Chapitre 8 : Amour
Le jour où Cassandre avait amené les deux Elfes dans la chapelle, Vernaa et Alyssia affrontaient leur timidité pour pouvoir se parler. Contre toute attente, c'était la femme qui avait davantage à dire sur sa vie, même si les conversations furent minces quelquefois. Vernaa préférait ne pas évoquer son monde, parce qu'Alyssia craignait le dangereux territoire et que le Daedra ne le trouvait pas merveilleux. De plus, il ne pouvait pas raconter ses origines. Il pensait, à cause des propos d'Axeli, qu'il n'en avait aucune et qu'un drémora vivait depuis toujours en tant que drémora.
A sa grande surprise, le soleil fut à son zénith. Le Kynval ne s'attendait pas à ce que le temps passe si vite dans ce monde, la compagnie d'Alyssia lui plaisait certainement pour en oublier le temps. La femme aux cheveux blancs avait levé légèrement la tête vers le ciel pour s'apercevoir qu'il fallait ramener Vernaa auprès de son amie Cassandre.
-Je pense que notre promenade va s'achever ici, dit Alyssia d'une voix décevante mais optimiste.
Comme ils étaient à l'extérieur, le Daedra se mit à écrire même si elle connaissait sa voix. Il ne fallait pas que les habitants découvrent son identité.
-« Elle fut courte, mais peut être pourrions-nous nous revoir bientôt ? »
-Oui, j'en serai ravie.
Alyssia sourit à cet instant, ce sourire qui eut un effet sur le drémora. Il semblait dérangé mais appréciait de voir de la joie sur ce visage d'ange.
-« Puis-je vous demander... »
Un étrange sentiment couvrait d'hésitation ses mots. Vernaa s'aperçut qu'il devenait aussi timide que cette jeune femme.
-« … de vous revoir ce soir, si vous le pouvez ? »
Cette proposition enthousiasma Alyssia au lieu de l'effrayer puisqu'elle avait peur des Daedra. Le Kynval semblait être à ses yeux une créature unique dont les intentions étaient pures.
-J'accepterais volontiers, mais pensez à en parler à Cassandre je vous en prie.
-« Soyez sans inquiétude, il n'existe aucun secret que je cache à sœur Cassandre. »
-J'espère vous revoir très vite, Vernaa. Fut rassurée Alyssia.
Ils se dirigèrent jusqu'à l'entrée de sa grande maison. La femme aux cheveux blancs jeta des coups d'œil au loin vers les trois portes de la chapelle. L'une, la porte centrale, s'ouvrit. Lara et Élise sortirent et marchèrent le long de la rue, leurs visages semblaient montrer leur désaccord avec l'opinion de Cassandre sur Vernaa.
Le couple se salua puis le drémora contourna la maison discrètement pour atteindre la chapelle sans aucun soucis. Alyssia l'avait regardé une dernière fois puis détourna ses yeux pour rougir. Elle songea à un baiser qu'elle aurait voulu, avec plus de courage, donner à Vernaa sur sa joue.
Le Kynval rentra dans la chapelle avec incertitude. Lorsqu'il s'aperçut de l'absence des Elfes dans ce lieu, Vernaa devint plus serein et se rendit jusqu'à sa chambre. Il ne frappa pas à la porte et fit comme si la présence de Cassandre dans la pièce fut normale. La prêtresse était debout, à côté de la table de nuit. Elle parla enfin lorsque le drémora referma la porte.
-Comment s'est passé votre ballade ? Voulut-elle savoir.
-Alyssia semblait ravie, commença le Daedra. Mais notre promenade a été courte.
-Vous avez eu cette impression ? Demanda la guérisseuse en cachant un bref petit rire avec sa main. Vous êtes restée une matinée entière à l'extérieur sans parler à haute voix. Vous ne semblez pas avoir la notion du temps, sauf si ce merveilleux sentiment l'a raccourci.
-Ce « merveilleux » sentiment ? Semblait perplexe Vernaa.
-Je ne peux pas encore vous le révéler, vous le découvrirez par vous-même dans votre cœur, termina Cassandre en souriant.
Cette fois-ci, les mots de sa plus fidèle amie étaient très mystérieux. Mais il ne répliqua pas, peut-être le saura-t-il par lui-même quel était ce sentiment.
