Chapitre 7 : Attirance

La brève invasion des Daedra n'était plus. Il fut certain que ces créatures ne reviendraient pas avant longtemps à cause des nombreuses pertes. Le calme revint dans la ville de Chorrol et les habitants reprenaient leurs activités habituelles. Cependant, la vie quotidienne de certaines personnes changèrent.

Lara avait découvert le vrai visage de Vernaa. Le drémora n'avait pas pu dissimuler son apparence à cause de l'affrontement face au furieux Axeli. Au tout dernier instant, le Kynval réussit à se cacher de nouveau. De plus, la chance avait tourné en sa faveur. Les gardes de la ville lui étaient venus en aide. L'ancien officier du Daedra n'eut d'autres choix que de battre en retraite.

La Haute-Elfe avait tenu au courant Élise, puis elles avertirent Alyssia. Cependant, la femme aux cheveux blancs ne croyait pas leurs amies, même si elle avait horriblement peur des Daedra. En fait, elle avait une confiance aveugle envers le drémora. Cassandre lui avait raconté un mensonge, qu'il était un Bréton tout comme elle et la prêtresse. Alyssia était d'ailleurs loin de se méfier du Kynval : ils appartenaient à la même race.

Le lendemain de la bataille, la guérisseuse s'aperçut que le trio ne viendrait pas. Vernaa avait supposé, il y a quelques jours, que les Elfes ne pensaient pas qu'il était un Bréton. Ses doutes se fondèrent et la prêtresse cherchait par tous les moyens une solution pour que Lara et Élise ne se méfient plus de lui.

-Je dois garder la confiance d'Alyssia, elle est sous leur protection, commença le drémora qui murmurait dans sa chambre.

-Vous venez de prouver votre valeur en combattant les Daedra.

-Peut être n'est-ce pas suffisant.

Il pensa de nouveau à Alyssia. Elle ignorait toujours que c'était lui qui l'avait sauvée lors de la grande bataille, et qu'il n'avait aucune intention de la tuer.

-Je dois lui dire la vérité. Elle m'écoutera, décida le Kynval.

-Vous vous précipitez, l'avertit-elle. Alyssia a peur des Daedra, vous ne savez pas à quel point elle craint votre espèce.

-Si elle ne l'apprend pas, elle sera éternellement terrifiée, répliqua-t-il.

-Vous renforcerez sa frayeur, elle n'est pas prête. Nous subissons toujours des attaques...

-Je dois la protéger.

Le ton de sa voix fut sec et autoritaire. Cassandre retint son souffle, en ayant devant elle le véritable Daedra : dur et froid. Mais la prêtresse ressentit autre chose qui se dégageait dans la voix du drémora, elle ne lui en parla pas encore. Vernaa s'aperçut qu'il avait en quelque sorte levé la voix sur elle et regretta.

-Vernaa, je vois plus clair dans votre cœur. Je comprends désormais jusqu'où vous irez pour veiller sur elle, dit solennellement la guérisseuse.

-Je ne désire que... Non, je ne comprends pas, murmura le drémora, soucieux.

-Vous êtes troublé et Alyssia est importante à vos yeux, c'est tout, le rassura Cassandre.

-Si ce que vous dîtes est vrai, comment puis-je approcher Alyssia ?

-Ne soyez pas inquiet, je vais vous aider comme je l'ai toujours fait.

Vernaa la remercia. Décidément, cette femme était plus qu'indulgente, elle avait une totale confiance et un soutien absolu envers le Daedra.

Ils quittèrent la chapelle, Cassandre était libre de partir de temps en temps, en ayant bien sûr demander l'accord à ses aînés. A l'extérieur, la notoriété de la prêtresse et du Daedra sans importance s'accrut. Personne ne leur manquait de respect et tous furent ravis de les croiser.

La guérisseuse et le Kynval franchirent la porte sud de la ville. De l'autre côté, il n'y avait pas de danger. La porte d'Oblivion avait apparu depuis des mois du côté de la porte nord. Après avoir passé une écurie sur leur droite, ils suivirent le sentier et marchèrent durant quelques secondes.

Le drémora n'avait pas encore saisi pourquoi ils allaient jusqu'à une prairie. S'éloignant du chemin, ils atteignirent un champ de fleurs multicolores. Le Daedra fut étonné, la flore était différente mais merveilleuse dans ce monde. Il y en avait une grande variété. Certaines avaient une tige longue, d'autres fleurissaient sur le sol. Son odorat sentit quelques parfums agréables provenant de cette végétation.

La prêtresse avait remarqué que Vernaa découvrait visuellement ces fleurs, elle sourit et lui laissait prendre son temps. Elle s'arrêta et s'accroupit à proximité de fleurs avec de grandes pétales verdoyantes.

-Ce sont des primevères, expliqua la guérisseuse. Leur fleur est magnifique et Alyssia les aime beaucoup.

Le drémora l'écouta avec attention, n'osant pas se poser sur le sol. Il regardait ces fleurs, leurs petites pétales étaient d'un violet clair et leurs cœurs jaunes. Apprendre qu'Alyssia adorait cette fleur l'intéressa. Mais il ne parvenait pas à être sur la même longueur d'onde que Cassandre.

-Je l'amènerai un jour dans cet endroit si ces fleurs lui plaisent, promit le Kynval.

-Cela lui fera du bien, j'espère qu'Alyssia vous laissera la conduire ici.

