Aro prit la décision de rentrer à l'appartement. Il disait que c'était beaucoup trop risqué. Si jamais je refaisais la même chose pendant le repas au restaurant, cela allait lui attirer des ennuis. J'avais acquiescé lentement de la tête. Un peu déçu qu'il ne puisse pas tenir ses engagements. Mais quelque part, je le comprenais. Je lui étais précieuse et il veillait sur moi.

"_ Je vais partir à Volterra. Je ne sais pas combien de temps je resterais là-bas. Mais dès que je pourrais me libérer, je reviendrais te voir."

Je sentais qu'il me cachait quelque chose. Quand il me parlait de Volterra... Je sentais qu'il y avait plusieurs voiles qui n'avaient pas été levés. Comme s'il redoutait que cette vérité me fasse du mal. Peut-être avait-il une femme? Non... Il m'en aurait parlé... Je baissais mes yeux sur mes mains qui étaient posées sur mes cuisses.

"_ Je veux te protéger de ma famille. Après l'accouchement, je te vampiriserais et je t'emmènerais à Volterra. N'aie pas de soucis pour cela. Nous vivrons notre amour. Avec notre petite fille, continua-t-il en caressant délicatement sa main sur ma joue."

Mon compagnon voulait savoir ce que je pensais. Il essayait de briser la barrière qui s'était érigée entre son pouvoir et mon esprit. Cela ne l'apaisa pas pour autant. Il voulait que je lui parle. Que je lui dise ce que je ressentais. Mais je n'étais pas ce genre de fille à me plaindre sans arrêt. Je tournais mon regard vers lui et lui fis un sourire franc. Oui. Il avait sans doute raison. Une fois vampire, je serais en sécurité. Je serais des leurs. Et ils ne me feront aucun mal. Ni à notre enfant. Cela me rassura. Je pris sa main et la menais à mes lèvres pour lui déposer un baiser. Il tressaillit et émit un petit ronronnement.

La soirée se passa sans problème. Aro s'était installé dans mon lit et me serrait contre lui. Je pus m'endormir calmement. Sans penser à notre séparation. Et puis, je me disais que nos retrouvailles seront toujours aussi vives et émouvantes.

La fin de la semaine arriva rapidement. Trop rapidement à mon goût. Je tenais la main de mon compagnon tendrement. Je n'avais pas envie qu'il parte. Mais je savais qu'il devait rejoindre les siens. Il devait avoir beaucoup de travail à faire. A rattraper puisqu'il avait rallongé son séjour de plusieurs jours juste pour rester avec moi. Il sentait ce que je ressentais. Il devait savoir ce que je pensais bien que son pouvoir ne marchait plus sur moi. J'avais raccompagné le vampire jusqu'à sa voiture. Il m'avait donné son numéro de portable si jamais j'avais un problème.

"_ Alice va te rejoindre dans quelques heures. Probablement dans la soirée. Ne t'en fais pas. J'essayerais de revenir le plus vite possible."

Je gardais mon silence comme à mon habitude. Mais je savais que ce n'était pas la meilleure façon de faire. Je l'enlaçais avec beaucoup d'amour. Sa main se mit en-dessous de mon menton pour lever mon visage vers le sien. Et doucement, ses lèvres s'accrochèrent à ma bouche. Je fus prise de tremblement. De plaisir. J'avais tellement envie qu'il m'emmène avec lui. Et il parut le comprendre. Je me séparais de lui en souriant. Ses lèvres s'étiraient lentement.

"_ Je ne veux pas te quitter, déclara-t-il, amoureusement.

_ Mais tu ne peux pas abandonner tes frères. Tu as des devoirs à accomplir pour ta communauté, fis-je en réajustant le col de sa chemise. Tu dois t'y tenir.

_ Tu vois... C'est ça que j'aime chez toi. Tu me comprends. Tu comprends mes responsabilités et tu me sou...

_ ... Tiens d'une certaine manière, terminais-je."