Les deux Elfes étaient revenues à proximité de la grande place. Elles purent voir Alyssia assise sur l'un des bancs de pierre claire entourant le chêne de Chorrol. Cette dernière les attendait justement. Elle avait un regard mêlant inquiétude et gêne. Lara et Élise la regardèrent alors que la femme blanche se leva et s'approcha pour leur adresser la parole. Mais elle put à peine dire leur noms, la magicienne incita la petite Elfe à continuer sa marche vers la guilde des mages. Les anciennes acolytes l'avaient contournée comme si elle portait la peste, alors qu'elle n'avait été en contact qu'avec un Daedra sans porteur de maladie. Alyssia appela de nouveau Lara.
-Nous sommes pressées peut être une autre fois, Alyssia.
-Lara, je suis désolée. J'aurai dû t'écouter mais...
-Vis ta vie, je t'ai prévenue une fois du danger qui t'attend.
Alyssia ne put répondre, les Elfes étaient entrées dans la guilde. Elle ne les suivit pas, cela aurait été inutile. Son regard devint triste. Au lieu de se rendre à la chapelle pour trouver du réconfort, elle rentra chez elle pour attendre patiemment le soir.
L'après-midi devint très long pour la femme aux cheveux blancs. Elle était remonté dans sa chambre à l'étage. Elle était composée d'un bureau à gauche, de quelques armoires en ébène et d'un lit aux draps vert émeraude et doré à droite. Pour la première fois, Lara et Élise n'étaient pas à ses côtés. Elle pensait que la Haute-Elfe ne la pardonnerait pas de les avoir chassées de chez elle. Mais cela avait un faible rapport, car ce duo méprisait leur propre amie, qui s'attachait désormais à un Daedra. Alyssia ne voyait pas d'où venait le mal.
Avant de découvrir son apparence, elle avait appris que Vernaa n'était pas si dangereux et cruel. Il n'avait même rien de malsain à ses yeux. Son cœur, aussi pur qu'il l'était, ne correspondait pas à son physique. A cause de ses qualités, telles que la gentillesse et l'attention qu'il portait sur elle, le Kynval avait un comportement semblable à l'être humain. Sa présence manquait à Alyssia, elle aurait aimé rester plus longtemps auprès de cette personne tendre.
Ce fut au crépuscule que Cassandre reçut la visite d'Alyssia. La prêtresse n'était pas étonnée mais le drémora fut perplexe. Ils auraient dû se retrouver plus tard quand la nuit tomberait. Les deux résidents de la chapelle se trouvaient proche du premier autel de droite lorsque la jeune femme arriva. La guérisseuse l'aperçut en premier, elle semblait les chercher. Cassandre approcha d'elle, le drémora la suivit. Ses yeux démoniaques croisèrent les iris bleu clair d'Alyssia. Ils s'étaient salués puis se parlèrent.
-Quelque chose ne va pas, Alyssia ? Demanda avec inquiétude la prêtresse.
-Cela se voit sur mon visage ? Oui malheureusement, répondit Alyssia avec déception, sans vouloir mentir.
-Est-ce que tu te serais encore disputée avec Lara et Élise ? Se douta son amie.
-« Elles vous évitent. » Supposa le Kynval.
-Oui, Vernaa a raison. J'aurai dû le savoir au lieu de les attendre, confirma-t-elle en baissant son regard.
Personne ne répondit, le Daedra rédigea pour s'adresser à la femme aux cheveux blancs. Elle leva son regard quand il lui montra le message.
-« Elles ne m'acceptent pas, c'est tout. Ne culpabilisez pas, Alyssia. »
-Peut être n'avez-vous pas tort. Mais j'ai toujours l'impression que c'est ma faute si ces choses arrivent.
-C'est faux. Vous êtes l'innocence incarnée, répliqua Vernaa.
Les deux femmes eurent un haut-le-cœur. Le drémora avait parlé, sans écrire. Cassandre vérifia si autour d'eux si quelqu'un avait entendu : personne. La pensée de Vernaa était certainement si honnête et si vraie pour lui-même qu'il ne s'était empêché de le dire. Il avait baissé son regard en signe de pardon.
-Vous n'étiez pas forcé de parler. Imaginez si l'on nous écoutait, lui reprocha la prêtresse même si elle comprenait que ces mots venaient tout droit du cœur.
-« Pardonnez-moi, sœur Cassandre. Mais Alyssia ne doit pas s'en vouloir. »
-Je suis d'accord avec vous. Alyssia, je pense que si tu nous écoutais, tu te rendras sûrement compte que tu n'es pas la victime dans cette histoire.
