Chapitre 17
Une semaine plus tard.
Wilson était plongé dans la lecture d'un dossier, lorsqu'on frappa à la porte de son bureau. Il releva les yeux et s'exclama:
« Docteur Tcheng, bonjour !
- Bonjour à vous aussi, répondit l'acupuncteur en faisant un petit signe de la tête. Je sors de ma troisième séance avec votre ami et il m'a dit que vous étiez ici à l'hôpital, mais qu'en ce moment vous étiez... en « vacances particulières », selon ses termes ?
- Oh, euh... oui... Effectivement, je suis... comment dire... mon état de santé actuel nécessite une période de repos...
- Pardonnez mon indiscrétion, docteur Wilson, mais vous ne seriez pas... dépressif tout de même ?, fit le Chinois d'une voix inquiète.
- Moi ? Non ! Non, non, c'est juste que... J'ai besoin de faire un peu le point sur ma vie et... Oh et puis zut, je peux bien vous en parler, à vous... Quelques-uns de mes confrères sont déjà au courant, alors... Vous voulez bien fermer la porte, s'il vous plaît ?
- Bien sûr, docteur Wilson. »
L'oncologue raconta alors à l'acupuncteur ce qui lui était arrivé au cours des deux dernières semaines: la découverte de son hermaphrodisme, son examen gynécologique... Il soupira et reprit:
« Maintenant vous savez pourquoi je suis en arrêt, docteur Tcheng... Ma directrice ainsi que le docteur Megan Reeves – la psychologue qui me suit – pensent que je ne suis pas encore assez fort psychologiquement pour reprendre le travail... Je peux venir à l'hôpital accomplir des tâches administratives, ou éventuellement pratiquer des analyses en laboratoire, mais à la condition expresse que je ne rencontre aucun patient ! Si tout va bien, je devrais retrouver mes patients d'ici la fin du mois, voire début avril !
- La vie nous réserve parfois de drôles de surprises..., fit le Chinois d'un air songeur.
- A qui le dites-vous !
- Et vos maux de ventre, vous en avez encore ?
- Non, j'en ai eu de temps en temps pendant les cinq jours de... mes... règles... Quand j'y repense, je comprends mieux maintenant pourquoi certaines femmes sont malades pendant cette période-là !
- Vous savez que l'acupuncture peut neutraliser les douleurs gynécologiques ?
- Vraiment ?, fit Wilson, surpris et intéressé.
- Bien sûr ! De même que ma discipline peut aider votre ami à ne plus souffrir de sa jambe, elle pourrait aussi vous soulager ! A moins que vous n'ayez décidé de prendre la pilule ou autre contraceptif hormonal...
- Non, je ne prends rien... du moins pour l'instant, répondit l'oncologue. Je dois déjà rencontrer ma directrice – qui est aussi endocrinologue – pour un traitement destiné à me faire retrouver mon taux de testostérone d'avant l'andropause... Le docteur Spencer – le gynécologue qui me suit – m'a dit qu'il existait des pilules micro dosées, mais je... Je crois que le fait de prendre la pilule voudrait dire que... quelque part, je me sens femme alors que pour le moment je me sens toujours homme...
- Il n'est déjà pas si simple de se situer en tant qu'homme ou femme dans ce monde, alors que dire d'une personne qui est née... avec une jambe de chaque côté de la barrière ?, dit doucement Tcheng.
- C'est tout à fait ça !, répondit Wilson en souriant.
- Autrement, docteur Wilson, j'étais également venu vous poser une question: avez-vous remarqué un léger changement dans l'attitude de votre ami ? Je sais bien que nous n'en sommes qu'à trois séances à ce jour, mais je pense que mes aiguilles ont déjà commencé à agir... J'ai toujours eu le... « feeling » comme vous dites, pour ce genre de choses...
- Un changement ? Dans quel sens ? Est-ce qu'il prend moins de Vicodine, c'est ça ?
- Pas seulement..., répondit l'acupuncteur. Je voudrais savoir si vous avez remarqué un changement, même très petit, dans son comportement: est-ce qu'il s'ouvre un peu plus aux autres, par exemple, a-t-il un peu plus le goût de vivre ? »
L'oncologue aurait bien voulu répondre à son confrère que depuis quelques temps House et lui avaient débuté une relation qui n'avait plus grand-chose d'amical, mais il ne pouvait décemment pas confier une telle chose à un parfait inconnu, aussi sympathique et compréhensif fut-il ! Wilson se contenta donc d'afficher un petit sourire en coin et s'apprêtait à donner une réponse circonstanciée, lorsque deux coups retentirent contre la porte de son bureau avant que celle-ci ne s'ouvre sur le diagnosticien:
« Oh c'est pas vrai ! Moi qui venais chercher un peu de réconfort auprès de mon camarade après avoir été votre jouet pendant une demi-heure, et voilà que je vous retrouve dans son bureau ! Non mais vous ne pouvez plus vous passer de moi ou quoi ? Ou alors il est là en consultation, et dans ce cas, je tiens ma revanche ?, lança-t-il à l'adresse de Wilson.
