Aro me relâcha et disparut de l'autre côté du rideau. Je pense qu'il allait me prendre une autre robe. Celle-là ne lui plaisait pas? Je ne comprends pas... A moins que... A moins qu'il était en train de me faire une nouvelle garde robe. Je piquais un fard. Il était en train de se ruiner pour moi? Mais il ne fallait pas qu'il fasse cela. J'enlevais rapidement la robe et commençais à me rhabiller. Il était hors de question qu'il paye tout ça! J'allais sortir de la cabine d'essayage qu'il apparut avec plusieurs autres robes, pantalons, hauts de tout genre...
Je fermais les paupières... Oh mon dieu! Où suis-je tombée?
Aro me referma dans la cabine avec ses nouvelles trouvailles. Je soupirais une nouvelle fois... Agacée... Je pris une robe en macramé et m'habillais rapidement. Vivement que cela se termine. J'en avais marre et je ne voulais pas qu'il achète tout cela! Pas pour moi! Et qui dit qu'on restera ensemble? C'était un geste complétement inutile! Inutile!
La robe était ceinturée à la taille ce qui mettait ma poitrine en valeur. Le décolleté était moyennement profond. Les manches avaient des fentes qui mettaient en évidence mes épaules. Il avait le don de prendre des robes qui mincissait ma silhouette et du premier coup d'œil en plus! Au lieu d'être inspecteur, il aurait pu être vendeur de prêt-à-porter féminin. Sale pervers! Le macramé était présent sur les pans de la robe et sur les manches. La tête de mon garde du corps passa une nouvelle fois dans la cabine. Le sourire toujours sur les lèvres. Il devait s'en douter que je ne voulais pas rester plus longtemps ici. Et en plus, il s'amusait avec mes nerfs!
"_ Siete magnifici, mia cantante."
Et voilà, maintenant, il me parlait italien. A mon avis, il s'est encore répété... Ainsi, il me trouvait magnifique? Je n'étais pas aussi belle que lui.
"_ Je vous aime, mia cantante."
Mon cœur fit un bond dans ma poitrine. Mon corps irradiait. Réagissait automatiquement à sa voix. Je me tournais vers lui aussi rouge qu'une tomate.
"_ Je vous aime aussi, Aro."
Il prit mon visage dans ses mains et me déposa ses lèvres sur ma bouche. Je tressaillis.
"_ Je ne veux pas que vous payez tout cela. Je... Je ne veux pas que vous vous ruinez pour moi.
_ Avez-vous seulement vu où je vivais?"
Qu'est-ce qu'il me disait? Qu'il était friqué aux as et qu'il pouvait tout acheter?
"_ Je me sentirais mal de vous voir acheter tout cela. Surtout que... Je ne saurais pas comment vous... Rembourser.
_ Vous me rembourserez d'une autre façon.
_ Ah oui? Et comment?
_ Vous allez donner votre sang. Un litre par semaine. C'est pour un organisme caritative."
Je clignais des paupières. Du sang? Pourquoi du sang? Je frissonnais... Un litre de sang par semaine. Cela fait beaucoup. Et puis mon organisme pourrait ne pas supporter. Je ne sais pas... Je n'avais pas encore fait de don de sang mais... Un litre par semaine? N'était-ce pas excessif? Apparemment, je le regardais bizarrement et cela avait l'air de le gêner.
"_ Et si je refuse?
_ Vous me payerez en nature?
_ En nature? Vous voulez dire... En...?"
Son sourire se fit mystérieux. Ses yeux rieurs me déshabillaient encore une fois. Me faisant vibrer encore. Et encore... Ces vagues de chaleur ne me quittèrent pas. Il entra dans la cabine.
"_ J'ai vraiment envie de vous, Lys. Vous êtes une femme adorable. Mais je ne vous veux pas que physiquement. Je vous veux toute entière. Vous avez une beauté intérieure époustouflante."
Aro me couvait du regard. Tendrement. Il me fit signe de faire un tour sur moi-même. Je compris qu'il était sérieux. Qu'il avait toujours été sérieux dans ses dires. Pourquoi avoir des doutes?
"_ Evidemment, j'attendrais que vous soyez prête pour cela. Je ne veux pas vous forcer.
_ Vous n'êtes pas le genre de personne à forcer n'importe qui à être entre vos jambes, fis-je automatiquement. Vous êtes bien trop respectueux..."
Trop respectueux... Peut-être cachait-il réellement quelque chose... Comment cela se fait-il qu'il ait un manoir alors qu'il a fuit de chez lui? C'était louche tout ça...
"_ Je n'apprécie guère qu'on me domine. Et je déteste qu'on enfreint les règles établies par mes... Le pays, déclara-t-il durement. Alors si une personne enfreint la loi, je n'hésiterais pas à le pourchasser pour qui puisse assumer sa peine."
