Nous nous regardâmes pendant un moment. Il me souriait ouvertement puis il glissa ses yeux sur mon cou. Cela me mit un peu mal à l'aise. Cela faisait plusieurs fois que son regard s'était abaissé sur mon cou. A quoi pensait-il? Cela me stressait quelque peu... Non... Rectification: mon stress augmentait de plus en plus que mon rythme cardiaque. Ses lèvres se pincèrent doucement. Ses yeux changèrent d'expression. Il semblait être absent. J'avais l'impression aussi qu'il avait arrêté de respirer. Était-il anxieux? Pourquoi m'observait-il comme cela? Je haussais un sourcil, interrogateur. A moins qu'il essayait de me déshabiller du regard sans que je sois gênée par sa manœuvre de séduction? Je sentis mes joues rosir. Vraiment... Il s'y prenait d'une étrange façon...
J'aurais aimé avoir plus de réponse à propos de lui. Il me paraissait tellement mystérieux. Tellement étrange. Comme s'il me cachait un secret. Un lourd secret. Et qu'il ne voulait pas que je le découvre ou alors... Ses yeux se levèrent pour me fixer. Oui. J'avais vu juste. Il cachait un secret. Lequel? J'inclinais ma tête sur le côté tout en le contemplant sagement. Il paraissait amusé par mon comportement. Il devait sans doute se dire que je ne trouverais jamais son secret et que j'allais me fracasser le nez dans un mur. Cela lui décrocha un ricanement assez cristallin. Eh ben... Il lui fallait peu de chose pour le divertir. A moins que cela ne soit qu'une façade. Son sourire se figea. Je sentis alors que ses muscles se rétractèrent sur ma main. Il était crispé. Pour quelle raison? Je l'ignorais. Ou avais-je vu juste?
Son regard se fit plus sombre. Ses pupilles ne me quittèrent pas d'une seule seconde. Ses traits du visage, si angéliques quand il était calme, étaient crispés. Mon corps me disait de fuir tant qu'il était encore temps mais je ne voulais pas. Je voulais savoir. Je tentais de retirer ma main de son emprise. En vain... Punaise! Il a une poigne de fer! Impossible d'enlever ma main! Ma seconde main se posa sur la sienne pour que je puisse libérer celle qui était prisonnière. Malheureusement... Il recouvrit ma main de sa seconde main. Prisonnière, je l'étais maintenant... J'essayais de me débattre un peu. Me tortiller un peu à droite, un peu un gauche pour qu'il puisse me lâcher prise. Cela ne servait pas à grand chose... Je m'immobilisais et le contemplais une nouvelle fois...
Qu'il pouvait être susceptible! Je ne pouvais même pas penser tranquillement. Emettre des hypothèses était quasiment impossible puisqu'il se braquait immédiatement. Tout compte fait... Je ne pense pas qu'il soit bien pour moi. Je savais que s'il était susceptible et qu'on aurait été ensemble, je risquerais de lui rentrer dans le lard une bonne vingtaine de fois dans la journée...
Aro écarquilla soudainement les yeux. Surpris? Pff... A quoi bon. Ce n'était plus mon problème. Je ne souhaitais pas être en relation amoureuse avec un susceptible. Pas avec lui en tout cas. Je sais que je serais jalouse de toutes les femmes qui essayeront de l'attirer dans leur lit. Peu à peu, je sentis ses muscles se détendre. Il me lâcha immédiatement. Je réprimais un sourire. Je m'éloignais de lui. Il le fallait. Je ne pris même pas ma tasse de thé qu'il avait si gentiment préparé. Pff... Il n'avait pas besoin de se montrer courtois. Il était juste comme les autres hommes. C'est tout. Je sortis de la pièce sans même lui jeter un regard. Après tout, il n'était pas le centre du monde - bien que mon cœur criait fortement que c'était le cas mais je préférais ne pas l'écouter. Je me dirigeais vers ma chambre pour prendre mon sac à main et je commençais quitter le manoir sans avertir l'inspecteur de police. Il était neuf heures... Pourquoi n'était-il pas déjà au travail? Il n'avait pas l'air pressé d'être en retard à son boulot. Ouais... J'imagine que sa patronne devait le couvrir. En échange de quoi? Quelques nuits bien torrides...
Enfin de compte il était comme tous les autres hommes... A vouloir avoir toutes les femmes dans leur lit et les barrer de leur liste une fois que l'acte physique s'est terminé. Non... Je ne voulais pas de cet homme-là. J'avais besoin de tendresse et d'amour. Et lui ne saura pas m'en donner... J'en étais persuadée. Dans mon inconscient, mon esprit me disait qu'il n'était que mensonge. Qu'il jouait un rôle. Quel rôle? Peut-être que je le découvrirais mais en aucun cas je le laisserais m'approcher aussi près qu'hier soir. Il était hors de question que je lui donne ce qu'il souhaitait avoir. Si ses sentiments sont sincères, ce que j'en doute fort puisqu'il serait capable de coucher avec n'importe quelle femme pour rendre jalouse celle qu'il a dans sa ligne de mire, je pourrais peut-être changer d'avis. Or, je ne pense pas que cela soit le cas...
