Chapitre 7
« Docteur Wilson !, s'écrièrent simultanément Cuddy et Cameron, pendant que Foreman se précipitait vers l'oncologue pour le rattraper et le reposer dans le fauteuil. Chase se dépêcha de poser les tubes de sang, le garrot et la seringue sur le bureau de House afin d'aider le neurologue à bien allonger leur confrère. Quant à House, il était sidéré: il voyait bien que son ami avait un problème de santé, mais au point de perdre connaissance... Il partit en direction de son bureau et lança à ses assistants:
« Allez cherchez un brancard, mais avant de l'embarquer, je tiens à l'examiner moi-même !
- Je... J'y vais, répondit Cameron d'une voix mal assurée..
- Je... Je vais de suite réserver une chambre pour le docteur Wilson », ajouta Cuddy, bouleversée, avant de sortir.
House mit son stéthoscope autour du cou, prit son tensiomètre et s'avança vers son ami, inanimé. Il fit comprendre à Foreman de se pousser de là où il était – le neurologue s'était accroupi près du fauteuil, à hauteur du visage de Wilson, une main posée sur le front de ce dernier – et donna son tensiomètre à Chase. Puis d'un signe de tête, il fit signe au neurologue de lui amener une chaise et s'assit pour ausculter son ami: sa respiration était régulière, rien n'encombrait ses poumons, mais ce qui inquiétait surtout le diagnosticien, c'était la pâleur de l'oncologue. House savait que Wilson ne dormait pas bien depuis plusieurs jours, et son malaise était probablement dû à une chute de tension, elle-même provoquée par la fatigue, mais le médecin sentait qu'il y avait autre chose:
« Les voies respiratoires sont OK, rien de ce côté... Et sa tension artérielle, Chase ?
- Elle n'est pas brillante... 7,6... Ce n'est pas énorme pour un homme de son âge et de sa corpulence... Pour peu qu'il ait zappé le petit déjeuner ce matin, pas étonnant qu'il soit tombé dans les pommes !
- Je ne pense pas qu'il ait sauté le p'tit déj, murmura House... c'est plutôt le genre à prévoir un casse-croûte quand il manque de temps... Je soupçonne un manque de magnésium ou une petite anémie là-dessous...
- Un manque de fer ?, s'étonna l'intensiviste. Le docteur Wilson nous a pourtant dit qu'il essayait de varier au maximum ses repas...
- Varier les aliments ne signifie pas obligatoirement que tu consommes de tout, déclara Foreman. Peut-être n'a-t-il pas assez mis d'aliments contenant du fer dans ses menus... D'un autre côté, la fatigue est une raison très valable pour expliquer son malaise...
- Que... Qu'est-ce qui s'est passé ?, demanda Wilson d'une toute petite voix en ouvrant péniblement les yeux et en voyant ses trois confrères penchés au-dessus de lui, l'air inquiet.
- Je vous ai fait une prise de sang, répondit Chase, et en vous relevant du fauteuil, vous...
- T'as tourné de l'oeil, le coupa House. Et du coup, tu es on ne peut plus officiellement mon patient maintenant !
- Oh...
- Eh oui, on va jouer au docteur ensemble et ça, ça pourrait être assez amusant, surtout pour moi ! Mais... d'un autre côté, l'idée d'avoir un confrère pour patient risque aussi de me compliquer la tâche, d'autant plus qu'on se connaît bien tous les deux: contrairement aux autres personnes que j'ai pu soigner, toi je ne pourrai pas te raconter des bobards ! Et ça, tout de suite, c'est déjà moins rigolo..., dit House en faisant mine d'être contrarié.
- Heu... Je me sens un peu barbouillé, là... Je ne comprends pas pourquoi j'ai perdu connaissance... J'ai pourtant déjeuné ce matin !
