Chapitre 6 : Rébellion

-Devant une personne qui se dissimule, ses histoires ne paraissent pas véridiques, Vernaa, l'avertit la prêtresse. Il faut comprendre le doute de Lara et Élise, vous ne montrez votre visage à personne. Certains penseront que vous êtes un assassin, d'autres ne s'en préoccuperont pas.

-Ces Elfes ne semblent pas rassurées, j'espère que l'une d'elle n'a pas aperçu mon visage, s'inquiéta le Daedra en faisant référence à Élise.

-Malheureusement, j'ai fait du mieux que j'ai pu pour conserver votre anonymat. Élise et Lara se poseront des questions sur vous et vous devrez gagner leur confiance comme vous avez fait pour moi. Mais pas par les mots.

Le drémora songea aux conseils de Cassandre, cependant c'était plus facile à dire qu'à faire. Il se rappela de la proposition qu'il avait refusé. Les deux amies d'Alyssia l'avait invité à se promener dans les rues de la ville. Son instinct le forçait à rester auprès de Cassandre. Cette dernière le comprenait mieux que quiconque : c'était une voyante qui avait attendu l'arrivée du Daedra dans la chapelle et qui connaissait les intentions pacifiques de Vernaa. Se retrouver auprès d'inconnues le rendait méfiant. La guérisseuse remarqua que le Kynval ne répondait pas.

-Je vous accompagnerai, et acceptez cette fois. Pensez à celle qui compte pour vous, insista Cassandre.

-Oui, vous avez raison. J'aurai dû les suivre, pour Alyssia, répondit le drémora en baissant légèrement son visage.

-Autre chose vous préoccupe ? Je le vois dans votre regard.

-Si vous subissez une nouvelle attaque, je ne pourrai rien faire pour vous. Que ce soit contre des mortels ou les Daedra...

-N'êtes-vous pas de puissants magiciens en tant que Daedra ?

-Certains, oui. D'autres, non, détailla Vernaa. L'autre fois je ne me suis servi que d'un parchemin, tous les drémoras en possèdent. C'était le dernier que j'avais. Je peux utiliser des sorts, mais ils seront moins puissants. Je suis un guerrier en réalité, je combattais à l'aide d'une épée. Cependant, je souhaitais vous approcher sans avoir l'intention de vous tuer, j'ai donc abandonné mon équipement.

-Vous avez bien agi, Vernaa. Ne vous inquiétez pas, je vous trouverai une lame. Nous disposons de quelques armes dans la chapelle, avec l'intention de nous défendre bien sûr.

-Je vous dois tant, sœur Cassandre, fut soulagé le Kynval en observant la prêtresse.

-Ce n'est pas grand chose. Je vous ai dit que je vous aiderai, peu importe les problèmes, termina la guérisseuse en souriant.

Le Daedra fut affecté par cette mystérieuse joie provenant de Cassandre. L'innocent sourire l'empêchait de répliquer et lui murmurait que cette personne était digne de confiance. Il imita ce signe en tant que réponse, sans le montrer avec insistance : sa lèvre fléchit. La prêtresse ne s'y attendait pas.

-Vous... Vous venez de sourire, dit Cassandre avec hésitation.

-C'est possible, acquiesça le drémora en détournant son regard.

Elle n'ajouta rien d'autre car le drémora n'expliquait pas ce qu'il venait de faire. Beaucoup de questions se posait dans l'esprit de sa protectrice. Est-ce que Vernaa était capable d'exprimer sa joie comme les humains ? Était-il le seul Daedra pouvant sourire ? Elle ne le saura jamais. Quand la nuit tomba, elle le laissa en paix dans sa chambre, lui souhaitant une bonne nuit.

