Volterra, la petite cité toscane que mon ancien compagnon m'avait tant parlé. Tant décrit. Ce dressait devant moi. Devant mes pauvres yeux humains. Mortels... Il y régnait une atmosphère pesante et mystérieuse. Etait-ce vraiment dû à la présence des vampires? Je le saurais sans doute jamais car je suis venue ici dans l'unique but de faire souffrir mon bien-aimé. Je voulais qu'il voit ce qu'il m'avait fait en me laissant derrière lui. Je voulais lui rendre tous les coups qu'il m'avait fait. Tous ces mensonges... Et j'allais sans aucun doute découvrir d'autres facettes de lui. Qu'il m'avait caché.

Je trouvais que les bâtiments en pierres sèches refermaient l'histoire de ce petit coin d'Italie. Les pierres encore chaudes, alors que le soleil commençait à décliner lentement du ciel, me procuraient un agréable massage naturel. Je sentais les ondes détendre mes muscles que j'avais sévèrement fait souffrir. Sur le chemin j'avais évité de penser à lui. Pour que cette voyante ne puisse pas me pister. Je devais lui faire cette surprise. Ainsi lorsque je me présenterais devant son clan, ses frères devront lui dire que la loi est la loi. Et qu'elle doit être respectée. Sur la route, j'avais été prise par des crampes à l'estomac dû au bébé vampire qui grandissait encore et encore dans mon ventre. J'avais réussi à survivre en buvant du sang animal. Je n'étais pas encore capable de boire du sang humain. Mais je ne pense pas que cela allait me servir de toute façon. J'avais fait un choix.

Et ce choix était un moyen pour me libérer de son emprise. De ses mensonges.

Je déambulais dans les rues de Volterra. Je réfléchissais. Deux choix s'offraient à moi. Soit, je pénétrais dans ce nid de vipère. Soit je prenais une chambre dans un petit hôtel pour que je puisse me reposer avant le combat qui s'annonce. Je pris mon porte-monnaie, l'ouvris et regardais à l'intérieur. Je me demandais si ce vampire avait ordonné de surveiller les retraits d'argents à mon banquier. Je me pinçais les lèvres. Si je l'utilisais ici, il allait me retrouver dans les secondes suivantes. Du coup mon effet surprise allait tomber à l'eau. J'avais assez de liquide pour payer la chambre. Juste pour une nuit pour éviter de me retrouver nez-à-nez avec des sangsues assoiffées et sans cœur. Plus j'avançais vers ma future prison, plus il m'était difficile de croire que cet homme portait des sentiments envers moi. S'il m'aimait réellement, il serait venu à Lyon pour me rechercher. Or... Il m'a laissé avec Sébastien. J'ai dû prendre sur moi pour ne pas sombrer, pour m'accrocher à cet infirme espoir de pouvoir me venger de celui qui m'avait mise enceinte. A celui qui m'avait abandonné... Laissé entre les mains sales de cet ignoble humain.

Je me dirigeais vers la place centrale du village. Si mon "âme-sœur" ne m'avait pas fait autant de mal, j'aurais pu tomber amoureuse de Volterra. J'esquissais un petit sourire. Ironique. Tout cela était si stupide. Mon visage se fit plus grave. Plus sévère. J'étais peut-être encore humaine mais je n'étais pas idiote. Je ne me laisserais plus manipuler par lui. Je lui ferais croire ce qu'il voudra. Mais au moment le plus opportun, la vipère mordra sa victime d'un poison si violent qu'elle en mourra. Juste devant les yeux de celui qu'elle avait aimé. Et d'un coup, je n'existerais plus. Mon âme sera sauve. Et non pas damnée comme ceux qui se trouvaient tapis dans l'ombre de cette charmante cité. Au centre de cette place, il y avait une magnifique fontaine. J'observais cet espace. Empreint d'histoire et de tragédie. Derrière cette fontaine, une grande bâtisse s'y trouvait. Son clocher se dressait fièrement vers le ciel. Il m'avait parlé de cette tour de l'horloge. Surtout quand il m'a parlé de cette histoire d'amour entre une humaine et un vampire. Bella et Edward. Ils ont pu en ressortir vivants. Indemnes. Leur amour plus fort que tout.

Mais mon choix voguait vers un autre chemin. Je ne pense pas avoir autant de chance qu'eux. Et avoir de faux-espoirs ne servaient à rien. Il fallait que j'affronte mes peurs. Mes angoisses.

Je jetais un dernier coup d'œil à ce bâtiment qui possédait un long balcon couvert et je crus apercevoir une silhouette. Froide. Hautaine. Sans plus de précision. Et pourtant, je me sentais attirée vers elle. Était-ce lui? Qui m'observait du haut de son balcon? M'avait-il reconnu? Ou pensait-il que j'étais qu'une simple hallucination? Je haussais les épaules. Après tout... Cela m'importait peu s'il me retrouvait à l'hôtel. Je n'étais pas obligée à lui ouvrir la porte. Ni la fenêtre... Il allait devoir attendre. Prendre son mal en patience. Puis je décidais à m'en aller. A trouver cette pièce où j'allais retrouver mon intimité. Pendant un court moment.

