Lorsque je me réveillais, un rayon de soleil s'était posé sur mon visage. Je me frottais les paupières puis m'étirais. Ma main toucha la place qui était à côté de moi, et je compris qu'Aro était parti. Où? Je ne le savais pas. Peut-être au commissariat. Après tout c'était son lieu de travail. Si c'était le cas... La journée allait être longue sans lui. Je soupirais. En repensant à ce qu'il m'avait dit hier. Je n'avais rien eu comme informations sur lui. Pas sur sa soeur. Ni sur sa famille. A croire qu'il n'aimait pas que je pointe ce sujet du doigt. Bon... Tant pis... J'essayerais d'en savoir plus plus tard.
Je me redressais sur mon séant. J'observais sa chambre avec minutie. Tout était de rouge et noir. Cela avait presque un aspect un peu glauque. Mais bon... Chacun ses goûts, pas vrai? Les meubles étaient plus dans le style romantique. Il y avait une certaine finesse dans le mobilier. Le baldaquin était si grand que cinq personnes pouvaient y résider pour dormir. Les draps étaient si doux... Et le matelas si moelleux... Je me rallongeais dedans, profitant de la douceur de la matinée. Mais aussi parce que j'avais la flemme de sortir de mon lit. En plus le carrelage devait être froid. Brrr!
J'entendis que quelqu'un frappait à la porte. Je tournais la tête et vis le visage d'Aro dans l'espacement de l'entrée. Je lui souriais automatiquement. Il n'était pas parti. Il était resté ici. Mon coeur s'emballa fougueusement. Que c'était agréable. L'homme entra dans la chambre et referma la porte derrière lui. Il tenait un plateau dans ses mains.
"_ Je suis gâtée, fis-je alors qu'il s'installait sur son lit.
_ Tu es ma Princesse. Il est normal que je prenne soin de toi."
Le plateau était devant moi et bien garni. J'avais une tasse de thé au citron. Un verre de jus d'orange, une pomme et des tartines de nutella. Je me léchais déjà les babines ce qui provoqua l'hilarité de mon compagnon. Son bras passa autour de ma taille. Ce qui me provoqua une vague de frisson. Mais au lieu de prendre ma tasse de thé, j'étais plus centrée vers les lèvres de mon doux amant. Je tirais doucement le col de sa chemise et plaquais mes lèvres contre les siennes. J'entendis un grognement amusé. Je le poussais en arrière pour qu'il s'allonge. Il se laissa faire à ma plus grande surprise. Je défis sa chemise et caressa les parcelles de son torse glacé. Son sourire espiègle apparut puis il saisit une tartine et me dit:
"_ Mange avant que je te saute dessus.
_ Oui, monsieur! Fis-je en m'esclaffant."
Avec lui, j'oubliais un peu mes ennuis. Et surtout Sébastien. Mais je devais penser à mes études. La rentrée était pour bientôt. Je me demandais alors si notre relation allait supporter la distance. Aro caressait le dos de ma main droite avec son doigt. Il s'amusait à faire des cercles. Je fermais les yeux. Immortalisant ce moment.
"_ Que fais-tu comme étude? Demanda-t-il.
_ Je souhaite devenir animatrice nature. Je veux sensibiliser les enfants à protéger la nature. Plus on les confronte à cela jeune, plus ils comprennent l'impact que nous avons sur la planète. Si nous ne faisons rien, pas de communication, ni de sensibilisation, personne ne fera attention à son environnement.
_ Où se trouve cette école?
_ A Lyon.
_ Bien. Je demanderais à mon supérieur de me faire muter là-bas. Il est hors de question que je t'abandonne. Surtout si ce psychopathe de malheur tourne encore autour de toi."
J'étais touchée par les intentions de mon amoureux. Je voyais bien qu'il essayait de me protéger. De me rendre heureuse. J'aimerais lui rendre la pareille. Et je ne savais comment faire. Je ne le connaissais pas encore assez pour lui offrir quelque chose de moi. A part de la tendresse. Et de l'amour. Je ne pouvais lui offrir que cela. J'aperçus alors qu'il tenait une tasse avec un liquide assez rouge sombre. Il aperçut mon regard et posa la tasse sur sa table de chevet. Loin de mes yeux. Comme s'il avait peur que je découvrais son secret. Son... Secret? Je constatais que ses yeux étaient redevenus rouge sang. Était-ce une coïncidence? Je ne le pense pas. Quand il désirait quelque chose, ses yeux devenaient instinctivement noirs. Et il avait ce regard de tueur... Le pire dans tout cela, c'est que je n'éprouvais pas de la peur...
"_ Es-tu réellement ce que je pense? Demandais-je tout d'un coup méfiante."
Il fronça les sourcils. Ne comprenant pas ma réaction. Il savait lire mes pensées. A l'instant. Ou pouvait-il aller plus loin dans mes souvenirs? Cela pouvait expliquer le fait qu'il me connaissait aussi bien. Aro se pinça les lèvres.
"_ Peux-tu clarifier ta pensée, Lys?
_ Ce que tu m'as dit lorsque nous étions dans le bain..."
Il n'avait pas l'intention de me cacher sa vraie nature. Il m'avait laissé des clins d'oeils. A tout moment j'aurais pu partir, m'enfuir ou prévenir les autorités mais je ne l'ai pas fait.
"_ C'était la vérité? Quand tu disais que tu préférais le sang chaud."
Aro m'observa un moment. Triste. Comme si je l'avais déjà rejeté. Comme si je refusais son amour. Comme si je ne l'acceptais pas comme il était. Ce qu'il était. Un prédateur. Un être sanguinaire...
"_ Tu n'as jamais été un inspecteur de police. Avec qui tu parlais alors?"
Le silence me répondit. Son visage s'était refermé. Ses mains s'étaient rétractées en poings. Leurs jointures allaient bientôt craquer. Je l'avais blessé. A aucun moment, il avait fui sa nature. Hier matin... Il me l'a dit. Qu'il était un monstre. Et je ne l'ai pas cru. Je ne me suis pas posée de question par rapport à ses yeux. Ni à sa température du corps. Ni à sa force surhumaine. Mais jamais il ne me l'avait caché. Il voulait sans doute que je le devine. Par moi-même. C'était complètement absurde! Mais beaucoup de choses allaient dans cette direction. Et je ne pouvais pas le nier.
"_ Je vais te raccompagner chez tes parents. Tu vas faire tes valises et tu vas aller dans ton appartement. Je sais que Sébastien ne sait pas que tu habites. Je l'ai lu dans tes pensées. Tu seras en sécurité là-bas, décréta-t-il d'une voix morte.
_ Tu ne me tues pas?
_ Cela ne ferait qu'empirer les choses. Si tu meurs, je n'aurais plus de raison de vivre. Je préfère te savoir en vie."
Ainsi il m'abandonnait... Comme Alex...
Etant sous le choc, les larmes ne coulaient pas... Je n'en avais pas la force.
