Le déjà-vu le lendemain matin était accablant. Les mêmes lumières vives, les mêmes tapis bon marché, les mêmes slogans stupides et par-dessus tout, la même anxiété. John ignora à nouveau la réceptionniste, surtout au moment où Sherlock entra et qu'elle lui fit ses yeux de biche – John l'ignora lui aussi, feignant un grand intérêt pour l'abeille posée sur le rebord de la fenêtre, quelque chose qui pour le coup aurait vraiment intéressé le détective, il avait une étrange affinité pour les abeilles. Septembre allait arriver, les abeilles allaient commencer à disparaitre, ou hiberner, ou migrer, ou qu'importe ce que faisaient les abeilles lorsque la météo britannique commençait à se dégrader – John se fit la note mentale de demander plus tard à Sherlock, avant de se rappeler pourquoi ils étaient là. Ils ne se parlaient plus, pas vraiment.
"Sherlock Holmes et John Watson ?" appela une voix. John se retourna pour voir qu'une porte sur la droite de la salle d'attente s'était ouverte et qu'une petite femme blonde se trouvait là, un bloc note à la main. Sherlock se glissa dans la pièce tranquillement et John le suivit, légèrement surpris de l'expression que le détective arborait. Il avait l'air résigné – peut être allait-il réellement bien se comporter cette fois ? Ou pas. Il en espérait surement trop, s'attendait à trop de sa part.
La pièce était architecturalement identique à la précédente, un simple bureau carré avec une chaise faisant face à un long canapé, mais le bureau de cette femme était plus personnel, donnant à John le sentiment qu'elle travaillait ici depuis beaucoup plus longtemps qu'Hunter. Des photos d'elle et ses enfants étaient exposées sur le bureau, des œuvres d'art avec des signatures originales étaient accrochées aux murs – probablement ses œuvres.
"Je suis Claire Sharpe" dit-elle sèchement alors qu'ils prenaient tous un siège, Sherlock s'enfonçant dans le canapé à l'opposé de John.
"Avant de commencer, je tiens à préciser une chose. J'ai appris ce que vous avez fait à Hunter, et effectivement, il est peut-être un peu timoré mais il n'en reste pas moins un collègue et je ne tolèrerai aucune intimidation durant ces séances Mr Holmes." Sa voix était brusque et directe.
"Compris" répondit froidement Sherlock, ses yeux le trahissant alors qu'il l'étudiait elle et son bureau de la même façon qu'il l'avait fait avec le précédent thérapeute. John fit un pari avec lui-même, sûr que Sherlock ne tiendrait pas dix minutes sans l'insulter.
"Vous ne pouvez pas me blesser de la façon dont vous l'avez blessé lui" continua Claire. "Tout simplement parce que je suis dans ce métier depuis assez longtemps pour savoir comment faire face à ce genre de comportement. Il n'y a rien que vous puissiez dire, pas de bouton magique qui me transforme en fontaine. Je suis ici pour aider, et je ne pourrai le faire que si vous voulez être aidés. Donc…. voulez-vous de mon aide ?" demanda-t-elle, et John fut immédiatement impressionné. Elle avait fait ce que peu de gens avant elle avaient fait – elle avait repris le pouvoir des mains de Sherlock Holmes. Pendant un long moment le détective fut silencieux, se contentant de la fixer, il n'avait pas l'habitude de se rendre si facilement mais son ton pragmatique et ses jeux de pouvoirs avaient attiré son attention. La jugeant apparemment comme un adversaire à sa taille, il finit par hocher la tête.
"Oui, je veux votre aide" admit-il – quelque chose qu'il faisait rarement. Elle approuva de la tête.
"D''accord. Très bien. Je suis ravie de vous rencontrer tous les deux, je tiens à mettre en place quelques règles de base avant de commencer la séance. Vous pouvez m'appeler Claire ou Mme Sharpe – à vrai dire c'est comme vous voulez, et je serais ravie de vous appeler John et Sherlock si cela vous convient."