Son amie ne fit qu'acquiescer sans répondre davantage. Dix secondes de silence s'écoulèrent. Vernaa pensait qu'Alyssia dirait qu'elle voulait se promener de nouveau avec lui. Elle ne pouvait pas, par la faute de sa timidité. Le Kynval écrivit et ne montra la question qu'à la guérisseuse.
-« Sœur Cassandre, m'accordez-vous l'autorisation de sortir quelques heures avec Alyssia ? »
-Vous avez le droit, bien sûr. Répondit-elle en le regardant avec un sourire. Je vous souhaite une bonne promenade.
Alyssia comprit à cet instant, elle rougissait. Vernaa lui aurait demandé s'ils pouvaient passer la soirée ensemble ?
-Mais... je ne pourrai pas vraiment ce soir. Je dois m'occuper de la maison et...
-« Vous avez accepté tout à l'heure, Alyssia. »
Il lui avait coupé le sifflet, elle ne pouvait plus trouver d'excuses valables. Elle se trouvait dans l'embarras à un tel point qu'elle cachait son visage durant un moment. Cassandre en était très amusée, elle reconnaissait bien Alyssia et ses réactions face aux avances d'un homme.
-Profitez du reste de cette journée, leur dit la prêtresse avant qu'ils ne partent.
Les mois se suivirent sous le signe de l'harmonie pour Alyssia et le Daedra. En oubliant les quelques batailles qui s'étaient déroulés dans la ville de Chorrol pendant cette période, la mort n'effrayait plus les habitants tant que la présence de Vernaa les protégeait du mal. L'innocente femme craignait malgré tout le danger et la vie du Kynval l'importait beaucoup. Cassandre, telle un ange, fut comblée de voir le bonheur de ces deux personnes qu'elle chérissait. Puisque sa vision sur l'enlèvement d'Alyssia ne s'était pas encore réalisée, la prêtresse pensait avoir fait erreur. Mais le drémora se montrait toujours aussi prudent, prêt à tout pour protéger Alyssia.
Seule Cassandre voyait plus qu'une amitié naissant entre le couple. De son côté, Vernaa ignorait encore comment se nommait ce sentiment qui le rendait heureux pour la première fois de toute sa vie. Quant à Alyssia, elle ne comprenait pas pourquoi elle s'entendait avec un drémora. L'apparence ne comptait sans doute pas pour elle. Mais ce qui les avait surtout changés, c'était qu'une part de leur timidité se brisa enfin. Le couple commençait enfin à se tutoyer.
Cette journée fut particulière car Alyssia avait acheté quelques livres pour s'instruire, et ces ouvrages concernaient essentiellement les Daedra. Elle ne les auraient jamais lus si Vernaa ne l'avait pas accompagnée. Elle désirait affronter sa peur. Sa véritable motivation fut de connaître davantage la race à laquelle appartenait la personne qu'elle aimait le plus.
Elle était assise face au bureau d'ébène du rez-de-chaussée, baigné dans la lumière dégagée par les carreaux de verre de sa fenêtre. Le drémora était assise à côté d'elle. Même s'ils étaient seuls, le Kynval préférait garder son visage caché au cas où des visiteurs viendraient à l'improviste. Le couple partageait leur lecture, de plus le Daedra étudiait un peu plus l'écriture grâce aux textes. La jeune femme découvrit qu'il existait seize princes Daedra, qui étaient en quelque sorte des demi-dieux puisqu'ils n'étaient aussi puissants que les Neuf. Chacun avait un royaume. Vernaa, n'ayant résidé que dans les Terres Mortes de Mehrunes Dagon, ignorait à quoi ressemble les autres territoires. Alyssia lisait avec attention même si quelques passages furent peu intéressants, car malheureusement une poignée de mortels ont pu entrer en contact avec les Daedra et ces derniers furent essentiellement les princes. Les autres, serviteurs, étaient des simples soldats sanguinaires.
Les écrits transmis de génération en génération à Cyrodiil révélèrent au Kynval que les Daedra de son espèce pouvaient être invoqués par les mortels pendant un laps de temps. Il se questionna sur l'intérêt de cette pratique et continuait la lecture avec Alyssia. La réponse était que l'invocation faisait partie des différents domaines de magie autorisés depuis toujours dans ce monde. Faire appel à une créature de l'autre monde ne s'utilisait que pour se battre et distraire l'ennemi. Le drémora se mit alors à redouter les magiciens de la ville parce qu'ils étaient peut être aussi puissants que ceux d'Oblivion. Le monde des humains destiné à la destruction ne courrait peut être pas à sa perte.
