4.
Ayvanère avait fixé rendez-vous à Jarvyl et à Soreyn dans le Grand Parc de RadCity, loin de tout espion éventuel ou écoute indélicate.
- Du nouveau ? firent les deux hommes dès qu'ils la rejoignirent.
- Des étrangetés plutôt… L'histoire des Inspectrices pêche par certains points.
- Il t'en a fallu du temps pour rassembler ton dossier sur Davriskol ! remarqua Jarvyl qui semblait sur des charbons ardents.
- Ce type est un tel mystère ! Ce qui est contradictoire avec le fait qu'il traficote dans les armes et la traite d'êtres humains et donc avec de multiples contacts ! Vingt-cinq années à avoir fourni en armes plusieurs guerres, conflits et autres règlements de comptes – en approvisionnant bien évidemment les camps opposés. Il a toujours bénéficié d'une chance insolente, évitant les pièges de ses rivaux autant que ceux du SiGIP, s'échappant toujours in extremis. Trop de chance, grinça-t-elle. Moi, je pencherais plutôt pour des complices au sein de ses ennemis et même du SiGIP ! Beaucoup de rapports sur lesquels mettre la main, mais à compiler avec une patience de moine ou de béguine ! Quant à tomber sur un film volé, cela relevait quasiment du miracle, et je ne vous parle pas de la piètre qualité pour l'identifier avec certitude. Il est la copie conforme d'Aldie, en revanche !
- Qu'as-tu trouvé d'étrange ? trépigna Soreyn.
- Selon Jonelle Mandigue, Davriskol aurait pris la place d'Aldéran – sous le nez même de son père, Warius et de Clio – il y a quelques semaines d'ici.
- Oui, nous le savons puisque nous nous sommes tous y laissés prendre, râla le Leader de l'Unité Léviathan.
- Quel est l'ennui ? préféra interroger Soreyn.
- Le souci est que même si Davriskol l'a jouée profil bas depuis pas mal de temps, sa limousine a quand même été victime d'un attentat il n'y a pas trois semaines.
- Et alors ?
- Je ne comprends pas comment des ennemis aussi bien renseignés dans le milieu des trafiquants d'armes ont pu tenter un meurtre sur le véhicule de Davriskol alors qu'il était sensé avoir trouvé refuge dans mon foyer…
- Ils ont pu se tromper ? avança Soreyn. Une limousine banale, des vitres teintées – j'imagine – facile pour des tueurs de mitrailler ce véhicule vide ! Mais ces mêmes assassins ne devaient pas être tombés de la dernière pluie et avoir pris la limousine pour cible en étant certain de remplir leur contrat ! Alors, pourquoi un Davriskol en deux endroits différents… Cela m'échappe.
- L'autre Davriskol a pu être un leurre, un énième sosie comme ce genre d'individu se sert pour brouiller les pistes quant à l'endroit où il se trouve et plus simplement encore pour envoyer à la mort un autre que lui !
- Pas faux, Jarvyl. Mais que Mandigue ait avancé avec tant de certitude que Davriskol avait trompé toute la famille et les amis de mon époux… Je ne sais plus que penser ! Davriskol a fui ses affaires, mais il ne pouvait physiquement être auprès de moi et de ses fils et se faire mitrailler à des jours de voyage intergalactique de distance !… Et je n'ai jamais oublié qu'en dépit de la mise sur une voie de garage, Aldéran demeurait un Militaire du SiGIP !
Jarvyl saisit Ayvanère par le bras.
- Moi, je dois m'occuper de l'AL-99 en l'absence de mon Colonel, où qu'il se trouve. Quelles sont tes intentions ?
Ayvanère fixa Soreyn intensément.
- Nous partons pour la planète Kud et plus principalement Barenk et sa Marina où se trouve la Sirène des Mers de Davriskol. Si on ne peut le stopper, si on ne peut déterminer qui il est vraiment… C'est moi qui l'abattrai à bout portant !
