Résidence des Alger, 17h
Julia attendit plusieurs minutes sur le perron jusqu'à ce que la domestique vienne enfin lui ouvrir.
Elle la laissa entrer en s'excusant et partit aussitôt à l'étage, sans même lui indiquer où patienter. Julia regarda autour d'elle, perdue. Ne connaissant pas les lieux, elle fut d'avis de rester dans l'entrée jusqu'à ce que quelqu'un la remarque. Alors qu'elle se recoiffait dans le miroir, elle entendit le froissement d'un journal dans la pièce voisine, et le bruit d'un soupir. Elle hésita et décida de rejoindre cette personne. C'était un vieil homme, assis seul dans le salon. Il leva les yeux vers elle et la regarda quelques secondes, comme si sa présence était naturelle. Il replongea ensuite ses yeux dans sa lecture et se remit à soupirer, manifestement d'ennui.
- Bonjour, dit-elle en s'asseyant en face de lui. Ça ne vous ennui pas si je m'installe ici ?
Il fit non de la tête, sans lever les yeux de son journal. Julia lui sourit, et posa son dos contre le dossier du fauteuil.
- Je suis venue chercher Mme Alger, reprit-elle. Elle le regarda lire, sans bouger, ne voulait-il pas partager son ennui avec elle ? Oh veuillez m'excuser, je m'appelle Julia McFloy, je suis une amie de la famille.
Il acquiesça lentement. Alors qu'elle crut qu'il allait de nouveau l'ignorer, il plia son journal et le lui tendit.
- Pouvez-vous me dire qu'elle jour nous sommes ?
Elle fut surprise par sa demande, accepta le journal et lui répondit presque aussitôt.
- Mardi 16 juin.
- Bien, dit-il calmement.
Il se leva et s'assit à côté d'elle. Ses yeux étaient remplis de veines, peut-être suite à de trop nombreuses lectures, et son regard dégageait un elle ne savait quoi d'attachant. Elle le regarda avec compassion. Il posa son indexe sur le titre et se tourna vers elle.
- Je ne vois pas... dit-elle confuse alors que le titre en question n'avait rien de percutant, ni de raison d'être dans leur conversation. Il insista en appuyant plusieurs fois son doigt fragile sur le papier. Elle comprit alors, et la vérité lui pinça le cœur. Vous voulez que je...
Il hocha la tête. Elle lui sourit et lut à voix haute ce que le vieillard devait regarder depuis des heures sans en comprendre le sens.
- Merci, dit-il une fois la lecture terminée.
Il reprit le journal et se rassit en face d'elle. Elle le regarda faire sans rien dire, tout en essayant de ne pas paraître trop surprise... manifestement en vain car le vieil homme lui sourit et désigna son œil droit.
- Glaucome, dit-il simplement.
- Je vois... Excusez moi, ce n'est pas ce que je voulais dire.
Elle le regarda gênée et il se mit à rire. Il rouvrit son journal et reprit sa lecture imaginaire.
- Vous êtes venue voir Claire, dit-il faussement concentré, c'est pour son mari n'est-ce pas ? Elle acquiesça. Quelle tragédie... Je suis soulagé de voir que ma fille est bien entourée dans son malheur.
Elle se crispa aussitôt. Le choc de ses paroles faillit lui faire perdre connaissance. Le vieil homme releva les yeux vers elle, inquiet. Il la regarda plusieurs secondes sans savoir quoi faire.
- Vous êtes son père ? Dit-elle finalement, à bout de souffle.
- Oui, Dr Picart. Nous nous connaissons ?
Ce nom la fit tressaillir, comme s'il sortait d'entre les morts. Elle ne répondit pas, bien trop concentrée qu'elle était à rester maîtresse de ses émotions. Comment ne l'avait-elle pas reconnu ? Il avait vieilli bien sûr, mais tout de même. Il ne se souvenait pas d'elle non plus. Après tout, pourquoi se souviendrait-il d'elle, une patiente parmi tant d'autres... Quelle désagréable coïncidence !
