16.

L'Unité Anaconda et Jarvyl s'étaient réunis chez Talvérya qui les avait reçus dans sa nouvelle maison, un bungalow au cœur d'un grand jardin qui ravissait la Sylvidre qu'elle était.

- C'était vraiment une histoire de fous, commenta-t-elle alors qu'Aldéran avait expliqué le plan tordu auquel il avait été mêlé en urgence.

- Et que devient Davriskol ? questionna Yélyne.

- Il est redevenu un simple fichier, clôturé. C'était quasiment la partie de trop que j'ai jouée et il était vraiment trop ardu de le laisser « vivre » encore plus longtemps. Il a fait son temps, ramené de considérables informations. La rumeur dira qu'il s'est retiré des affaires après avoir eu aussi chaud aux oreilles sur ce yacht !

- En ce cas, on ne risque plus de voir des Inspectrices venir te passer les menottes ? glissa Jarvyl.

- Pas pour cette raison, en tout cas !

Tous éclatèrent de rire à l'énoncé optimiste, et cynique, de leur ami.

- Le barbecue n'attend plus que vous, annonça Talvérya. Je crois que j'ai pris assez de viande pour goinfrer tout l'AL-99 !

Et hormis elle qui était végétarienne, apprécièrent une fois de plus sa délicate attention.

- Ton père est déjà reparti ? questionna Soreyn.

- Non, je pense qu'il doit ruminer dans son coin.

- Ah, le nanar promis ? Mais il n'y a pas de quoi en faire tout un fromage. Hormis quelques bandes annonces – qui ne sont qu'un montage de plusieurs films déjà existants, un ou deux rares plans avec les comédiens déjà castés – il est encore au stade de la pré-production ! Qu'est-ce que ta famille compte faire contre ça, si ce n'est pas indiscret ?

- Ma mère n'en a encore aucune idée. C'est entre les mains du Service Juridique de Hoby.

- Et toi, tu ne vas rien faire ?

- Je serais bien tenté de dégommer tout ce monde à coups de cosmogun mais là on me repasserait bien les menottes aux poignets ! Et inutile de rêver d'aller passer lesdits castings, puisqu'ils n'ont toujours pas trouvé leur acteur principal, afin de postuler au rôle de mon père – je n'ai autant talent de comédien, encore moins de temps à perdre, sans compter surtout que je suis bien plus âgé que ne l'était mon père du temps de sa guerre contre les sœurs de Talvérya ! Il faut parfois laisser les choses suivre leur cours…

Soreyn resservit son ami du vin blanc issu des cépages de la planète-jungle de la jeunesse de Sylvarande.

- Après-demain, Ayvi et toi…

- Nous allons au Le Foyer.

- Vous en ramènerez le gamin ?

Aldéran eut un petit rire.

- Soreyn, nous n'allons pas acheter une botte de carottes ! Il s'agira d'un premier contact avec le premier nom de ceux que la Directrice a sorti en fonction de notre profil et de celui de ses petits pensionnaires. Si ça se passe bien, il y aura une deuxième rencontre.

- As-tu idée de pourquoi ce serait cet Albior ?

- Pas la moindre… En revanche, je devine parfaitement ce que Hoby doit nous annoncer demain midi !

- Il se marie, avec cette Syphèle Nor Jekse.

De la tête, Aldéran approuva.

- Certainement !

- Et tu te sens bien, pas l'ombre d'un malaise, elle ne t'a pas empoisonné ? gloussa Soreyn.

- Soreyn, tu es viré ! pouffa Aldéran.

- A nouveau ? Bon d'accord !


Hoby avait accueilli ses frères et sa sœur à son penthouse, ses parents les rejoignant peu après.

- Ca fait plaisir que nous soyons tous rassemblés ! lança le cadet des enfants.

- Et je constate que vous avez tous deviné, ajouté Syphèle.

- Ben, soit c'est un heureux événement, soit votre mariage, glissa Karémyne. Ou alors, les deux !

- Ah non, bien que cela soit aussi dans nos projets immédiats, nous allons d'abord nous unir, sourit Hoby, aux anges.

- Nous en sommes très heureux pour vous deux, assura son père.

Syphèle avait apprécié que chacun prenne place sur la terrasse couverte, avec une décontraction naturelle comme à leur venue à toutes les invitations, ayant apparemment anticipé et bien pris la raison de cette soirée.

La jeune femme apporta les petits plateaux avec les amuse-bouches de l'apéritif que servait Skyrone qui avait demandé les envies de tous – Hoby tenant de façon précieuse à cette action afin de ne pas mettre son frère roux sur la défensive vu sa précédente expérience.

- Hoby et moi comptons nous unir dans six mois !

Et tous applaudirent les futurs promis.

Hoby glissa ses bras sous ceux de ses deux frères alors qu'ils se dirigeaient vers la table.

- Et vous, vous serez mes témoins !

Aldéran eut un petit rire.

- Heu, précise-le encore une fois, Hoby : il s'agit bien de ton mariage, pas d'un duel à l'ancienne ? !

- Espèce d'idiot ! s'amusa le cadet de la famille alors que, à ces derniers mots, son père passait machinalement le doigt sur la balafre de sa joue (1)

Mais hormis Karémyne, personne n'ayant remarqué le réflexe du pirate à la chevelure de neige, Hoby sourit encore largement à son frère roux.

- Et, demain, Ayvi et toi…

- Oui, fit Ayvanère, la voix chargée d'émotion, un bonheur infini dans ses prunelles d'émeraude, même si elle aussi avait en un réflexe posé ses doigts sur son ventre qui serait à jamais vide de vie. Albior nous attend !

- Albior ! tressaillirent ses frères et sa sœur.

- Oui, un prénom qui sonne agréablement. Mais, reste à voir si le courant passera… Un si jeune enfant, si sensible, cela sera ardu…

- Nous espérons tous trouver notre famille, nous attendons patiemment et avec tant d'impatience à la fois, tant d'espoir surtout… Et quand on s'intéresse à nous, quelque chose passe et on veut enfin y croire ! glissa Hoby. Je suis passé par là, je vous ai eu, vous tous, et je vous dois tous mes bonheurs ! Le vôtre, cet Albior, est là pour vous, Aldie et Ayvi ! Il sera sûrement un fils merveilleux et vous serez des parents aussi formidables que ceux qu'admirent Alguénor et Alyénor.

Trop émus que pour dire quoi que ce soit, Aldéran et Ayvanère se contentèrent de se serrer la main avec la complicité sereine d'année de mariage et d'amour infini – Albator et Karémyne, Skyrone et Delly, les ayant imités sans s'en rendre compte.

(1) Voir la mini-fic « La cicatrice de l'amour »