. Encore une fois, il avait eu de la chance de tomber sur une voyante qui attendait sa venue.
-Alyssia viendra sans aucun doute. Elle vit seule à Chorrol et nous sommes de très proches amies. Je vous conseille d'être extrêmement patient avant que vous ne lui parliez. D'ailleurs, n'adressez la parole à personne, même si je pense que vous comptez rester muet.
-Sœur Cassandre, je vous en conjure, dit-il en joignant à nouveau ses mains, vous devez m'apprendre votre écriture, je n'aurai aucun mal à communiquer car je suis capable de rédiger.
-Je ne voudrais pas vous insulter, mais je n'ai vu que des Daedra se battre, jamais écrire.
-Je sais, cependant ce n'est pas un secret pour moi. Comme ma sensibilité aux émotions, je suis capable d'écrire les lettres, mais seulement de ma langue.
-Votre apprentissage ne durera alors que quelques semaines. Mais si cela prendra plus longtemps, ce n'est pas grave. Vous resterez avec mes frères et sœur dans la chapelle. Nous ne sommes que cinq mais les habitants viennent parfois prier. Je me souviens qu'il reste une chambre de libre à l'étage inférieur.
-Je vous remercie infiniment, répondit-il en hochant la tête et rabaissant ses mains.
-C'est le moins que je puisse faire, vous êtes chanceux d'être tombée sur la voyante en personne qui connaît votre identité. Je vous impose cependant une dernière condition, restez toujours caché sous vos vêtements. J'informerai à mes collègues que vous êtes un voyageur qui a été grièvement blessé, et que tout contact sera interdit. Le jour de la révélation de votre vrai visage viendra plus tard, pour la sécurité des habitants.
-Je comprends. J'espère que vous n'avez pas vu mon visage directement quand je suis arrivé, s'inquiéta Vernaa à propos de sa dissimulation.
-Non, pour vous voir, il faudrait enlever votre capuche ou que vous soyez à cette distance. Vous êtes parfaitement caché, fit-elle comme remarque en souriant.
-Je vous obéirai et vous suivrai comme votre ombre, termina t-il en mettant un genou à terre.
Cassandre lui demanda de se relever, il n'avait aucune raison de s'abaisser. Elle était loin d'être le maître de quelqu'un. Le drémora se remit debout.
Ce geste était une sorte de réflexe, ces mots aussi. Il avait agi comme si devant lui se dressait son supérieur d'autrefois. Il songeait un instant à son ancien chef. Il devait l'oublier car il ne le verrait plus. Vernaa regarda de nouveau la prêtresse. Elle marcha jusqu'à un escalier qui était derrière, entre les bancs et les portes de la chapelles. Le Daedra la suivit comme, il avait prononcé mot pour mot, son ombre.
-Quand nous passerons la porte et irons dans les sous-sols, ne parlez pas. C'est ici que sont les chambres, personne ne doit vous entendre, lui donna t-elle comme conseil.
Il répondit brièvement par un oui. En bas de l'escalier, il y avait une porte mais aussi deux autres opposées sur les côtés gauche et droit. Elle emprunta celle du milieu, le Kynval la suivit.
Il était difficile de croire que les sous-sols en étaient uns, mêmes si certains furent des cryptes. Les murs étaient construits avec les mêmes roches polies que le rez-de-chaussée et quelques bougies étaient suspendues. Il y avait une table rectangulaire et des chaises au centre, où était servi chaque jour le repas des résidents. Plus loin on pouvait apercevoir un couloir avec environ trois portes de chaque côté, où se trouvait une chambre individuelle à chacune. La femme aux cheveux sombres prit un clé qui était rangée comme un bracelet sous sa manche pour ouvrir un petit placard à sa droite. Il y en d'autres rangées, une pour chaque chambre. La voyante saisit une clé dont elle savait qu'elle ouvrirait une chambre inoccupée. Elle referma le placard pour conduire Vernaa vers les chambres. Elle s'arrêta devant la première à droite. Elle murmura au Daedra avant d'ouvrir la porte.
-Demain, je vous aiderai à trouver d'autres vêtements. Soyez levé de bonne heure, je vous attendrai devant la porte afin de vous présenter, lui consigna Cassandre.
Elle ouvrit ensuite le verrou de la chambre pour la montrer au Daedra. Il y avait très peu de meubles dans la pièce : un lit à droite, une table de nuit et un placard proche d'un bureau à gauche. Le confort lui importait peu, tant qu'il avait un toit. Il regarda la prêtresse et hocha la tête en signe de grâce. Cette dernière lui confia la clé, sourit et lui souhaita bonne nuit. Elle referma ensuite la porte dans le silence. Le drémora n'ajouta rien, verrouilla la porte et alla se reposer. Il savait ce qu'était le sommeil. Mais cette nuit allait être différente des précédentes. Il fermait ses yeux dans un autre univers.
Le lendemain matin arriva vite, le Kynval avait pris l'habitude de dormir pendant à peine quelques heures, et moins que les mortels. Quand il se réveilla, il fut surpris au lieu d'être serein.
-Axeli ? Murmurait-il.