- Ma fille m'a appelé en pleur avant hier, continua-t-il comme si de rien n'était, son état était tel que je ne pouvais pas la laisser seule chez elle.
- C'est très généreux de votre part. Vous... qui avez sans doutes des obligations professionnelles...
- Des obligations, répéta-t-il en riant, ma petite, voilà bien dix ans que je n'exerce plus.
- Oui... bien sûr.
- Que ferait un chirurgien sans l'usage de ses yeux ? A vous de me le dire. Quel gâchis, soupira-t-il.
Elle n'osait plus le regarder. Des pensées incohérentes se bousculaient dans sa tête et la seule chose qu'elle espérait finalement, c'était qu'on la sorte de cette situation, et le plus vite possible. Ces prières furent exaucées, car les marches de l'escalier craquèrent et Claire les rejoignit quelques secondes après, les yeux rougis et le teint pâle. Elle les regarda à tour de rôle, surprise.
- Père, Julia ? Dit-elle, comme si leur présence dans la même pièce tenait du miracle.
Elle regarda Julia, le regard désolé.
- J'espère ne pas avoir été trop longue, s'excusa-t-elle en redonnant des couleurs à ses joues.
- Tu n'as pas à t'excuser, lui assura son père. J'ai pu faire connaissance avec cette charmante jeune dame.
- Oui... Eh bien, il est temps de partir à présent. Elle soupira et mit son manteau. Qu'on en finisse !
Julia se leva et tendit une main hésitante au vieillard. Au moment ou elle s'apprêtait à partir, il la retint près de lui.
- Ce sera notre petit secret, chuchota-t-il.
-Je vous demande pardon ? Répondit-elle en sentant ses jambes faiblir à nouveau. Il lui désigna le journal. Oh... Oui, bien sûr, votre secret est sauf avec moi.
Elle lui sourit et rejoignit Claire, non mécontente de s'éloigner de cet homme.
Elles marchaient depuis déjà plusieurs minutes l'une à côté de l'autre sans échanger un mot. Julia regardait droit devant elle, en essayant de se concentrer davantage sur le paysage que sur les souvenirs pesants qui monopolisaient ses pensées. Alors qu'elles patientaient à un passage piéton, Claire se retourna vers elle et lui serra le bras.
- Ainsi donc tu as vu père...
- Oui, répondit Julia le plus sereinement possible, un homme charmant.
Elle l'entendit soupirer, et serra davantage son bras.
- Il n'est de visite que le temps d'une semaine. J'avais besoin d'un soutient avec tout ce qui arrive à notre famille. C'est le seul proche qu'il me reste...
- Bien sûr Claire, tu as bien fait.
- Si j'avais prévu une seule seconde que vous vous rencontrerez...
- Ce n'est rien, dit-elle calmement. Oublions ça.
Elles passèrent devant la devanture d'une maison remplie de glycine et l'odeur frais des fleurs l'apaisa.
- Tu n'es pas obligée de faire comme si tout allait bien, continua Claire, pas à moi.
Pourquoi voulait-elle absolument la voir craquer ? Julia secoua la tête et pressa le pas. Les passants qu'elles croisaient devaient certainement la prendre pour une folle.
- Julia, insista Claire en essayant de la ralentir, parle moi... ne garde pas tout pour toi...
- Claire, s'il te plaît, laissons ça de côté !
- Tu es en colère... Je vois bien que tu es en colère.
- Ne dit pas de bêtise, pourquoi t'en voudrais-je ? Pour avoir vu ton père ? Ne sois pas sotte.
Claire acquiesça doucement et se mit à pleurer. Julia soupira et s'arrêta.
- Oh non, excuse moi. Je n'aurais pas dut te parler sur ce ton.
Elle sortit un mouchoir de son sac et lui tendit. Claire le prit et se moucha d'une main tremblante.
- Ce n'est pas toi, dit-elle entre deux sanglots, c'est Drius. Que vais-je faire s'il passe le reste de sa vie en prison ?