Ce ciel rouge et ces terres de désolation n'était autre qu'Oblivion. Au départ, personne. Puis une silhouette, debout sur le haut d'un rocher sombre. Elle était floue, puis s'éclaircit peu à peu, comme si on cherchait à savoir qui se dressait sur cette gigantesque pierre. On reconnut l'armure et la grande épée daedriques que portait ce drémora. Ces cheveux bruns mi-longs flottèrent grâce à une légère brise qui caressait son visage droit et sérieux. Il était observé de profil. A sa gauche se trouvait quelqu'un d'autre, caché par le corps du drémora.

Le second Daedra était visible lorsqu'il fit un pas, il était à côté de l'autre. Sur sa peau bleu gris était incrustée deux cornes de même couleur recourbées vers l'arrière. Ses yeux blancs et fins n'avaient ni iris ni pupille et ses oreilles étaient longues et pointues. Ses cheveux courts redressés en arrière furent noirs comme l'ébène. Son corps portait des signes tribals rouges le long de ses chevilles, ses bras ainsi que ses poignets. Il n'avait aucune armure excepté une jupe courte rouge sombre, ce qui le rendait plus sauvage qu'un drémora. Cette créature maniait une longue hache qu'il tenait de sa main gauche griffue. L'autre main, elle était unie à celle du drémora. Ils étaient seuls, et ils le savaient.

« Rien ne nous séparera. » Ces mots étaient ainsi prononcés par...

Vernaa fut soudainement réveillé. Le corps redressé perpendiculairement et le regard fixant le vide. Ce songe l'avait rendu tellement anxieux, comme s'il s'était tiré un cauchemar. Sa respiration était irrégulière parce que son cœur ne cessait de frapper sa poitrine. Puis son souffle devenait moins fort. Ce qu'il avait vu l'intriguait, l'inquiétait et le fit réagir.

-Ça ne peut pas être...

Il ne parla pas davantage. Il se rappela qu'il était dans la chapelle, où résidait des mortels, et qu'il devait murmurer. Le drémora avait eu l'impression que ce rêve fut court, alors qu'il avait été long, très long. Il espérait que Cassandre revienne très vite pour que sa journée débute.

Cette personne qu'il avait vu, c'était Axeli. Il refusait d'y croire, car il n'était pas avec Vernaa mais auprès d'un autre. Il avait reconnu seulement le physique. Bien plus féroce que leurs semblables, ces Daedra nommés Xivilai étaient très intelligents car ils maitrisaient aussi bien les armes que la magie. Rien avoir avec sa force primitive de Kynval... Lui était obéissant et traité comme un soldat tandis qu'un Xivilai faisait preuve d'indépendance et pouvait être déloyal envers son chef.

Vernaa était perturbé, ses mains s'étaient posées sur le haut de son crâne. Si c'était bien Axeli, qu'est-ce qu'un Daedra sauvage faisait avec lui ? De plus, les mots qu'il avait entendu le troublèrent. Cela aurait pu ne pas l'importer mais il cherchait à comprendre.

Ce fut Cassandre qui le sortit de ses pensées, elle avait frappé à sa porte. Elle entra sans attendre de réponse de sa part puisqu'il devait rester muet. Vernaa prit l'habitude de cacher son visage sous sa capuche noire, ce qui ne dérangeait pas la guérisseuse. De sa main gauche, elle tenait une lame rangée dans son fourreau. La prêtresse avança avec l'arme pour la tendre au Daedra.

L'épée était aussi longue que la précédente qu'il utilisait en Oblivion. Légère, elle se tenait avec une seule main. Le Kynval saisit la poignée et tira avec prudence la lame de son fourreau. A double tranchant, elle avait été forgée avec de l'acier et semblait neuve car le drémora put voir son reflet dessus. Même si l'épée daedrique paraissait plus tranchante et plus redoutable, celle de Cassandre était aussi bien capable de tuer et c'était l'essentiel.

Vernaa leva son regard vers la résidente de la chapelle après avoir remis l'épée dans son fourreau. L'arme lui convenait. La guérisseuse lui avait demandé s'il était droitier ou gaucher puis elle se servit d'un courroie de cuir pour attacher la lame du côté de sa main opposée. Le Daedra s'était toujours battu en dégainant son arme de la main droite, mais Cassandre remarqua une faille.