Il éclata de rire. Son fameux rire cristallin. Je fermais les paupières. Profitant de ces derniers instants de complicité.

"_ Et en plus de ça, tu me complètes, mia cantante. Comment ne pas résister à tes beaux yeux... A ton parfum... Et à ta voix... Tout me dit de...

_ Me manger? Plaisantais-je.

_ Non, ria Aro. Je suis passée à la case au-dessus.

_ Ah oui? Et comment se nomme cette case?

_ C'est la case: préservation de ma petite protégée."

Ce fut à mon tour de rire. Je me tus pour connaître la suite de sa phrase. Et pour cela je devais relancer la conversation.

"_ Tout te dit de..., repris-je.

_ De te prendre, murmura-t-il. Là. Maintenant. Dans la rue. Je me fiche qu'il y ait des passants. Tout ce que je souhaites, c'est être en toi. Je veux faire un avec toi. Avec ton magnifique corps.

_ Ce n'est vraiment pas très raisonnable, lui fis-je remarquer en souriant."

Il pencha son visage sur le côté en faisant semblant d'être anxieux. Puis un grand sourire enjoué naquit sur ses lèvres.

"_ Tu ne devrais pas retarder ton voyage. Il faut que tu partes. Penses un peu à tes frères."

Aro soupira de déception. Il fit une moue boudeuse. Je soupirais, amusée par sa réaction. Il agissait comme un gamin. J'avais comme l'impression de materner un enfant. Je me hissais sur la pointe des pieds et entrouvris mes lèvres pour emprisonner le lobe d'oreille de mon compagnon. Je l'aspirais légèrement tout en effleurant sa peau avec ma langue. Il me serrait plus fort dans ses bras. Ses lèvres touchèrent mon cou. Cela me provoqua des frissons si agréables que je sentais déjà des papillons dans mon bas-ventre. Sa langue lécha ma peau. Je le sentis sourire. Il était satisfait de ce qu'il était en train de provoquer. J'avais envie de lui. De le sentir auprès de moi. J'avais envie qu'on mélange nos parfums. Nos haleines. Il me bloqua contre sa voiture. Son bassin se frottait contre le mien...

Ce n'était vraiment pas une bonne idée...

"_ On dirait que je t'ouvre l'appétit, chuchota Aro dans le creux de mon oreille. Veux-tu que je continue? Cela ne me dérange nullement..."

Je le poussais doucement.

"_ Aro..., soupirais-je. Tu devrais reprendre un minimum de sérieux. Tu as prévenu tes frères que tu allais revenir à Volterra aujourd'hui. Tu dois tenir ta parole."

Nouveau soupir de la part du vampire. Son sourire s'était évanouie. Son regard se fit soudainement grave. Je vis ses yeux balayés la rue. Il sondait. Cherchait. Étudiait chaque passant. Mon cœur s'accéléra. Je fus prise de panique. Est-ce que Sébastien m'aurait suivi? Sa main se resserra sur mon bras. Pas trop fort pour éviter de me faire mal. Je le regardais sérieusement. A quoi pensait-il? Qu'est-ce qu'il regardait ainsi? Etais-je en danger? Je voulais tellement qu'il me dit quelque chose? Puis son visage se détendit. Lentement.

"_ Aro? Que se passe-t-il? M'alarmais-je.

_ J'ai cru voir quelqu'un qui ressemblait à Sébastien. Mais ce n'est pas lui. Le vent est dans notre direction et ce n'était pas son odeur. Autrement, je l'aurais traqué et tué.

_ Pourquoi ne l'as-tu pas fait auparavant?

