Chapitre 4
L'oncologue avait prononcé sa phrase d'un air furieux, avant de se reprendre et de dire d'un air surpris et gêné:
« Oh... Je... Je suis désolé, House, je ne sais pas ce qui m'a pris... Je ne voulais pas m'énerver contre toi, je n'avais aucune raison...
-En effet, Jimmy, ça ne te ressemble pas, de crier comme ça !, répondit le diagnosticien, tout aussi étonné que son ami. Mais tu manques de sommeil, et ça, ça joue sur l'humeur ! Fatigue, irritabilité, sommeil perturbé... tu es sûr que tout va bien en ce moment et que tu ne nous ferais pas un début de dépression ?
- Mais oui, House, je vais bien, ça va ! Enfin... si l'on excepte mes maux de ventre, je vais bien, oui... Ouille..., gémit Wilson en portant la main à son abdomen.
- Bon, si tu le dis, déclara le plus âgé des trois hommes. Mais ne tarde pas à te soigner, et si ça ne va pas mieux d'ici deux jours...
- J'atterrirai dans ton service de mon plein gré, répondit l'oncologue. Cela ne m'enchante guère, mais si je n'ai pas le choix... Euh, sinon, au fait, pour le patient asiatique que j'ai rencontré...
- Celui qui pourrait m'intéresser ?
- Oui... Il s'appelle Tcheng, il est Chinois, et... acupuncteur de profession, dûment diplômé, j'ai vérifié !
- Oui, et ? En quoi un type qui s'amuse à transformer les gens en pelotes d'épingles ambulantes pourrait-il susciter mon intérêt ?
- Eh bien... », commença Wilson.
L'oncologue cherchait ses mots, il voulait faire passer le message en douceur à son ami et craignait de le brusquer. House était très susceptible pour tout ce qui touchait à son problème à la jambe - surtout sa consommation de Vicodine – et son ami espérait qu'il serait un minimum réceptif à son idée:
« Tu sais que l'acupuncture est une discipline reconnue en médecine... Ses effets sont indéniables sur l'état de santé des personnes qui y ont recours, et...
- Et alors ?, le coupa le diagnosticien. Quel rapport avec moi ?
- Eh bien..., poursuivit Wilson en jetant un oeil en direction de Foreman, lequel l'écoutait avec attention tout en regardant lui aussi son chef de service. L'acupuncture donne de bons résultats dans le traitement ou tout au moins l'apaisement des douleurs chroniques, et j'avais pensé que...
- Tu voudrais que je me fasse piquer par ton cancéreux chinois !, s'exclama House. Car si tu me dis que tu as rencontré ce type, c'est forcément au cours d'une consultation, et comme tu reçois essentiellement des porteurs de cancers n'est-ce-pas...
- House ! Laisse-moi au moins finir de t'expliquer !, l'implora Wilson.
- Il a raison, docteur House, intervint Foreman, vous devriez l'écouter jusqu'au bout... Je pense que l'acupuncture pourrait apporter un plus à votre état de santé et qui sait, peut-être que vous parviendriez à diminuer vos prises de Vicodine !
- Oh, vraiment ?, lança le diagnosticien à ce dernier d'un ton ironique. Allez donc vous faire un AVC dans la jambe, et après vous reviendrez me voir ! Et là vous pourrez me dire si ma consommation d'anti-douleurs est exagérée ! »
Wilson soupira en voyant la réaction de son ami aux paroles du neurologue ; House ne semblait pas adhérer à son idée et il en était à se demander si celui-ci valait vraiment la peine qu'il se donne autant de mal pour lui... Mais l'oncologue était plutôt persévérant de nature, aussi reprit-il:
« House, je pense sincèrement que tu devrais rencontrer Monsieur Tcheng. Il a déjà traité des cas similaires au tien et je suis sûr qu'il pourrait faire quelque chose pour toi ! Il m'a même dit qu'il serait prêt à se déplacer à l'hôpital pour te voir, ce qui est vraiment chic de sa part parce qu'en plus il n'exerce pas très loin d'ici ! Vous voyez l'herboristerie Tcheng, au carrefour ?, demanda Wilson en s'adressant à Foreman.