-Je ne veux que son bonheur, elle est très sensible et des Daedra ont dû la faire souffrir.

-Votre compagnie l'apaise en quelque sorte, c'est qu'elle m'a confié. Pour qu'elle vous apprécie davantage, prenez un jour cette fleur et accrochez-lui sur le côté de sa tête.

Elle mima le geste sans saisir la primevère et sourit. Vernaa inscrivit dans sa mémoire tous les mouvements de la prêtresse. Cependant, avec toutes les batailles qui avaient et auront lieu, il voulait protéger Alyssia le plus tôt possible.

-Sœur Cassandre, ne pourrai-je pas le faire dès aujourd'hui ? Je n'arrive pas à être patient. C'est difficile à expliquer mais je ne peux pas attendre, dit avec hésitation le drémora.

-Vous vous inquiétez bien plus que je ne le pensais, constata la guérisseuse en perdant le sourire. Ce n'est pas facile de gagner si rapidement la confiance de quelqu'un. Ce que vous pouvez faire, c'est vous rendre jusqu'à sa maison et offrez-lui la fleur. Par contre, ne lui accrochez pas la fleur, dîtes seulement que cela pourrait lui aller. Lara et Élise seront certainement avec elle et vous devez éviter le moindre geste suspect.

-Est-ce que ce sera suffisant ? S'interrogea le Kynval.

-Pour ce jour, oui. Un seul cadeau l'affectera lentement. Une femme ne doit pas recevoir de grandes avances dès la première fois.

Sa dernière phrase fut un mystère pour le Daedra. Il ne connaissait pas ce genre d'offre puisque dans son monde on avait mieux à faire que donner des présents et les femelles n'existaient pas.

Cassandre récolta avec précaution la primevère à l'aide d'une serpe. Elle préleva la fleur avec sa tige pour Vernaa, elle prit pour d'autres intérêts les feuilles qu'elle rangea dans un petit sac de cuir. Le Kynval la remercia, ayant toujours pris cette habitude pour toutes les bonnes actions de la prêtresse.

Ils rentrèrent ensuite dans la ville. Le duo remonta jusqu'à la grande place, car Cassandre devait ramener les feuilles qui seraient utiles pour des alchimistes de la guilde des mages. Le drémora s'était arrêté devant la maison d'Alyssia.

-J'apporte ces feuilles aux mages de la guilde et je rentrerai à la chapelle. Je vous attendrai dans votre chambre.

Le Daedra fit un oui de la tête, tenant délicatement dans sa main la fleur de primevère. Il avançait jusqu'à la porte de bois à deux battantes mais ne bougea pas directement. Il ne fut jamais aussi hésitant de toute sa vie. Comme Cassandre l'avait si bien fait à la porte de sa chambre, il toqua avec sa main libre.

Alyssia alla ouvrir la porte, se demandant qui pourrait passer chez elle. Le Kynval cacha alors la fleur de primevère derrière son dos. La joie se lit sur le visage de la femme et son sourire rayonnait quand elle sut que Vernaa était le visiteur. Elle le salua avec politesse, habillée d'une magnifique robe en satin bleu clair, tandis que le drémora fit une courbette. Surprenant ce dernier, Alyssia l'invita à entrer chez elle. Mais il refusait ce privilège en faisant un non de la tête. Il fallut attendre qu'elle use de grande courtoisie, ainsi que de timidité, pour que le Daedra cède. Il devait avant tout la satisfaire.

Quand il entra, il put voir l'intérieur de sa maison. Le plafond était en marbre gris, les murs furent construits avec de la pierre et le sol était fait de la même matière plus éclaircie. A quelques pas se trouvait un grand tapis rouge et brodé de motifs dorées qui occupait le séjour. A sa gauche se dressaient une armoire, une table basse entourée de quatre chaises en bois noir et le mur fut décorée de tapisseries vert émeraude. Au centre, il y avait un escalier qui montait puis se séparait en deux vers le premier étage. Vers la droite, une autre pièce, plus grande, était composée d'un bureau proche d'une fenêtre avec quelques armoires et au fond se situait une salle à manger. Accompagnée de quatre chaises, sa grande table rectangulaire était décorée de verres à pied et de carafe en argent.

Assises près de la table basse, les Elfes passaient leur temps auprès d'Alyssia. Élise sourit, mais pour de faux, et accueillit Vernaa. Lara se contenta de le saluer comme d'habitude, mais elle n'avait pas oublié sa découverte. Au fond d'elle, la magicienne regardait le drémora d'un mauvais œil. On aurait dit que seule Alyssia était ravie de le voir. Et ce fut la vérité. Derrière la fausse joie des Elfes, celles-ci méprisaient ce monstre.

La femme aux cheveux blancs invita le Daedra à s'asseoir auprès d'eux en avançant jusqu'à ses amies. Vernaa fit quelques pas hésitants. Cependant, il ne pouvait pas s'asseoir à cause de sa main cachée derrière le dos. Il préféra rester debout, en face d'Alyssia qui était aussi levée.

Le drémora pensa aussitôt au fameux cadeau que la prêtresse avait récolté pour l'aider. Il devait lui offrir maintenant, pensait-il. Vernaa tendit lentement la fleur de primevère à Alyssia. L'Elfe des bois et la Haute-Elfe avaient à cet instant un regard rempli de stupeur tandis que leur amie fut gênée. Devant ce geste, elle chercha les mots qu'elle devait dire. Elle se mit à rougir.

