Le lendemain matin, je me levais et descendis dans la cuisine. J'avais mal dormi. Mon sommeil avait été très agité. Entre les cauchemars avec Sébastien et la rupture fictive entre l'inspecteur et moi... Cela m'avait beaucoup choqué. Peut-être était-ce le choc? Peut-être... En me rendant dans la pièce, je me suis rendit compte à quel point la demeure était gigantesque. Comment avait-il pu acheter ce manoir alors qu'il était assez "jeune" pour acquérir ce genre de possession, non? Après cela pouvait être un héritage ou une demeure familiale... Je l'ignorais complétement.
J'ouvris le placard où se trouvait le thé avec hésitation. Peut-être que je devais l'attendre pour avoir l'autorisation de me servir? Je reposais le sachet de thé sur l'étagère. Je préférais l'attendre que de me servir comme une voleuse. Je m'assieds sur le tabouret et l'attendis patiemment. Je jetais un coup d'œil autour de moi. La cuisine était vraiment grande. Il y avait même une ouverture sur le parc. Je me pinçais les lèvres. Je devrais peut-être faire une petite balade matinale pour ouvrir l'appétit. Je tournais la poignée et...
"_ Avez-vous déjeuné? Demanda la voix suave de l'inspecteur."
Je sursautais et m'écartais de la sortie. Je ne l'avais même pas entendu entrer! Comment... Est-ce possible? J'avais pourtant fermé la porte. Mon cœur prit de la vitesse. J'avais peur de son regard. Je le sentais. Il me fixait mais j'ignorais de la manière dont il le faisait. Cela m'importait peu. Après tout... Je l'avais cherché et je l'avais mérité. Je ne voulais pas rechercher la confrontation donc je m'étais mise à contempler mes pieds qui valsaient. Un coup à droite, un coup à gauche. Je remarquais aussi que j'étais incroyablement faible lorsque j'étais en sa compagnie. Je... Je ne sais pas d'où venait ce sentiment mais quelque chose me disait qu'il... N'était pas ce qu'il prétendait être.
"_ Je n'ai pas très faim, avouais-je en croassant."
Il se déplaça tellement silencieusement que je fus surprise d'entendre l'eau coulée pour préparer son thé. Je devrais profiter de cet instant pour ... M'excuser? Ce serait bien mais je ne savais pas s'il m'en voulait encore. Il posa la tasse de thé sur l'ilot centrale.
"_ Vous avez petite mine.
_ J'ai mal dormi. A cause... Du choc... Peut-être..., bredouillais-je.
_ Oui... Sûrement à cause du choc, répéta-t-il de mauvaise grâce."
Oui. Tout compte fait, il m'en voulait toujours pour cette nuit. Je ne savais pas quelle expression il faisait. Peut-être avait-il encore ce visage colérique? Ou grave? Je fermais les paupières. J'aurais aimé être ailleurs qu'ici. Pourquoi maintenant que je suis toute seule avec lui, je me sentais comme désarmée? J'avais la désagréable sensation d'être... Une proie. Un raclement se fit entendre. Cela me fit lever les yeux vers lui. Ses yeux étaient d'un rouge sang. Un beau rouge. Je fus irrémédiablement attirée vers lui. Je m'étais avancée sans même en prendre conscience.
"_ Thé au citron comme vous l'aimiez."
Je clignais des paupières. Comment le savait-il? Je fus incapable de reculer. J'étais inexorablement attirée par lui. Comme si une force inexplicable exerçait sur moi. Comme s'il était le centre de mon univers. Il tendit ma boisson vers moi. Je regardais ce qu'il venait de faire les yeux comme des soucoupes. Euh... Je crois que j'ai manqué un truc. Comment un inspecteur de police puisse savoir mon thé favori alors que je ne lui ai rien dit?
Nicolas Venturi haussa un sourcil, interrogateur, puis soupira. Je sentis que l'air était un peu plus détendue mais j'avais toujours cette crainte qui me tailladait le corps. Il me prit la main. A ce contact plutôt inattendu, j'émis une petite exclamation. Il.. M'avait pris la main... Mon cœur se remit à battre la chamade. Heureux. Heureux? Heureux pour quoi? Pour quelle raison? C'est comme s'il m'avait pardonné, non? Il serra plus fortement ma main en fermant ses paupières. Je le vis se pincer les lèvres puis il poussa un très grand soupir. Comme si ce qu'il allait me dire était vraiment très grave.