- Euh... Je te rappelle que je suis en arrêt, House... Si le docteur Tcheng se trouve dans mon bureau, c'est uniquement parce qu'il est venu me saluer !
- Wilson ne vous avait pas trouvé un cancer quelque part ?, demanda le diagnosticien au Chinois.
- Effectivement, répondit calmement celui-ci en souriant. Votre ami et confrère avait détecté chez moi des cellules suspectes au niveau de ma prostate, mais heureusement pour moi cela a été pris à temps ! Toutefois, comme j'étais surpris de ne plus l'avoir comme médecin traitant, je suis passé le voir pour le saluer !
- Du coup je lui ai expliqué le pourquoi de mon arrêt de travail... Et le docteur Tcheng était en train de me dire qu'il pouvait éventuellement soigner mes maux de ventre lorsque tu as débarqué !
- Dites-moi, docteur House, dit l'acupuncteur, avez-vous essayé d'appliquer ma suggestion ?
- Ma Vicodine en p'tits sachets ? », fit l'intéressé en grimaçant.
Devant l'air étonné de Wilson, le diagnosticien enchaîna:
« Notre bon vieux Tcheng ici présent m'a suggéré de mettre ma dose journalière actuelle de comprimés – soit 9 – dans un sachet chaque matin et de vérifier le soir combien il m'en reste. Il prétend que ses aiguilles me font déjà de l'effet alors que nous venons juste d'avoir une troisième séance ensemble !
- Vous l'avez fait ?, demanda l'acupuncteur
- J'avoue que votre proposition m'a quelque peu intrigué, alors j'ai décidé de jouer le jeu... depuis ce matin !
- Combien de comprimés avez-vous déjà consommé habituellement à ce moment de la journée ?, dit le Chinois.
- Mmmh... Voyons voir... Il est 15 heures, généralement à cette heure j'en suis à ... cinq gélules à peu près...
- Et vous avez bien mis 9 comprimés ce matin dans votre sachet ?, reprit l'acupuncteur.
- Oui. Je vous l'ai dit, votre suggestion m'intrigue mais je la tente juste pour le fun, car je suis persuadé qu'à l'heure où je vous cause, il ne me reste plus que 4 comprimés en poche ! Enfin... dans le sachet, hein, pas dans le flacon !
- Peux-tu nous montrer ton sachet, alors ?, demanda Wilson
- Pas de problème ! »
Joignant le geste à la parole, House sortit prestement de la poche de sa veste un petit sac en plastique qu'il brandit fièrement sous le nez de ses deux confrères:
« Je vous l'avais dit ! Il m'en reste quatre !
- Tu es sûr ?; fit Wilson, intrigué. Parce que moi...j'en vois cinq !
- Apprends à compter, Jimmy ! Ou alors prends rendez-vous avec ton ophtalmo, ta myopie reprend du service j'ai l'impression !, fit le diagnosticien d'une voix moqueuse.
- Navré de vous contredire, docteur House, intervint Tcheng, mais... moi aussi, je vois cinq comprimés dans votre sachet... »
Surpris, le diagnosticien regarda alors plus attentivement ce qu'il tenait en main et la vérité le frappa de plein fouet: il y avait bien cinq comprimés et non pas quatre... Il remit le sachet dans sa poche, fit demi-tour et partit en direction de la porte du bureau. Une fois dans l'encadrement de celle-ci, il se retourna et s'adressa à Wilson:
« Je te laisse, mes larbins m'attendent... et... je finis à 17 heures aujourd'hui, alors tu seras prié de ne pas me faire poireauter... »
**********
Le soir même.
Lorsque Wilson entra dans l'appartement, il trouva son ami dans le salon, assis dans le canapé, l'air renfrogné. La télévision était allumée mais il ne semblait pas y prêter attention. L'oncologue se défit de son manteau et de son porte-documents, et alla rejoindre le diagnosticien. Celui-ci lui adressa un bref regard avant de fixer de nouveau l'écran de télévision. James se cala confortablement dans le canapé, puis, tournant la tête vers son compagnon:
« Un comprimé de Vicodine en moins, c'est génial... Ça veut dire que l'acupuncture te fait de l'effet...
- Mouais... Si tu le dis, grogna House, toujours l'air renfrogné.
- Tu veux boire quelque chose ?
- Non...
- House...
- Greg..., l'interrompit le diagnosticien en le regardant. Au boulot, c'est House... Ici, maintenant c'est Greg...
- Bon... Greg, tu comptes me faire la tête toute la soirée, alors que je n'y suis pour rien si tu as ingurgité un comprimé de moins que d'habitude ?
- Non... C'est juste que...