-Je... je ne sais que dire, votre présent me touche beaucoup, répondit-elle avec hésitation.

Un sourire timide s'afficha sur son visage. Ce fut la première fois qu'un homme lui offrait une si belle fleur, en particulier sa préférée. Sa naïveté l'empêcha d'être curieuse et elle ne sut jamais que Cassandre avait conseillé le Daedra quelques minutes avant.

Vernaa la contemplait avec admiration, il avait affecté les sentiments de cette jeune femme. Au lieu de suivre les indications d'antan de la prêtresse, le Kynval pensa qu'il devait accrocher la primevère aux cheveux blancs d'Alyssia. Il ne parvenait pas à l'imaginer avec, ce qui renforça son désir de savoir. Le Daedra approcha alors de quelques pas, sa main gauche prit doucement la fleur entre les doigts fins de la jeune femme. Alyssia ne put cacher un regard étonné, de plus Vernaa ne justifiait pas ce qu'il était en train de faire. Le drémora n'avait pas réfléchi : il désirait seulement et uniquement voir cette femme décorée avec cette magnifique fleur. De sa main libre, il écarta quelques mèches de l'oreille droite.

Mais avant de déposer la primevère dans les cheveux blancs, Lara s'était levée soudainement et saisit le main du Daedra. Ce mouvement n'avait rien d'amical car Vernaa sentit la force de l'Elfe entre ses phalanges. Le Kynval n'eut le temps d'éloigner sa main, la magicienne l'avait littéralement repoussé de son amie innocente. Élise s'était levée à son tour, mais elle ne semblait pas étonnée. Elle montrait au contraire de la complicité. Le drémora partagea alors le même regard qu'Alyssia, la surprise.

-Je t'interdis de toucher Alyssia, monstre, l'insulta Lara.

Ne faisant pas l'erreur de répondre par la parole, Vernaa comptait prendre un parchemin et sa plume. Cependant, ces mots suivants lui firent cesser ses gestes.

-Tu n'as pas besoin de communiquer, je sais que tu vas répondre non et que je dis n'importe quoi. Je t'ai vu et je sais ce que tu es, rajouta-t-elle en crachant la vérité.

-C'est faux, Lara, répliqua Alyssia en se rapprochant d'elle. Tu vois qu'il ne veut pas nous tuer. Vernaa est venu seulement...

-Arrête de le défendre tout le temps, Alyssia. Cria la Haute-Elfe sans se contrôler. Si tu as assez de courage, tu n'auras qu'à lui ôter sa capuche pour voir qui il est !

Le Kynval resta sans voix, il se rappela à cet instant de la bataille datant d'hier. Son visage avait été découvert par Axeli, sans savoir que quelqu'un d'autre l'avait vu. Et ce fut Lara, juste celle dont il se méfiait le plus ! Un sentiment qui lui était connu surgit et modifia les traits de son visage. La peur. Et elle provoqua une réaction en chaîne lorsque la Haute-Elfe enflamma sa paume. Vernaa avait appris à changer la peur en une force, comme tous les Daedra. Ils la transformaient en destruction.

-Ne lui fais pas de mal, laisse-le tranquille ! Supplia la femme aux cheveux blancs.

La magicienne n'avait pas écouté et une flamme s'échappa de sa main. Elle visa le torse du drémora, ce dernier avait esquivé légèrement. Son poignet et sa main droite furent touchés, il avait lâché par réflexe la primevère. La fleur tomba au sol et se consuma, laissant sa silhouette de cendres noires. Instinctivement, le Kynval renvoya une sphère de glace quand il eut évité le coup de Lara. La Haute-Elfe ne s'était pas attendue à ce que Vernaa soit aussi rapide et fut frappée violemment sur le flanc droit. A cause de la puissance du sortilège, elle tomba au sol. Élise avait rejoint rapidement son amie, inquiète de son état malgré ce coup unique. L'Elfe des bois était accroupie près d'elle.

-Lara, tu es blessée ? Demanda-t-elle.

-Est-ce que j'ai l'air d'être en forme ? Répondit la magicienne d'une voix cassée.

-Tu n'aurais jamais dû agir de cette façon...

-J'essayais seulement de protéger Alyssia, dit Lara en se soignant.

Elle se releva et regarda d'un mauvais œil son ennemi. La petite Elfe s'était levée aussi et fixait Vernaa. Tous les yeux étaient rivés sur lui.

-Tu vois bien avec quelle force qu'il m'a eu, prit un ton sévère Lara. Ce que tu as en face de toi, c'est un Daedra !

Alyssia n'aurait jamais dû connaître la vérité, pas maintenant. Le drémora constata enfin que la primevère avait brûlé, son cadeau était désormais détruit. Il n'avait rien accompli de mal pour voir la fleur mourir entre ses mains. La peur refit surface dans son esprit. Lara avait tout avoué, Alyssia savait tout, mais il voulait renier tout ce qu'il avait entendu. Voyant que le Kynval ne répondait pas, la magicienne devint de plus en plus austère. Elle lui ordonna dévoiler son visage immédiatement. Mais le Daedra se détourna promptement et quitta la maison sans répondre aux trois femmes.