- Personne n'a dit que ce serait le cas...
- Je ne sais plus Julia... et si c'étaient ça toutes ses expériences, couper en morceaux de pauvres innocents !
- Tu n'as pas le droit de douter de lui, dit-elle sur un ton autoritaire. Si tu le fais, sur qui pourra-t-il compter à présent ?
Claire lui sourit et se remit à pleurer.
- J'aurais préféré qu'il me trompe !
Julia leva les yeux au ciel et elles reprirent leur marche. Jamais elle n'avait autant souhaité rejoindre au plus vite la gendarmerie.
Poste de police n°4, 18h
Lorsqu'elle entrèrent dans la gendarmerie, Claire avait miraculeusement repris son assurance habituelle. Julia ne pouvait pas en dire autant, cette ambiance ne l'avait jamais mise à l'aise. De plus, l'agitation à cette heure était à son paroxysme, entre les agents qui couraient d'un bout à l'autre du poste et les civils venus bruyamment faire respecter leurs droits. Elles se frayèrent un chemin à travers la foule pour arriver jusqu'à l'accueil où un gendarme d'un certain âge déjà, croulait sous une pile de dossiers. Il resta absorbé dans son travail jusqu'à ce que Claire se racle la gorge.
- Bonjour monsieur, dit-elle en restant calme, je viens voir mon mari. Il se trouve que vous le retenez chez vous depuis deux jours déjà.
Le gendarme leva les yeux sans avoir l'air plus investi.
- Vous avez une lettre de convocation ?
- Bien sûr, je ne me serais pas déplacée sans.
Elle fouilla dans son sac et la lui tendit. Il la parcouru des yeux quelques secondes et fit un signe à l'un de ses collègues de les rejoindre.
-Tout est en ordre.
- J'espère bien, chuchota-t-elle.
Le gendarme lu la lettre que lui tendit son collègue puis s'approcha de Julia.
- Mme Alger, veuillez me suivre s'il vous plaît.
- Je suis Mme Alger ! Intervint aussitôt Claire en écartant Julia.
- Une seule personne par visite, dit-il d'un ton sec.
Elles échangèrent un regard, puis Julia lui sourit.
- Je t'attends ici.
Claire disparut avec le gendarme et elle soupira. Elle regarda autour d'elle, l'agent à l'accueil s'était replongé dans ses dossiers, les quémandeurs continuaient leurs réclamations, personne ne faisait attention à elle, elle était pour ainsi dire invisible. Elle décida de s'asseoir sur un banc, le temps qu'il faudrait. Les minutes défilèrent et elle ne put s'empêcher de repenser à la surprenante rencontre qu'elle venait de faire. Elle sentit à nouveau son cœur s'emballer et elle s'efforça de se concentrer sur sa respiration. Elle aurait pu continuer encore longtemps à s'en faire si un jeune agent n'avait pas fait claquer par mégarde la porte du bureau à sa gauche. Elle le regarda s'asseoir à la table d'en face, où il s'était mis à écrire à la machine.
- Agent – comment s'appelait-il déjà – Crabtree ?
Le jeune homme sursauta et la regarda, les yeux légèrement vitreux.
- Veuillez m'excuser, je ne vous avais pas vu.
Elle lui sourit. Y avait-il une raison pour laquelle il sentait le whisky ?
- Que faîtes-vous ici, Mme McFloy ? J'espère qu'il ne vous ai rien arrivé de grave.
- Oh non, je suis juste venue accompagner une amie voir son mari, le Dr Alger.
- Oui, le Dr Alger, dit-il confus. Si ça peut vous rassurer, l'inspecteur Murdoch est persuadé de son innocence.
- Dans ce cas pourquoi ne le relachez-vous pas ?
- Cette décision dépend de l'inspecteur, madame, j'en ai bien peur.
- C'est bien dommage...
Il y eut un blanc et ils se sourirent sans véritable gêne. Alors qu'il s'apprêtait à se remettre au travail, elle se leva.
- Vous cherchez quelque chose, madame ?