-Vous vous servez uniquement d'une arme, sans bouclier ? Le questionna la prêtresse.

-Seule ma force me suffit, ainsi que ma magie, répondit à voix basse le brave Kynval.

Quand le soleil fut à son zénith, Alyssia et les Elfes étaient venues les voir à l'intérieur de la chapelle. Voir le Daedra armé étonnèrent ces femmes, d'autant plus qu'il portait encore sur l'autre des parchemins vierges pour pouvoir communiquer.

-Que faites-vous avec une épée ? Demanda simplement Élise.

-Je croyais que c'était un magicien, ajouta la plus grande des Elfes.

-« Je connais quelques bases, je me suis entraîné à l'arme blanche il y a longtemps. » Écrivit Vernaa.

-C'est magnifique, au moins nous aurons un garde du corps, s'émerveilla l'Elfe des bois.

-Élise, Vernaa nous accompagne. Avant tout, nous nous promènerons, lui rappela gentiment Alyssia.

Le drémora ne répondit pas, cette voix suave avait prononcé son nom d'une telle gentillesse. Cette femme n'avait rien d'égoïste et se préoccupait beaucoup de lui, même s'il se cachait. Sa santé l'avait inquiétée, ne plus avoir de voix était comme un énorme handicap pour elle. Lara parla à son tour.

-Exactement, et la sécurité c'est important. Cassandre nous suivra, elle a averti les autres prêtres, dit-elle en souriant.

Vernaa tourna alors son regard vers la concernée, elle répondit par un sourire. Tout avait été mis au point pour que cette balade se passe sans aucun soucis. Cassandre fut décidément une bénédiction pour le Daedra en difficulté.

-Allez, sortons prendre l'air ! S'exclama la petite Elfe avec joie.

Le groupe vagabondait dans les rues en entrant dans aucune des boutiques pour le moment. Au milieu se trouvait Alyssia avec sa gauche le duo elfique tandis que la prêtresse et le Kynval étaient à sa droite. Afin de se rapprocher lentement de cette femme douce, mais aussi timide, Cassandre s'était mis à l'extrémité afin que Vernaa soit à côté de la Brétonne. La guérisseuse prétextait que les Brétons s'entendaient mieux entre eux, ce qui avait fait rougir son amie. Le drémora n'en disait aucun mot, quelque part il se doutait que la prêtresse voulait lui donner l'occasion d'être en compagnie d'Alyssia. Cependant il demeurait silencieux et marchait sans but comme une marionnette. L'ange usait de ses charmes sur le plus sensible des Daedra, mais elle n'en savait rien. Son charme fut son manque de loquacité et sa beauté.

La plupart des habitants de Chorrol admiraient Vernaa, il était leur héros même s'il avait éliminé une poignée d'ennemis. A travers les conversations des citoyens dont il était le sujet, le drémora se contentait de suivre les quatre femmes. Il devint réservé et timide. « Comme Alyssia » pensait-il. Au lieu d'attirer la peur à cause de sa tenue d'assassin, il montrait un côté plutôt mystérieux, selon l'opinion des gens. Grâce à Cassandre, les gardes étaient convaincus qu'un vaillant Bréton se cachait sous ces vêtements lugubres, donc Vernaa ne paraissait pas suspect. On ne le jugeait pas dangereux mais puissant. Le Kynval savait au contraire qu'il n'avait rien d'exceptionnel : il était un Daedra et les Daedra dépassaient les mortels. Sans aucune orgueil, c'était un fait qu'il approuvait même s'il ne comptait plus tuer les faibles.

-Vernaa, cela me fait très plaisir que vous soyez avec nous, dit la douce voix d'Alyssia.