Vernaa était reparti en direction de la chapelle, il lui avait suffi de contourner la demeure d'Alyssia par derrière pour l'atteindre. Il était entré sans frapper et cessa sa course quand il fut à l'intérieur. Grâce à sa tenue, il ne pouvait pas paraître anxieux ou terrifié devant les prêtres. Il se mit alors à marcher nonchalamment jusqu'à sa chambre. Cassandre était déjà à l'intérieur, comme elle le lui avait dit. Le drémora arriva et ferma la porte par précaution et par habitude. Quand elle le vit, elle s'avança vers sa direction, prête à lui annoncer quelque chose.

-Rien ne s'est passé comme prévu, commença le Daedra avec déception et peur.

-Que vous est-il arrivé ? S'inquiéta la guérisseuse.

-Je ne vous ai pas écouté, sœur Cassandre. J'ai essayé d'accrocher la fleur dans ses cheveux, mais je n'ai pas réussi.

La prêtresse fut surprise, avec une fine colère dans sa voix.

-Je vous avais prévenu. Lara a essayé de s'interposer je suppose.

-Elle s'est méfiée de moi, comme je l'avais senti, répondit Vernaa en baissant légèrement son regard. Elle m'a vu, je ne sais pas quand, mais elle m'a vu.

-C'était certainement lors de la bataille. Est-ce seulement elle ou Élise a vu aussi votre visage ?

-Elles le savent tous à présent, Lara a révélé mon identité et Alyssia...

« sera effrayée maintenant, elle ne voudra plus de moi. » Il n'avait pas achevé ses mots, il avait enfin constaté que rien ne pourrait convaincre cette femme autre que ses propres amies. Il marcha sans but jusqu'à s'arrêter près du lit. Le Kynval regarda le sol, comme s'il était soumis. Le désespoir s'empara de lui. Cassandre vint à côté du drémora.

-C'est fini. Ces Elfes vont sûrement avertir toute la ville. Mes frères mais aussi les mortels seront contre moi.

-Il est bien trop tôt pour croire que tout le monde sera contre vous, la rassura la guérisseuse. Réfléchissez, vous avez accompli de braves actions, personne n'écoutera Lara et sa vérité. Et puis je pense qu'elle l'aurait dit depuis longtemps si elle ne vous craignait pas. Alyssia est peut être naïve mais elle sait reconnaître ceux qui ont un cœur, et vous en avez un, Vernaa.

Ses paroles étaient en train de le guérir comme si elle le soignait sans sa magie. Il n'y avait rien de plus apaisant et vrai que la vérité de Cassandre, et non celle de Lara. Le Daedra ne devait pas être perplexe.

-Vous devez regagner sa confiance au plus vite, ajouta-t-elle en surprenant le Kynval.

-Je n'en doute pas, sœur Cassandre. Mais vous m'avez toujours conseiller de ne pas me précipiter. Pourquoi dîtes-vous que je dois le faire au plus vite ?

-J'ai eu une vision il y a quelques minutes, expliqua avec inquiétude la prêtresse. Vous devez absolument veiller sur Alyssia et devenir son gardien. Elle sera enlevée par les Daedra, de nouveau.

-Que dîtes-vous ? S'étonna Vernaa en haussant la voix.

-Je ne peux pas vous dire quand cela arrivera mais ils vont attaquer encore Chorrol, ils ne cesseront pas tant qu'ils n'auront pas trouver ce qu'ils cherchent. Ce que j'ai vu était bref, un Daedra avait enlevé Alyssia alors que la ville était en pleine bataille, le clarifia Cassandre.

-Vous devez ramener Alyssia dans la chapelle aujourd'hui, conseilla le drémora en ayant rabaissé le ton. Je refuse de me cacher plus longtemps alors qu'elle est en danger. Même si je suis un Daedra, je suis avant tout son protecteur.

Il allait enlever sa capuche qui recouvrait son visage d'une ombre mais Cassandre arrêta son geste.

-Restez ici, je vais aller la voir.

-Sœur Cassandre.

Elle reconnut la voix d'un des prêtres. La guérisseuse se releva et fit signe à Vernaa de rester silencieux, celui-ci obéit et continua de dissimuler son visage démoniaque. Elle se tourna et alla ouvrir.

-Alyssia vient d'arriver. Elle a besoin de toi, elle voudrait parler seule à seule.

Cassandre ne s'attendait pas à recevoir la visite de son amie à la seconde près, mais aussi à ce qu'elle ait besoin de son aide. Elle acquiesça par un hochement de la tête.

-Je suis prête à la recevoir, répondit-elle. Je reviendrai, Vernaa.

Elle avait tourné son regard vers le Kynval au dernier moment, ce dernier l'avait écoutée. Elle avait dit cette phrase pour que le frère croît qu'elle s'isolerait avec Alyssia et seulement elle. La prêtresse ferma la porte de la chambre sans la verrouiller. Le drémora dut patienter une minute pour entendre les voix des deux femmes. Alyssia semblait triste. Cassandre ouvrit de nouveau sa chambre et son amie resta muette en voyant le faux Bréton. Elle regarda la prêtresse.

-Mais Cassandre...

-Tu peux nous parler à tous les deux, Alyssia. Ne crains rien, tes mots ne ressortiront pas de cette chambre.

La guérisseuse ferma alors derrière elle. Le Daedra ne fit aucun pas, il avait peur qu'Alyssia dise quelque chose à propos de lui. Il l'invita seulement à s'asseoir sur le lit, tout en se servant d'un geste pour qu'elle puisse comprendre. Elle n'osa pas répondre. Cassandre fit avancer la femme aux cheveux blancs jusqu'à ce qu'elle prenne place, puis elle s'assit à côté d'elle. Vernaa se punit et resta debout, il refusait de s'approcher d'une innocente alors qu'il n'était rien d'autre qu'un monstre qui se cachait en permanence.

