John ne savait pas si Sherlock ignorait ses appels parce qu'il boudait ou juste pour le plaisir d'être mesquin et méchant. Il avait eu l'intention de se présenter tôt lors de la prochaine séance de façon à pouvoir parler au cadet Holmes avant, mais la chaudière était tombée en panne ce qui donna lieu à une douche froide (pas la première de la semaine), puis l'une des plus grandes inquiétudes de John était devenue réalité lorsque Mme Hudson tomba effectivement d'une chaise en essayant de récupérer sa théière sur le dessus du réfrigérateur. Elle était heureusement indemne mais elle s'était fait une sacrée frayeur – John avait récupéré lui-même la théière et lui avait préparé une tasse, s'asseyant un moment pour discuter avec elle le temps qu'elle se calme. Tout ça pour dire qu'il était en retard, et même au pas de course il avait peur d'avoir manqué la séance et donc l'opportunité de discuter.
Mais lorsqu'il se glissa dans le bureau, Claire était encore là, tout comme Sherlock qui était assis sur le canapé, légèrement recroquevillé sur lui-même, regardant dans la direction de la fenêtre. "Je…" commença-t-il, prêt à présenter ses excuses. "Assieds-toi" déclara Sherlock sans ambages. John fronça les sourcils et se dirigea vers le canapé, s'asseyant avec une expression perplexe sur le visage.
"Je n'ai pas obtenu plus de deux mots de sa part" l'informa Claire en secouant la tête. Elle avait essayé. Sherlock était arrivé tôt, et était devenu de plus en plus misérable à chaque minute prolongeant l'absence de John.
"Je ne suis pas ici pour vous parler" murmura Sherlock dans sa direction. "J'ai quelque chose à dire et je ne le dirai qu'une seule fois." Sa voix était plus froide que la glace, tranchante et insensible et John se sentit transpercé par la culpabilité. Il n'avait pas voulu que les événements de la semaine dernière passent pour un rejet mais Sherlock les avait de toute évidence prit comme tel, et John n'avait pas l'impression qu'aborder cet épisode ici avec Claire serait approprié ou apprécié.
"Très bien Sherlock… de quoi voulez-vous parler ?" demanda la thérapeute. Sherlock la foudroya du regard avant de reporter son attention vers la fenêtre.
"Avoir feint mon propre suicide." John grimaça, il savait qu'ils devaient en discuter mais Claire l'avait fait remarquer lorsqu'ils s'étaient vus la première fois – ils avaient tous deux des opinions très fortes et très différentes sur le sujet et il était fort probable qu'ils ne se mettent jamais d'accord. Tout cela allait probablement se terminer en bagarre et ce n'était pas ce que John souhaitait en cet instant. "Je ne regrette pas de l'avoir fait" dit-il sans une once de remord dans la voix.
"Je sais tu l'as déjà dit." John soupira.
"Tais-toi et écoute !" le rembarra Sherlock. "Je te l'ai déjà dit auparavant et tu ne m'as pas écouté la première fois alors tu vas m'écouter maintenant" dit-il dans un grognement et John hocha la tête.
"Je ne suis pas désolé d'avoir fait ce que j'ai fait car ça t'a sauvé la vie, la vie de Mme Hudson et celle de Lestrade." Il ponctua les derniers mots, chaque syllabe poinçonnant l'air tandis qu'il parlait. "J'ai très peu de sens moral mais personne, pas même toi, ni Mycroft, ni tous les thérapeutes du monde ne me convaincront que ce n'était pas la bonne chose à faire." John enfonça sa tête entre ses mains, il ne voulait pas entendre ça à nouveau, pas maintenant, pas alors qu'ils avaient un million d'autres choses à régler.
"Cependant" déclara Sherlock, sa voix s'adoucissant quelque peu. Oh. C'était nouveau. D'habitude c'était tout ce que le détective avait à dire sur le sujet – qu'il avait raison, fin de la discussion. "Je comprends que mes actions aient pu te causer… te faire ressentir… te faire avoir…" Sherlock fronça les sourcils, regardant toujours la fenêtre et non John, apparemment incapable de finir sa phrase. Il expira un grand coup avant de proclamer. "Des problèmes. Et pour t'avoir fait traverser tout ça… je suis sincèrement désolé."
