8.

- C'était quoi, tout ce cirque ? glapit Ayvanère, à l'Antenne du SiGIP de Barenk. Pourquoi nous avoir bassinés avec les prétendus liens de Davriskol avec le surnaturel alors que c'était un être qui n'existait même pas ? Quoi qu'il ait été dit, affirmé, j'aurais cherché mon mari partout, et autant de temps que de nécessaire ! Aldéran était Colonel du SiGIP, ne pouvant se soustraire aux ordres, mais en dépit de votre montage concernant ce Quendal Davriskol, il était inutile de me tromper… Il suffisait juste de l'envoyer en mission !

- Non, la situation, après le meurtre de notre Davriskol, était totalement remise en question, fit le Général Aym Grendele. J'ai dû trouver une soluce dans l'urgence, et Aldéran avait cette ressemblance naturelle avec notre Davriskol ! C'est ce dernier point qui a justifié mon choix et la méthode cavalière pour le recruter afin de ne pas trop attirer les soupçons des clients et rivaux de Davriskol.

- Vous auriez dû nous mettre au courant. Je suis la femme d'Aldéran, je ne l'aurais jamais trahi. Et les amis réunis le soir de l'arrestation étaient les meilleurs qu'il ait, et eux aussi auraient tenu le secret !

- Je ne l'ignore pas. Mais il n'y a pas de meilleure réaction que celle spontanée et totalement naturelle des plus proches… C'est un fait psychologique éternel… Je suis désolé.

Ayvanère eut un hoquet, un sursaut, les mains croisées sur son cœur, pâle comme un linge.

- Alors, ce fut bel et bien toujours mon mari ?

- Oui.

- Aldéran…

- Votre époux est un Militaire de parole et un sigipste hors pair, reprit Aym. Médicalement parlant, il n'était pas autorisé, et il y avait ces problèmes de vue, mais il était le seul à pouvoir reprendre et terminer notre opération « Quendal Davriskol ».

- Où est mon conjoint ?

- Il finit un bilan médical complet. Je peux vous assurer, Mme Thyvaks Skendromme, que les soucis de vision de votre Colonel de mari importent au SiGIP.

Ayvanère s'assombrit.

- Tant de semaines, et même de brillants spécialistes n'ont pu déterminer… Alors, ce ne seront vos ophtalmos Militaires qui vont résoudre le souci en un claquement de doigt ! Aldéran ne va…

- Je vais parfaitement bien ! gronda l'intéressé en entrant dans le bureau, souriant à son supérieur et à son épouse avant que tout ne s'obscurcisse et qu'il ne s'effondre dans un hurlement de souffrance sur le tapis, inanimé.

- Ce sont les migraines…

- J'ai toujours eu des maux de tête, des céphalées comme aurait dit mon cultivé de frère ! se défendit une énième fois Aldéran face au médecin du SiGIP. Qu'y aurait-il de différent désormais avec mes migraines ? Je prends de la quiprine à chaque fois que c'est nécessaire et ça fonctionne plutôt bien.

- Les céphalées sont la séquelle à un traumatisme cérébral bénin, lors de cet accident de voiture en compagnie de votre frère, à la base – négligeable même – mais tout comme mes confrères, je n'ai aucune idée de ce qui vous arrive. Je ne peux que vous donner un seul conseil.

- Lequel ?

- Le repos complet vous est…

- J'ai un Bureau dont je dois m'occuper à Ragel et j'y retourne de ce pas ! siffla Aldéran en quittant la Salle d'Examen de l'Hôpital Militaire.

Il s'était dirigé vers le bureau de son Général, était entré… et tout s'était arrêté là.


Avec une grimace désagréable, Aldéran découvrit le visage de son père quand il revint à lui à l'infirmerie de l'Arcadia.

- T'étais pas sensé faire des galipettes hors de ton âge avec ma mère, toi ?