-Tu peux tout me dire ma chère amie, commença la prêtresse d'une voix douce.

-Tout d'abord, je viens de chasser Lara et Élise de chez moi, avoua Alyssia comme si elle venait de faire une grave bêtise, ce qui surprirent la guérisseuse et le drémora.

-Que s'est-il passé ? Vous vous êtes disputées ?

-En quelque sorte. C'est lorsque Vernaa est parti. Lara a voulu le suivre mais Élise l'a retenue. Elle n'arrêtait pas de dire qu'elle avait vu un Daedra et qu'il était bel et bien devant nous. Et Élise l'approuvait. Je refusais de les croire. Elles me disaient que j'avais tort, que j'étais naïve.

Alyssia se mit à cacher ses oreilles avec ses mains, pour mimer comment elle se tenait quelques minutes avant devant les Elfes. Elle continuait toute de même de parler.

-Je ne voulais rien écouter, parce que je suis certaine que Vernaa est innocent, que c'est un Bréton. Je me suis mise alors en colère et j'ai dit qu'elles devaient s'en aller.

Les larmes montaient à ses yeux. Elle regrettait tout ce qu'elle avait répondu à ses amies, elle culpabilisait. Cassandre rabaissa doucement les mains d'Alyssia et les caressa de manière réconfortante.

-Alyssia... Tu t'es seulement fâchée, cela ne veut pas dire que tu les as perdues pour toujours.

-Je voudrais tant m'excuser, je n'ai jamais levé la voix contre Lara et Élise. Mais ce qu'elles pensent me perturbe, elles savent pourtant que je suis effrayée par les Daedra.

La guérisseuse eut du mal à trouver un mensonge, puisqu'elle voulait adoucir la terreur de son amie. Vernaa n'était pas de cet avis : la vérité devait être dévoilée maintenant ou jamais. Il se mit alors à prendre un morceau de parchemin, écrivit puis passa le message à la voyante, en espérant qu'Alyssia ne l'aperçoit pas. Celle-ci regarda le message et le lit dans son esprit : « Dis-lui ce que j'ai accompli ». Elle comprit que le Kynval s'impatientait et qu'il n'existait que la pure vérité comme solution. Cassandre décida alors qu'il était temps de faire tomber le masque du drémora, que Lara avait déjà enlevé.

-Nous devons t'avouer quelque chose nous aussi, Alyssia. Quelque chose que tu sais malheureusement.

L'angoisse se mit à envahir l'esprit de celle qui était terrorisée par les Daedra.

-Par pitié, ne me dis pas que tu partages l'avis de Lara.

-Ce n'est pas ce que je voulais te dire. Lara est très protectrice au point qu'elle méprise les inconnus s'ils t'approchent. Je n'approuve pas ses opinions, tu sais que je suis très tolérante. Et j'en ai la preuve.

Elle était là, devant leurs yeux : Vernaa, le drémora. Mais Alyssia semblait confuse et désemparée quand elle parlait. Son sauveur voulut l'apaiser immédiatement. La prêtresse mettait du temps et cherchait à détendre complètement son amie très sensible.

-Je ne cherche pas t'effrayer, je veux te montrer seulement la vérité sans te faire du mal. Fais-moi confiance.

-Je t'ai toujours fait confiance, Cassandre. Pardonne-moi, mais en ce moment j'ai peur de la mort, parce que ces créatures tuent des habitants et je sais que les batailles ne cesseront jamais. Je croyais rester à l'abri avec mes amies, à Chorrol. Or, j'ai failli mourir plusieurs fois et...

Le Kynval avait glissé un morceau de parchemin dans sa main droite. Elle leva alors les yeux vers lui, il était presque à côté de Cassandre, toujours debout. Son visage restait caché par l'ombre de la capuche. La guérisseuse lui demanda par la plus grande indulgence de lire le message écrit par le Daedra. Alyssia avait repris son souffle, au bord des sanglots, et déplia le petit morceau de parchemin pour le lire. Sa voix redevint calme et douce.

-« Alyssia, vous ne mourrez pas. Vous avez toujours connu autour de vous des personnes qui vous aiment et qui vous protègeront quoiqu'il arrive. »

Pendant la lecture, le Daedra écrivit de nouveau avec sa plume. Il s'interrompit un instant en entendant la réponse d'Alyssia.

-Ce que vous dîtes est vrai. Je ne suis pas seule, je ne dois pas l'oublier

Les mots soigneusement choisis affectèrent la femme aux cheveux blancs. Vernaa prit quelques minutes pour rédiger une révélation. La parole aurait été plus rapide mais sa voix n'était pas comme les autres. Il compta sur l'aide de Cassandre pour répéter à voix haute ce qu'il écrivait.

-« Même si vous pensez ne m'avoir jamais vu, je vous connais. Et cela bien avant. Je vous ai sauvé une fois. »

-Quand ? Demanda Alyssia, qui avait du mal à suivre.

-« Il y a six jours. » C'était la première invasion à Chorrol, précisa la prêtresse.

Les yeux ainsi que la tête d'Alyssia se baissèrent légèrement, une pointe d'inquiétude put s'entendre dans sa voix.

-Je ne sais plus vraiment. Où étais-je, Cassandre ? se questionna-t-elle, elle espérait être à l'abri dans la chapelle ce jour-là.

