Nicolas Venturi ouvrit la porte et s'effaça pour me laisser entrer. Il alluma la lumière. Le hall était très spacieux. Je remarquais qu'il y avait de nombreux tableaux d'art qui ornaient les murs. Quelques statues étaient présentes au niveau du grand escalier qui menait à l'étage. Je me retournais et me suis mise à la contempler un nouvelle fois.

Ses traits du visage étaient extrêmement bien dessiné. Sa peau pâle était pratiquement laiteuse... Immaculée comme la neige. Malgré cette pâleur presque maladive, je trouvais qu'il avait un certain charme. La couleur de ses iris avait changé. Ils étaient noirs... Noirs comme l'ébène. Un magnifique noir profond... Je m'avançais vers lui silencieusement. Il se tourna lentement vers moi et un sourire naquit sur ses lèvres fines. Je soupirais... Comment pouvait-il être aussi... Attirant?

"_ Souhaitez-vous dormir ou voulez-vous que je vous prépare quelque chose à manger ou à boire?

_ J'aimerais bien une tisane, si cela ne vous dérange pas, acceptais-je, gentiment.

_ Nullement, dit-il avec sa voix suave. Autrement je ne vous aurais pas demandé de rafraichissement."

Je rougis automatiquement et souriais bêtement.

"_ Vous resplendissez comme l'astre solaire lorsque vous souriez."

Euh... Qu'est-ce que je dois dire? Ecarlate, je l'étais déjà... Je me balançais timidement sur mes pieds. Un coup à droite... Un coup à gauche... Il m'a fait un compliment... Il m'a fait un compliment! Je n'en revenais pas... Ou plutôt... Mon cerveau ne fonctionnait plus... Je repris peu à peu mes esprits car il le fallait. Wouah! C'était très flatteur venant d'un homme d'une beauté inhumaine. Peut-être le remercier serait une bonne chose non?

"_ Merci."

Nicolas Venturi se saisit de ma main et m'entraina vers une pièce qui se trouvait à gauche du hall. La cuisine sans doute? Comparé au hall qui était resté dans le style romantique, la cuisine, elle, était équipée d'électroménagers nouvellement sortis. De beaucoup de rangements aussi. Les meubles étaient noirs et les murs blancs. Cela ne faisait pas trop sombre. Au milieu de la cuisine se trouvait un grand ilot où des tabourets se trouvaient. Wouah... Si j'avais tout ça dans ma cuisine, je n'en sortirais plus. Cela arracha un nouveau rire de la part de l'inspecteur de police.

C'était vraiment très étrange. On dirait vraiment qu'il lit dans mes pensées. Est-ce que cela me gêne? Je réfléchissais à cette question. Non. Etrangement non. Enfin, je ne savais même pas s'il lisait mes pensées mais si c'était le cas... S'il affirmait qu'il avait cette faculté... Je ne sais pas comment je réagirais. Je sentis son regard sur moi. Sur mon cou. J'eus un picotement dans toute ma nuque. Agréable... Si agréable. Je me demandais comment je faisais pour éviter de l'embrasser. Je le vis sourire. Il me semble vraiment étrange. Et pourtant, c'est cette bizarrerie qui m'attirait incontestablement vers lui. Ce fut à son tour de tressaillir. Une nouvelle vague de chaleur naissait au fond de moi. Est-ce que c'était de l'attirance physique ou... Ou bien autre chose? Est-ce qu'il ressentait la même chose que moi? Ou c'était juste un de mes gènes qui défaillait? Je me pinçais les lèvres.

Dans un caisson du haut, il prit une grande tasse puis il fit chauffer la bouilloire. Ensuite il y avait une grande colonne où se trouvait les pâtes, les conserves, les céréales, le sucre, la farine, le thé et le café... Bref, tout ce qu'on peut trouver dans un placard quoi. Il se tourna vers moi, toujours avec ce sourire coquin. Coquin? Était-il en train de me draguer? Si c'était le cas... Euh... Qu'est-ce que je dois faire? En voyant ma réaction, il se mit à rire de moi. Je rêve ou il passe son temps à se moquer de moi?

"_ Vous êtes vraiment amusante.

_ C'est ce que je suis en train de constater à mes dépends, fis-je de mauvaise humeur.

_ Oh! Je ne voulais pas vous vexer..."

Je lui jetais à coup d'œil. C'est quoi cette moue enfantine? Il voulait se faire pardonner... Ce fut à mon tour de me moquer de lui ce qui le vexa encore plus.

"_ Oh! Je ne voulais pas vous vexer, répétais-je en mettant ma main devant ma bouche pour cacher mon sourire."

