"Rappelle-moi encore" murmura sombrement Sherlock, "pourquoi devons-nous être ici ? Je pensais que tout avait été réglé entre nous." Il grogna, se laissant tomber sur le canapé de la thérapeute dans un accès de colère. Claire était en retard et c'était sans précédent – John repensa à son départ précipité et paniqué lors de la séance précédente et s'inquiéta immédiatement pour son fils. La réceptionniste les avait laissés entrer dans le bureau et Sherlock était instantanément tombé dans l'humeur noire qu'il avait menacée d'afficher depuis que son compagnon avait insisté pour qu'ils assistent à une dernière séance.
"Je te l'ai déjà dit, si c'était aussi simple qu'appeler Claire et lui dire que tout était 'réglé', nous aurions pu le faire depuis le début. Si tu veux que Lestrade nous laisse revenir sur des scènes de crime, nous allons devoir le prouver à la thérapeute." John leva les jambes de Sherlock et les poussa d'un côté de façon à pouvoir s'asseoir lui aussi, mais dès qu'il fut assis le détective étira ses jambes à nouveau, posant ses chevilles sur les genoux du docteur.
"D'accord" marmonna Sherlock. "Mais tu m'en dois une."
"Je ne te dois rien du tout" fit valoir John en pressant doucement le pied de son amant, "mais je te le donnerai quand même." Il fit un léger sourire à Sherlock mais le détective continua de bouder. Il détestait les thérapies, il méprisait le fait d'avoir à parler et discuter des parties de son esprit qui étaient conventionnellement mauvaises, il abhorrait creuser dans les profondeurs d'un cœur qu'il n'avait jamais réellement cru posséder. Cette situation était absurde et il avait hâte de s'en débarrasser.
"Que vas-tu me donner exactement ?" demanda-t-il.
"Je n'ai pas l'intention de te séduire dans le bureau de la thérapeute." John se mit à rire doucement. Son endurance n'était plus ce qu'elle avait été, mais il était plus qu'heureux d'être dans les premiers stades d'une relation physique – la partie où ils ne pouvaient rester plus de cinq minutes sans se toucher. Sans aucune affaire à résoudre, l'ennui de Sherlock semblait se manifester sous la forme de sa libido, tant et si bien que durant cette première semaine en tant que couple ils avaient non seulement réussi à avoir des relations sexuelles dans chaque pièce de leur appartement, mais ils avaient également baptisé toutes les surfaces horizontales que le 221b avait à offrir (ainsi que certaines verticales). La décision de Sherlock de tendre une embuscade à John dans les escaliers trois jours plus tôt avait laissé le docteur avec un sacré mal de dos et avait conduit le détective à la réalisation qu'il pouvait présenter des excuses pour n'importe quoi (y compris des blessures induites sexuellement) avec une pipe.
"Très bien, mais à la minute où nous sortons de ce bureau tu vas devoir te faire pardonner."
"A la minute ?" le taquina John, faisant de son mieux pour ne pas y penser, avoir une érection ici et maintenant ne lui apporterait que des problèmes.
"A la minute" promit Sherlock, avec une voix deux tons plus basse que sa voix habituelle, et la seule chose qui empêcha l'imagination trop vive du docteur de se figurer Sherlock le prenant sur le bureau de la réceptionniste, fut l'ouverture de la porte du bureau.
Claire entra en trombe dans la pièce, sa chevelure blonde n'était pas aussi soigneusement coiffée que d'habitude et il y avait une petite tache de café sur son chemisier. Sherlock nota mentalement qu'elle avait passé la plupart de son temps à l'hôpital, au chevet de son enfant.
"Comment-va votre fils ?" demanda immédiatement John. Elle eut l'air quelque peu surprise.
"Oh uhm… oui, il va bien" répondit-elle, se glissant dans sa chaise et parcourant distraitement ses notes. "Il a une jambe cassée et le bassin écrasé, mais il ne devrait pas y avoir de dommages permanents" marmonna-t-elle.
"Ont-ils attrapé le conducteur ?" s'enquit Sherlock très calmement, toujours en position allongée sur le canapé.
"Non, pas encore" rejeta-t-elle d'un air vague. "Je suis désolée de vous avoir abandonnés lors de notre précédente séance, j'ai eu des problèmes personnels dont apparemment vous connaissez la teneur. Quoi qu'il en soit, aujourd'hui j'aurais aimé discuter…"
"A vrai dire, il y a quelque chose dont nous aimerions discuter avec vous" intervint le détective. Satisfait de constater que Claire n'allait pas craquer émotionnellement par rapport à la situation dans laquelle se trouvait son fils, il se dit que ce moment était aussi bon qu'un autre.
John essaya de cacher son sourire, se doutant que Sherlock n'allait pas faire dans le subtil. Voilà un homme qui était fier de certaines choses dans sa vie et pour quelque folle raison, il avait choisi d'être fier de John Watson – il était tenu de l'exhiber. Effectivement, Sherlock se remit en position assise, lança à Claire un regard de défi proche d'un ' regard-moi ça ' avant d'entrainer son compagnon dans un baiser profond et chaotique. John ne s'éloigna pas, il n'avait jamais été très porté sur les grandes DPA* mais il appréciait le fait que tout cela était très nouveau pour le détective, et qu'il voulait que tout le monde en soit témoin. Il l'embrassa en retour, mais avec un peu moins d'intensité qu'il ne l'aurait fait s'ils avaient été en privé. Il finit par se reculer avec beaucoup de réticence, il avait passé bien trop de temps loin des lèvres de Sherlock et c'en était désormais devenu une addiction étourdissante, mais la différence entre 'faire étalage de sa toute nouvelle relation' et 'incitation à une nuisance publique' était très ténue.