- Quoi ? Tu ne supportes pas le fait que l'acupuncture ait pu avoir de l'effet sur toi, à ton corps défendant ? C'est ça ?
- Franchement, tu me vois me passer de Vicodine, après ce que j'ai eu à la jambe ?
- Franchement ? Oui. Si Tcheng a su se passer d'anti-douleurs - alors que Dieu sait s'il a vécu un véritable martyre avec tous ces éclats d'obus !, je ne vois pas pourquoi toi tu n'y parviendrais pas alors que tu souffres d'un mal similaire !
- Tu m'en crois vraiment capable ? »
House avait prononcé ces derniers mots d'une voix mal assurée, un peu comme s'il avait... peur ? Wilson observa attentivement son ami et vit dans son regard que celui-ci, malgré les airs peu avenants qu'il avait coutume d'arborer, était en réalité effrayé à l'idée de se passer de ce qui faisait son quotidien depuis quelques années et auquel il avait eu tant de mal à s'habituer. L'oncologue se pencha alors vers son compagnon et captura ses lèvres pendant que sa main gauche allait se placer sur la joue du diagnosticien et qu'il lui murmurait:
« Oui... Je crois aussi que pour réussir, tu as besoin de te sentir rassuré, soutenu, c'est ce que je me suis toujours efforcé de faire pendant toutes ces années, et encore plus maintenant... »
Le diagnosticien baissa les yeux, sa bouche formant un petit sourire en coin tandis que ses bras se refermaient doucement sur le corps de son ami pour l'attirer contre lui:
« Et sinon, à part ça, comment tu te sens, toi ?
- C'est-à-dire ?
- Tu commences à avoir des envies de jardinage ?
- De jardinage ?, dit Wilson, intrigué, avant de comprendre le sous-entendu: « Oh ! Greg...
- Ben quoi... Je t'avouerais franchement que depuis quelques jours déjà, je me fais du bien tous les matins sous la douche en pensant à ce qu'on pourrait faire tous les deux...
- Quoi ?, fit l'oncologue en rougissant, complètement interloqué.
- Oui je sais, je suis un gros obsédé, mais faut dire aussi que tu ne m'aides pas non plus à avoir de chastes pensées !, ajouta House en serrant un peu plus le corps de son compagnon contre lui.
- Franchement, je crois que je serais moins choqué si tu m'avais annoncé que tu as un cancer des testicules !, s'exclama Wilson, les joues toujours cramoisies.
- Ah ben merci, c'est sympa ! Moi qui voulais aborder « le » sujet entre nous d'une façon disons... délicate, c'est réussi !
- Désolé..., dit l'oncologue d'une petite voix en souriant.
- Mmh... Et tu comptes faire quoi pour rattraper le coup ?
- Eh bien... je pourrais commencer par ça... », murmura Wilson en embrassant son compagnon dans le cou.
Le diagnosticien se mit à soupirer de contentement et entreprit de caresser le dos de l'oncologue tout en déposant de petits baisers dans ses cheveux. Wilson souleva la chemise de House et celui-ci frissonna en sentant les mains de son ami sur sa peau. James poursuivit ses caresses tout en continuant d'embrasser son compagnon dans le cou puis sur les lèvres, avant de lui ôter sa veste. Grégory fit alors de même avec celle de l'oncologue. Les deux hommes se regardèrent un instant, chacun cherchant dans le regard de l'autre l'assentiment pour aller plus loin...
D'une main légèrement tremblante, le plus jeune commença à déboutonner la chemise du diagnosticien et à embrasser sa poitrine. House songea alors que le meilleur moyen de mettre son compagnon à l'aise – et par conséquent d'arriver à ses fins ! - était de l'encourager à prendre l'initiative. Il se cala confortablement dans le canapé et incita Wilson à s'asseoir sur lui. Tout en embrassant ce dernier, Grégory parvint à défaire les boutons de sa chemise et à lui retirer complètement. Le diagnosticien profita de la situation pour poser ses mains sur les fesses de James et frotter le bassin de celui-ci contre le sien, ce qui fit réagir l'oncologue:
« Oh mon dieu, tu ... enfin tu...
- Oui, c'est bien ce que tu penses... J'ai bien une érection, et il ne tient qu'à toi d'en profiter si tu le souhaites...
- Je... oh mon dieu... Si on m'avait dit qu'un jour on serait là, tous les deux, sur le point de... Ooh ! »
Wilson ne put achever sa phrase, car House avait entrepris de sucer l'un de ses tétons pendant que l'une des mains s'occupait de l'autre. Le diagnosticien s'interrompit quelques instants et reprit avec un sourire gourmand:
« Mmh... Que dirais-tu si on se mettait vraiment à l'aise ? Les pieds nus et... avec les vêtements qu'on souhaitera garder... ou pas ?
- D'accord... », répondit l'oncologue en capturant les lèvres de son compagnon.