John releva la tête pour essayer d'apercevoir l'expression du détective, mais ce dernier évitait résolument le contact visuel avec lui. Cependant, John eut à nouveau un surprenant moment de clarté, il savait combien il était difficile pour Sherlock de s'excuser pour quoi que ce soit, encore plus pour quelque chose d'une telle profondeur émotionnelle. Eh bien, un prêté pour un rendu. "Je suis désolé de m'être comporté comme un trou du cul depuis ton retour" offrit John. Puis ce fut le silence, pendant un long moment personne ne dit rien, Claire ne voulant empiéter sur les platebandes de personne. Lorsqu'il devint évident que ni Sherlock ni John n'avaient quelque chose à rajouter, elle s'éclaircit la gorge.
"Eh bien, je suis absolument ravie des progrès que vous avez fait ici tous les deux mais… vous êtes-vous fréquentés en dehors de ces séances ?" John jeta un coup d'œil à Sherlock, qui n'avait de toute évidence aucune intention de répondre. "Non, nous ne l'avons pas fait" admit-il dans un soupir.
"Je sais que l'appartement est un sujet de discorde depuis le retour de Sherlock… mais je pense que vous avez besoin tous les deux de recommencer à interagir de votre propre chef de façon à retrouver une certaine normalité… Peut-être sur un terrain neutre ?" Elle fut à nouveau confrontée à un long silence et soupira profondément. "Les gars, j'ai besoin que vous soyez francs – avec moi et envers vous-mêmes. Il va falloir arrêter de faire l'autruche." Les sourcils de Sherlock se soulevèrent brièvement face à l'ironie du choix de terminologie, si John ne se sentait pas visé avec ça… Claire quant à elle fronça les sourcils. "Que se passe-t-il ?"
Le médecin était incroyablement gêné puisqu'il était évident que Sherlock n'avait nulle inclination à parler des événements de la semaine passée, et pour être honnête John se trouvait entre le marteau et l'enclume. Il voulait parler de tout ça à quelqu'un, n'importe qui qui voudrait bien l'entendre mais il avait eu peur d'en toucher un mot à Mme Hudson, il se détesterait de lui donner de faux espoirs. John se prépara à dire la vérité à Claire mais le sixième sens de Sherlock était en pleine forme ce jour-là, et réalisant que son compagnon était sur le point de divulguer beaucoup plus d'informations qu'il était personnellement prêt à partager avec l'austère thérapeute, il prit la parole. "Allons dîner" offrit-il, pesant ses mots. John avait entendu cela auparavant. Dîner. Bien sûr… la fameuse proposition d'Irène Adler. Uh oh.
"Je suis d'accord avec le fait que nous devrions parler en dehors de cette thérapie mais…" commença-t-il précautionneusement, ne voulant pas aggraver encore plus la situation. "Sherlock, tu dois comprendre que je… ne suis pas allé dîner depuis très longtemps." John accentua le mot dîner afin que Sherlock comprenne qu'il avait saisi la référence. "Et passer d'une presque totale absence de communication à… aller dîner, est peut-être un trop grand pas en avant en ce moment et…" John se mordit la lèvre, il n'était pas tout à fait sûr de la façon dont il devait mettre fin à cette phrase.
La nécessité de terminer son propos lui fut épargnée par un bip strident. Les yeux de Claire s'élargirent sous le choc et elle eut l'air mortifiée. "Je suis tellement désolée, ce n'est vraiment pas professionnel de ma part" murmura-t-elle. Les yeux de Sherlock parcoururent avec soin son corps, Claire était très élégamment habillée – trop élégamment, son pantalon chic noir n'avait pas de poches et son chemisier ne possédait qu'un minuscule espace vide. Ah. Sherlock sourit d'un air diabolique.
"Vous pouvez répondre" lui dit-il, légèrement amusé. John les observa d'un air ahuri tandis qu'un concours de regards se déroulait, les yeux orageux de Sherlock ne défaillant pas face à la détermination inébranlable de Claire. Le médecin était confus, jusqu'à ce que – à contrecœur – Claire se retourne et récupère le téléphone dans son soutien-gorge pour vérifier le message. Il sourit, il adorait le fait que Sherlock l'ait su d'un simple coup d'œil. Il avait eu des petites amies qui gardaient leur portable dans leur soutien-gorge, c'était probablement pratique. Lorsque Claire se retourna, son refus d'être gênée devant Sherlock s'était évanoui, laissant son visage pâle et effrayé.