- C'est embêtant, j'ai honte de vous le demander.
- Nous sommes dans une gendarmerie, j'entends toutes sortes de requêtes gênantes. Je m'y suis, comme qui dirait, habitué... à ces choses.
Elle lui sourit.
- Dans ce cas, pouvez-vous m'indiquer où se trouve l'espace réservée aux dames.
Il la regarda perplexe.
- L'espace réservée aux dames ? Répéta-t-il.
- Vous savez, agent Crabtree, cette salle de taille réduite, généralement juxtaposée à une autre tout aussi semblable. L'une réservée aux gentlemen l'autre... Il fronça un sourcil, et elle soupira. Les toilettes des dames, si vous préférez, dit-elle finalement à voix basse.
Ses joues s'empourprèrent et il se racla la gorge.
- Bien sûr, s'empressa-t-il de répondre, non pas que je ne savais pas ce que vous vouliez dire, bien entendu. C'est juste la façon dont vous l'avez dite... Elle leva un sourcil en souriant. A droite au fond du couloir, reprit-il en se frottant le front.
- Merci.
Elle tapa du coude pour arriver jusqu'à l'endroit indiqué. En y sortant, elle se fit bousculer par un homme et faillit en perdre l'équilibre. Elle releva la tête et reconnut M. Pendrick qui s'excusa à peine. Elle fut d'abord surprise de le voir ici, et d'autant plus lorsqu'elle reconnu la salle dont il sortait. Elle alla se rasseoir en continuant de le regarder par dessus son épaule. M. Pendrick échangea quelques mots avec un homme qu'elle ne reconnaissait pas, il lui serra la main et entra à son tour dans la salle d'interrogatoire.
- Tout s'est bien passé, madame ? Lui demanda l'agent.
Elle acquiesça bien qu'elle trouva sa question plus que déplacée.
- Que fait M. Pendrick ici ?
- Je ne suis pas en mesure de vous le dire.
- Je vois...
- Mais si vous tenez absolument à savoir, c'est en rapport avec la même enquête qui a fait enfermé le mari de votre amie.
Après quelques minutes, la porte de l'interrogatoire s'ouvrit à nouveau et le même homme en sortit, suivi de l'inspecteur Murdoch qui les regarda partir, lui et M. Pendrick. Il soupira et s'avança vers eux.
- George, nous n'avons rien de concret. Son avocat m'a bien fait comprendre que les preuves que nous avons contre lui...
Il posa les yeux sur elle et s'interrompit aussitôt, comme s'il avait été frappé par la foudre.
- Mme McFloy, que faîtes-vous ici ?
- Bonjour inspecteur.
- Mme McFloy est venue accompagner Mme Alger, l'informa l'agent, elle même venue rendre visite à son mari.
- Oui, bien sûr, dit-il en fronçant les sourcils. Il réfléchit quelques secondes puis la prit par le bras. Venez, vous n'allez pas attendre davantage dans ce bruit.
Elle n'eut pas le temps de riposter qu'elle se trouva déjà pratiquement dans ses bras. Leur hanche se frôlèrent par mégarde et elle ne put qu'être surprise par leur fermeté. Que cet homme pouvait être musclé ! Il se retourna une dernière fois vers l'agent.
- George, il faut relire les documents de M. Malling, ses comptes rendus d'audience, son agenda, tout.
- Je les ai lu déjà plusieurs fois, monsieur.
- Je sais que vous avez été très méticuleux, mais je voudrais que vous recherchiez autre chose que des suspects.
- Mais et notre suspect actuel, monsieur ?
- Je doute sincèrement de son implication. On ne bat pas une personne à mort à cause d'une divergence de doctrine scientifique.
- Que dois-je chercher ?
- Je ne sais pas trop, disons quelque chose qui sorte de l'ordinaire.
L'agent ne sembla pas plus éclairé qu'avant. Néanmoins, l'inspecteur ne s'attarda pas à clarifier la situation, et le laissa seul. Il la guida, elle, jusqu'à son bureau. Lorsqu'il relâcha son bras, elle remarqua qu'il ne la regardait pas directement dans les yeux et elle ne sut pas quoi en penser.
