12.

Ressortant de la Caverne, Kwendel regarda autour de lui, non sans appréhension, sachant parfaitement qu'Okranze avait attendu son départ pour s'en prendre à son ancien jumeau… Sauf que la Mécanoïde était étendue au sol, bras en croix, ne donnant plus aucun signe de vie bien qu'elle ne porte aucune blessure.

- Tout va bien, Aldie ? s'enquit-il néanmoins à l'adresse de ce dernier debout près d'Okranze, dos tourné.

- Oui… Tout comme moi, elle n'a rien vu venir.

- Qu'est-ce qu'il s'est passé ?

- Encore heureux, je vais pouvoir t'atomiser sans le soupçon d'un regret, comme si j'en pouvais concevoir à ton égard ! Assez palabré, Okranze, il faut faire parler la poudre !

- Si tu y tiens… grommela Okranze soudain sur la défensive !

Mais à la vue d'Aldéran, même plus un corps d'humain, mais une projection astrale, son corps d'origine mal en point dans son monde, sans même une pierre ou autre objet de défense à la main, elle oublia toutes ses prudences et tira son cosmogun pour le viser au cœur en un tir imparable.

Okranze cligna des yeux. Bien que sa vue électronique soit infiniment supérieure à celle des êtres vivants, elle n'avait pu percevoir le déplacement d'Aldéran qui avait ainsi évité son tir.

- Comment as-tu… ?

- Gansheer t'a peut-être hébergée, cela ne l'a pas empêché de me souffler le moyen de te battre ! Il m'a dit que ma puissance valait bien la sienne et cela m'a rappelé une vieille évidence : le sol d'un Sanctuaire me permet de m'y battre à armes égales. Et tu vas mordre la poussière.

Aldéran tendit la main et Okranze sentit une force irrésistible lui arracher le cosmogun des doigts.

- Pourquoi Gansheer ne m'a-t-il pas parlé de tout cela ? !

- Il t'a tolérée sur son sol, parce que tu lui étais utile j'imagine, ironisa-t-il en ne la visant cependant pas de l'arme récupérée entre ses mains. Ensuite, tu t'es incrustée.

- Normal, j'avais crashé ma navette à mon arrivée.

- Et maintenant, je vais t'empêcher de poursuivre ton idée fixe de rassembler les cosmoguns, grogna-t-il en projetant une vague d'énergie vers la Mécanoïde.

- Ca a annihilé ses circuits on dirait, commenta encore Aldéran en faisant face à son ancien jumeau. Elle est complètement désactivée.

- Bien joué !

- J'ai réagi par instinct, je n'ai pas eu le temps de réfléchir, s'excusa presque Aldéran.

- Si tu n'avais pas riposté ainsi, c'est toi qui serais allongé là, remarqua son cadet. J'ai eu peur pour toi car je savais qu'elle déboulerait sitôt que j'aurais le dos tourné !

- Tu as réussi ?

- J'ai trouvé la bonne caverne, le « tableau » des cristaux et Gansheer m'a soufflé ce qu'il fallait faire pour rétablir la grille d'origine.

Un long moment, Aldéran demeura les yeux fixés sur son ancien jumeau.

- Oui, Aldie ?

- Pourquoi l'as-tu fait ? Pourquoi, même si Gansheer t'a contacté en premier, pourquoi as-tu accepté, pour me sauver la vie ? Tu ne me devais rien !

- Et je suis un serial killer, c'est ça, en plus du fait que ce soit notre père qui m'ait tué pour t'éviter une mort certaine ? Effectivement, je devrais t'en vouloir pour l'éternité !

- Pourquoi ? insista Aldéran.

- Je me suis souvenu… Ma mémoire avait été effacée, mais depuis mon propre retour à la « vie », mes souvenirs sont revenus : le Purgatoire de Lacrysis, cet endroit abominable, les tortures des zombies… Et tu m'en as fait sortir ! Toi, tu savais encore mieux qui j'étais, tu étais même de l'autre côté de la barrière, mais tu ne m'as pas laissé derrière toi. Et j'ai eu la mémoire effacée pour vivre dans cette campagne paisible ! C'était le seul bonheur que j'ai jamais connu et je te le devais ! Cela non plus, je ne peux désormais plus l'oublier un instant ! Enfin, nous nous sommes battus côte à côte et ça m'a fait plus plaisir que les pires sévices infligés à l'une de mes victimes !

- Tu as de curieux raccourcis, marmonna Aldéran sur la fin de l'argumentation de Kwendel ! Je ne vais pas m'en plaindre néanmoins !

- Attends que Gansheer tienne sa part de marché, remarqua Kwendel avec prudence et bon sens.

Et les deux regards bleu marine se tournèrent vers le petit nuage de brume.

- Entité maléfique, soit, mais je suis de celle qui respecte sa parole, répondit simplement Gansheer. Pour le faire, je vais devoir faire appel à la part féminine en moi.

- Fais appel à ta part animale si ça te chante, mais sauve mon frère ! rugit Kwendel. Et pas d'entourloupe sinon je retourne chipoter à tes cristaux ! Je suis peut-être un néophyte en la matière mais je dispose des mêmes pouvoirs qu'Aldie et je n'aurai pas sa retenue !


Perdu dans ses pensées, ignorant le verre de vin que Clio avait posé près de lui avant de se mettre à jouer de la harpe sans interrompre son silence, le capitaine de l'Arcadia tressaillit violemment quand le médiphone qui se trouvait sur la table émit un signal d'alerte.

Albator bondit sur ses pieds, non plus indifférent et sûr de lui à présent, blême.

- Aldéran…

- Dépêche-toi, pria la Jurassienne. Ayvanère a forcément reçu la même alarme !

Le pirate se précipita hors de l'appartement, se dirigeant vers l'ascenseur, mais Toshiro l'arrêta alors qu'il s'apprêtait à pousser sur le bouton du niveau de l'Infirmerie.

- Inutile, le gamin est sur la passerelle !

- Quoi ? ! C'est impossible !

- Tu prétendais pourtant le contraire, il y a quelques heures de cela !

- Je l'espérais, Toshy, de toutes mes forces, soit, c'est très différent. Tu es sûr ?

- Oui, et j'ai prévenu Ayvanère qui elle aussi courait vers l'Infirmerie.

Le cœur battant, le pirate à la chevelure de neige dirigea son regard vers sa plateforme de commandement, ayant du mal à croire à la vision d'Aldéran à la barre.

- Tu as changé notre cap ? se contenta-t-il de remarquer en s'approchant de son fils pour lui étreindre les épaules avant de le serrer contre lui.

- Oui, j'ai envie d'aller dire bonjour à Sylvarande avant de rentrer chez moi !