Chapitre 5

Une fois House sorti, Wilson se tourna vers Foreman:

« Il n'était pas sérieux quand il a dit qu'il me verrait débarquer dans son service d'ici demain ! Si ? Ou alors il a balancé ça pour me faire flipper et parce que ça... l'enquiquine – pour être poli – que je m'intéresse à sa jambe et à sa consommation de Vicodine ?

- Vous connaissez House, répondit Foreman d'un ton désabusé. Il ferait n'importe quoi pour échapper à ses heures de consultation, quitte à prétendre que quelqu'un souffre de quelque chose qui n'existe que dans sa tête à lui !

- Enfin... J'espère que mes maux de ventre vont bientôt disparaître... Depuis le temps que je me les traîne, ça commence à faire long... Et pour mon manque de sommeil, il n'y a pas trente-six solutions: il faut dormir ! Et je crois me rappeler que Monsieur Tcheng m'a dit que sa fille vendait des tisanes pour faciliter le sommeil ! Qui sait, j'irai peut-être y faire un tour aujourd'hui si j'ai le temps, et j'en profiterai pour essayer de prendre un rendez-vous pour House... euh... avec son accord, bien entendu, ajouta-t-il précipitamment en voyant l'air surpris de Foreman.

- C'est vraiment très chic de votre part d'essayer de l'aider, docteur Wilson..., murmura le neurologue. Honnêtement, je ne crois pas que je serais resté longtemps ami avec un type comme House et rien que pour ça je vous admire...

- Merci Foreman, répondit l'oncologue en souriant. Mais vous savez, moi-même je me demande parfois comment je fais pour le supporter ! Quand on se fait une soirée chez lui ou quand on se fait un resto, ou alors quand on va à une soirée « Monster Trucks », on rigole bien ensemble, on passe vraiment du bon temps..., dit doucement Wilson d'un air songeur. Il est bien dans ces moments-là, un peu chieur sur les bords certes, mais vraiment bien... Et parfois il se renferme sur lui-même et se cache derrière ses sarcasmes !

- Vous êtes vraiment compréhensif avec lui, répondit Foreman. Moi, à votre place, il y a longtemps que j'aurais coupé les ponts !

- Je vous avouerais franchement que l'idée m'a déjà traversé l'esprit, de cesser toute relation avec lui autre que professionnelle, mais j'appréciais tellement l'homme qu'il était – malgré son foutu caractère ! - avant son problème à la jambe que... Je crois que j'ai toujours gardé l'espoir qu'un jour cet homme-là referait surface chez lui... Je pense sincèrement que si sa jambe le faisait moins souffrir, et que s'il réapprenait à s'ouvrir aux autres – chose qu'il n'a plus voulu faire depuis que Stacy Warner l'a quitté – son caractère s'en trouverait influencé, dans le bon sens du terme... Vous allez me dire que je suis naïf, ou trop sentimental, mais je crois vraiment que House peut changer, ou tout au moins devenir moins... « ours mal léché » !

- Si seulement vous pouviez avoir raison... », soupira Foreman en ouvrant la porte de la salle d'examen.

oooooooooo

Le lendemain matin.

Wilson se gara sur sa place de parking et coupa le moteur. Il se passa une main sur le visage et se regarda dans le rétroviseur: il avait les traits tirés, l'oeil éteint, quelques lègères cernes... Bref, il avait la tête d'une personne qui avait très mal dormi alors que paradoxalement, il ne se sentait pas trop fatigué. L'oncologue avait eu des suées nocturnes, des bouffées de chaleur et quelques crampes abdominales pendant la nuit, ce qui l'avait réveillé, et il avait alors immédiatement pris les médicaments conseillés par son ami.

Le médecin se sentait de plus en plus fatigué et de plus en plus irritable, et il se demandait comment aborder la journée qui s'annonçait. Il parvint dans le hall d'accueil de l'hôpital et se présenta devant l'une des infirmières pour prendre connaissance de ses rendez-vous et consultations éventuelles. Alors qu'il prenait le dossier qui lui était destiné, il étouffa un baillement et une voix familière sur sa droite se fit entendre:

« Bonjour Docteur Wilson, dit Cuddy en s'avançant vers lui. Comment allez-vous ?

- Oh, euh... Bonjour Docteur Cuddy », répondit machinalement l'oncologue en tournant la tête vers cette dernière.

A peine avait-il terminé sa phrase que la directrice de l'hôpital s'écria:

« Mon Dieu, mais vous avez une de ces mines ! Vous êtes malade ?

- Eh bien, disons que je ne me sens pas très en forme depuis quelques jours, avoua Wilson. J'ai quelques soucis abdominaux, et...

- Vous êtes-vous fait examiner ?, l'interrrompit Cuddy.

- Oui, par Foreman et House,...

- Que vous a dit House ?

- Eh bien, il m'a conseillé de prendre du charbon actif pour mes ballonnements et du paracétamol pour mes maux de tête et mes maux de ventre...

