11.
Contrairement à Aldéran, Okranze était parfaitement sûre d'elle, le cosmogun à son côté, aussi se dirigea-t-elle droit sur lui, en plein dans la lueur du Sanctuaire au pourtant inexistant soleil.
De fait, pas rassuré du tout mais n'en témoignant rien, il l'attendit, le visage fermé.
- Te revoilà, boîte de conserve !
- Je suis la plus évoluée des Mécanoïdes qui existe ! riposta la magnifique créature, parfaite en tous points vu qu'elle avait d'abord été dessinée sur plans ! J'ai en mémoire le passé, le présent et l'avenir – je les ai tous visités !
- Tu me l'as déjà dit, ta mémoire semble l'avoir oublié, ricana Aldéran n'ayant que les sarcasmes comme moyen de défense, ses techniques de close combat inutiles sur un robot insensible à la douleur sous la fausse peau dissimulant sa structure électronique.
Aldéran se déplaça de quelques pas, tentant une tactique vieille comme le monde d'entraîner son adversaire dans une sorte de cercle d'observation mutuelle avant le combat à mains nues, ou à tir unique de cosmogun de la part de l'un d'eux.
- Inutile, je suis la meilleure, j'ai été programmée pour ça !
- Je sais. Mais on m'a appris à toujours tenter ma chance. Mon père, sur le tard, m'a appris à ne jamais renoncer.
- Si tu veux y croire… Tu es seul, sans arme et Gansheer n'est plus que l'ombre de lui-même – si je peux l'empêcher de s'équilibrer, il deviendra la pire arme surnaturelle de destruction qui soit !
- Je constate que tu t'es trouvée un autre objectif aussi fou que débile à atteindre, persifla encore Aldéran. Mais, fais-moi exploser de rire : tu ne me considères toujours pas comme un adversaire digne de ce nom ?
La jeune femme – qui n'avait évidemment pas changé depuis leur dernière rencontre - sa longue chevelure de jais sans un cheveu gris en dépit de son âge mécanique, au teint de bistre et aux immenses prunelles d'un gris clair, les lèvres d'un rose corail plus doux et les ongles manucurés mais sans vernis – éclata effectivement de rire.
- Toi, un prétendant contre ma propre force ? Je t'ai explosé le genou à notre seule et unique rencontre ! Tu ne seras jamais de ma force. Et j'ai un cosmogun !
- Oui, il semble que la leçon que j'aie à retenir de cette mésaventure est que je doive être capable de me débrouiller sans cette arme fétiche à ma famille, entre quelques privilégiés. Et tu veux toutes te les approprier, je m'en souviens. En ce but la Sennen Joô Râ Andromeda Prométhium t'en a forgé un autre.
- Tu connais Prométhium ?
- Tu es un peu moins révérencieuse et servile, envers elle, soudain… Oui, avec tous les cosmoguns en ta possession. Mais ça n'arrivera pas. Pour ce qui est de ta question : Eméraldas a eu tout le temps de me parler de sa propre famille, de la mère de sa jumelle et elle. Et on en revient toujours à des jumeaux !
- Je ne suis pas ta jumelle !
- Encore heureux, je vais pouvoir t'atomiser sans le soupçon d'un regret, comme si j'en pouvais concevoir à ton égard ! Assez palabré, Okranze, il faut faire parler la poudre !
- Si tu y tiens… grommela Okranze soudain sur la défensive !
Mais à la vue d'Aldéran, même plus un corps d'humain, mais une projection astrale, son corps d'origine mal en point dans son monde, sans même une pierre ou autre objet de défense à la main, elle oublia toutes ses prudences et tira son cosmogun pour le viser au cœur en un tir imparable.
Clio se redressa brusquement, irradiante de lumière dorée, avant qu'elle ne vire au rouge sang et que, rassemblant les jupes de sa longue robe couleur crème, elle ne se précipite sur la Passerelle où se trouvait le capitaine de l'Arcadia.
- Albator, j'ai perçu… !
- Oui, moi aussi. Un cosmogun a tiré.
- Mais, et…
A la totale stupéfaction de la Jurassienne, le pirate esquissa un sourire, pas plus touché que lorsque son Doc Mécanoïde lui avait annoncé la mort cérébrale de son fils roux !
- Albator… s'étrangla-t-elle, tu as perdu la tête ?
- Aldéran avait déjà expérimenté les pouvoirs de son petit monde surnaturel, mais là je crois qu'il s'est surpris le premier !
- Quoi ?
- Clio, j'ai une absolue confiance en Aldéran, qu'il me vilipende ou soit dans le coma ! Il m'a trop épaté, il est trop revenu de tout.
- Même si un jour…
- Possible. Je le sais, ça peut arriver après chaque matin qu'il quitte sa famille. Mais là, il s'agit de son épouvantable petit monde surnaturel.
- On lui a tiré dessus !
- Oui.
- Il est vivant ? souffla Clio.
- Je ne sais pas…