"Très bien" convint Sherlock.
"Ouais c'est… bien, ouais" murmura le docteur, quelque peu déconcerté par la façon dont l'humeur de Claire avait radicalement changée, passant d'une thérapeute sévère et austère à ouverte et conviviale. Sherlock l'observa attentivement. Elle était douée. Elle avait compris qu'elle avait affaire à deux personnes très différentes et adoptait des manières distinctes pour s'adapter au mieux à chacun d'eux. Eh bien, peut être que ces séances n'allaient pas être une complète perte de temps.
"John, j'ai passé en revue les notes qu'Ella m'a envoyé, et Sherlock – vous n'avez jamais été dans le système ?"
"Je n'ai jamais pensé qu'il était nécessaire d'impliquer un quelconque... professionnel." John voyait bien qu'il était en train d'utiliser le mot d'une manière condescendante, et apparemment Claire aussi puisque tout en passant en revue le dossier de John elle agita une main par-dessus son épaule.
"N'hésitez pas à examiner mes qualifications Mr Holmes, mais prêtez attention."
"Toujours" dit-il avec un sourire en coin, se levant pour se promener dans le bureau pendant qu'elle s'occupait de la paperasse.
"Chaque séance comprendra cinquante minutes de pratique mixte. D'après les détails de la situation que j'ai reçu, et vos profils personnalité que l'inspecteur Lestrade m'a donné, je ne pense pas que parler seul serait efficace dans votre situation donc j'aimerais inclure au moins une activité de consolidation d'équipe par séance" leur expliqua-t-elle, John l'écoutant avec une attention soutenue, Sherlock feuilletant quelques-uns des livres présents mais tendant néanmoins l'oreille.
"Nous nous rencontrerons une fois par semaine pendant… eh bien, nous verrons à chaque session de combien de séances supplémentaires nous avons besoin, suivant comment les choses avanceront et ce qu'il nous restera à faire" continua-t-elle. "A la fin de chaque séance je vous laisserai seuls tous les deux pendant vingt minutes – que vous ayez envie de parler de la séance, de la pluie et du beau temps, de vous ignorer complètement ou de rentrer directement chez vous, ça vous regarde, mais vous aurez eu la possibilité de communiquer. Parfait – je pense que c'est tout." Claire se pencha en avant pour récupérer un autre gros dossier. "Passons à la paperasse. Désolé pour ça mais c'est une pratique standard." Elle leur remit à chacun une pochette remplie de plusieurs feuilles. Sherlock revint s'asseoir, ayant apparemment recueilli assez d'informations sur elle.
"Il y a un accord de confidentialité que vous devez tous les deux signer, détaillant que tout ce que vous pourrez dire ici sera gardé entre nous à moins qu'il n'y ait un quelconque risque pour vous et que je doive en référer à un professionnel médical, ou qu'il y ait un risque pour quelqu'un d'autre et dans ce cas je le signalerai à votre gestionnaire – DI Lestrade." Sherlock avait griffonné une signature sur son contrat bien avant que John ait fini de lire tous les détails. "Et un questionnaire standard, la chose habituelle, c'est vraiment très court" ajouta-t-elle alors qu'ils tournaient la page en parfaite synchronisation.