Il ne prit pas conscience du lieu où il était même s'il voyait le drap rouge et brodé qui le couvrait et les murs de pierre. C'était la première fois qu'il s'éveillait en dehors d'Oblivion. Le Daedra avait dormi avec les mêmes habits et à visage découvert pour ne pas être dérangé par la capuche. Il se redressa nonchalamment pour s'asseoir sur le lit et regarda vers le sol. Ses pensées ne s'imprégnaient pas avec la réalité car il ne songeait nullement à Cassandre. Il fixait le vide.
Quelques secondes passèrent, Vernaa s'était arrangé ses cheveux pour les rattacher à nouveau et la prêtresse toqua à sa porte. Il releva sa tête et comprit qui se trouvait de l'autre côté. Le drémora remit sa capuche et se leva du lit. Il déverrouilla la porte et l'ouvrit. C'était bel et bien Cassandre. Il la salua d'un hochement de la tête, elle répondit par le même geste. Elle portait entre ses mains une autre robe noire ainsi que des gants et des chaussures qui étaient bien plus propres et n'avaient pas été porté par un assassin.
-Je suis allée en ville pour vous acheter d'autres vêtements, même s'ils ressemblent à ceux que vous portez. Il ne faudrait pas vous faire remarquer en portant une autre couleur, disait-elle à voix basse.
Et elle avait raison, avec une capuche de couleur bleu foncé ou même grise Vernaa serait bien plus visible à cause du teint de sa peau. Il la remercia encore une fois. Il prit alors les vêtements qu'elle lui tendait. Il referma la porte et prit quelques minutes pour se rhabiller. Il rouvrit ensuite la porte. Cassandre comptait brûler les anciens vêtements. Cela ne lui était pas nécessaire, le Kynval fit apparaître une boule de feu pour réduire en cendres les habits. Ils disparaissaient lentement et rien d'autre ne fut détruit car il avait parfaitement maitrisé sa puissance, ce qui étonna la femme aux cheveux sombres. L'atmosphère semblait alors moins putréfiée. Avant de regagner la salle principale, la guérisseuse lui avait demandé s'il désirait se nourrir ou boire quelque chose. Le drémora répondit simplement que ces besoins ne lui étaient pas nécessaires. Après tout il n'était pas un mortel.
Ils remontèrent au rez-de-chaussée, il n'y avait encore personne. Ils s'étaient installés un instant près des bancs Soudainement, une personne entra dans la chapelle, en panique et en interpellant la guérisseuse. C'était un Haut-Elfe portant une robe grise de prêtre. Il avait des cheveux noirs et courts coiffés en arrière. Cassandre était perplexe de le voir arriver si vite, le drémora regardait à son tour l'homme pour comprendre qu'il avait vu ou échappé à un danger.
-Frère Selan, que vous arrive t-il ? S'inquiéta la prêtresse.
-Sœur Cassandre... Des partisans de l'Aube Mythique sont en train d'attaquer les habitants. J'ai réussi à fuir l'un d'eux mais les gardes ne parviennent pas à les repousser.
-Comment est-ce possible ? Ici même en ville ? Combien sont-ils ?
-Je l'ignore, je n'en aperçu que deux. Si quelqu'un ne les arrête pas, ils vont envahir la chapelle !
Vernaa avait écouté avec attention leur conversation et partit directement vers la sortie. Cassandre n'eut le temps de rien dire qu'il était déjà à l'extérieur. Elle le suivit malgré l'avertissement du Haut-Elfe.
A sa gauche, il avait aperçu un individu portant une robe avec une capuche rouge. Il était armé d'un poignard et avait dissimulé son visage tout comme le Daedra. Sans réfléchir, le drémora lança un puissant sort de glace sur la personne qui tomba alors au sol, violemment blessé au cœur. Il jeta le sortilège glacial derechef pour l'achever. Sa magie était très forte contre un humain.
-Pour le seigneur Dagon !
Il fut si surpris d'entendre ces mots qu'il regarda qui les avaient prononcés. Le Kynval s'attendit à voir ses semblables mais la voix était bel et bien humaine. L'Aube Mythique était en fait une secte qui vénérait leur prince daedrique de la destruction, leurs membres respectaient les Daedra et avaient le même désir de répandre le chaos dans ce monde.
Le drémora vit dans les rues d'autres gens en robe rouge affronter les gardes de la ville. Il remarqua pour le moment quatre morts en plus de sa victime. Ces mystérieux tueurs encore vivants n'étaient que six et se défendaient assez bien avec leur épée et leur magie. Mais pour Vernaa, ce ne fut que des amateurs : les Daedra étaient eux des meurtriers nés. Ils se battaient en meute alors que les drémoras formaient des troupes parfaites et coordonnaient chacun de leurs mouvements. Les gardiens de la ville se battaient malheureusement comme ces membres de l'Aube Mythique et s'entremêlaient.
Le Kynval sortit son parchemin et mais craignait de tuer en même temps les protecteurs de Chorrol : son parchemin de Destruction était un sort de feu pouvant s'étendre à plusieurs pieds. Contre toute attente, Cassandre le rejoignit. Il la regarda, il trouva alors un moyen pour tuer les ennemis. Il lui parla librement car le bruit des armes s'entrechoquant et des sorts couvraient leur conversation. Ils se mirent à se tutoyer à cause de la situation précipitée.
