Ce chapitre a lieu immédiatement après le dernier.
"Eh bien" dit Claire, sa voix teintée du mélange habituel de professionnalisme et de fierté. "Avant que nous ne commencions je voulais discuter de l'absence de Sherlock la semaine dernière…"
"Ça va" dit fermement John.
"Je sais que vous avez le dossier. Vous devez garder à jour toutes nos associations avec Scotland Yard" répondit Sherlock d'un ton cassant. "Donc, plutôt que de me faire relater les détails, ne prenez pas ce ton condescendant avec moi et ne prétendez pas que vous n'êtes pas au courant."
"Je ne vous prends pas de haut et je suis blessée par cette accusation Sherlock" déclara Claire sans ambages. "Je comprends pourquoi vous ne vous sentiez pas émotionnellement en mesure d'y assister." Sherlock jeta un regard abattu à John, un qui signifiait 'tu es la raison pour laquelle je suis ici avec ce psy' mais John appréciait la contribution de Claire à ce sujet. "Sachez seulement que votre absence a beaucoup contrarié John."
"Oi !" s'exclama le docteur, décidant que finalement il n'appréciait pas tellement la contribution de la blonde.
"Oui, oui, j'ai contrarié John, il me pardonne, c'est comme ça que ça marche." Le ton de Sherlock était maussade, comme s'il ne croyait pas vraiment que ses propres mots étaient du sarcasme.
"Dans le futur, si vous… si l'un d'entre vous ne peut pas assister à la séance, et si vous ne pouvez pas me prévenir moi… prévenez au moins l'autre. Je suis sûre que John ne veut pas que j'entre dans les détails…"
"J'y tiens vraiment pas non."
"Mais Sherlock… dois-je vous rappeler qu'il a un TSPT*…
"Oh pour…" Sherlock s'abstint d'utiliser le cliché du 'pourquoi suis-je toujours le méchant de l'histoire ?' mais il se sentit brimé.
"Ce qui est mon problème. Oui, il aurait pu appeler, mais le fait que je m'inquiète est mon problème d'accord. C'est ce que je fais tout le temps. Je m'inquiète à propos de ma sœur quand elle ne répond pas à mes appels pendant plus d'une semaine, je m'inquiète de voir tomber Mme Hudson lorsqu'elle insiste pour stocker des trucs au-dessus de son frigo en montant sur une chaise, et je m'inquiète pour Sherlock…" Il hésita et réalisa qu'il avait déjà entendu ça auparavant. 'Je m'inquiète pour lui en permanence' n'était pas ce que Sherlock avait besoin d'entendre de sa part ou de celle de Mycroft.
Sherlock sembla comprendre quel aurait pu être le dernier mot de cette phrase et fixa le mur avec un regard d'acier, attendant, attendant que John admette être aussi mauvais que Mycroft à cet égard.
"Je m'inquiète pour lui quand il est déprimé" finit par dire John.
"Je ne suis pas…" commença Sherlock.
"Oh que si tu l'es, ne commence pas à argumenter avec moi. Je te côtoie depuis assez longtemps pour connaitre les symptômes de la dépression et depuis ton… 'suicide' je… je m'inquiète" termina le docteur.
"C'est bien que vous ayez tous les deux une telle compréhension de la santé mentale de l'autre, et que vous ayez arrêté de rejeter la faute sur votre compagnon. Je tiens à m'excuser si vous vous êtes senti pénalisé cependant j'estime prudent de souligner que si l'un d'entre vous est absent et n'en informe pas le bureau au moins une heure avant, la session vous sera facturée" les informa Claire sur un ton un peu moins chaleureux, plus professionnel.
"Eh bien, passons à la suite… il semble que vous ayez fait des progrès durant les deux dernières semaines. Un élément de confiance est réapparu dans votre partenariat apparemment." Elle replaça une mèche de cheveux derrière son oreille tout en parlant, quelque chose que Sherlock trouva très parlant, une façon presque idiosyncrasique de dire 'je me remets dans mon rôle maintenant, je suis une professionnelle mais je reste abordable.'
Sherlock ajouta plus d'informations à son dossier mental sur elle, après tout elle avait un dossier sur eux, ce n'était que justice qu'il en fasse de même – Claire était de toute évidence l'enfant du milieu.
