Pendant le reste de la journée, nous sommes allés dans les magasins pour regarder ce qu'on allait acheter pour notre petite fille. Aro était très enthousiaste. Il souriait tout le temps et discutait beaucoup. A telle point que je ne pouvais même plus en placer une dans notre conversation. Cela m'amusait. J'étais tellement heureuse de l'avoir auprès de moi, même s'il allait bientôt partir. Mais je savais qu'il gardait une partie de moi dans son coeur. Car même si son coeur était froid et ne battait plus, il vivait. Aro prenait fréquemment mes mains. Je pense que le fait de ne plus lire dans mes pensées le gênait. Non... Cela ne le gênait pas mais il était embêté de ne plus savoir ce que je pensais. Je crois qu'il suspectait que je ne lui disais pas la vérité quand j'affirmais que je n'avais pas mal au coeur. Alors que c'était faux...

Plusieurs fois dans la journée, mon coeur s'est arrêté de battre. Certes, guère longtemps. Mais Aro l'avait remarqué. Il l'entendait et s'inquiétait. A chaque fois que cet "accident" arrivait, il me poussait vers un banc pour que je puisse me reposer. Et il commençait à me questionner. C'était long. Je devais lui rassurer que je n'avais rien. Que je n'allais pas mourir. Mais je voyais bien son inquiétude grandir dans son regard. Il avait peur de me perdre. Et ce n'était guère un mensonge. Un artifice. Il m'aimait...

Pour la énième fois, je le rassurais. Je lui murmurais des mots doux. Réconfortants. Et il parut apaisé. Puis il me déclara qu'il était temps de rentrer. Qu'il ne voulait plus que la lumière des néons du centre commercial me tape sur le crâne. Il disait que les rayons avaient des effets néfastes sur l'enfant et moi. Je pensais plutôt à une plaisanterie pour me détendre. Car effectivement, mes muscles étaient trop raides.

Aro m'installa dans la voiture et caressa tendrement mon ventre arrondi tout en souriant. Je l'entendis soupirer de bien-être puis il me jeta un coup d'oeil amusé. A quoi était-il en train de penser? Son regard m'embrasa. Je tressaillis de plaisir. Son sourire s'accentua tandis que sa main monta vers mon sein. Mon feu intérieur se propagea dans tout mon corps. D'un coup sec, j'enlevais mes ballerines et écartais un peu mes jambes. Et il commença à le caresser, à la malaxer. Je soupirais... Pourquoi maintenant? Pourquoi ne pas attendre qu'on sera arrivé à l'appartement? Je l'entendis grogner de frustration. Je l'observais et compris rien que dans son regard qu'il y avait des personnes qui entraient dans le parking souterrain. Aro claqua la portière puis réapparut sur le siège du conducteur. Il mit une main sur ma cuisse. Son toucher m'électrisa. Et il parut le comprendre, il monta sa main un peu plus haut. Vers mon entrejambe. Je suis sûr qu'il était ravi que je porte une robe à cet instant. L'accès à ce qu'il cherchait était plus facile à atteindre que si j'avais mis un pantalon. Ses doigts glissèrent entre ma peau et le tissu et doucement, je les sentis en moi. Il bougea lentement sa main tandis que je rejetais mon visage en arrière. J'écartais un peu plus mes jambes pour qu'il ait un meilleur accès. Ses gestes se firent plus rapidement tandis que son pouce faisait des cercles sur mon point de jouissance. Je gémis de plaisir puis me mordis la langue. Si je criais mon plaisir que j'éprouvais, j'allais attirer des inconnus vers notre véhicule. Chose que je voulais éviter... Je tournais mon regard vers lui. Je cherchais ses yeux sombres à cause du désir qu'il éprouvait en me voyant dans cet état. Il retira ses doigts avec une certaine hésitation puis les portait à sa bouche. Je l'entendis gémir. Je vis qu'il se caressait son membre discrètement. Je tentais de poser ma main sur sa verge, emprisonnée par ses vêtements mais il attrapa brusquement ma main. Je voulais tellement lui faire plaisir.

Nos regards s'enchainaient. Il me fit comprendre que ce n'était pas le bon moment. J'acquiesçais lentement de la tête. Un peu déçue. Peut-être trouvait-il que je n'étais pas assez bien pour lui? Puis une autre supposition me traversa l'esprit...

Peut-être avait-il soif? Il avait sans doute peur qu'il perde le contrôle de lui-même si je lui faisais l'amour. Je mis ma ceinture. Lui faisant comprendre qu'il pouvait mettre le contact.

"_ Que dirais-tu d'un restaurant? Demanda-t-il avec tendresse.

_ Oui, j'aimerais bien. Mais toi?"