"Ces informations influencent notre thérapie ?" s'enquit Sherlock, balayant les différentes questions – âge, sexe, nationalité, orientation sexuelle, handicaps connus / condition médicale, etc…
"Absolument pas, il est anonymement restitué afin que nous puissions tenir des comptes sur le nombre d'hommes Caucasiens traités cette année pour dépression par rapport au nombre d'hommes Hispaniques, si les femmes au sein de l'unité ont besoin de plus de soutien mental que les hommes et inversement, et ainsi de suite – c'est juste à des fins de collecte de données" expliqua-t-elle alors que John griffonnait 'Britannique Blanc', ayant déjà rempli les cases âge (quarante, cela sonnait si vieux) et sexe. Sherlock rempli à la hâte son questionnaire, mais resta bloqué sur la question "Laquelle de ces catégories défini le mieux votre sexualité ?" pendant un très long moment, son visage arborant un léger froncement de sourcils. Il y avait quatre cases – Gay, Hétérosexuel, Bisexuel, Autre. Sherlock n'avait jamais vraiment pensé à ça. John avait déjà fini de tout remplir et avait rendu sa feuille à Claire au moment où Sherlock se décida, cochant une case et pliant sa feuille en deux pour que la réponse reste cachée.
"Merci" dit-elle dans un sourire, récupérant la feuille et en sortant une autre. "Et enfin il y a la petite affaire du payement – les personnes employées par Scotland Yard sont couvertes pour ce genre de traitement mais aucun de vous n'est techniquement…' commença-t-elle.
"Je m'occupe de ça" dit brusquement Sherlock, lui coupant la parole et lui arrachant la feuille des mains. Il la mit rapidement dans sa poche, laissant John quelque peu contrarié.
"Sherlock, je suis capable de payer ma part…." se plaint-il, avançant la main pour récupérer le papier.
"Absurde, tu es sans-emploi depuis une éternité, je vais m'en charger." Le détective fit un signe dédaigneux de la main.
"Sherlock" le réprimanda John. Il n'était plus un enfant, il n'avait pas besoin qu'on s'occupe de lui. Le fait que Mycroft payait le loyer du 221b depuis la pseudo mort de son frère le contrariait au plus haut point – même s'il savait qu'il n'aurait jamais pu garder l'appartement sans le soutien financier de l'ainé Holmes, cela le rendait redevable et il détestait ça. Donner à quelqu'un d'autre ce degré de contrôle sur lui n'était pas quelque chose qu'il prenait à la légère.
"Ah, parfait. Eh bien, il semble que nous pouvons commencer" les interrompit Claire. "J'aimerais vous demander pourquoi vous êtes là."
"Lestrade vous a envoyé un mail" dit Sherlock en fronçant les sourcils. "Vous savez pourquoi nous sommes là."
"Je le sais. Mais je voudrais l'entendre de votre bouche, avec vos propres mots" dit-elle. "Sherlock, pourquoi ne commencez-vous pas ? Pourquoi êtes-vous là ?"
Sherlock hésita. "Parce que John veut que je sois là" dit-il d'un ton catégorique.
"Eh bien, c'est une sacré déclaration" répondit-elle. "Mais pourquoi voulez-vous être là ?"
"Je ne veux pas" dit-il simplement, avec l'air de s'ennuyer. John poussa un léger soupir. "Oh ne fais pas ton désespéré comme si je venais de dire quelque chose de décevant. Tu sais très bien que je ne veux pas être ici" lui dit le détective d'un ton cinglant.
"John, pourquoi êtes-vous là ?" demanda Claire sur un ton beaucoup plus doux que celui qu'elle avait utilisé avec Sherlock. Ce n'est pas qu'elle n'aimait pas Sherlock ou qu'elle était du côté de John d'une façon ou d'une autre, mais elle savait que de la douceur ne fonctionnerait pas avec lui – se serait perçu comme une faiblesse, alors elle restait plus ferme avec lui qu'avec John.
"Je ne lui fais plus confiance." John resta fixer ses genoux tandis qu'il parlait.
"Je t'ai déjà expliqué…" commença Sherlock, irrité.
"Sherlock – John est en train de parler" le coupa sévèrement Claire. "S'il vous plait laissez le finir."
"Oh pour l'amour…" soupira Sherlock, croisant les bras et s'appuyant sur l'accoudoir avec indignation. John fut surpris, Sherlock écoutait rarement les gens qui lui demandaient de se taire. Apparemment il essayait véritablement, et cette pensée amena un léger sourire sur le visage du docteur.