Ces paroles résonnèrent et formaient des frissons dans le corps du drémora. Lara, qui était à sa gauche, n'avait peut être pas entendu car ces mots furent comme des murmures. Le groupe avait fait le tour de la ville et arrivèrent sur la place du grand chêne. Vernaa aurait voulu répondre, glisser un mot doux pour dire à Alyssia qu'il appréciait aussi sa compagnie. Mais il ne put le faire.

Le ciel azuré se transformait lentement et devint rougeoyant. C'était mauvais signe, et tout le monde le comprit. La joie s'était évaporée et la peur s'installa. Vernaa eut alors l'impression de replonger dans ses souvenirs : un protecteur de Chorrol surveillant à l'extérieur avait prévenu les autres. Les gardes de la ville donnèrent l'alerte. Mais trop tard. Un groupe de Daedra les envahit. La sérénité d'Alyssia disparut. Quand elle vit les troupes de créatures meurtrières, elle fut terrorisée. Les femmes firent un pas en arrière à cause de la peur, sauf Lara, et Vernaa dégaina son arme car il comptait défendre la ville. Il avait toujours su affronter le danger. Cette fois, il allait protéger les humains.

Cassandre saisit la main d'Alyssia afin de la conduire dans la chapelle, l'Elfe des bois savait aussi qu'ils devaient se réfugier dans l'église. Mais la Haute-Elfe et le Daedra comptaient combattre. Élise fut loin d'être d'accord.

-On ignore combien ils sont et vous allez quand même vous lancer dans la bataille ? S'écria cette dernière.

-Je vais me faire un plaisir d'en brûler quelques uns, répliqua Lara avec détermination. Je me contenterai des plus vulnérables puis je vous rejoins.

-Tu dis en bref que tu en éclates un ou deux puis tu nous suis, la corrigea son amie avec un sourire moqueur.

La magicienne ne répondit pas. Cassandre prit la parole.

-Ne prenez aucun risque. Venez nous rejoindre si la situation se complique, leur conseilla la prêtresse. Vernaa, courez jusqu'à la chapelle si vous êtes désarmé. Personne ne voudrait vous perdre.

Elle lui avait parlé comme si c'était un humain et le Daedra l'avait remarquée. Sa vie importait pour des personnes. Ce fut pour la première fois qu'il entendit ces mots prononcés par une mortelle. Il regarda brièvement Alyssia partir avec les autres.

Une horde de Daedra inférieurs foncèrent sur des proies faciles en leur direction. Lara se mit à faire apparaître de ses mains des sphères enflammées qu'elle jeta sur une araignée Daedra. La créature fut touchée et reçut quelques brûlures. L'ennemie affaiblie, la Haute-Elfe prit de l'avant pour l'achever en quelques coups. Vernaa avait observé l'amie d'Alyssia alors qu'il avait éliminé un Atronach de feu avec sa magie. Le drémora avait l'avantage de connaître tous les types de Daedra puisqu'il en était un, ce ne fut pas le cas de Lara. Une araignée était un ennemi qui donnait du fil à retordre si elle n'était pas tuée en très peu de temps. Elle laissait toujours un de ses petits immobiliser sa cible ! Le Kynval chargea et trancha la mère porteuse d'un coup ferme et rapide. Afin de l'avertir, Vernaa pointa la plus petite araignée qui ne bougeait plus. L'Elfe fut surprise, elle était à quelques centimètres de sa cheville. La magicienne regarda ensuite la grande arachnide. Son enfant se dématérialisa et l'araignée gisait dans son sang noir. N'attendant pas des remerciements de la combattante, le Daedra du côté des mortels attaqua un drémora de faible classe à quelques mètres de lui. Lara avait cessé de faire l'imprudence et blessait ses adversaires par l'ampleur de ses sortilèges.

A vue d'œil, la moitié des Daedra étaient à terre en quelques minutes. Bien évidement, ce fut en général ceux qui avait le moins d'intelligence. Le Kynval n'était pas la principale raison de ces pertes. Il se rappela quand datait la dernière bataille : c'était il y a trois jours. En trois jours, les chefs drémoras furent incapable de monter une armée entière comme lorsque Vernaa avait combattu la première fois dans la ville de Chorrol.