"Si vous pouvez appeler ça comme ça" murmura-t-il.
"Vous ne pensez pas que le fait que John montre qu'il vous fait confiance à certains égards est un progrès ?" s'enquit-elle, ouvrant son calepin sur ses genoux.
"Ça n'a aucune importance" rejeta le détective.
"Ça a une très grande importance" fit valoir John, se sentant légèrement irrité que son aveu soit pris à la légère par l'homme qui n'avait fait que mendier son pardon depuis son retour. Surtout qu'il venait juste de défendre Sherlock contre une accusation qu'il avait probablement méritée.
"Eh bien, je pense que c'est quelque chose dont nous devons parler. Je pense qu'il a fallu beaucoup de courage à John pour admettre ça… ai-je raison ?"
"En quelque sorte…" John devait admettre que toute cette histoire d'analyse des sentiments n'était pas son point fort, mais c'était normal n'est-ce pas ? Lorsque des hommes se brouillaient, ils se réconciliaient par un bon coup de poing sur l'épaule et une sortie au bar pour boire des bières, non ? John se demanda – pas pour la première depuis le début de ces séances – s'il devait s'inquiéter du chemin que prenaient ses pensées. Il admettait ouvertement être hypocrite parfois mais il se demanda s'il n'avait pas une vision légèrement sexiste sur ce sujet en particulier, avant de se rappeler que Sherlock n'était pas un mec comme les autres. Frapper et se saouler ne fonctionneraient pas avec lui.
"Oui oui, John a du mal, j'ai déjà entendu ça" murmura sombrement Sherlock. John leva les yeux au ciel en réponse, et Claire soupira avant de secouer la tête.
"Bon eh bien, je ne vais pas vous épargner mon 'babillage de psychothérapeute' " Sherlock fit claquer ses dents et poussa un profond soupir. "Je savais que vous n'aimeriez pas ça mais tant pis" dit-elle fermement, toujours persuadée que la meilleure façon de traiter avec Sherlock était d'être ferme, d'inspirer le respect. "Le fait est qu'il y a de nombreux types de 'confiance' différents. Par exemple, vous pourriez faire confiance à quelqu'un pour vos données bancaires, mais vous ne seriez pas nécessairement en mesure de faire confiance à cette même personne pour s'occuper de votre chien pendant un week-end. Et il y a de la confiance entre vous, mais il semble que vous soyez à différents niveaux. Ce que nous devons réussir à faire c'est vous mettre au même niveau."
"Oh pour l'…" commença Sherlock, prêt à se plaindre du baratin copain-copain et de la pseudoscience qu'était la psychologie quand John lui coupa la parole.
"Je crois que c'est ça" convint-il en hochant la tête. "C'est de ça qu'il s'agit au final… J'ai entièrement confiance en lui, je lui confierais ma vie." Le détective enfla visiblement, sa poitrine emplie d'un sentiment de fierté inopportun. "Mais je ne lui confierais pas la sienne."
"Je ne suis pas un gosse John !" protesta Sherlock avec indignation, sa fierté se dissipant rapidement.
"Je n'ai jamais dit que tu étais un gosse ! J'ai juste…" John fit courir sa main sur son visage. "Tu ne… tu ne réalises pas…" Le docteur s'arrêta au milieu de sa phrase et prit une profonde inspiration. "Sherlock, si moi ou… Mme Hudson ou… bon sang, même Mycroft, si nous devions mourir demain, que ressentirais-tu ?"
"Eh bien, je fais de mon mieux pour m'assurer que cela n'arrive pas" grogna Sherlock. Les gens négligeaient toujours cette partie, le fait que le détective avait protégé des gens.
"Non Sherlock, tu ne te soustrairas pas à la réponse. Si c'était moi gisant sur le trottoir, couvert de sang… réfléchis à combien tu serais blessé et dis-moi que j'ai réagi de manière excessive dans cette situation. Je te fais confiance, mais si tu n'arrives pas à saisir à quel point ta mort nous dévasterais…." Sherlock détourna le regard et John n'insista pas, car lorsque Sherlock évitait un contact visuel cela voulait dire qu'il concédait un point, même s'il était trop fier pour l'avouer. Ça ou, plus inquiétant encore, il réfléchissait toujours.