Nous nous regardâmes longtemps. Ses yeux s'étaient assombris. Trop à mon goût. Je sentais comme une aura de cruauté qui l'enveloppait à cet instant. Je reculais un peu effrayée par ce que je ressentais. Oui... Aro savait être effrayant... Mais je doute qu'il avait envie de me faire peur. Si? Son visage était impassible. Ses yeux n'exprimaient plus rien. Il ressemblait plus à une statue. A un visage d'un prince des temps de l'Antiquité... Ses iris... N'avaient plus cette tendresse... Cela me submergea...
"_ Tu as vu Catherine? Il est plutôt beau gosse...
_ Beau gosse? Attends... C'est carrément un sex-symbol. Tu sais s'il est célibataire?
_ Je l'ai vu en train de choisir des vêtements pour une jeune femme. Elle est dans la cabine d'essayage.
_ De toute façon... Si elle était de la même beauté que lui, cela ne nous aurait pas échapper..."
Cette conversation entre les deux vendeuses me fit réagir. Intérieurement. J'essayais de rester sereine. De ne pas tenir compte de ce qu'elles disaient. Peut-être s'étaient-elles suffisamment rapprochées de nous pour entendre ce que nous disions? Ou essayaient-elles de le draguer en me faisant du mal? Les deux sans doute. Et puis, de toute manière, nous n'étions pas ensemble officiellement alors... Je ne vois pas pourquoi j'en serais jalouse. Même s'il me dit que je suis plus magnifique que ses filles qui peut me dire s'il est réellement sincère? Ca y est... Ca recommence... Le pessimisme et moi, nous ne faisons qu'un! Cependant... Elles n'avaient pas tort. Je n'étais pas comme lui. Je ne comprenais pas pourquoi il m'avait choisi.
Je sentais son regard sur moi. Il me détaillait, je le savais. Il voulait sans doute que je me confesse. Que je lui dise que j'ai besoin de lui. Que je lui montre que je tenais à lui... Mais... Rien ne me vint à l'esprit. Je l'observais sans trop le voir. Je ne pouvais pas égaler sa beauté. Je serais toujours sous un piédestal. Je serais toujours en train de lui demander de l'aide. De me protéger... Mais jamais, il ne se confiera à moi. Peut-être avons-nous des points communs? Mais cela ne marchera pas non plus... Avoir peu ou beaucoup de points communs... Ne sert strictement à rien... Je n'étais pas comme lui. Nous sommes tellement différents...
Je saisie le rideau pour le rabattre de l'autre côté cependant Aro arrêta mon geste. Ses yeux se voilèrent soudainement. Il soupira tout en baissant les yeux sur le sol. Il avait l'air triste. Abandonné. Et cela me fit de la peine. Toutefois, c'était la vérité... Je ne serais jamais assez bien pour lui...
Sur ces pensées, je me dévêtis lentement. Depuis tout à l'heure, j'éprouvais un grand pincement au cœur et cela faisait une grande douleur dans la poitrine. Je sais que je ne devais pas le montrer à Aro. Sous peine de lui faire encore plus mal. Et de donner la victoire à ses femmes qui lui courraient après!
"_ Imagine... Moche... Pou, entendis-je une employée dire."
Une boule de rage se forma au milieu de ma gorge. Comment osait-elle dire que je ressemblais à un pou? Pour qui se prenait-elle? Je ne sais pas ce qui me retenait de sortir et de leur donner une bonne correction pour insulte envers autrui. Mais je ne le fis pas... Je remis la robe sur le cintre tout en essayant de garder mon sang-froid. J'étais à deux doigts de déchirer les coutures du vêtement... Avant même que je sorte de la cabine...
"_ Lys est milles fois plus belle que vous, sales petites hypocrites, rétorqua furieusement Aro. Autant intérieurement que physiquement!"
Il tira violemment le rideau, me prit mon poignet et m'entraina vers la sortie du magasin. Ouh... Il était vraiment en colère. Peut-être plus qu'hier soir. Ses yeux lançaient des éclairs vers les vendeuses qui se turent immédiatement. Wouah! Si je pouvais faire à chaque fois quelqu'un m'énervait... Oui bon d'accord... Si je faisais ça trop souvent, il n'y aurait plus grand monde dans mon entourage.
La gérante vint nous faire des excuses mais cela ne fit qu'empirer les choses.
"_ Pas la peine de vous racheter mécréante, cracha-t-il. Je ne vous pardonnerais pas!"
Qu'est-ce qui fallait que je fasse? Que je le calme? Et s'il m'envoyait balader comme la directrice du magasin? Aro saisit la poignée de la porte, me fit passer dehors et la claqua. Malheureusement trop fort, la porte se brisa en milles morceaux... Et oui... La porte était en verre... Il me poussa dans la voiture après avoir ouvert la portière. J'aperçus ses yeux s'arrêter sur ma main gauche. Un éclair de souffrance passa sur son visage puis il referma la portière doucement. Il fit le tour, s'installa et démarra la voiture.
A mon avis... Le shopping, c'est terminé pour aujourd'hui.