- Vous serez plus à l'aise ici, dit-il finalement, s'il vous plaît, faites comme chez vous.
Il lui avança une chaise et l'invita à s'asseoir.
- Merci, lui dit-elle, c'est beaucoup mieux ainsi.
- Ce ne sera pas long, promit-il en se dirigeant vers la porte, le temps de signer quelques papiers et votre amie pourra repartir avec son mari ce soir.
- C'est bien aimable à vous, je suis sûre que Claire appréciera.
Il acquiesça et repartit. Elle se retrouva de nouveau seule, à la différence qu'elle était maintenant silencieusement seule. Elle jeta un œil à la pendule de l'inspecteur; 18H33... Son fils devait être rentré des cours. Que pensera-t-il en ne la trouvant pas à la maison ?
Elle soupira et attendit plusieurs secondes. Elle regarda distraitement autour d'elle; Des livres, des maquettes, des échecs... L'inspecteur Murdoch était peut-être plus cultivé qu'elle ne l'aurait imaginé. Elle se leva et parcouru des yeux son étagère.
C'est en se cognant contre la table qui prenait bien à elle seule la moitié du bureau, qu'elle remarqua le microscope posé dessus. S'agissait-il du tout dernier Zsigmondy ? La beauté de l'appareil la laissa sans voix et elle en oublia le lieu incongru dans lequel il se trouvait. Elle se pencha sur l'objectif et regarda l'objet de l'analyse; du pollen, de toute évidence. Oui, le manuel botanique ouvert juste à côté le confirmait. Alors qu'elle réglait la luminosité, un raclement de gorge résonna juste derrière elle.
Elle se retourna en sursautant.
- Inspecteur, veuillez m'excuser j'étais en train de... eh bien à vrai dire... certainement de regarder là où je ne devais pas. Il lui sourit en restant immobile devant la porte. Je vous prie, dit-elle en lui faisant signe d'entrer, faîtes comme chez vous.
- Je vois que vous savez vous mettre à l'aise.
- J'essaye, dit-elle sur un ton de défi.
Elle décida d'arrêter ce petit jeu car il semblait le mettre plus mal à l'aise qu'autre chose. Et pourquoi donc se comportait-elle ainsi ? Elle reprit son sérieux et pointa du doigt le microscope.
- C'est une œuvre d'art que vous avez là. Une œuvre qui sans aucun doute deviendra une pièce de collection d'ici les années à venir.
- Je ne suis pas intéressé, madame. Peu importe votre prix, j'en suis l'heureux propriétaire et le resterai jusqu'à mon dernier soupir.
Qui jouait les plus espiègles à présent ?
- C'est bien dommage... Comment en avez vous fait l'acquisition ?
Il s'approcha du microscope et éteignit la lumière qu'elle avait laissée allumée.
- Vous voulez dire avec mon salaire de policier ?
- Je n'aurais jamais pensé ça... Non, dit-elle confuse.
Il lui sourit et s'appuya contre son bureau en croisant les bras.
- Un ami scientifique m'en a fait cadeau, il y a plusieurs années.
- Vous savez choisir vos amis.
- J'essaye...
Il lui sourit. Enfin, il osait la regarder dans les yeux. « Vous n'en êtes pas mort, pensa-t-elle. » Elle brisa le contact en désignant le manuel botanique.
- Je vois que vous vous intéressez à l'horticulture. Y a t-il un domaine dans lequel vous n'excellez pas ?
- Non, dit-il en riant, je suis loin d'être un expert. Je m'y intéresse dans le cadre de mon enquête... Malheureusement, j'ai bien peur que la preuve que j'ai pu en tirer ne soit pas assez tangible pour être utilisée devant un tribunal.
- Que cherchiez vous à prouver ? Demanda-t-elle sans réussir à cacher son intérêt.