"Je ne peux plus lui faire confiance et il ne comprend pas pourquoi ce qu'il a fait m'a profondément blessé" continua maladroitement John. "Il n'a pas dit une seule fois qu'il était désolé… il essaye juste d'expliquer toute l'affaire et ouais c'est… c'est un peu… tendu." Il fit une pause avant d'ajouter "j'ai fini de parler."
"Enfin" annonça Sherlock d'un ton monocorde. "Je t'ai dit que je ne ramperai pas à tes pieds pour que tu me pardonnes parce que je ne regrette PAS ce que j'ai fait – je t'ai sauvé la vie, tout comme celle de Mme Hudson et de Lestrade. C'était le seul moyen !" argua-t-il, ayant l'air très frustré. "Aurais-tu préféré que je laisse le tireur t'exploser la tête ?"
"Vous voyez…" soupira tristement John.
"Si ça ne vous embête pas je vais prendre des notes pendant que nous parlons" les informa la thérapeute, griffonnant en vrac sur une feuille de papier. "Vous avez le droit de les consulter à tout moment durant la séance mais je vous conseille d'attendre votre période de réflexion." John fit exactement la même chose qu'il avait fait auparavant, lisant à l'envers que sous son nom elle avait marqué 'problèmes de confiance'.
"D'accord, alors, Sherlock – dans votre tête, truquer votre suicide est justifié par le fait que vous avez sauvé la vie de John ?"
"Oui" grogna l'intéressé tout en faisant courir sa main dans ses cheveux. Ils avaient déjà abordé ce sujet.
"Et vous ne comprenez pas pourquoi il ait pu être blessé votre mort ?" demanda-t-elle, continuant d'écrire à toute vitesse.
"Bien sûr que si" dit-il d'un ton brusque. "Chagrin, perte, je comprends tout ça, je ne suis pas ignorant de ce fait – mais ça n'a pas d'importance ! Je suis là maintenant, je ne suis pas mort mais il est têtu et ingrat et…"
"Ingrat ? MOI ?" soutint vivement John.
"John, Sherlock est en train de parler !" les interrompit à nouveau Claire. "Je comprends très bien que vous soyez en désaccord avec son opinion, mais nous devons le laisser s'exprimer afin de mieux comprendre son point de vue."
"Oui: ingrat" grogna le détective. "Je me suis donné beaucoup de mal pour te garder en vie, certes il y a eu des effets secondaires mais tu étais en sécurité, n'est-ce pas ? Je suis revenu dès que j'ai pu. Retenir l'appartement en otage est puéril."
"Excusez-moi ? L'appartement ?" s'enquit Claire, replaçant une mèche de cheveux derrière son oreille.
"L'appartement. Notre appartement" insista Sherlock. John se contenta de pousser un autre soupir, beaucoup plus lourd.
"Voilà… voilà pourquoi nous sommes ici. Je n'en peux plus de cette dispute" dit-il en secouant la tête. "Ça ne fait que tourner en rond. Il ne voit pas ce qu'il a fait de mal et je… j'en peux plus, vous comprenez ?" Il posa sa tête entre ses mains et prit une profonde inspiration.
"D'accord… eh bien, je pense que vous avez raison sur ce point John, vous avez tous les deux des opinions très fortes sur le sujet et vous ne comprenez pas le point de vue de l'autre, donc forcer le problème ne vas pas aider pour le moment. Si vous êtes d'accord j'aimerais que nous passions à l'activité" dit-elle. "Je suis sure que vous avez déjà fait ça, ou quelque chose de similaire, auparavant… J'aimerais que vous vous leviez et alliez vous placer vers le centre du tapis, n'importe où dans les environs est parfait" indiqua-t-elle vaguement. A contrecœur, John suivit Sherlock et se positionna au niveau du côté vacant de la pièce.
