Encore une journée enfermée dans cette chambre obscure et insalubre... Encore une journée à attendre que mon agresseur se montre pour me donner à manger... Encore une journée où cet homme profitera de moi...

Je me recroquevillais dans un coin. Enveloppant mon ventre de mes bras. Pour protéger mon bébé du mal. Je pleurais. Je pleurais car je ne pouvais pas retrouver ma liberté. Je sentais que je ne pourrais pas vivre. J'avais cette souillure... Dans mon corps... Comment réagirait Aro s'il apprenait que j'avais... Je secouais négativement de la tête. Non... Il ne fallait pas qu'il sache. Il ne fallait pas qu'il l'apprenne. Je ne voulais pas l'ennuyer... Bien que nous étions un couple... Il avait d'autres choses plus importantes à faire que de s'occuper d'une vulgaire humaine...

Vulgaire et misérable humaine...

Mon cœur se serra. A quoi bon? Je n'allais plus le revoir. Je le sentais au plus profond de mon être. Un vampire est fier de ce qu'il est. De ce qu'il incarne. C'est un être orgueilleux et égoïste. Alors pourquoi mon cœur me disait que je devais encore croire en lui? Tout ce que je voulais c'est que je puisse faire naître ma fille et qu'elle soit bien éduquée. Est-ce qu'elle sera comme son père? Se nourrira-t-elle de sang humain? Ou alors elle prendra des poches de sang pour éviter d'en tuer? J'espérais que ce sera la seconde option qu'elle choisira. Je ne voulais pas qu'elle devienne comme son père. S'il m'aimait vraiment... Il m'aurait fait un signe. Il m'aurait sauvé. Or... Ce n'était pas le cas...

La porte s'ouvrit et Sébastien apparut. Le sourire aux lèvres. Je fermais les yeux. Je ne voulais pas le regarder. Je ne l'aimais pas. Je le détestais de tout mon être. Mais j'étais incapable de lutter. Je ne voulais pas qu'il se venge sur mon bébé. Il s'accroupit auprès de moi et caressa le sommet de mon crâne. Comme si j'étais un vulgaire animal...

Après tout... Ne l'étais-je pas?

Nouveau serrement. Je portais ma main sur mon sein. A l'endroit exact de ma souffrance. J'hésitais entre deux possibilités. Soit je me laisse mourir. Soit j'élève seule mon enfant. Si Aro me retrouve, il sera sans aucun doute furieux. Mais vu qu'il m'a interdit d'aller à Volterra... Autant prendre ses distances... Si j'y arrive...

"_ Dis-moi, ton ami l'inspecteur...

_ Il est mort..., répondis-je. Mort..."

Il resta un moment silencieux.

"_ Je plaisante. Il est resté à Guéret. Il est sur une autre affaire. Des trafiquants de drogues.

_ Super! On va pouvoir s'amuser encore et encore."

Je ne l'aimais pas... Et je commençais peu à peu à détester Aro. Et ses mensonges... Et ses promesses en l'air. Tout n'était qu'illusion. Son amour était un mensonge. Sa vie était un mensonge. Tout en lui respirait la malhonnêteté, le vice et la parjure. Il s'en fichait bien que je souffre. Que je ne sois plus à mon appartement. Il était un vampire... Un être au-dessus de tout. Et il méprisait les humains. Il me méprisait. Moi... Sa propre âme-sœur.

Une vague de colère m'envahit. Je n'avais jamais pensé à tuer un être humain. Mais j'avais assez de force pour le retrouver. Ma décision était prise. Je devais partir. Je me redressais sur mon séant. J'avais l'impression qu'on m'avait complétement changé. Qu'on m'avait donné assez de force pour accomplir ce que je voulais faire. Sébastien me regarda, toujours avec cet air amusé. Satisfait. Je me collais à lui. Il haussa un sourcil. Un peu étonné. Je lui fis un timide sourire. Puis je serrais sa main dans la mienne. Je devais lui faire croire que j'étais tombée amoureuse de lui. C'était assez facile comme rôle. Je devais lui faire les yeux doux. Me montrer compréhensive. Le soutenir dans ses moindres projets. A moins qu'il veuille assouvir ses pulsions avec une autre femme que moi. Ce que je comprenais parfaitement puisque mon ventre avait encore doublé de volume. Cependant... Il prenait toujours autant de plaisir pour me pénétrer. Je sais que si je ne fais rien... Il se lassera de moi, un moment à l'autre. Et il se débarrassera de moi comme Aro l'avait fait. Comme un vulgaire mouchoir usagé. Je serrais la mâchoire. Haineuse. Car je l'étais. Et j'en suis si fière...