-Tu n'étais pas avec moi et j'avais eu très peur. Tu étais encore dehors, au milieu de la bataille, lui rappela la guérisseuse.

Un souvenir refit surface, Alyssia écarquilla à nouveau les yeux. Ses mains les couvrirent, elle retint un cri de peur. Cassandre s'approcha d'elle, anxieuse. Vernaa ne bougea pas et comprit ce qui lui arrivait.

-Alyssia, te souviens-tu de quelque chose ?

-J'étais seule. Oui, j'étais seule, s'affola Alyssia au rythme de ce cauchemar. J'ai vu de la violence, du sang, des morts. Je devais courir, non, j'étais paralysée. Trop tard, un Daedra m'a repérée. Je voulais partir mais je suis tombée. J'ai regardé la créature, elle a levé son arme. Non !

Son corps se contracta, elle avait serré ses épaules et baissé davantage sa tête. Elle eut la sensation que le drémora de son imagination allait la tuer pour de vrai. Vernaa n'avait pas le droit de parler pour rassurer Alyssia. Son amie la prêtresse l'entoura de ses bras au dessus des épaules.

-Reprends-toi, Alyssia. C'est un souvenir. Alyssia !

Comme tirée d'un rêve, elle rouvrit à cet instant les yeux et avait enlevé ses mains. Le Kynval avait touché une corde sensible en parlant de cette bataille. Il aurait dû le savoir lui-même. C'était lui qui avait essayé de la tuer, mais lui qui avait préféré la sauver.

La femme qui avait été terrorisée reprit lentement son calme, la guérisseuse rabaissa les mains de son amie et les mit en dessous des siennes. C'était là que Vernaa devait choisir ses mots avec précaution. Il devait la rassurer et ensuite dévoiler sa vérité sans l'effrayer.

-Je suis désolée de t'avoir fait du soucis, Cassandre. Dit Alyssia, le souffle semi-saccadé. Je vais bien.

-Ma pauvre amie, on dirait que la peur t'a plus marqué que le soulagement.

-Certainement... je n'arrive pas à me rappeler si on m'avait sauvé.

S'il était un mortel né, le cœur du Daedra se serait brisé à cause de ces mots. Cependant, il persista à redonner la mémoire à Alyssia. Il passa un autre mot à Cassandre.

-« Alyssia, avez-vous confiance en moi ? Vous savez ou vous avez vu de vos propres yeux que j'ai sauvé Chorrol. »

-Bien sûr que je le sais. Je crois en vous.

-« Je vous ai menti sur mes origines et je m'en veux profondément. J'espère que vous pourrez m'excuser. »

-Je serai prête à vous pardonner, Vernaa. J'ai senti que votre cœur était pur, comme le mien.

L'honnêteté s'entendit dans cette dernière phrase et le Daedra en fut touché. Cela signifiait qu'elle croyait peut être plus en lui que ses amies Elfes. Sa plume écrivit sans réfléchir, confiant.

-« Je vous défendrai, et même après la révélation que je vais vous faire. Je le jure devant Cassandre, ainsi que vos dieux. » Et je crois en son serment, Alyssia. N'oublie pas que je suis auprès de toi, il ne peut rien t'arriver. Vernaa va te dévoiler son visage.

-N'est-il pas gravement blessé ?

-Non. Tu seras rassurée d'apprendre qu'il est en parfaite santé, termina sa meilleure amie en souriant.

Au lieu d'être contrariée par le mensonge, Alyssia partagea le sourire de la prêtresse un bref instant. Sa main était tenue gentiment par celle de Cassandre. Le drémora décida de reculer d'un pas puis de fermer les yeux pour la sécurité d'Alyssia. Il ne valait mieux pas qu'elle découvre son visage de si près.

Le Kynval leva ses deux mains qui prirent chaque côté de la capuche, il l'enleva sans aller vite. Graduellement, Alyssia vit ses cornes, ses cheveux rouges qui cachaient ses oreilles pointues et sa peau aux traits sombres et rougeâtres. Ses paupières et ses lèvres étaient des parties plus noires de son visage.

Alyssia resta muette, elle reconnut le Daedra. Elle cacha à nouveau ses yeux, de crainte de mourir dans sa main.

-Alyssia..., commença Cassandre.

Mais Vernaa lui fit signe de ne pas parler, c'était à son tour. Il ouvrit ses yeux et posa un genou à terre. Sa voix cristalline et dure devint étonnamment calme.

-Je ne vous ai pas tué, Alyssia, mais je regrette de vous avoir terrifiée. J'ai seulement fait croire à mes semblables que vous étiez morte.

-C'est donc vous, disait avec peur la femme aux cheveux blancs, pourquoi vous m'avez laissé vivre alors ?

-Parce que vous êtes innocente. Une femme comme vous ne mérite pas la mort.

-Mais vous avez fait couler le sang, je vous ai vu, répliqua Alyssia en baissant ses mains de son visage.

-Après vous avoir sauvé, mon esprit a changé. J'ai commencé à prendre conscience des crimes que j'ai commis, ce qui m'a rendu différent de mes frères. J'avais de la pitié pour vous, j'ai ressenti du remords pour ceux de votre espèce qui ont été éliminé injustement. La raison de tous ces changements en moi, c'était vous Alyssia.

Cette dernière fut surprise de savoir qu'elle avait rendu pur un Daedra. Elle n'avait pourtant aucun pouvoir de ce genre.