Quelquefois, Vernaa lui parlait de sa propre expérience, ce que les livres ne pouvaient pas apprendre à Alyssia. Ressentant les mêmes émotions qu'un être vivant et libre de parole, le Daedra lui raconta que le temps paraissait long dans les Terres Mortes. Il songea au parchemin qu'il avait rédigé avant sa première bataille pour lui faire découvrir l'écriture de son journal, mais il était resté dans l'autre monde et caché parmi ses autres petits textes sans importance. Les jours en Oblivion se traduisaient par attente, ordre, obéissance et ce cycle était éternel. Alyssia en déduit que s'il était parti, c'était sans doute pour changer d'air et fuir un univers assoiffé de guerre et de sang.
La femme blanche se demandait si Vernaa était le seul Daedra qui désirait se repentir de ses crimes et vivre en paix. Elle avait des difficultés à penser que d'autres drémoras lui ressemblaient. Mais elle posa tout de même sa question.
-Existent-ils d'autres créatures pacifiques comme toi ?
Le Kynval ne la regardait pas. Sa curiosité était à la fois intéressante et simple d'esprit.
-Non. Je suis une exception, mais sans en connaître les raisons. Les Daedra ne sont pas des guerriers pour rien. Si notre temps est consacré au combat, à la torture et à la surveillance, c'est que nous ne cherchons pas l'harmonie avec votre peuple.
-Vernaa, je ne voudrais pas que tu me récites un principe qui s'applique dans votre monde, dit Alyssia d'une voix douce. Je veux savoir, si selon toi, tu es bien le seul.
Le drémora songeait cette fois aux quinze jours qu'il avait vécu avant de combattre les mortels. Ses souvenirs, très répétitifs, reflétaient Axeli son supérieur. C'était lui qui donnait les ordres à Vernaa et qui restait en sa compagnie quand il le pouvait. Sans lui, sa vie serait une solitude sans fin. Mais était-il aussi amical que lui ? Un Kynreeve menait des batailles et Axeli les avait toujours déclenchées pour faire couler le sang. Son opinion sur son supérieur devint ambiguë.
-Je pense à l'un d'eux. Sa présence à mes côtés me réconfortait et il me parlait comme... comme s'il était proche de moi, disait-il alors que le visage d'Axeli se formait dans son esprit. Mais il n'est pas aussi sensible que moi puisqu'il dirigeait des batailles.
-Il n'aurait pas pu partir à tes côtés ?
-Non, d'ailleurs il ignorait ma fuite jusqu'à ce que les Daedra vous envahissent de nouveau. Il a vu mon visage il y a quelques mois et cela l'a rendu furieux. Il a failli me tuer.
Alyssia fut surprise par cette révélation, Axeli n'était pas vraiment quelqu'un de compréhensible et la désertion de Vernaa l'avait rendu meurtrier.
-L'as-tu revu depuis qu'il a découvert ton visage ?
-Je n'ai plus vu Axeli, avoua le Kynval en ayant malencontreusement donné son nom.
La jeune femme avait refermé le livre. Elle s'étonna de savoir que les drémoras étaient quelque part en eux sensibles comme toutes les races de Cyrodiil. Alyssia ouvrit un autre livre, avec une couverture rouge et en état neuf. Vernaa remarqua qu'il était présenté d'une façon différente et que les pages étaient peu nombreuses. Le livre intitulé État d'esprit des Daedra portait bien son nom. Les mots ressemblaient à de véritables paroles prononcées par ces créatures. Certains propos qu'ils lisaient étaient connus de Vernaa comme : les Daedra étaient des êtres immortels et qu'ils se considéraient comme des frères. Mais une citation le troubla : « Si le corps est détruit, l'animus est projeté dans les Ténèbres, mais il finit toujours par revenir. ». Il eut un instant de silence.
-Que signifie l'animus ? Lui demanda Alyssia.
-Si je ne me trompe pas, cela correspond à l'âme. Mais ce que je ne comprends pas, ce sont les Ténèbres. Aucun Daedra ne m'a parlé des Ténèbres.
-Ni même... Axeli ?
Il fut surpris d'entendre le nom de son supérieur des lèvres d'Alyssia, même si c'était lui qui l'avait dit à cette dernière.
-Axeli, non plus. Jamais, répondit le Kynval en se perdant dans ses pensées.