_ Il y a d'autres façons d'arrêter des criminels. Tu sais, j'ai des contacts un peu partout dans le monde. Dans les pays. Dans chaque région. Presque dans chaque ville. Je pourrais te faire surveiller par des humains... Mais je n'ai pas envie qu'ils se posent trop de questions. Cela remonterait lentement vers nous. Vers ce que nous sommes. Et puis... Je peux facilement donner des preuves pour qu'on arrête les personnes que je n'apprécie pas. Quand il m'a touché à la soirée de Guéret, j'ai vu toute sa vie. J'ai vu tous ses souvenirs. Ses viols. Je les ai donc communiquer au commissariat de police. Certes je n'avais pas de preuves mais j'avais les noms que Sébastien avait lorsqu'il se présentait devant les amies de ses victimes.

_ Penses-tu qu'il me recherche?

_ Non. Je l'aurais senti. Et son odeur m'est désagréable. Je l'aurais tué depuis longtemps. Rassurée?"

Pas trop, non. Mais je lui souriais. Nous nous embrassâmes une nouvelle fois. Langoureusement. Ses mains se baladaient sur mes côtes. Il grogna de plaisir. Puis il se détacha de mon corps.

"_ Tu ne veux vraiment pas que je...

_ Monte dans ta voiture! M'exclamais-je en montrant son véhicule."

Il m'écouta difficilement, le sourire aux lèvres. Il ouvrit la fenêtre côté passager.

"_ Je t'aime Lys.

_ Je t'aime Aro. Reviens-moi vite.

_ Je te promets que je serais rapide.

_ Tu as intérêt... Autrement... Je te punirais.

_ Ah oui?

_ Grève du sexe pendant... Un temps indéterminé, murmurais-je sournoisement."

Il fit une exclamation, comme s'il était outré. Cela me fit rire. Il me déshabilla du regard.

"_ Tu es vraiment sûr de...

_ Non mais ce n'est pas vrai! Tu dois y aller! Tu seras en retard!

_ J'ai envie de toi, mia amore. Tia amor, mia principessa. Mais vos désirs sont des ordres."

Je souriais. Aro démarra la voiture et m'adressa un dernier regard. Souffrant. Douloureux. Je compris qu'il ne voulait pas me quitter. Il soupira et me souria une dernière fois. Je voyais qu'il hésitait.

"_ Tia amor, mio re, déclarais-je amoureusement. Tu m'appelles lorsque tu es arrivé à Volterra. Que je m'assure que tu es bien arrivé.

_ Oui, je te le promets."

Ce fut ces mots qui lui donna la force de partir. Je lui fis signe. Un au revoir. Mais ce n'était pas un adieu. Il allait revenir. Il me l'avait promis.

Le soir arriva rapidement. Je m'ennuyais. Alice devait bientôt arriver. Aro devait être pas très loin de Volterra. Je soupirais. Je n'avais plus eu de problème avec mon cœur. Peut-être qu'Aro avait raison. C'est sa présence qui fait faiblir mon cœur. Qui l'arrête à chaque fois. Il avait bien remarqué que je n'étais pas très inquiète sur ce sujet alors que je le devrais. Mais j'avais d'autres choses en tête pour le moment. Mon portable sonna. Ce n'était pas un appel. Juste un message d'Aro qui me disait qu'Alice sera en retard de deux jours. Il n'avait pas précisé la raison. Pas un mot sur son voyage. Comment cela s'était passé... Cela me chiffonna quelque peu. N'étais-je pas son âme-soeur? N'ai-je pas le droit de savoir ce qu'il faisait? Ou du moins s'il était arrivé à destination.

Je soupirais. J'avais envie de me promener. Je me couvris et décidais d'aller dans le centre ville. Je pris un bus et arrivais sur la place Bellecour puis je m'engageais dans une grande avenue. J'étais étonnée qu'il y ait encore beaucoup de monde. Peut-être qu'il y avait un événement? J'entendis quelqu'un ouvrit une portière. Très près de moi mais je ne fis pas attention.

"_ Bonsoir, Lys..."

Je n'eus pas le temps de me retourner que je sentis un mouchoir bouché mes voies respiratoires. Je commençais à paniquer. Je tentais de me libérer mais il avait une trop grande prise. Il me traina dans la voiture tandis que je perdais connaissance.