Cependant, mon cœur s'était épris de lui. Je le sentais. Je le savais mais quelque chose me disait de ne pas aller avec lui. Peut-être mon instinct de survie, qui sait? Et cela m'attrista. Je ralentis ma démarche. Un peu peinée... Je voulais tant le revoir. Je me retournais une dernière fois pour observer son immense propriété. Elle était très belle. Je soupirais. J'entendais l'eau qui coulait d'une fontaine. Au loin, près de l'aile est du manoir, je pouvais apercevoir une tonnelle en fer forgé avec de mobilier de jardin. Je me pinçais les lèvres. J'hésitais... Je ne comprenais pas moi-même... La raison pour laquelle j'hésitais d'agir. De partir. Mon cœur voulait rester ici. Auprès de lui...
Je décidais alors de visiter le parc. Au moins, il saura que je ne me suis pas perdue. Que je suis encore en sécurité puisque je n'avais pas quitté sa maudite propriété. Je soupirais. Comment pouvais-je être aussi fascinée par cet homme? Je ne le connais pas. Il ne me connait pas. Nous ne nous connaissons pas. Alors pourquoi?
J'arquais un sourcil. Je sais. Je m'interroge. J'ai le droit non? Bon... Quand même... Cette histoire avec la mafia italienne. Je trouve ça louche... S'il voulait recommencer sa vie, il ne fallait pas qu'il soit inspecteur de police, si? Non... Il me cachait quelque chose d'autre. Quelque chose de bien plus important. Je doute que la mafia est quelque chose là dedans. Et puis... La manie qu'il a de toucher une parcelle de peau d'une personne... Cela me tracassait. C'est comme s'il ne pouvait pas s'en empêcher de s'incruster dans la vie des gens. Dans l'esprit de ses proches. Et en plus de cela je sentais qu'il n'était pas honnête avec moi. Cependant, je sentais que ses gestes, ses regards étaient... Rempli de tendresse. Quand il ne se braquait pas, évidement!
Je soupirais... Je ne voulais pas partir d'ici. Je me sentais étrangement en sécurité même si des fois, je me sentais... En danger en sa présence.
"_ Pensive? Demanda une voix suave que je pouvais reconnaitre entre mille."
Je ne voulais pas lui répondre. Pas pour l'instant...
"_ Voulez-vous que je vous dépose plus tôt chez votre amie?"
Pourquoi pas... Je ne l'aurais plus... Je ne le verrais plus... Une sonnerie retentit. Ah! Mon portable! Tiens, c'est Lucy.
"_ Salut Lucy!
_ Salut Lys. Nous avons un petit problème. Sébastien est là et il semble t'attendre. D'un accord commun avec les autres, on s'est peut-être dit qu'il faudrait mieux que tu restes où tu es."
Ainsi, ils préféraient me voir en sécurité. Je baissais les yeux sur le sol.
"_ Ok. Merci.
_ Je sais que tu aurais fait cela à chacune d'entre nous, Lys, répondit Lucy doucement. Tu n'es pas le genre de fille qui laisse tomber ses amies.
_ Au contraire, ceux qui vous embêtent sont directement maudits, plaisantais-je.
_ Oui, maman. Je sais... Oui, ne t'inquiète pas. J'irais chercher Julien. Oui..."
Ok. Lucy me disait donc de raccrocher car Sébastien était dans les parages.
"_ Merci pour tout. N'oublie pas de remercier les autres de ma part.
_ Oui, je le ferais. Ne t'inquiète pas... A plus. Bisous, m'man."
Je me retournais vers l'inspecteur de police et fis:
"_ Je crains que je vais devoir rester en votre compagnie un peu plus longtemps que prévu.
_ Ah... Changement de programme?
_ Effectivement. Sébastien est venu à l'appartement de Lucy. Il doit se douter que je suis quelque part.
_ Il ne faudrait pas qu'il se venge sur vos amis. Je vais contacter le commissariat.
_ Ne devrais-je pas rentrer chez moi?
_ Non. Il le saura tôt ou tard. Ici, vous êtes en sécurité. Ma collègue a déjà prévenu vos parents du risque que vous encourez."
Je fermais les paupières. Je ne peux même plus les voir... C'est ça? Aro crut comprendre ce que je ressentais. Je le sentis venir à moi. Ses bras enlaçaient ma taille. Doucement. Comme s'il avait peur que je me brise sous lui. Aro... Non... Je ne pouvais pas tenir ce que j'ai dit. Ma place était auprès de lui. Il mit une de mes mèches sur le côté. Le bout de ses doigts toucha ma peau. Je tressaillis. Lui aussi. Sa respiration se fit plus rapide. Haletante. Je levais les yeux vers lui. Ses iris étaient sombres.
"_ Ma demeure est la vôtre, Lys."