"C'est un exercice de confiance tout à fait banal, probablement le plus basique que l'on puisse trouver." John se raidit légèrement, souhaitant ne pas avoir laissé sa canne à côté du canapé, parce qu'il avait le désagréable sentiment de savoir vers où tout cela se dirigeait. "L'ordre dans lequel vous le faites n'a pas d'importance, mais j'aimerais que l'un d'entre vous tourne le dos à l'autre, et à trois tombe à la renverse, ayant confiance en le fait que l'autre le rattrapera. Vous pensez que ça ira pour votre jambe, John ?"
"Sa jambe va très bien, tout est dans sa tête."
"Tais-toi Sherlock" siffla son compagnon. "Je… ça ne me fais pas vraiment mal quand je suis debout, ça ira" murmura-t-il, espérant qu'il était dans le vrai, elle semblait plus rigide que jamais, l'alourdissant d'un côté. Sherlock expira lourdement et bougea de façon à présenter son dos à John, jetant un coup d'œil par-dessus son épaule pour s'assurer qu'il s'était aligné correctement avant de faire un demi pas en avant pour prendre en compte la différence de taille.
"Bien, je vais compter jusqu'à trois Sherlock, et je veux que vous ayez confiance dans le fait que John arrêtera votre chute." John grimaça à la formulation. Elle aurait pu être mieux, étant donné les circonstances.
"Un" dit-elle clairement. Le docteur se décala nerveusement et tendit légèrement les bras. "Deux" continua-t-elle et John se prépara à recevoir le poids de Sherlock. "Trois." Et juste comme ça, avec grâce et élégance, Sherlock tomba confortablement en arrière dans les bras tendus de John. Il n'était pas lourd. Avec ses deux pieds encore au sol et les bras de John le soutenant sous les aisselles, son poids était une pression constante contre la poitrine de l'ancien militaire, les boucles du détective lui chatouillant le menton. Il poussa légèrement Sherlock et ce dernier se redressa lentement.
"Ok…." marmonna maladroitement John, à défaut d'avoir autre chose à dire.
"Très bien fait" les félicita Claire.
"Oh ne prenez pas ce ton supérieur, c'était d'une simplicité affligeante" murmura sombrement Sherlock, se plaçant derrière John pour intervertir les rôles.
Les paumes de John devinrent moites tandis que Sherlock se mettait en position.
"Encore une fois, à trois." Claire arborait un ton froid mais John sentit que la température de la pièce avait explosé et son cœur battait la chamade. Il l'entendit à peine dire "Un." John faisait confiance à Sherlock pour le rattraper, il n'y avait aucun doute là-dessus – c'était à peine une chute de toute façon, plus un lent affaissement en arrière, Sherlock ne le laisserait pas tomber au sol, et même s'il le faisait ce serait un atterrissage en douceur. Il s'arma de courage pour ce qui allait arriver. "Deux." Mais… ce n'était pas juste à propos de la chute, mais plutôt de la chute – l'autre. John avait été la proie d'innombrables cauchemars depuis la mort de Sherlock, contemplant le génie faire le grand plongeon vers sa mort encore et encore nuit après nuit. Mais parfois c'était l'inverse, parfois John se trouvait au sommet de l'immeuble, parfois c'était lui qui tombait, à l'infini, le sol grossissant à vue d'œil mais ne se rapprochant jamais.
"Trois."
Rien. John était prêt à tomber mais il resta immobile, les yeux étroitement fermés, les poings tellement serrés que ses ongles entaillaient sa chair.
"Trois" répéta doucement Claire.
"Trois, John, trois !" grogna Sherlock. Le docteur secoua la tête, son souffle bloqué dans sa gorge et ses yeux picotant derrière ses paupières closes.
"Je peux pas" dit-il dans un souffle.
"Je suis juste là !" s'exclama Sherlock avec irritation. John retourna vers le canapé et s'y assit, plaçant sa tête dans ses mains et respirant profondément. Sherlock ne bougea pas de sa place, abaissant lentement ses bras vers le bas et les replaçant le long de son torse.