- Je les faisais, ne t'en déplaise. Je t'ai juste récupéré au passage, puisque mon retour à Ragel pour ramener Karémyne croisait celui de ton décollage. Comment tu te sens ?

- Mal… Ayvanère, Soreyn ? !

- Clio est avec ton épouse, tente de la réconforter. Quant à ton ami, il est assez perdu à ce bord, erre, et quand tu seras debout, cela ira mieux pour lui.

Aldéran soupira, la main de son père sur son front brûlant de fièvre.

- Et toi, Aldie, il faudra que tu m'expliques. Je t'ai laissé à Ragel avec interdiction d'aller sur le terrain, et je te récupère en orbite de Kud avec Ayvi racontant une invraisemblable histoire sigipstique !

- Ca a été un peu compliqué… Yul ?

- Tu peux quitter l'infirmerie, Aldéran, je n'ai rien décelé de particulier chez toi, fit le médecin Mécanoïde. La tension un peu haute, ton rythme cardiaque un peu rapide, mais rien d'étonnant si tu sors de mission pour le SiGIP et que tu as été soumis à un stress conséquent.

- En dépit des apparences, du yacht et du reste, ce ne fut effectivement pas de tout repos, soupira Aldéran. Je crois que je n'ai jamais été sur la défensive à ce point de toute ma vie, et pas question de relâcher son attention… Souffler durant les quelques jours du retour me fera du bien. Je vais aller me reposer à mon appartement.

- J'enverrai Clio te voir tout à l'heure, promit Albator. Elle a toujours été apaisante.

- Oui, ça me fera plaisir.

Comme promis à son ami, ayant laissé Ayvanère qui prenait une légère collation dans les cuisines mêmes de l'Arcadia, Clio s'était rendue à l'appartement d'Aldéran.

- Je peux entrer, Aldie ? s'annonça la Jurassienne de sa voix douce. Je ne te dérangerai pas longtemps, juste le temps que tu voudras.

Ne le trouvant pas dans le salon, Clio se dirigea vers celle des deux chambres qu'il occupait lorsqu'il séjournait à bord du vert vaisseau pirate.

- Aldie !

Clio se précipita et s'agenouilla auprès de son ami inconscient au pied du lit.

Le capitaine de l'Arcadia jeta un regard noir à Yul, le médecin Mécanoïde de son bord, avant de faire profil bas, redoutant ce qui allait lui être annoncé après qu'il soit lui-même passé dans la chambre de l'infirmerie où se trouvait son fils, intubé et relié aux appareils qui assuraient ses fonctions vitales.

- Oui, Doc ?

- L'hémorragie cérébrale l'a plongé dans le coma. Et s'il est difficile d'envisager les séquelles, son importance me rendent très pessimiste. Les dégâts sont déjà très importants. Même s'il se réveillait, son état… Désolé de le dire de façon aussi crue, capitaine Albator, mais il est préférable que ce fils ne rouvre jamais les yeux !

- Aldie est…

- Votre enfant n'est déjà plus de ce monde, approuva Yul, un peu surpris par le soudain sourire de son interlocuteur borgne et balafré.

- Aldie a d'autres mondes. Et j'espère que les êtres de ces endroits lui viendront en aide… Ils le lui doivent bien, à nouveau, après tout ce qu'il a enduré, et encore tout récemment avec Jélhyriane !


Sous la main qui le secouait doucement, Aldéran souleva ses paupières, à contrecoeur, ce même cœur au bord des lèvres.

- Kwendel…

- Je suis là, mon frère.

- Et moi je ne devrais pas… Est-ce que, cette fois, je vais vraiment mourir ?

- Tu n'en es pas loin… Mais, si je suis venu à ta rencontre c'est parce que je connais une entité dans la mouise et qui en récompense de ton aide te guérirait !

- Comme c'est romanesque ! Quelle entité ?

- Gansheer !

- Et Okranze est sur le sol de son Sanctuaire…

Kwendel s'attrista.

- Oui, il va te falloir l'affronter ! Viens, suis-moi !