Heureusement pour moi, je n'eus pas à chercher trop longtemps un hôtel. Il y en avait un juste en descendant une rue historique qui se trouvait non loin de la place. Je pris une chambre au premier étage. Au moins je n'aurais pas à souffrir pour monter les quatre étages que j'avais quand j'habitais à Lyon. J'avais encore un peu d'argent pour me payer un diner et un petit déjeuner avant que je n'entre dans ce monde souterrain. Je caressais doucement mon ventre arrondie.

"_ Ma douce Némésis... Ne m'en veux pas si je pars... Je sais que tu entends mes paroles. Et tu sais que mon corps ne peut plus suivre et qu'il ne survivra pas à la vampirisation. Ne pense pas que je ne t'aime pas. Ce n'est pas parce que je ne t'ai pas voulu que je n'ai jamais pensé à avoir d'enfants. Je t'aime. Et j'espère que tu pourras vivre selon tes envies. Libre et indépendante sans que personne t'empêche de sortir. De vivre ta vie."

Je sentais au fond de moi que c'était une fille qui grandissait. Et pour illustrer mes propos, elle donna un petit coup de pied dans la paroi. Je fis un petit sourire.

"_ Tu vas me manquer. J'aurais aimé te voir grandir, te voir faire tes premiers pas, dire tes premiers mots, rencontrer ton premier petit ami. Toutes ces choses si magnifiques que tu vas découvrir une fois que tu seras sortie de mon ventre."

Je m'allongeais sur mon lit tout en soupirant et en continuant à caresser mon ventre. Je fermais les yeux. Je me sentais si bien. Cela faisait longtemps que je n'avais pas été aussi détendue. Je vais devoir me laver avant de partir voir ces suceurs de sang.

"_ Si je te dis cela, c'est parce que nous n'aurons plus l'occasion de parler ainsi. Tranquillement. Sans que l'on soit constamment surveiller. Est-ce que tu me comprends?"

Némésis bougea à nouveau comme pour me dire "oui". Un sourire apparut sur mes lèvres.

"_ Est-ce que tu as faim? Demandais-je en regardant mon ventre à l'attention de ma petite fille."

Mon bébé, déjà grand car il fallait le dire, crut me dire non.

"_ Est-ce que je peux manger de la nourriture humaine?"

Nouveau geste. Sa réponse était oui. Bien qu'elle aurait préféré que je prenne du sang animal. Je secouais négativement de la tête, un peu amusée. Je me redressais sur mon séant. Étrangement, j'avais hâte d'être à demain. Je voulais voir son visage se décomposer lorsqu'il nous verra arriver. Le soir tomba lentement sur le village et je sombrais peu à peu dans un sommeil sans rêve.

Le lendemain matin, je me lavais, coiffais et m'habillais un peu plus élégamment que d'habitude. Il fallait que je fasse bonne impression bien que j'allais surement récolter un sermon. Voir ma condamnation à mort. Il fallait bien que je me prépare à la seconde éventualité. Je n'avais pas très faim. Ce qui n'était guère une surprise. J'allais m'offrir sur un plateau d'argent à des vampires. Il était normal que mon corps réagisse de cette façon.

Je repensais à ma fuite. J'avais réussi à m'échapper de cet appartement où Sébastien m'avait enfermé. Il était parti faire des courses tout en me laissant les clefs. Car il pensait que je l'aimais vraiment et que je lui étais soumise. J'avais fait de l'autostop pour aller jusqu'en Italie et j'avais continué à pied. C'est là que j'avais commencé à boire du sang animal. Ce qui m'étonnait, ce que je n'avais plus du tout éprouver de problème cardiaque comme j'avais l'habitude d'avoir lorsque j'étais en sa compagnie. Il était responsable de mon état de santé. A moins que le bébé me disait indirectement qu'Aro allait me faire souffrir.

Je me dirigeais vers la place où se trouvait la demeure des vampires. Je levais ma main vers la grosse poignée de l'immense porte de bois en chêne massif et la poussa. Je pénétrais dans le hall au sol marbré. L'air était plus respirable car même si c'était le matin, il commençait à faire chaud. Inutile de le cacher, mon coeur battait à toute vitesse. Mon corps se raidissait à chaque pas que je faisais. Je commençais à avoir des sueurs froides. Et j'étais à deux doigts de m'évanouir. Non... Il fallait que je lutte. Je me demandais si j'étais bien consciente de ce que j'étais en train de faire. J'allais être privé de ma liberté. Je ne pourrais plus sortir. Plus jamais. Soudainement, un élan de remord me submergea. Je n'avais pas pu dire au revoir à ma famille et à mes amis. D'ailleurs... Je n'aurais pas pu le faire... A cause de lui...

Je fus surprise de trouver un ascenseur. Au lieu d'aller vers le haut, je découvris qu'il allait vers le bas. Euh... N'y avait-il pas des escaliers? Je n'eus pas le temps de sortir de l'ascenseur que les portes se renfermèrent sur moi. Et voilà... Maintenant je peux le penser. J'étais prise au piège...