-Cassandre, tu dois éloigner les gardes. Je sais comment les éliminer, lui demanda rapidement le Daedra.
-Je vais essayer mais ne prononce aucun mot. S'ils apprennent ton identité même si tu nous as sauvés, ils n'hésiteront pas à t'arrêter, le mit-elle en garde sachant qu'un Daedra pouvait être reconnu par un cri de guerre ou une formule magique prononcée.
-Je le sais, termina Vernaa.
Il avança ensuite alors vers le combat. La guérisseuse avertit les gardes en criant et leur ordonna de reculer. Les hommes armés de Chorrol firent quelques pas en arrière et aperçurent un « magicien » portant un parchemin à la main, qui n'était autre que le drémora. Il déroula le parchemin, sa main droite toucha les runes écrites et sa paume s'enflamma. La sphère de feu faisait la taille de sa main. Les adversaires n'étaient pas encore dispersés, il lança rapidement le sort en tendant son bras. Surprenant les gardes ainsi que Cassandre elle-même, la sphère devint gigantesque pour consumer avec douleur le groupe de l'Aube Mythique. Vernaa savait qu'il était très dangereux d'utiliser ce sort unique : tous les mortels auraient été calcinés. Les cris déchirants des tueurs se firent entendre, ils sentaient leur chair disparaître. Impuissants et prisonniers des flammes, ils tombèrent à terre. A la fin, il ne resta que des squelettes noirs.
Les habitants restèrent sans voix. La menace entière avait disparu grâce à une unique attaque. Les gardes furent impressionnés. L'un des meneurs vint même vers Vernaa, qui l'avait vu. La prêtresse les rejoignit.
-Comment avez-vous fait ? Vous les avez tous éliminer. Êtes-vous un membre de la guilde des mages ? Le questionna le dirigeant des gardes.
Le Daedra suivit la consigne répétée de Cassandre et resta muet. La guérisseuse intervint.
-Non, monsieur. Cette personne est un voyageur qui vient tout juste d'arriver. C'est un Bréton tout comme moi. Il ne fait pas partie de la guilde mais il a été grièvement blessé, c'est pour cette raison qu'il cache son visage. Je suis aussi contrainte de vous dire qu'il est muet, racontait-elle avec sérénité comme si c'était la vérité.
Le terme que le Kynval ne comprit pas était Bréton mais supposa sa signification car elle n'avait pas dit Daedra. La prêtresse avait inventé la race de Vernaa pour qu'il ne soit pas un Daedra aux yeux des habitants. Les Brétons ressemblaient à des humains avec une peau légèrement plus claire mais avaient un bon potentiel de magie comme les elfes. Ils étaient aussi connus pour leur compréhension rapide des sorts et leur résistance à la magie. Comme le drémora allait utiliser plus souvent la magie, car il avait abandonné son équipement daedrique, ce que choisit Cassandre pouvait correspondre et tombait à pic.
-Vraiment ? Eh bien, nous vous remercions pour cet immense service que vous nous avez rendu, Bréton. Avec votre aide, Chorrol restera longtemps protégé de l'Aube Mythique, voire même des Daedra. Comment s'appelle t-il ?
-Son nom est Vernaa. Il n'a malheureusement plus aucune famille. Je l'ai accueillie dans notre chapelle et je veille sur lui afin qu'il reste en bonne santé.
-Quelle cruelle destin, compatit le garde de Chorrol, j'espère que Vernaa sera rétabli de ces blessures graves.
-Soyez rassurés. Et puis comme vous l'avez vu, il est en forme et vous a aidé à vaincre l'Aube Mythique.
-Bien, il faut à présent que mes gardes et moi retournions à notre poste. Je vous souhaite bonne journée, sœur Cassandre ainsi qu'à vous Vernaa.
Cette dernière dit au revoir en faisant une courbette, le Daedra l'avait recopiée car il devait rester silencieux. Elle reconduisit ensuite le drémora dans la chapelle.
Quand ils rentrèrent, frère Selan voulut connaître les évènements qui s'étaient déroulées à l'extérieur. Ce fut à cet instant que les autres collègues de Cassandre accoururent et furent impatients de savoir à leur tour ce qui s'était passé. Vernaa aperçut alors trois nouvelles personnes.
Assis sur les banc, les quelques prêtres et prêtresse écoutèrent la guérisseuse devant la grand autel auprès du drémora. Elle leur conta l'affrontement que Vernaa avait remporté et la fausse histoire du Bréton. Le Daedra entendit donc à nouveau son nom des lèvres de ces mortels. Ils avaient tous de la pitié pour lui, qui ne pouvait révéler son visage non écorché mais monstrueux.
Excepté par la prêtresse, son nom prononcé par les autres lui fit un étrange effet. Il y avait de la gentillesse et beaucoup de remerciement pour avoir éliminé leurs ennemis. Quand il était en Oblivion, on le nommait malheureusement avec indifférence pour exécuter un ordre, sauf... Axeli.