"Je dois dire que je comprends pourquoi les choses sont encore tendues entre vous mais… vous dialoguez au moins à présent. Il y a une ligne de communication ouverte et c'est un aspect clé de toute relation…" Sherlock tressauta et eut l'air de quelqu'un qui venait de se faire frapper au visage avec un gros poisson humide… ou quelque chose de tout aussi stupide (encore une fois John s'inquiéta de la direction que prenaient ses pensées). Les yeux pales du détective s'élargirent et sa mâchoire tomba sous le choc de ce qu'il venait de réaliser. "Une relation est construite à partir de différents…" Le détective se leva, encore sous le choc d'une pensée inconnue.
"Je sors fumer une cigarette" dit-il, la voix lointaine et vague alors qu'il faisait son chemin à travers la pièce, enfilant son manteau.
"Quoi ?! Non Sherlock… tu avais arrêté, tu te débrouillais bien." Le médecin en John parla sans réfléchir, réalisant que c'était une erreur au moment où Sherlock se retourna, son manteau se gonflant d'une façon qui ne présageait rien de bon.
"Oui" grogna Sherlock. "J'avais arrêté. Je m'en sortais bien. Puis j'ai sauté d'un immeuble, ne me fiant qu'à mon propre génie pour ma survie, afin de sauver la vie des gens que – Dieu m'en garde – j'aime. J'ai passé trois années en cavale, tuant des gens, toi mieux que personne sais le tribut mental que cela demande, l'idée de tuer ou d'être tué. J'ai passé trois ans à tous vous protéger ! J'ai veillé à ce que Lestrade et Molly puissent garder leur job ! J'ai fait en sorte que tu puisses garder l'appartement ! J'ai poussé Mycroft à payer l'opération de la hanche de Mme Hudson ! Bon sang, je me suis même arrangé pour que Scotland Yard approuve le congé exceptionnel d'Anderson et de Donovan ! Puis je reviens, je leur donne le miracle pour lequel ils ont tous prié, le miracle que tu as supplié sur ma tombe, imploré même – pour constater que personne ne me fait confiance, personne n'est reconnaissant du fait que j'ai sacrifié – misé TOUT ce que j'avais et que j'ai perdu." Sa voix était devenue un rugissement et ses yeux brillaient de colère, de douleur, de trahison et… John voulait arrêter ça, couper la parole à Sherlock et le réconforter d'une façon ou d'une autre, mais le fait même que le détective tempêtait et rageait était sans précédent – John ne savait pas comment calmer Sherlock quand il était dans un tel état émotionnel.
"Et le pire, le pire ! Les gens racontent à quel point ils ont eu mal, à quel point ce que j'ai fait les a affectés. Personne n'est reconnaissant ! Personne ne se contente de PENSER ! Alors, après tout ça, si je suis assez stressé pour avoir besoin d'une cigarette, et bien je vais en fumer une, que tu le veuilles ou non Docteur." Sherlock tourna les talons et se dirigea vers la porte, ajoutant après coup: "Je vais passer la 'période de réflexion'."
Il claqua la porte et disparut. John ferma les yeux en souhaitant que Sherlock l'ait frappé, parce que ça… ça faisait mal bon sang. Sherlock n'était pas un habitué des débordements émotionnels, et encore moins devant des gens comme Claire. La thérapeute allait pour sûr le regarder avec sympathie à nouveau et John ne pouvait pas le supporter. Il prit plusieurs profondes inspirations et se servit de son genou comme d'un soutien pour se lever, il était conscient que Claire lui parlait (sa voix semble aimable pensa-t-il distraitement) mais il se contenta d'hocher sèchement de la tête.
"Je… vous verrai la semaine prochaine" marmonna-t-il, se précipitant hors de la pièce sans attendre une réponse. Sherlock était à l'extérieur de l'immeuble, adossé à un mur, une cigarette planant à quelques centimètres au-dessus de ses lèvres alors qu'il soufflait des panaches de fumée dans le vent.
"Sherlock…" commença-t-il précautionneusement.