- J'ai appris récemment que chaque pollen avait une morphologie propre à l'espèce dont il était issu. Si un spécimen se retrouve égaré de sa source par une tierce personne, même à des kilomètres, il est possible de rattacher le pollen à sa plante d'origine...
- Et ainsi de relier la personne au lieu où elle poussait.
- C'est exacte.
- Et vous avez réussi à retrouver la plante en question ?
- Oui, dit-il en feuilletant le manuel pour l'arrêter à la page d'une magnifique fleur. Il la pointa du doigt Une orchidée de neige, une espèce très rare. Et hasard ou coïncidence, je connais justement une personne qui en possède une.
- Vous ne l'avez pas précisé, mais j'imagine que votre preuve provient du corps de M. Malling. Il acquiesça gravement. Elle fronça les sourcils. Ça n'a pas dut être facile pour vous, reprit-elle, il me semble que vous êtes plutôt proche des Pendrick.
Il la regarda perplexe et elle se sentit obligée de se justifier.
- Je n'ai pas put m'empêcher de remarquer sa présence tout à l'heure. Pourquoi vous en faire pour le tribunal si vous ne le croyez pas coupable ?
Encore une fois il la regarda bouché bée. Sa franchise habituelle n'avait apparemment pas le même effet sur tout le monde. Elle se promit de s'y méfier à l'avenir.
- Ce n'est pas aussi simple, dit-il finalement.
Elle acquiesça et décida de ne plus se mêler de se qui ne la regardait pas. Il se regardèrent en souriant jusqu'à ce que la voix de Claire résonne dans les locaux.
- Eh bien, Mme McFloy, je crois qu'il est temps de...
Elle l'interrompit aussitôt.
- Inspecteur, j'imagine que c'est l'une des dernières fois que nous nous voyons et je trouve cela bien dommage – depuis quand n'avait-elle pas partager une conversation aussi stimulante ? - seriez-vous intéressé de vous rendre à une lecture des poèmes clés de la période post-romantique?
- Avec vous ? Dit-il pris au dépourvu.
- Mon mari et moi, bien sûr. La séance à lieu dans trois semaines, je peux toujours m'arranger pour vous obtenir un ticket.
- Je ne suis pas sûr de…
- Voyons, le coupa-t-elle, un homme qui possède dans sa bibliothèque toutes les œuvres de Lord Byron se doit d'y assister. Elle lui sourit en penchant sa tête légèrement sur le côté. J'ai bien peur que vous n'ayez pas le choix.
Il déglutit et lui sourit mal à l'aise. Dommage que cet homme manquait autant d'assurance, quelle dommage vraiment.
- Bien inspecteur, dit-elle en rejoignant la porte, je vais rejoindre les Alger à présent. Ce fut un réel plaisir.
- Passez une bonne fin de journée, Mme McFloy.
- Vous de même. Je vous recontacte bientôt.
Ils se serrèrent la main. Lorsqu'elle releva la tête, leur regard se croisèrent et une sensation inconnue la saisit. Elle fut littéralement subjugué par son regard débordant d'intelligence et d'ingéniosité. Comment ne l'avait-elle pas remarqué plus tôt ? Il fut le premier à relâcher sa main et elle lui sourit gênée.
Claire et son mari l'attendait à l'accueil. Le Dr Alger était soutenu par sa femme et semblait avoir vieilli de dix ans.
- Comment allez-vous docteur, demanda-t-elle en posant une main sur son épaule.
- Je veux juste sortir d'ici, dit-il d'un ton sec.
Au moment de franchir la porte principale, Claire lui prit le bras et lui chuchota à l'oreille.
- Je t'ai vu discuter avec l'inspecteur, de quoi parliez vous ?
- Oh, de rien.
- Fais attention de ne pas pactiser avec l'ennemi.
- L'ennemi ? Répéta-t-elle, voyons Claire, c'est un homme charmant. N'a-t-il pas fait relâcher ton mari après tout ?
Elle sourit amèrement.
- Il a bien fallu qu'il l'enferme pour ça.
Encore merci pour vos reviews ;)