Je voulais manipuler Sébastien pour pouvoir sortir d'ici. Peut-être me laissera-t-il sortir de l'appartement dans quelques jours? C'était des jours de perdu mais au moins, j'aurais récupéré un semblant de liberté. Pour ensuite me faire prisonnière... De lui...

Je devais éviter à penser au nom de cette cité italienne. Et à lui. Mais je pouvais toujours agrémenter ma haine contre lui. Contre ce qu'il était. Je voulais trouver la personne qui chérissait le plus. Dommage que sa sœur ne soit plus de ce monde car j'aurais fait en sorte qu'ils ne puissent plus se considérer comme frère et sœur. Je devais trouver un moyen pour le torturer. Pour le faire souffrir comme lui, il m'avait fait souffrir. Je voulais lui rendre toute la souffrance qu'il m'avait affligé.

Non... Je n'étais pas jalouse de ces femmes qu'il se tapait pour se nourrir. Je m'en foutais royalement. Il continuera à le faire. Encore et toujours même s'il a une épouse. Je voulais juste me venger. Car il s'était bien foutu de ma gueule. Et moi, j'ai été trop naïve. Comme à mon habitude...

Il ne fallait pas que la voyante apprenne que j'allais me diriger vers ce lieu. Je devais faire en sorte de m'orienter à l'aveugle.

"_ J'ai décidé de te laisser sortir de ta chambre. Mais tu dois rester dans l'appartement. Autrement, je n'aurais qu'une seule solution... Et crois-moi, elle ne m'enchante guère."

J'acquiesçais lentement de la tête, toujours aussi silencieuse. Il déposa un baiser sur mon front comme pour me convaincre qu'il était là pour me protéger. Mais je n'étais pas dupe. Il voulait me mettre en confiance pour m'user. Pour que je sois plus ouverte à ses tentatives de séduction. Je soupirais... J'avais hâte de mettre mon plan en exécution. Je pourrais enfin me libérer.

Les jours passèrent lentement. Sébastien ne me forçait plus à assouvir ses pulsions. Ce qui m'étonnait quelque peu. J'ai même cru qu'il avait, peut-être, - j'ai bien dit peut-être -, des sentiments sincères envers moi. Mais ce qui s'était passé avec Aro me faisait croire qu'il allait se jouer de moi.

"_ Je vais m'absenter un moment. Je reviendrais ce soir, dit Sébastien en mettant une veste en cuir."

Je me rapprochais de lui, l'enlaça et l'embrassa tendrement. Je voulais qu'il pense que je l'aimais vraiment. Je le sentis sourire... Au fond de mon être, j'étais heureuse. Il croyait vraiment que j'étais amoureuse de lui. J'aurais pu en rire mais cela aurait révélé mon plan. Il ne devait pas s'en douter de ce que je lui préparais. Il recula. Un peu surpris.

"_ Tu me surprends de jours en jours, Lys. Je suis vraiment heureux de t'avoir retrouvé.

_ Tu avais raison, Sébastien. Je ne me suis jamais sentie aussi proche de quelqu'un."

Sébastien effleura ma joue tout en souriant.

"_ Cela me fait plaisir à entendre. Ne t'en fais pas pour l'enfant... Je m'en occuperais."

J'attendis qu'il ferme la porte pour esquisser un vague sourire. Que c'était amusant de jouer avec les personnes... Je comprenais la raison pour laquelle Aro aimait cela. Si tu te pliais à ce que l'autre souhaite, tu pouvais aisément obtenir ce que tu voulais. Du manière assez indirecte. Je patientais. Étrangement, je n'éprouvais pas de la soif. Je n'avais pas spécialement faim. Et le bébé ne s'était plus manifesté depuis plusieurs jours. En faite... Depuis mon arrivée ici. Je posais ma main sur mon ventre.

"_ Nous partons d'ici, Némésis."

En guise de réponse, l'enfant frappa doucement contre la parois de mon corps. J'eus un sourire. Plus grand. Elle était d'accord. Nous aurons notre vengeance.