"Je dois y aller" dit-elle, ayant l'air dans le vague, l'esprit distant. "Vous serez intégralement remboursés pour cette séance… je suis désolée" murmura-t-elle avant de sortir de la pièce pratiquement en courant.
"Qu'est-ce que c'était que ça ?" demanda John à voix haute. Sherlock jeta un coup d'œil à sa montre.
"Etant donné que nous somme fin Septembre, la rentrée scolaire était il n'y a pas longtemps et son fils doit avoir à peu près onze ans – le temps du collège… Elle conduit la voiture pour venir travailler et avec son unique revenu il est peu probable qu'ils possèdent un second véhicule, il doit très certainement aller à l'école à pied – une nouvelle école, un trajet avec lequel il n'est pas familier. Si on se base sur l'heure… je présume qu'il a été impliqué dans un accident sur son chemin. Probablement heurté par une voiture."
"Oh mon Dieu… j'espère qu'il va bien" déclara John avec sincérité, ne doutant pas une seconde des déductions du détective. Sherlock haussa les épaules, il n'avait jamais rencontré le gamin et n'avait pas de raison particulière de s'inquiéter pour sa sécurité – mais il aimait le fait que John s'en préoccupe.
Le médecin hésita, il voulait vraiment parler à Sherlock – mais le bureau du thérapeute semblait trop impersonnel pour régler leurs problèmes romantiques… il essaya de ne pas rougir lorsque ses yeux se posèrent par automatisme sur l'endroit où Sherlock l'avait branlé sans ménagement la dernière fois – John était vraiment un hypocrite. "Ecoute, je sais que tu m'as déjà dit non auparavant mais… t'as envie de venir prendre un café ?" offrit-il, se sentant un peu guindé.
"A l'appartement ?" demanda Sherlock, toujours assis alors que John était déjà debout à enfiler sa veste.
"A l'appartement…" agréa-t-il, se tournant pour faire face à un Sherlock pensif.
"Avec du recul, j'ai peut-être réagi un peu excessivement la semaine dernière" finit par murmurer Sherlock. "Tu crois ?" le taquina son compagnon. "Ouais… c'est vrai mais… ok… je suppose que rétrospectivement je n'ai pas très bien géré la situation." Il fit une pause puis se mit à rire doucement. "Nan mais regarde nous, en train de parler de nos problèmes comme des adultes." Il tendit la main à Sherlock. "Il est trop tôt pour hum… dîner… mais… un café c'est un début non ?" Sherlock hocha la tête, saisissant la main de John pour se relever du canapé. Il la lâcha en allant attraper son manteau, mais alors qu'ils se dirigeaient vers la porte quelque chose le titilla.
"Juste pour clarifier les choses… on utilise 'dîner' comme un euphémisme pour du sexe n'est-ce pas ?" John se mit à rire tellement fort qu'il en tomba presque à la renverse – et c'était bon, c'était familier. Il n'arrivait pas à se souvenir de la dernière fois où il avait ri si fort qu'il en avait eu les larmes aux yeux, mais il était presque certain que Sherlock était là. Le détective se figea et regarda John comme si une seconde tête lui avait poussé.
"Oui" haleta John, se tenant les côtes. "Oui c'est ce qu'on fait."
"Je ne me souviens pas de la dernière fois où tu as souri comme ça" déclara Sherlock d'un ton neutre tandis que le docteur se redressait, il s'était pratiquement retrouvé plié en deux d'hilarité.
"Ah ouais ? Moi non plus." John sourit chaleureusement et sincèrement à Sherlock, qui se détendit visiblement tandis que John retenait la porte ouverte pour lui.
Eh eh, petit cadeau dominical ! ^^ Ce chapitre là était assez court donc j'ai été rapide, et comme j'avais mis un temps fou pour le précédent je me suis dit que j'allais poster vite histoire de me faire pardonner ^^
Bref, j'espère que vous avez apprécié cette lecture, je tiens vraiment à remercier tous les gens qui laissent des reviews, c'est toujours un plaisir à lire :) Et tous les gens en général qui suivent cette histoire.
Le prochain chapitre est plus long, j'y travaille déjà mais je ne pourrai pas le publier aussi vite.
Bonne soirée à tous !