- Tu oublies que tu dors mal depuis quelques temps, reprit le diagnosticien. Ah ! Cameron, enfin vous revoilà ! Je commençais à penser que vous aviez dû partir au fin fond du New Jersey pour nous dégoter un brancard ! », lança-t-il à l'immunologiste qui était en train de coincer les deux battants de la porte d'entrée de la salle de réunion pour amener ledit brancard dans le bureau de son patron par le passage qui reliait les deux pièces. House se tourna vers Foreman et reprit:
« Il faudra lui faire passer des tests au niveau neurologique, voire carrément un scanner ! Je tiens à écarter un maximum de pathologies !
- Et si on attendait déjà les résultats de la prise de sang ?, répondit le neurologue. Le docteur Wilson est très fatigué, et je pense qu'il vaudrait mieux le laisser se reposer d'abord avant de lui faire subir le moindre examen !
- Foreman a raison, intervint Chase qui était en train d'aider Cameron à rentrer le brancard dans la pièce. On devrait attendre les résultats du prélèvement avant de se lancer dans quoi que ce soit… Si la prise de sang révèle quelque chose, cela nous donnera toujours une piste à suivre pour trouver sa pathologie et par conséquent le traitement adapté ! »
House regarda son ami : l'oncologue reprenait tout doucement ses esprits, mais son regard demeurait éteint et son teint était toujours pâle. « Il a vraiment quelque chose qui cloche, songea le diagnosticien, je ne l'avais encore jamais vu dans un état pareil… Et plus vite le labo fera les analyses… »
Le médecin se releva de sa chaise, retira le stéthoscope qui était autour de son cou, posa celui-ci sur son bureau et se saisit des flacons de sang :
« Bien, maintenant que le brancard est arrivé, vous allez allonger notre confrère dessus, et vous, Cameron, allez trouver Cuddy pour lui demander dans quelle chambre on peut déposer le patient !
- J'y vais immédiatement, répondit l'immunologiste en sortant de la salle.
- Et pour ma part, je vais faire un tour au laboratoire…
- Vous ne voulez pas que j'y aille ?, demanda Chase en allant poser le tensiomètre sur le bureau de son chef de service. Comme ça vous pourriez rester auprès du docteur Wilson…
- Mon cher ami et moi-même nous voyons presque tous les jours, alors je pense qu'il ne m'en voudra pas si je le délaisse pendant une petite heure ! De toute façon, il sait déjà qu'à mon retour, j'irai l'embêter dans sa chambre ! Pas vrai, Jimmy ?, lança le diagnosticien à son confrère, que Chase et Foreman étaient en train d'aider à s'allonger sur le brancard.
- J'en frémis d'avance, répondit l'oncologue en faisant un petit sourire. Dieu seul sait ce que tu vas vouloir me faire subir !
- Si tu penses à des attouchement à caractère sexuel, je suis désolé mon vieux, mais pour ça, c'est Cuddy la spécialiste ! Moi je suis plus raffiné… Deux épisodes inédits de « General Hospital » cette après-midi, c'est bien plus bandant, non ?
- Oh que oui !, murmura Wilson en riant doucement.
- Et il faudra que tu y mettes du tien, Jimmy, car c'est à cause de toi si Cuddy a pu me coincer : vingt séances à me transformer en pelote d'épingles ou vingt heures de consultations par semaine ! Encore merci !
- Navré d'avoir voulu t'aider à revenir sur deux pattes !
- Mouais… Bon eh bien les enfants, je vous laisse, j'ai à faire au labo alors… pas de bêtises en mon absence, d'accord ? »
Une fois House sorti, Foreman s'adressa à l'oncologue :
« Vous allez vous reposer aujourd'hui, et si House vient vous enquiquiner, surtout n'hésitez pas à me biper ! »
Wilson allait répondre, lorsque Cameron revint dans la salle :
« Le Docteur Cuddy a réservé la chambre 214. Comment vous sentez-vous, docteur Wilson ?, lui demanda la jeune femme en souriant.