-Je n'arrive pas à comprendre comment j'ai pu vous changer, peut être un miracle, demanda-t-elle. Je suppose qu'ensuite vous avez décidé de partir de votre monde.

-Volontairement, même si je n'en ai parlé à personne. Je serais sans doute mort si c'était le cas contraire.

-Vernaa m'a ensuite rejoint jusqu'à la chapelle, raconta ensuite la prêtresse, heureusement que la nuit était tombée sinon les gardes lui auraient interdit d'entrer dans la ville.

-Tu es une voyante, se rappela Alyssia. Tu savais donc tout, qu'il allait arrivé ?

-Seulement après la première invasion, mes visions sont assez rares.

Alyssia avait regardé ensuite, en prenant son courage, les yeux du Kynval.

-Vernaa, vous m'avez dit toute la vérité ?

-Je n'ai dit que la vérité.

-Vous avez alors quitté votre nature de tueur pour moi ? Je ne suis pourtant pas exceptionnelle.

Il se retint de répondre, il aurait dit : « Vous l'êtes, aucune personne n'a un cœur plus pur et innocent que vous. ». Alyssia prit le temps de se lever, Cassandre avait fait de même. Le Daedra ne s'était pas redressé encore mais la femme aux cheveux blancs n'était pas d'accord et semblait dérangée.

-Je ne suis pas votre maître, vous pouvez vous lever.

Elle avait avancé d'un pas et ne le regardait pas longtemps, ces yeux étaient si particuliers. Le drémora était de nouveau debout, il était plus grand qu'Alyssia. Il avait cessé aussi de la regarder, elle avait un charme qui était en train de faire effet sur lui. Cassandre se mit alors à répondre à Alyssia.

-Tu es exceptionnelle, Alyssia. Tu es un ange né.

-Je suis seulement douce et gentille Cassandre, dit Alyssia en rougissant.

La prêtresse prit les choses en main car le Daedra ne répliquait pas et Alyssia ne parlait pas davantage.

-Demain, j'expliquerai tout à Lara et Élise, commença la voyante. Même si elles connaissent votre identité, ce n'est pas une raison pour qu'elles vous détestent.

Vernaa avait tourné ses yeux vers elle, comprenant qu'il avait été démasqué par la Haute-Elfe.

-Elles resteront avec moi dans la chapelle. En attendant, vous pourrez vous promener dans la ville, proposa Cassandre en terminant par un sourire.

Sans se fixer, Alyssia et Vernaa partagèrent le même regard : ébahi et gêné.

-Je ne suis pas prêt pour m'aventurer encore à l'extérieur. Lara cherche à me retrouver, mort ou vivant.

-Elle ne vous touchera pas parce qu'elle redoute vos pouvoirs, raisonna la guérisseuse.

-C'est moi qui la crains, et non l'inverse.

-Vous pouvez transformer votre peur, et vous savez que j'ai raison.

Sa gorge bloqua sa réponse. Elle n'était pas ignorante. Les drémoras pouvaient tous ressentir de la peur et la changeait en courage ou haine destructive.

-Ne le prenez pas comme un ordre, Vernaa, Alyssia. Je vous donnais un conseil pour que vous ne les croisez pas. Jurez-moi dans tous les cas que vous ne viendrez pas à la chapelle.

-Je n'aurai aucun soucis, l'approuva Alyssia, je peux vivre ma vie. Mais j'apprécierai avoir de la compagnie.

Le Daedra crut l'avoir vu rougir à cet instant.

-Je t'amènerai Vernaa à l'aube afin que Lara et Élise ne le remarquent pas dans la chapelle.

-Et lorsque vous aurez terminé ? Demanda le Kynval.

-Au zénith, je ferai en sorte que nous ayons clos la discussion. Passez par derrière la maison d'Alyssia pour me rejoindre. Il est rare qu'elles prennent un raccourci entre des murets.

Vernaa était bien le seul à les avoir traversés, habitué à passer n'importe quel obstacle sur les Terres Mortes, sauf les rivières de lave. Il espérait que cette future balade soit une bonne idée. Cassandre semblait avoir compris toutes ses intentions : il voulait passer du temps avec Alyssia pour mieux la connaître.

-Serais-tu capable de répéter ? Demanda Oren après avoir frappé le sol avec la haut de son marteau d'un geste las et puissant.

-Je ne fais ça que pour Vernaa !

Le Valkynaz frappa à cette exclamation coléreuse d'Axeli. Son arme blessa violemment l'épaule du Daedra. Le Kynreeve serra ses dents pour ne pas crier. Oren recula ensuite et replaça son marteau obliquement derrière son dos

Les deux drémoras se trouvaient dans un des couloirs de la grande tour, au deuxième étage. Les couloirs intérieurs, composés de salles de forme carré, donnaient accès aux balcons centraux des étages supérieures et inférieures par le biais de pente et de porte. Dans chaque salle, quatre piliers, décorés de symboles noirs tribals et ayant au sommet des épines noires aux extrémités rouges, étaient répartis carrément au centre. Le supérieur de Vernaa était attaché contre l'un d'eux par des chaînes noires au niveau des poignets, comme s'il allait être crucifié.

-Sais-tu combien de pertes ta désobéissance a engendré ? Tu as envoyé une centaine de drémoras, et aucun survivant n'est revenu, sauf toi, expliquait son commandant d'un ton calme mais qui inspirait la terreur.