- Mon bagage est prêt depuis plusieurs jours déjà. Si tu me libères de mes obligations, Jarvyl ?
- Bien évidemment !
- Merci. Le jet intergalactique de ma belle-mère décollera en fin d'après-midi.
- Tu l'as dit… aux parents d'Aldie ?
- Non, je ne suis qu'au stade des suppositions. Mais je pense qu'ils se doutent bien évidemment que quelque chose se trame vu qu'il ne répond bien sûr plus à leur message… Et j'ai peur de leur retour, dans quelques jours ! Nous devons donc partir au plus vite !
Ayant enfin un but, Ayvanère se sentit mieux, déterminée au possible, « amazone » comme l'avait dit un jour Karémyne.
Le capitaine de la Sirène des Mers s'approcha de Quendal.
- Un appel de votre parrain, Monsieur. Un appel privé.
- Merci.
Ayant compris le message, Quendal se rendit à son appartement à bord du yacht mais plutôt que de prendre la communication dans son bureau, il passa dans une petite pièce dont l'entrée était dissimulée par un grand tableau, qui se referma derrière lui.
- Général Grendele.
- Où en êtes-vous, Colonel Skendromme ?
- le piège est prêt, la phase du test sera réussie grâce aux diverses collaborations – un peu involontaires et ignorantes des policiers, hormis Mandigue et Sol – des différents services de Polices – et je vais bientôt les emmener en croisière. Jusqu'ici, vous avez de la chance ! Pour un piètre élément de terrain, j'assure, mais je ne peux pas répondre de moi-même…
- C'est-à-dire ?
- Je sais que vous n'ignorez rien de vos Militaires… Vous êtes donc au courant pour mes problèmes de vue !
- Je n'ignore en effet pas pour votre état de santé résultant des tortures de cet Esclavagiste, et pour ces soucis de vision dont la cause échappe toujours ! Vous devriez aussi vous méfier de vos proches.
- Comment cela ? tiqua Quendal.
- Votre femme et vos amis sont extrêmement tenaces et remuent ciel et terre ! fit sombrement le Général du SiGIP. Ils ont délaissé la piste surnaturelle – que nous avions effectivement bâclée dans l'urgence, en oubliant d'être raccords avec le dossier de notre Davriskol ! – pour se consacrer à votre prétendu passé.
- Et alors, pourquoi me tracasser, ils ne vont pas débarquer ! ?
- Justement : si !
Quendal sursauta.
- C'est pas vrai ? !
- Si, répéta le Général du SiGIP. Ils commencent à soupçonner une opération du SiGIP, tout en n'osant y croire vu qu'ils sont dans la complète impossibilité de venir en aide à un Aldéran piégé par le surnaturel. Mais s'ils posent malgré tout des questions ici, dans l'incertitude de la réelle situation, cela risque d'attirer l'attention des Inspecteurs qui contrairement à Mandigue et Sol ne sont pas dans la confidence… Il va vous falloir prendre ce facteur en considération et faire avec, même si ça risque de vous compliquer le final que nous avons prévu sur l'île-entrepôt.
- Je m'en arrangerai, assura Quendal. Du moment qu'ils ne viennent pas pour me flinguer et poser des questions ensuite, bref adopter ma méthode !
Et face au silence de son Général, Quendal comprit qu'Ayvanère et Soreyn avaient bel et bien l'intention de venir régler leurs comptes vu qu'ils n'espéraient plus vraiment retrouver un Aldéran vivant !
« Comme si la mission que l'on m'avait confiée n'était déjà pas si compliquée… Remplacer un mort au pied levé, un mort qui n'a jamais été vraiment été vivant… Et cela tout en n'étant ni moi-même ni celui que je suis sensé incarner… Sacrée situation, et ça ne va pas s'améliorer dans les jours à venir… ».
Quendal tendit la main vers son verre de thé glacé, et le manqua, tout devenu noir.