Il me foudroya du regard puis nous éclatâmes de rire. Il vint rapidement auprès de moi. Trop près d'ailleurs. Je le repoussais doucement. Non, mon petiot, tu ne m'auras pas comme cela... Je peux être très coriace à ce jeu-là. Je l'entendis soupirer. Je sentis alors qu'il mit plusieurs de mes mèches de côté et commença à embrasser mon cou de ses lèvres glacées. Je frissonnais de plaisir... Qu'il était entreprenant! Comme dans mon rêve... Je le sentis sourire une nouvelle fois sur ma peau. Ma raison me disait non... Mon cœur et mon corps le contraire... Tant pis. J'avais fait mon choix. Je penchais mon visage sur la droite pour qu'il puisse avoir une meilleure accessibilité à mon cou. Il resserra ses bras sur ma taille. Comme pour m'inviter à rester auprès de lui. C'était très tentant... Ses baisers étaient si doux... Si intense... Si profond... Je fermais les paupières. Je voulais m'abandonner à lui... Tant m'ouvrir à lui...

NON! Je le repoussais brusquement.

"_ Je ne pense pas que cela soit une bonne idée, Inspecteur Venturi, coupais-je froidement alors que mon corps était en ébullition.

_ Je suis désolé, je... Je me suis laissé emporter, s'excusa-t-il en étant un peu déboussolé par ce qu'il venait de faire. Cela ne se reproduira plus."

Il prit ses distances. Très rapidement. Il me servit ma tisane à la camomille puis me conduisit à l'étage. Sans un mot. Cela me blessa. Sa voix me manquait. Je soupirais. Je l'avais mérité. Joana m'aurait passé un savon pour ce que je venais de faire. Je baissais les yeux sur le sol tout en suivant mon guide. Nicolas Venturi ouvrit la porte de mes appartements et d'un coup je me pétrifiais sur le seuil. C'était une vraie chambre de princesse... Le lit en baldaquin, les tapisseries sur les murs. Très joliment brodées. J'entrais dans la pièce un peu hésitante.

"_ A quelle heure comptez-vous rejoindre vos amis à Guéret? Demanda-t-il avec une note de froideur que je ne compris pas.

_ Aux alentours de 11h30. Vous me laisserez sur la place de la Poste. Je n'ai pas besoin de garde du corps, répondis-je sur le même ton.

_ Je vous souhaite bonne nuit.

_ Oui, c'est cela. A vous aussi."

Je clignais des yeux. Pourquoi? Mais pourquoi fallait-il que je le renvoie sur les roses? J'allais m'excuser lorsque la porte s'ouvrit une nouvelle fois. Il était là, la visage grave et triste. Qu'est-ce qu'il avait? Je me rapprochais de lui. Un peu touchée par ce qu'il pouvait ressentir. Je posais ma main sur son avant bras, espérant qu'il ne me rejetterait pas. Au contraire, il se mit à genoux devant moi tout en me regardant dans les yeux.

"Je vous prie de m'excuser

J'aimerais tant que vous m'ouvrez votre cœur

Je nagerais en plein bonheur,

Je souhaiterais tant vous courtiser,

Si vous me donnez la permission d'être votre âme-sœur."

Je reculais abarsourdi par cette déclaration. Comment? Il... Il... Il veut me faire la cour? Comme un chevalier à sa dame? Je le dévisageais sans ménagement. Et une seule question me vint à l'esprit. Pourquoi moi? Je... Je n'étais pas comme lui. Je n'étais pas née dans la même couche social. Je... Je n'étais qu'une étudiante encore. J'allais retourner faire mes études à Lyon. Je... Je ne sais pas... C'est trop brusque. C'est trop tôt... Nous ne nous connaissons pas. Nous ne savons même pas si nous avons des points en commun.

"_ Si je vous dis non, allez-vous réagir comme Sébastien? Questionnais-je en reculant."

Nicolas Venturi se leva d'un bond. Son visage se défigura à cause de la colère. Il m'envoya un regard noir qui me fit glacer mon sang. Je soupirais. J'avais raison. J'aurais dû rester avec mes amis. Et ne pas le suivre... C'était une de mes plus grosses erreurs.

"_ Me comparer à ce scélérat? Siffla-t-il, rageusement. Ce n'est point dans mon éducation, jeune fille."

Je l'avais plus que blessé. Quelle idiote! Il était un inspecteur de police! Il n'avait rien avoir avec Sébastien. Pourquoi l'avais-je comparé à lui? Je m'avançais vers lui. Un peu hésitante. Il émanait une aura assez... Sombre. Cela me fit presque peur mais mon cœur ne s'affola pas. A mon plus grand étonnement. Je lui prenais ses mains. Je voulais tellement qu'il voit que j'étais désolée... Je ne voulais pas le blesser. Je ne voulais pas... Lui faire du mal... Mais il me repoussa et partit de mes appartements.

Pourquoi avais-je ce sentiment que je l'avais trahi? Pourquoi la douleur était-elle aussi amère qu'une rupture? Pourquoi avais-je le pressentiment de l'avoir perdu?