"Va. T'en" siffla le détective et pendant un moment John pensa qu'il avait tout foutu en l'air, jusqu'à ce que son compagnon parle à nouveau. "J'ai besoin de temps pour réfléchir… de temps pour trier… nouvelles données… nouvelles… émotions, sentiments." Il parlait avec son habituelle voix irritée, celle qu'il utilisait lorsqu'il avait besoin d'aller dans son palais mental alors qu'il était dans un lieu public. "Laisse-moi réfléchir." Il ne regarda pas John tout en vocalisant cette demande, tirant une autre bouffée de sa cigarette.
"Sherlock… il y a quelque chose que tu me demandes à chaque fois… à la fin de ces séances." John ne voulait soudainement rien de plus qu'un contact visuel avec le détective, voir ces orbes translucides arborer une autre émotion que la fureur qui les avait possédées lorsque Sherlock l'avait engueulé. Il déglutit. "Demande-moi… demande-moi à nouveau Sherlock" supplia le docteur. Le brun tira une bouffée de fumée à pleins poumons et forma un cercle étroit avec ses lèvres pour la retourner au ciel.
"John" dit-il doucement. "Si tu as le moindre respect pour ce qui reste de notre amitié, tu dois me laisser maintenant. J'ai – besoin – de réfléchir."
"Je te verrai la semaine prochaine… n'est-ce pas ?" demanda-t-il avec appréhension. Sherlock resta silencieux. "Parce que la vérité c'est que… je ne sais pas ce qui ne va pas avec nous… je ne sais pas ce qui ne va pas avec moi" admit-il. "Je ne sais pas pourquoi je vais toujours aussi mal alors que tu es… là, bien vivant et… mais je pense que nous sommes tout près de le découvrir." Sherlock soupira d'un ton dramatique, ennuyé que John soit toujours là. "Et… quand tu soupires comme ça et pars… qu'importe l'endroit où tu vas quand tu es dans ta tête, je ne peux m'empêcher de penser que tu l'as déjà découvert mais… je n'y suis pas encore Sherlock et je pense que nous devons continuer cette thérapie jusqu'à ce que je comprenne moi aussi."
"John" La voix du détective était encore plus douce à présent, à peine un murmure. "Si je promets de revenir à cette… folie la semaine prochaine, pourras-tu s'il te plait me laisser réfléchir seul ?"
"Oui" promit le docteur.
"Je te verrai la semaine prochaine" déclara Sherlock sans ambages. John hocha lentement la tête.
"La semaine prochaine" jura-t-il avant de partir, d'un pas plus lent mais réussissant à supprimer le boitillement.
Sherlock le regarda partir, tremblant légèrement alors qu'il allumait une deuxième cigarette. Il se demanda comment John pouvait si facilement lire en lui à certains moments et être si lent à d'autres. La vérité c'est que Sherlock était encore sous le choc des images bien trop réelles que son imagination lui avait fourni – John gisant au sol, mort. Cela avait été trop difficile à gérer mais John avait été en droit de le lui demander. Cependant, ça couplé à toute cette discussion sur les 'relations' avait déclenché quelque chose en lui. Bien sûr, en toute logique, deux personnes qui se connaissaient – même de façon désinvolte – étaient dans une sorte de relation, qu'ils soient des connaissances, des amis ou des parents – une relation n'avait besoin que de deux personnes.
"Un mot" murmura Sherlock pour lui-même. Un mot et l'angoisse causée par cette image mentale trop réaliste étaient tout ce qui avait suffi à Sherlock pour que son monde s'écroule. Il avait fallu à son cerveau (qui travaillait à la vitesse de la lumière) près de trois minutes entières pour en venir à la conclusion qu'il avait atteinte dans ce bureau.
Malgré toutes les terminaisons nerveuses de son cerveau lui criant que c'était une mauvaise idée, probablement la chose la plus dangereuse qu'il n'ait jamais faite – la vérité qui sautait aux yeux était que Sherlock était amoureux de John.
*Trouble de Stress Post-Traumatique
Hello tout le monde ! Chapitre un peu en avance cette semaine parce que je pars en vacances demain et j'aurai pas le temps de le poster. Ma période de révisions d'exams va commencer alors il n'y aura probablement pas de nouveau chapitre avant 2 bonnes semaines (oui j'aime raconter ma vie ^^)
Anyway, merci à tous pour vos commentaires, ça fait super plaisir :D
Bonnes vacances à tous !