Le combat qui se déroulait désormais opposa lui et les humains contre des drémoras. Par son fort désir de protéger les êtres innocents, il prit la défense de la plupart des gardes. Un sentiment de culpabilité lui faisait pression mais l'aida à se surpasser. Il défiait à présent les créatures de son clan d'auparavant, car Vernaa en avait assez de faire couler le sang des mortels. Les Churl, des drémoras de très faible classe, furent écrasés par les coups d'épée et de flèches des gardes. L'ennemi semblait plus faible à cause de la puissance du Kynval et cela les réjouissait, le courage avait enfin refait surface dans le cœur des habitants de Cyrodiil. Voyant qu'il leur avait détruit une barrière infranchissable, le Daedra fit confiance aux humains et avança davantage vers une autre dangereuse vague de drémoras. Vernaa approchait d'une troupe mais remarqua qu'elle était formée par divers Daedra, mêlant aussi bien les faibles que les forts. Il entrevit une faille. Il n'hésita pas une seconde de plus et piqua avec son arme fatale.

Mais une ombre furtive, plus maligne que lui, jaillit du fond de la mêlée. Leurs armes s'entrechoquèrent par un bruit de métal assourdissant. Vernaa dut reculer pour garder son arme à la main. Indirectement avec sa lame, le protecteur de Chorrol avait senti jusqu'où s'étendait la force de son ennemi. S'il ne s'était pas retiré, le Kynval finissait désarmé. Quand on perdait son arme, il fallait fuir. Et Vernaa ne se repliait jamais. Le coup fut parfaitement contrôlé. La claymore daedrique qui avait frappé son épée ne pouvait appartenir qu'à un puissant Kynreeve. Il n'eut le temps de voir le visage du drémora que lorsqu'ils firent face.

Son adversaire ne lui laissa aucun temps mort. Sur son regard se lisait la détermination et le désir de mort. L'arme entre ses deux mains, le dangereux drémora frappa d'un coup oblique. Vernaa para avec dextérité. L'autre fit un pas en arrière, rabaissa son arme promptement sous un frottement des lames puis riposta par une attaque visant le point vital du drémora. Le Kynval esquiva par la droite et leva son épée pour le blesser au cou. Sans bouger les bras, ce fut les poignets du Kynreeve qui baissèrent la claymore. Les armes se touchèrent. Puis, d'un coup vif, l'ennemi déstabilisa Vernaa. Ce dernier avait malheureusement concentré toute sa violence pour un geste qu'il échoua. La pointe de l'épée déchira une partie de sa capuche.

Le Daedra se retrouva à terre, appuyé par ses tibias. D'un esprit combattif, sa main ne lâchait pas l'épée alors que son visage était à découvert. Il fixait son ennemi, pour montrer qu'il ne cédait pas. Comme un sortilège lancé, le drémora adverse se figea. Son arme de guerre n'acheva pas le Kynval, et il le regarda, ébahi. Le temps s'arrêta.

-Vernaa ?

Il comprit à son tour, la surprise se lit sur son visage.

-Axeli...

Vernaa n'avait pas pu le reconnaître, car certains drémoras se ressemblaient : aucun n'était unique physiquement. Le Kynreeve avait mené une nouvelle invasion sans savoir qu'il reverrait Vernaa contre leur clan. Quant au Kynval, il s'était promis de protéger les mortels sans penser qu'il combattrait son fameux supérieur. Ce dernier baissa son arme contre le drémora.

-Tu n'étais pas mort, tu t'es enfui, dit son supérieur d'une voix étranglée. Je n'ai pas pu le savoir à cause d'Oren. Mais maintenant, je te retrouve vivant, et contre nous...

Sa claymore se releva soudainement comme une fureur renaissante.