- La boutique tenue par une jeune Chinoise ? Oui, je la connais... Je vais y acheter du thé de temps en temps...
- Eh bien c'est l'une des filles de Monsieur Tcheng. L'une est acupunctrice comme son père – leur cabinet est d'ailleurs juste à côté de la boutique – et l'autre, celle qui tient l'herboristerie, est diplômée en pharmacie, et il lui arrive très souvent de faire des préparations à base de plantes en complément aux soins dispensés par son père et sa soeur ! Monsieur Tcheng m'a dit que pour le cas de House, il pourrait demander à sa fille de composer une pommade et d'élaborer un traitement sous forme de gélules, un peu comme l'homéopathie ! Et le tout sans risque de dépendance ! », ajouta Wilson en jetant négligemment un oeil vers son ami.
L'oncologue continua à discuter avec Foreman en faisant comme si House n'était pas là. Il savait que le diagnosticien ne supportait pas que l'on ignore sa présence – surtout volontairement – et il espérait qu'en agissant ainsi, House finirait par réagir pour donner son avis sur la question. Réaction qui ne se fit pas attendre, car à peine quelques dizaines de secondes plus tard, l'aîné des trois hommes les interrompit en haussant le ton:
« Eh oh ! Ça vous amuse de parler sur mon dos comme si je n'étais pas là ?
- Mais nous ne parlons pas de toi, House, répondit calmement Wilson. Nous discutons de la boutique de Monsieur Tcheng et de ce que l'on peut y trouver... Je n'avais pas l'impression que le sujet t'intéressait, alors j'ai préféré poursuivre la conversation avec Foreman ! N'est-ce pas ?, ajouta l'oncologue en s'adressant à son confrère.
- Tout à fait, répondit ce dernier, qui avait compris la manoeuvre de son interlocuteur. Le docteur Wilson vous propose une alternative à la Vicodine, vous la refusez, c'est votre choix et votre droit le plus strict !
- J'ai jamais dit que ça ne m'intéressait pas !, aboya House. C'est juste que... je me vois mal avec des aiguilles un peu partout sur moi...
- Puis-je en déduire que tu serais éventuellement partant pour rencontrer Monsieur Tcheng ?, demanda Wilson plein d'espoir.
- J'ai bien accepté de me faire masser une fois par une kiné, je peux bien essayer de me transformer en porc-épic..., répondit House d'un ton ironique tout en se forçant à sourire. Bon, ben c'est pas tout ça, mais j'ai des choses à faire, donc si vous voulez bien m'excuser, dit le diagnosticien en se dirigeant vers la porte de la salle. Et toi, ajouta-t-il à l'adresse de l'oncologue, t'as intérêt à te soigner !
- Pas de problème, House, répondit son ami. Mais dans ce cas, je te propose un deal : tu rencontres Monsieur Tcheng, et moi de mon côté je m'engage à devenir ton patient si aucune amélioration... ouille... ne se produit..., soupira Wilson en se massant le ventre.
- Et si je refuse de me faire « aiguiller » ?
- Eh bien dans ce cas ce sera ton problème, House... Moi, tout ce que je te demande, c'est de bien vouloir rencontrer Monsieur Tcheng une fois et discuter un peu avec lui !
- OK. Donc je le rencontre et ensuite tu me fiches la paix ?
- Oui..., souffla Wilson.
- Sérieusement ?
- Oui !, cria Wilson, de nouveau excédé et de nouveau surpris par cet accès d'agacement.
- Ouh là !, s'exclama House, surpris une nouvelle fois. Deux éclats de voix de ta part en moins d'un quart d'heure... Oh... Toi, je te verrais bien dans mon service d'ici demain après-midi ! »