"Tout va bien, John" le rassura la thérapeute.
"Non ça ne va pas !" vociféra John. "Ça ne va pas du tout !" Il prit une grande inspiration. Claire jeta un coup d'œil à l'horloge.
"Nous pouvons essayer de nouveau la semaine prochaine, personne ne s'attend à un miracle de votre part dans un avenir proche John. Tout va bien, vraiment" le rassura-t-elle à nouveau. "Notre temps imparti est arrivé à son terme pour cette semaine, je vais quitter cette pièce, ce que vous faites durant votre temps de réflexion ne regarde que vous. Essayez de ne pas vous entre-tuer. Je vous verrai la semaine prochaine."
John entendit la porte se refermer, mais il lui fallut au moins une minute entière avant d'être assez calme pour pouvoir relever la tête. Sherlock l'observait d'un air curieux.
"Vas-y, marre toi" dit tristement John.
"Oh, vraiment hilarant." Le détective leva les yeux au ciel. "Tu… ne me fais vraiment pas assez confiance pour te rattraper ?" demanda-t-il, ayant l'air blessé. John secoua la tête de manière infime.
"Non… je… je suppose que non" marmonna-t-il maladroitement, parlant à ses genoux. Sherlock ramassa silencieusement les notes que Claire avait laissées sur la table, les feuilletant distraitement. Ils restèrent silencieux pendant un long moment, John essayant de rassembler ses pensées qui lui glissaient entre les doigts comme de l'eau. C'était une minuscule chute, ce n'était pas censé être un gros problème. Sherlock fit claquer ses dents.
"La description que Lestrade fait de notre relation est aussi fleurie qu'un article sur ton blog" dit-il avec dégoût. " 'Unis comme les doigts de la main', 'seraient prêts à prendre une balle à la place de l'autre'…" Sherlock fit une pause avant de lire la phrase suivante. "Ils sont la meilleure moitié de l'autre..." dit-il doucement, fronçant les sourcils envers la feuille comme si elle lui avait personnellement fait du tort.
"Hm…" John était d'accord avec celle-là, bien sûr il était question de leur relation avant la chute, mais cela sonnait juste. Ils étaient inséparables à l'époque. Deux moitiés d'un tout. Meilleurs amis. "Et regarde nous aujourd'hui…" Sherlock offrit les notes à John mais ce dernier les refusa silencieusement.
"Tu penses toujours qu'une thérapie est la meilleure solution ?" lui demanda-t-il.
"Ouais."
"John…" Sherlock parlait avec incertitude, ayant l'air méfiant. Il ne voulait pas causer une explosion. "Je veux rentrer à la maison…"
"Je sais." Le ton de John était antipathique, froid et étrangement distant.
"Puis-je rentrer ?" supplia-t-il.
"Non. Je te vois la semaine prochaine" dit-il, et pour la première fois depuis le retour de Sherlock, John croisa intentionnellement son regard. Le détective avait l'air vidé, éreinté, arborant au fond des yeux une petite pointe de tristesse. C'est à cette tristesse que se raccrochait John, il avait besoin de croire qu'au fond le brun était humain, qu'il ressentait de la douleur et du chagrin, qu'il comprenait que le manque de confiance de John n'était pas là par dépit ou par méchanceté, mais né de la peur de tout perdre à nouveau. John ne voulait pas que Sherlock soit triste, mais il avait besoin de savoir qu'il se souciait de lui, même un peu. Ses yeux donnaient au docteur un peu d'espoir – l'espoir que peut-être, peut-être un jour tout finirait par s'arranger.
Et voilà pour le troisième chapitre ! Merci à tous d'avoir lu et pour tous les commentaires que vous me laissez, c'est vraiment une joie à chaque fois de les lire :D
Bonne soirée à tous et à la prochaine pour le numéro 4 !