"Eh bien…" déclara Claire, légèrement choquée mais pas complètement surprise. Sherlock n'avait pas détourné son regard de celui de John, toujours diablement près. La langue du docteur parcourut instinctivement sa lèvre inférieure, hypnotisé par le regard 'j'ai envie de toi' de son amant. Il serait pardonné pour avoir oublié que la thérapeute était encore dans la pièce.
"Nous n'aurons désormais plus besoin de vos services Mme Sharpe" dit-il avec modestie. "Et nous vous serions grés d'envoyer un email à Lestrade à cet effet."
"Je ne sais pas, c'est bien sûr une avancée positive mais il va y avoir de grands changements à examiner et il y a évidemment beaucoup de choses dont nous devons discuter."
"Il n'y en a vraiment pas." John sourit, reprenant ses esprits et repoussant Sherlock à sa place. Ce fou pouvait attendre encore un peu. "Oui, il va y avoir des changements mais… nous pouvons nous en occuper nous-mêmes. Nous allons bien. Honnêtement" rassura-t-il la thérapeute, qui semblait incertaine.
"Il n'y a plus rien que vous deviez examiner ou déterminer – je suggère que vous mettiez un terme à cette thérapie de votre plein gré" déclara Sherlock avec un sourire presque méchant. "Ou je suis sûr que je pourrais rendre les choses très gênantes en inventant toute une ribambelle de maladies psychologiques et sexuelles me concernant, histoire de nous donner quelque chose à faire. " Claire sourit.
"Vous allez vraiment bien tous les deux, n'est-ce pas ?"
"Croyez-moi il va le faire" la mit en garde John. "Il m'en a sorti quelques-unes ce matin – je ne veux plus jamais entendre le nom de son frère dans la chambre à coucher."
"Noté." Sherlock hocha la tête en direction de John avant de se retourner vers Claire.
"Très bien, sachez que ma porte est toujours ouverte si vous avez besoin d'une séance supplémentaire, mais j'ai le sentiment que ce ne sera pas nécessaire. Vous êtes un couple très… intéressant." Elle sourit et leur tendit la main. Sherlock se leva et la serra, lui offrant une sèche poignée de main. John lui emboita le pas, mais se prit les pieds dans le tapis, et n'eut pas le temps d'apprécier l'ironie de la situation tandis qu'il tombait vers le sol à grande vitesse. Il se prépara à rencontrer le plancher mais se retrouva brusquement attrapé par deux mains fortes. Malgré le caractère inattendu de la situation et le fait d'avoir été pris au dépourvu, Sherlock l'avait rattrapé.
"Le voilà ton exercice de confiance" marmonna le docteur, gêné d'avoir été attrapé comme une jeune fille en pâmoison. Le regard étonné de Sherlock était assez réconfortant cependant – il n'avait pas stoppé la chute de John par confiance ou par pouvoir, il l'avait fait d'instinct. Une partie de lui savait qu'il ne pourrait jamais laisser John être blessé à nouveau et c'était le raisonnement moteur de son acte. Et le fait que John avait la même vision des choses le réconfortait. Lentement, il remit John sur ses pieds et passa un bras autour de sa taille tandis que son compagnon serrait la main de Claire et la remerciait.
Tandis qu'ils sortaient de son bureau, Claire ne manqua pas de remarquer la main de Sherlock glissant lentement vers le bas pour caresser les fesses de John. Il se pencha pour murmurer quelque chose à l'oreille de son compagnon et au lieu de tourner à gauche vers la sortie, ils prirent à droite vers les salles de bains. Elle secoua la tête, amusée, choisissant de ne pas les priver de leur période lune de miel puisqu'ils n'étaient désormais plus son problème. Elle démarra l'ordinateur et commença à taper un email à l'attention de Greg Lestrade, hésitant sur son phrasé.
"Greg,
La relation entre Sherlock et John s'est améliorée au point qu'ils peuvent reprendre leur travail au sein de Scotland Yard. Je ne peux pas en dire plus pour des raisons de confidentialité envers mes patients, mais il s'avère que tu avais raison et je te souhaite bonne chance. Tu vas en avoir besoin !
Claire."
*Déclarations Publiques d'Affection
Et voilà, histoire terminée ! Je vous remercie tous pour tout le soutien que vous m'avez apporté durant cette traduction, et pour tous vos gentils commentaires, c'est très agréable de voir son travail apprécié :)
Je commence mon job d'été lundi prochain donc je serai probablement moins présente sur le site mais j'essayerai quand même de poster quelques traductions (qu'il va falloir dénicher en premier lieu ^^)
J'ai trouvé la prochaine mais ce ne sera pas une histoire concernant la série Sherlock, elle sera sur le fandom Merlin.
Voilà, voilà, merci encore pour tout, bon courage à ceux qui sont sur le point de passer le bac ou tout autre examen, et je l'espère à bientôt ! :D