Il aurait voulu connaître, avant de quitter Oblivion, la vérité sur sa sensibilité qui était exceptionnelle. Et maintenant, il voulait savoir pourquoi le Kynreeve ne lui avait donné aucune réponse.
-Il ne m'a pas tout dit, j'en suis certain.
-Que ne t'a-t-il pas révélé ?
-Toutes mes questions sans réponses, dit-il d'une voix presque outrée. C'est l'une des raisons pour laquelle je suis aussi partie. J'ignore pourquoi je suis plus sensible que mes frères, pourquoi je suis capable de m'interroger sur moi-même et pourquoi Axeli ne peut pas me dire qui j'étais avant.
-Avant ? Tenta de comprendre Alyssia qui le trouvait de plus en plus mystérieux.
-Le livre dit que les Daedra sont immortels, expliqua calmement Vernaa en la regardant. Je le sais. Mais je viens d'apprendre que l'âme finit toujours par revenir. Je crois que... nous pouvons « mourir » mais nous renaissons.
-Tu penses avoir vécu une autre existence ?
-Certainement, mais je ne parviens pas à m'en souvenir. Dit le Daedra en baissant son regard. Inconsciemment, son coude s'appuya sur le bureau et sa main se posa sur son front, proche de son œil.
-Tu étais sans doute quelqu'un d'autre.
-Tu dois avoir raison, mais là-bas, même la personne en qui j'avais le plus confiance reste sous le silence... Répondit le drémora en faisant référence à son monde et à Axeli. Peut être me prendras-tu pour un fou, mais Axeli était réellement le seul drémora qui écoutait mes confessions, même s'il n'était pas aussi indulgent que moi. Dès l'instant nous étions ensemble, j'avais l'impression que nous vivions dans un autre univers, plus paisible que la guerre et la mort.
La jeune femme pensa que ce Daedra pouvait se montrer tendre quand il le voulait et seulement devant Vernaa. Cependant elle comprit qu'Axeli méprisait toutefois les mortels. Il n'aurait malheureusement pas trouvé sa place ici, sauf si la présence du Kynval pouvait l'apaiser. Alyssia se persuadait, avec naïveté, que le supérieur de Vernaa serait accepté parmi les mortels. Alors qu'elle était songeuse à son tour, le drémora l'avait regardée de nouveau, comme pour tourner la page au passé.
-Quand je suis auprès de toi, Alyssia, je pense à ces instants de bien-être et de paix. Mais je ne sais pas pourquoi, sœur Cassandre ne me dévoile jamais la vérité. Quel est ce sentiment qui me donne le désir et la force de te protéger ?
Sans réfléchir, sa main s'était approché légèrement pour tenir celle d'Alyssia. Ces mots qui avaient résonné comme des murmures chez cette femme devinrent plus clairs. Son cœur se mit à battre quand le Daedra toucha avec délicatesse sa main. Il n'y avait eu aucune brutalité. Mais toujours autant de timidité, comme elle. Leurs yeux, biens différents mais reflétant leur innocence, se fixaient.
-Écoute ton cœur, prononça Alyssia avec sagesse comme si son amie Cassandre le disait.
Inconsciemment à son tour, elle leva sa main droite et toucha la joue de Vernaa. Même si elle était rougeâtre et noire, la peau du Daedra était douce comme la sienne. Son geste tremblait, le drémora allait-il lui dire quelque chose ? Il ne fit rien, gêné. Les doigts d'Alyssia, légèrement plus froids que les siens, étaient délicats. Il sentait son hésitation.
Le Daedra rechercha alors au plus profond de son cœur. Alyssia, bien qu'innocente, était réellement pure. Ses cheveux blancs et ses yeux couleur ciel s'opposaient à l'apparence du Kynval. Mais cette différence l'avait sans doute charmé. Vernaa enleva avec lenteur sa capuche, puis sa main imita sans le savoir celle d'Alyssia. Il toucha aussi la joue de la jeune femme.
-Alyssia...
Leurs visages se rapprochèrent et leurs yeux se fermaient. Le temps s'éternisait dans ce silence sentimentale. Leurs lèvres s'effleurèrent dans ce baiser si innocent mais intentionnel. Leurs cœurs battirent à l'unisson. Ce contact ne dura qu'un bref instant. Ils avaient reculé leur visage. Le Daedra avait ouvert ses yeux puis Alyssia fit de même. Les mots qu'il avait cherché dans son cœur se dévoilèrent enfin.
-Je t'aime.