- Un peu barbouillé, mais ça va… Oh… J'ai parlé trop vite… Mes maux de ventre sont toujours de la partie… Et ça me lance légèrement dans la poitrine, mais c'est assez diffus…
- On devrait peut-être lui faire une radio du thorax…, suggéra Chase à ses collègues. House a dit qu'il n'avait rien détecté à l'auscultation, mais au moins on pourrait écarter un problème pulmonaire… Qu'en dites-vous, docteur Wilson ?
- Pour moi ma respiration est normale, dit celui-ci. Je ne me sens pas encombré, je n'ai aucune sensation d'étouffement, mais si ça peut vous rassurer, on peut aller faire cette radio…
- D'accord, répondit Foreman, mais on la fera dans l'après-midi, quand vous vous serez reposé un peu… Vous venez de faire une syncope et vous êtes encore pâle, donc on vous amène à votre chambre et vous faites une petite sieste !
- Euh… Au fait, où est passé House ?, demanda Cameron. Il était pourtant là tout à l'heure !
- Il est parti porter lui-même la prise de sang du docteur Wilson au labo », répondit Chase.
oooooooooo
Pendant que ses trois assistants s'occupaient de l'oncologue, le diagnosticien faisait route vers le laboratoire aussi vite que sa jambe pouvait le lui permettre, en serrant précieusement les quatre pipettes de sang dans sa main gauche. « Alors comme ça Wilson aurait un problème hormonal, songea-t-il, et Cuddy pencherait sérieusement pour l'andropause…Je crois que c'est une partie du problème, et une partie seulement, car je sens qu'il y a autre chose, et mon intuition ne me trompe jamais…Bon sang Jimmy, mais qu'est-ce qu'il t'arrive ? »
House en était là de ses pensées, lorsqu'il croisa sa directrice dans le couloir :
« House ! Comment va le docteur Wilson ?
- Oh, il a rouvert les yeux après votre départ, et mes trois sous-fifres sont en train de l'installer dans une chambre… Je l'ai ausculté et je peux déjà vous dire qu'il n'a rien au niveau pulmonaire, et……
- Vous l'avez ausculté !, l'interrompit Cuddy. Vous ? Vous, vous avez examiné un patient vous-même ?
- C'est pas un patient ! Oui, bon, d'accord, c'est comme un patient, mais pas tout à fait… C'est Wilson !
- Votre ami pour lequel vous vous inquiétez, même si vous ne voulez pas le montrer…, dit doucement l'endocrinologue.
- Oui je m'inquiète pour lui, car s'il tombe malade, qui me paiera mes repas à la cafèt ?
- House…, soupira Cuddy en souriant. Allons, il n'y a aucune honte à dire que l'on tient aux gens ! Et je vous connais suffisamment pour savoir que malgré votre foutu caractère, vous êtes capable d'apprécier les personnes qui vous entourent, comme le docteur Wilson !
- Si vous le dites… Maintenant si vous voulez bien m'excuser, j'ai tout un laboratoire à martyriser si je veux obtenir les résultats de la prise de sang de Wilson d'ici demain après-midi ! », répondit House en filant.
- Et moi c'est vous que je martyriserai si vous ne tenez pas vos engagements ! Je vous rappelle que vous avez vingt séances d'acupuncture à faire ! Comment s'appelle-t-il ?
- Qui ça ?, demanda House en se retournant.
- Mais l'acupuncteur que vous allez vous faire un plaisir de rencontrer prochainement ! Je vous connais, House… vous allez attendre d'être poussé dans vos derniers retranchements pour contacter cet homme, et comme je n'ai aucune envie de me battre avec vous, je préfère prendre les devants et l'appeler moi-même pour vous fixer un calendrier !
- Vous n'oseriez pas !
- Je suis votre supérieur hiérarchique et c'est un ordre, House, alors je ne vais pas me gêner…, dit lentement Cuddy en détachant chaque syllabe. Son nom, je vous prie…
- J'sais plus, demandez à Wilson ! », lança le diagnosticien en filant de plus belle en direction du laboratoire.