"_ Je n'ai pas été très correcte avec vous cette nuit, Lys. Je... Le fait que vous m'aviez comparé à ce mécréant... J'aurais dû comprendre que vous étiez en état de choc. Vous venez d'apprendre que votre ami allait... Vous violer.
_ J'ai aussi ma part de responsabilité, interrompis-je, sèchement. Vous n'êtes en aucun cas comme Sébastien. Vous êtes quelqu'un de bien, je le sais."
C'était sincère. Je perçus au même instant une petite pression sur ma main. Comme s'il m'avait répondu gestuellement. J'étais persuadée qu'il lisait dans mes pensées. Nouvelle pression sur ma main. Douce et accueillante. Ce geste, quoique minuscule, était comme pour me dire que j'avais raison. Qu'il lisait vraiment dans mes pensées tactilement. Mon cœur ne cessait de prendre de la vitesse... J'aimais ce qu'il me faisait. J'aimais les sensations qu'il m'offrait. Je levais les yeux vers lui. Vers son visage. Sa tête était un peu penché vers l'avant. Ses cheveux mettaient en valeur son visage doux. J'eus envie de toucher sa joue. Et cette envie grandissait de plus en plus.
Non... Non, Lys... Tu n'as pas le droit de faire cela. "Mais il est aussi attiré par toi, fit une toute petite voix".
Je perçus alors qu'il était en proie à des spasmes. Pas très grave vu que ses yeux exprimaient du plaisir. Du plaisir à tenir ma main? A m'avoir avec lui? Lui apportais-je réellement quelque chose? Si c'était vrai... Alors... Je suis plus que ravie.
"_ Vous le pensez réellement, Lys?
_ Oui."
Sincère encore une fois. Pourquoi cette question? Il m'avait sauvé la vie. Il m'avait protégé. Donné un refuge. Alors oui, il était un homme bien. Nos yeux entrèrent en contact et il souriait. Un peu tristement.
"_ Ne le pensez-vous pas de même?
_ Je suis italien à l'origine. J'ai eu des problèmes avec la mafia de ma terre natale... Et j'ai dû changer de nom pour vivre tranquillement ici. Pour refaire ma vie, déclara l'homme qui se tenait en face de moi."
Sa voix était meurtrie. Blessée. La mafia? Il avait des ennuis avec la mafia? Je me rapprochais de lui. Il écarquilla les yeux lorsque j'enroulais mes bras autour de son torse. Je voulais tellement le réconforter. Le consoler. Sa famille devait lui manquer. J'avais envie de rester auprès de lui pour le protéger. A ma manière. S'il me laissait une chance d'être avec lui. Il répondit à mon étreinte. Je me souviens alors de ce qu'il m'avait dit pendant la soirée...
"_ Comment votre famille vous appelle-t-il? Ne m'avez-vous pas dit qu'il n'était pas commun?"
Silence. Je sentis son souffle glacé sur mon cou. Puis il montait lentement vers le creux de mon oreille. Mon sang affluait très rapidement de mes veines. S'il savait ce qu'il me faisait comme effet... Il serait sans doute très flatté. A moins qu'il le sache. Et là, je pense que je peux prendre mes jambes à mon cou.
"_ Aro. Aro Volturi.
_ Puis-je vous poser une question, Aro Volturi?"
Nous reculâmes un peu pour nous contempler. J'eus un frisson. Pas de crainte. De plaisir. Rien que du plaisir.
"_ Vous venez de le faire, Lys? Mais posez donc.
_ Pourquoi me le dire à moi? Je pourrais très bien être... Une personne de la mafia."
Ses yeux rouge se planta dans les miens. Si intenses. Si fougueux que j'ai failli perdre l'équilibre. Comment... Comment pouvais-je avoir autant de sensation rien qu'en le regardant?
"_ Un: Vous n'avez pas l'apparence d'une de ses crapules. Deux: Le caractère non plus. Et trois..."
Nouveau silence... Il passa sa langue entre ses lèvres. Il se pencha à nouveau vers moi et fit à mon oreille:
"_ Je sais que vous ne me trahirez jamais."