-Comment oses-tu, Vernaa ? Cria de colère le Kynreeve.

Le défenseur de Chorrol para avec son arme de justesse. Par une roulade rapide, il se releva. Il regardait Axeli, mais la volonté de se battre se perdit. Vernaa ne le blesserait jamais. Son supérieur multiplia au contraire les coups, ne laissant aucune ouverture. Le Kynval se contentait de jouer un rôle de bouclier, son épée n'était plus offensive. Parce que c'était Axeli. Ce fut la seule raison, aussi idiote soit elle. Sa faiblesse ne le mit plus en position de force. Chaque pas l'éloigna de la grande place et le ramena un peu plus vers la chapelle. Des minutes entières s'écoulèrent, les Daedra restants n'étaient plus que minorité. Vernaa fatiguait, Axeli s'obsédait à l'écraser comme un insecte.

Soudain, le Kynval entendit des gardes de la ville. Ils avaient vu au loin le Kynreeve s'acharner contre le « Bréton ». Par chance, ils n'étaient pas encore assez proches pour connaître la vérité sur l'identité du drémora sauveur. Mais quelqu'un d'autre l'avait déjà vu, restant sous le silence...

Quand Vernaa les vit, il esquiva très rapidement et cacha son visage sous sa capuche noire. Axeli fut attaqué par derrière mais évita le groupe armé d'épée. Le Daedra supérieur comprit que tous étaient tombés, sauf lui. Le choix était digne d'un lâche, mais il s'enfuit de Chorrol. Le Kynreeve blessait ceux qui se mettait en travers de son chemin et retourna jusqu'à la porte d'Oblivion. Il se jura de récupérer Vernaa des mains des mortels.

Le drémora se cacha grâce à la capuche mais la maintenait avec sa main libre. Il y avait une déchirure, sa peau rougeâtre pouvait être visible sans l'appui de sa main. Le danger avait disparu, le Kynval rangea son arme. Le chef des gardes avait approché de lui.

-Vous n'êtes pas blessé, tout va bien ?

Le Daedra fit un oui de la tête puis tourna son regard vers la chapelle. Après avoir brûlé les corps putréfiés, les protecteurs de Chorrol avertirent les habitants qu'ils pouvaient sortir de la chapelle. A travers la foule, Élise sortit pour faire la morale à Lara.

-Tu n'es pas revenue et tu es restée là à les affronter ? La prochaine fois je t'attrape et tu viendras avec moi !

Elle crut que la Haute-Elfe répondrait mais à la place celle-ci regardait avec attention Vernaa, à quelques mètres plus loin. Il recevait des remerciements de la part des habitants, qui espéraient que le Kynval les défendrait encore longtemps contre les Daedra. Lara réagit enfin et s'isola avec l'Elfe des bois.

-Mais attends, ne partons pas sans Alyssia, lui rappela Élise.

Elle s'arrêta donc. Leur amie sortit enfin aux côtés de Cassandre qui lui tenait la main. Vernaa la regarda. Elle avait baissé son regard, ses épaules s'étaient serrées et ses mains tremblaient. La prêtresse la soulageait en lui disant qu'elle n'avait rien à craindre et qu'il n'y avait plus aucun Daedra. Vernaa rejoignit la guérisseuse et Alyssia vint jusqu'à ses amies Elfes.

Ils se croisèrent. Le drémora regardait d'un bref coup d'œil si elle était blessée : rien. Alyssia vérifia aussi pour le Kynval. Elle ne vit que l'ombre de son visage mais heureusement le sang ne coulait pas. Quand ses yeux ne l'observaient plus, elle sourit en secret. Vernaa était non seulement courageux, vaillant mais aussi invincible.

Lara murmura quelque chose à l'oreille d'Élise tout en fixant le Daedra. La petite Elfe regardait la magicienne, stupéfaite. La Haute-Elfe rajouta qu'elle ne devait rien dire pour éviter de répandre la panique. Elle comptait prévenir toutefois Alyssia, qui vint auprès de ses amies.