Son sourire charmeur refit surface. Et il me fit une petite frappe sur la cuisse comme pour me dire qu'il avait déjà tout prévu et qu'il ne fallait pas que je m'inquiète pour cela. Il démarra la voiture et s'engagea à l'extérieur du parking. Nous prîmes la direction de Saint-Etienne. Je ne comprenais pas pourquoi il sortait de Lyon alors qu'il y avait beaucoup de restaurant dans le centre ville et aux alentours. Nous passâmes près d'un quartier où plusieurs jeunes femmes trainaient dans la rue. En petite tenue. Elles devaient chercher des personnes pour récolter de l'argent pour leur mac. Je vis le regard de mon compagnon glisser sur leur corps. Il siffla... J'avais reconnu cette lueur de bestialité, de sauvagerie dans ses yeux sombre comme l'encre de Chine. Je frissonnais. Je n'avais pas peur de lui. Au contraire, je me sentais excitée par cette réaction.

Oui... Il avait soif... Et il ne voulait pas attirer l'attention sur lui en pleine ville. Il préférait aller à la campagne. Je posais ma main sur sa cuisse. Je sentis les muscles de sa jambe se tendre. Peut-être aurais-je dû attendre qu'il se soit nourri avant de le toucher? Je me mordis la lèvre inférieure. J'étais en train de retirer ma main lorsqu'il la rattrapa en plein vol pour la reposer à l'endroit où elle se trouvait un peu plus tôt. Je l'entendis gémir. Ou grogner. Je ne sais pas comment je devais le définir.

"_ Je me sens bien avec toi, Lys, murmura-t-il. Je peux être... Moi. Sans masque. Sans manipulation. Sans mensonge. Sans titre. Sans rôle à jouer. Je suis... Moi avec toi."

Mon rythme cardiaque augmenta. Mon sang affluait de plus en plus vite dans mes veines. Je rougis. S'il se sentait bien avec moi... Tant mieux. J'étais heureuse. Je lui souriais. Et il me le rendit.

"_ Je me sens bien avec toi, Aro. Je me sens entière. Et lorsque nous ne formons plus qu'un, j'ai l'impression de vibrer, de brûler, de revivre grâce à toi.

_ C'est très flatteur, dit-il en me jetant un coup d'œil. Mais c'est ce que je ressens aussi lorsque je suis en toi. J'aurais aimé que tu puisses me faire cette petite gâterie mais je ne me sentais pas prêt pour que tu la fasses. En sachant que cela fait quelques jours que je n'ai pas pris de repas... Je ne peux pas...

_ Je sais. J'ai compris, fis-je doucement en caressant sa joue. Souhaites-tu prendre ton repas avant ou après le restaurant?"

Aro me contempla pendant quelques secondes. Il avait l'air confus. Il ne semblait pas s'attendre à ce que je dise cela.

"_ Je ne pensais pas que tu allais me proposer ça. Enfin... J'hésitais à t'en parler...

_ Ce n'est pas parce que je suis humaine que je ne peux pas te comprendre.

_ Bien au contraire, je te trouve trop compréhensive pour une simple humaine."

Aro eut un rire doux et cristallin. Je soupirais. Il devait aller se nourrir avant qu'on soit dans le restaurant.

"_ Aro, je souhaite que tu puisses te nourrir correctement avant qu'on arrive au lieu que tu as choisi pour que je puisse m'alimenter, déclarais-je doucement.

_ Ma douce Enchanteresse. Si c'est cela que tu souhaites... Je me dois de te satisfaire dans la foulée.

_ C'est pour ton bien, Aro. Je me dois de veiller sur ton alimentation, plaisantais-je. Que prends-tu? Un homme? Une femme?"

Il m'observait consciencieusement toujours aussi ébahi par ce que je disais. Il se gara près d'une petite minette qui portait une robe bien moulante. J'aurais pu être jalouse par sa beauté mais je trouvais que son maquillage ne la mettait guère en valeur. C'est comme si elle essayait de se cacher de quelqu'un. Comme si elle ne voulait pas que ses proches la reconnaisse sous ces artifices. Aro parut le remarquer. Il me jugea du regard. Il semblait être perplexe. Je lui posais ma main sur sa joue. Non, je ne lui en tiendrais pas vigueur. Je sais que ses sentiments étaient sincères envers moi. Mais vu qu'il ne pouvait pas lire dans mes pensées, je me devais de les dire à haute voix.

"_ Si le sang est plus nourrissant quand la femme est en pleine jouissance, alors pourquoi pas? Ce n'est pas comme si tu me trompais.

_ Oh... Lys..., souffla-t-il en frottant son membre endoloris. Si seulement j'étais apte à te prendre... Je l'aurais fait... J'ai tellement envie de sentir ta chaleur. J'ai tellement envie de fondre dans tes bras.

_ Je te donne une seule condition.

_ Laquelle? S'enquit Aro, n'en pouvant presque plus d'attendre.

_ Ne l'embrasse pas."

Il acquiesça lentement de la tête. Heureux que je comprenne ce qu'il était. Heureux que je ne le rejette pas. Non...

"_ Tu n'es pas un monstre, fis-je."

Pas envers moi.