Axeli ne répondit pas, il le voyait faire les cents pas au sens propre. Cela signifiait, non pas qu'il attendait que le prisonnier parle mais qu'il avait encore à raconter.

-Tu as monté une armée comme si je t'en ai donné l'ordre et tes frères t'ont suivi, parce que tu étais le Kynreeve le plus respecté, lui fit rappeler Oren en ayant monté le ton sur le verbe à l'imparfait.

Le détenu écoutait mais regardait le vide, il ne se doutait pas que son chef le dévalorisait mais cela l'importait peu.

-Ce qui est étrange c'est que tu es venu malgré tout pour me faire ton rapport. Tu aurais pu aussi te cacher. Dans les deux cas, tu aurais eu droit à la même punition.

-Qu'il en soit ainsi, répondit l'autre drémora normalement en regardant Oren dans les yeux, celui-ci cessa de marcher. Je me sens coupable. Mais seulement parce que je n'ai pas pu ramener Vernaa. Tu t'es trompé et je me suis aussi trompé depuis le début, il était vivant.

-Tu es toujours autant attaché à ce lâche qui a abandonné ses frères. Tu me déçois, Axeli. La séquestration te conviendra mieux comme punition.

Le Kynreeve semblait rester impassible à cause de sa douleur à l'épaule.

-M'enfermer ? C'est tout ce que tu m'infliges ? Ironisait-il. Tu espères que mon esprit se videra et que je t'obéirai.

-Une année entière arrivera à te calmer, répondit avec autorité la Valkynaz.

-Tu me connais très mal. Tant que Vernaa était à mes côtés, je ne pouvais désespérer et même si tu me séquestres, mon esprit pensera éternellement à lui.

-Tu n'accepteras jamais sa mort décidément, dit Oren en détournant son regard, puis il fixa de nouveau Axeli. Et s'il était vivant, pourquoi places-tu tous tes espoirs sur un pion ? C'est le temps qui causera sa mort, parce que ce n'est qu'un piètre soldat.

Axeli ressentit la sensation d'être frappé en plein cœur. Ses yeux montraient plus de sévérité.

-Il n'est pas un pion, c'est un Kynval qui a prouvé sa valeur.

-En quoi a t-il prouvé sa valeur ? Leva la voix à son tour Oren. Nous parlons d'un drémora qui s'est rallié aux mortels. Aux mortels, Axeli. Ton soi-disant fidèle soldat t'a trahi.

-Je reconnais sa trahison et je ne la tolèrerai pas. C'est pour cette raison que je mènerai encore des batailles jusqu'à le traîner, pour le ramener. Je le trouverai, peu importe les pertes que nous aurions !

-Tu n'iras nul part à présent, parce que je te l'ordonne !

-J'irai encore sur les terres des mortels, pour ramener Vernaa ! N'oublie jamais son nom, ce n'est pas un pion !

-Ne sois pas si entêté, surtout devant ton maître. Tu n'es qu'un insolent, Axeli. Tu viens de commettre une erreur en prononçant son nom. Il devra payer la même sanction que je te réserve, ou peut être le payer de sa propre vie.

Le Kynreeve se mit à se débattre, ses bras s'agitèrent de colère. Au lieu de le respecter, il ne voulait que le massacrer.

-Tu ne toucheras pas à un cheveu de Vernaa, tu m'entends ? Tu es peut être le plus respecté de tous les Valkynaz mais je te détruirai si tu lèves la main sur Vernaa ! Je t'interdis de le toucher tout comme tu m'interdis d'aller le récupérer. Plus jamais je ne t'obéirai, Oren !

-Nous verrons bien. Tu es très fragile, Axeli. Tu cèderas.

Il se servit de la violence pour faire taire le Daedra rebelle, qui perdit conscience. Deux drémoras magiciens l'accompagnaient et restaient sous le silence. Leur chef donna l'ordre de détacher Axeli et de l'enfermer. Les Daedra lui obéirent et saisirent le Kynreeve. Derrière eux, une porte triangulaire avait été ouverte par Oren. Le plafond était démesurément grand comme les autres salles et en forme de voûte, mais il n'y avait aucune issue. Seuls les murs de roche creuse entourèrent le supérieur de Vernaa, déposé en position latérale.

Axeli ne se réveilla que quelques minutes plus tard. Quand il rouvrit ses yeux, il ressentit le coup fatal du marteau d'Oren. Il se releva avec difficulté. Son crâne ne s'était pas ouvert mais il put toucher du sang du côté gauche, il se soigna facilement. Le Kynreeve regarda enfin où il avait été séquestré. Bien évidement, la porte était verrouillée et il ne la vérifia pas. Il n'y avait pas de lumière et la médiane dorée de la porte n'en dégageait pas.

Le drémora savait que le temps allait être long, très long. Il se jura de ne pas perdre sa fierté et son espoir. Sachant qu'il ne pouvait pas changer sa sanction, il resta assis au sol contre le mur de droite, les genoux rapprochés jusqu'au visage. Ses yeux se fermèrent de temps en temps, Axeli songeait au plus important des Daedra pour lui. Tous les drémoras affrontaient ou reniaient leurs sentiments car ils les craignaient, mais lui, il ne put résister longtemps au chagrin. Chaque jour, chaque heure et chaque minute que ses pensées se vidaient, il pensa à la personne auquel sa vie s'accrochait désormais : Vernaa.