-Alyssia, nous avons quelque chose à te dire, commença Lara.

-C'est très important mais ne dis rien à personne, dit à son tour Élise.

-Qu'il y a t-il ? S'inquiéta Alyssia qui lisait la surprise dans leur regard.

-Tu ne dois pas t'approcher de Vernaa, et te méfier de lui, répondit la magicienne.

-Ce n'est pas un Bréton. Sœur Cassandre l'ignore..., continua l'Elfe des bois.

-Elle ment peut être, puisqu'elle l'a aidé à trouver un refuge, réfléchit Lara à voix haute.

-Elle ne ferait jamais ça, répliqua Élise.

-Le problème n'est pas sœur Cassandre. Alyssia... Vernaa est un Daedra, déclara la magicienne.

Son amie recula comme si elle avait reçu un coup de couteau dans le cœur. Elle n'arrivait pas à y croire. Vernaa n'avait jamais essayé de les tuer, il ne pouvait donc pas être l'un de ces monstres assoiffés de sang. Il leur avait tenu compagnie et avait repoussé l'Aube Mythique, secte qui vénérait les Daedra. D'un côté, se cacher sous une capuche était une bonne raison pour dissimuler sa race. Mais de l'autre, où vers la naïveté d'Alyssia penchait, s'opposer aux Daedra prouvait que la personne ne faisait pas partie de leur clan.

-Je ne crois pas, peut être est-ce parce que tu n'as vu que des Daedra dans toute la ville, supposa Alyssia en regardant Lara.

-Mais... je l'ai vraiment vu. S'il te plaît, crois-moi. Dit la Haute-Elfe en tout sincérité.

-Je suis terrorisée par les Daedra, cependant Vernaa ne me fait pas peur. Il y a en lui comme une aura bienveillante. De plus, cela ne semble pas logique. Pourquoi, s'il était un Daedra, Vernaa nous a défendu ? Raisonna l'innocente femme.

-Tu n'as pas tout à fait tout faux. Il nous aurait sans doute tué avant, vu que ces créatures nous détestent, ajouta Élise qui était très influençable.

-Tu es d'accord avec Alyssia maintenant ? Mais je n'ai pas halluciné, il était seul contre un Daedra, à côté de la chapelle ! S'exclama la magicienne.

-Essayons d'oublier ce qu'il s'est passé je vous en prie, termina Alyssia, j'espère qu'ils ne reviendront pas avant longtemps.

Les Elfes ressentirent de nouveau un sentiment de peur chez cette femme sensible. Elles la conduisirent jusqu'à sa maison afin qu'elle puisse se détendre.

Du côté de Vernaa, les prêtres avaient salué son courage et le respectait encore bien plus qu'avant. Il avait encore une fois combattu leurs pires ennemis. Cassandre prétendit que leur sauveur avait besoin de repos et elle put escorter le drémora dans sa chambre. Les deux personnes voulaient parler en toute intimité. La guérisseuse le fit asseoir sur le lit et prit soin de lui. Il n'avait apparemment aucune blessure, du moins en restant sous sa capuche. Elle s'aperçut qu'il tenait un côté de la capuche et leva délicatement le tissu qui cachait son visage. Aucune égratignure sur son visage rouge sombre aux traces noires.

-Votre capuche est abîmée, je vais la réparer très vite. J'espère que personne ne vous a vu.

-Non, aucun mortel, murmura Vernaa, il s'inquiétait pour Alyssia.

Elle lui sourit et alla chercher quelques objets qui servaient pour la couture. Passant les minutes restantes auprès du Kynval, elle fit disparaître un mauvais souvenir de cette bataille avec une aiguille et du fil. Le Daedra lui parla et comprit qu'Alyssia était toujours entre de bonnes mains, en faisant référence à Cassandre, et que rien ne pouvait lui arriver.