- Et pour la fatigue ? Parce que vous avez vraiment la tête de quelqu'un qui n'a pas fermé l'oeil de la nuit !

- Pourtant je vous assure que j'ai dormi à peu près correctement la nuit dernière !, déclara Wilson. Bon, c'est vrai que j'ai dû me lever par nuit pour me soigner et que j'ai eu des suées nocturnes, mais...

- Vous avez des suées nocturnes !, s'exclama Cuddy. Et depuis combien de temps ?

- Je n'en sais trop rien, avoua l'oncologue. Mais c'était la première fois la nuit dernière que j'avais aussi chaud d'un coup !

- Donc vous dites avoir des maux de ventre, des maux de tête, vous vous sentez fatigué et vous avez eu des suées nocturnes ? Et des bouffées de chaleur ?

- Euh... oui, répondit Wilson, un peu étonné par toutes ces questions.

- Eh bien, Docteur Wilson, mis à part vos maux de ventre qui sont peut-être dûs à un virus intestinal – la gastro-entérite fait encore des ravages à ce que l'on m'a dit – les autres symptômes me font penser à... à un problème hormonal..., murmura la directrice.

- Pardon ?

- House n'est pas endocrinologue, donc je pense que cela a dû lui échapper, mais pour moi vos symptômes sont parlants: je pense que vous devriez faire une prise de sang, je suis sûre que l'on y trouverait une partie de la réponse à vos soucis de santé...

- Une prise de sang ?, dit Wilson, abasourdi.

- Oui, Docteur Wilson, une prise de sang. Et en tant que directrice de cet hôpital, je vous mets à compter de ce jour en arrêt maladie...

- Quoi ? Mais... pourquoi ?

- Tout simplement parce que vous avez une mine à faire peur, et qu'il ne serait pas très responsable de ma part de laisser un médecin malade exercer alors que l'on ignore ce qu'il a ! Donc vous allez voir House, et vous allez lui demander de vous faire une prise de sang, en lui précisant bien que vous venez de ma part ! Et pour ceci, continua Cuddy en reprenant à l'oncologue le dossier que ce dernier avait dans les mains, je vais désigner d'autres médecins pour prendre en charge vos patients le temps que vous vous rétablissiez !

- Mais je me sens bien, je vous assure !, s'exclama Wilson. Je suis juste un peu fatigué en ce moment et je couve sûrement un virus intestinal, mais sinon ça va ! Je me sens parfaitement capable de travailler aujourd'hui !

- Docteur Wilson, je vous l'ai dit: en tant que directrice de cet hôpital, j'ai des responsabilités envers tous les patients qui se trouvent ici alors vous allez faire cette prise de sang, et ensuite vous rentrez chez vous vous reposer ! D'accord ?

- Docteur Cuddy, soupira l'oncologue. Je... Je veux bien faire ce que vous me demandez, mais pourquoi me renvoyer chez moi ? Je comprends que vous ne vouliez plus que j'approche un patient pour le moment, mais je suis encore capable d'accomplir des tâches administratives ! J'ai des piles de dossiers à classer, vous n'allez pas me dire que ça non plus je ne peux pas le faire !

- Bon d'accord..., murmura Cuddy. Je vous autorise à rester dans l'enceinte de l'hôpital, mais à la condition expresse que vous alliez voir House pour qu'il vous fasse une prise de sang et qu'il vous mette dans une chambre pour que vous vous reposiez !

- Dans une chambre ? Mais je ne vais pas bloquer une chambre alors qu'un patient pourrait en avoir besoin !

- Docteur Wilson, que ça vous plaise ou non, vous êtes souffrant ! Donc tant que je ne saurai pas ce que vous avez, vous serez un patient pour moi ! Compris ?

- D'accord..., souffla l'oncologue d'un air résigné.

- Docteur Wilson... lui dit doucement Cuddy. Je ne suis pas là pour vous contrarier, mais comprenez-moi... Je ne peux pas laisser l'un de mes médecins travailler alors que je sais qu'il est souffrant... C'est pour votre bien que je vous mets en arrêt...

- Je le sais bien..., murmura Wilson. Je ne peux pas vous en vouloir pour ça... Toutefois, si vous pouviez...

- Oui ? Puis-je faire quelque chose pour vous ?

- Eh bien... J'ai vu House hier et je lui ai parlé d'un acupuncteur que j'ai rencontré lors d'une consultation.

- Oui, et ?

- Eh bien, si vous pouviez insister auprès de lui pour qu'il accepte de rencontrer cet acupuncteur... Je pense avoir réussi à le convaincre en partie, mais j'aimerais qu'il le fasse vraiment... Je suis sûr que l'acupuncture pourrait l'aider à décrocher de la Vicodine...

- Docteur Wilson..., murmura Cuddy avec un petit sourire. C'est bien vous, ça, de toujours penser aux autres avant de penser à vous ! Ne vous en faites pas, je parlerai à House, mais vous, en attendant, c'est à vous qu'il faut penser ! Alors allez vous faire soigner, allez ! »