Bonjour à tous et à toutes, comme prévu deuxième jour deuxième OS. Avec réutilisation d'un classique. Je n'en dis pas plus.
Note : seule l'histoire et la mise en scène m'appartiennent, le reste sont des termes ou des personnages créés par JK Rowling.
Réponses aux reviews :
JeenInSnow ~ merci d'avoir malgré tout eu le courage de le lire. La mise en page a été remise telle qu'elle devait être.
Guest (au cas où tu repasserais et te reconnaîtrais) ~ Effectivement, bon gros bug maintenant corrigé ! Merci de l'avoir signalé.
pelote73 ~ Les OS suivants (dont celui-ci) seront disséminés à travers leur année à Poudlard, donc plusieurs semaines pourront séparer deux OS mais ils seront théoriquement dans la continuité les uns des autres.
Tout le monde se demandait ce que faisait l'héritier Malefoy dans un cours de culture Moldue. A cela, il y avait deux raisons. Premièrement, on ne faisait pas mieux comme réhabilitation. Cela le présentait comme un Sang-Pur intéressé par les non-sorciers donc tolérant. Était-ce le cas ? Là n'était pas la question. Deuxièmement... un seul mot, à la fois fleur et prénom, suffisait. Encore et toujours : Rose. Ils bataillaient quelle que soit la matière, donc celle-ci ne devait pas faire exception. Encore une fois, ce serait à qui obtiendrait le plus de points pur sa maison. Ils étaient à peu près à égalité pour le moment, ce jour les départagerait-il ?
-Aujourd'hui les enfants, un autre cours sur le théâtre, ce divertissement moldu si intéressant et varié. J'ai décidé de changer un peu la pièce du jour.
En grommelant un « Shakespeare c'est du vu et revu, hors de question de bosser Roméo et Juliette » assorti d'un reniflement dédaigneux, il leur distribua à la main – « Pas de sortilèges chez moi » avait-il précisé au début de l'année – des polycopiés estampillés de l'appellation « On ne badine pas avec l'amour ». Scorpius pensa alors que la très romantique petite amie de l'enseignant avait encore fait des siennes et se félicita de son célibat. De toute façon, même en couple, il s'arrangeait pour éviter les filles trop collantes ou dépendantes.
-Une fois n'est pas coutume, nous allons commencer par la fin. Acte III, scène huit. Des volontaires ?
Immédiatement, deux mains pointèrent vers le ciel. Outre la masculine, il y avait également cette jolie mimine blanche aux doigts fins que le possesseur de la première des-dites mains n'eut aucun mal à identifier. Le jeu promettait d'être excellent. Ils ne connaissaient pas encore la teneur que, comme d'habitude, ils cherchaient à obtenir des points supplémentaires. Devant l'absence d'autres volontaires – d'un coup, les parchemins des élèves semblaient passionnants – , l'enseignant les désigna lecteurs. Ils se levèrent et allèrent se placer devant toute la classe, comme le professeur le réclamait. Tout en parlant, il dirigea Rose vers le devant et la fit se baisser, puis amena Scorpius vers le fond de la salle.
-Monsieur Malefoy, vous ferez Perdican. Miss Weasley, Camille et puis... vous, Miss Nott, vous hurlerez quand viendra le tour de Rosette. Comme à chaque fois, vous pouvez suivre les didascalies mais ce n'est pas une obligation. À vous de jouer !
-M'avez-vous abandonnée, ô mon Dieu ? , commença la belle rousse, agenouillée devant le bureau massif. Sa voix avait les accents du désespoir et elle continua ainsi jusqu'à la fin de sa tirade. Elle avait toujours été bonne actrice.
-Pourquoi suis-je si faible ? Ah, malheureuse, je ne puis plus prier.
Scorpius s'avança face au public – oui, les autres élèves formaient un public – en restant derrière le meuble. Rose, qui se trouvait devant, était ainsi masquée à ses yeux tout comme il l'était des siens.
-Orgueil, le plus fatal des conseillers humains, qu'es-tu venu faire entre cette fille et moi ? La voilà pâle et effrayée, qui presse sur les dalles insensibles son cœur et son visage.
Il continua dans la tragédie, un peu perplexe face à la tournure que prenait la scène. Il acheva sa partie avec « lorsque nos mains allaient se joindre », puis parcourut rapidement le reste de la scène. Ah... il eut intérieurement un sourire carnassier. Une autre bataille s'annonçait, et pas des moindres.
-Est-ce toi Perdican ?
-Insensés que nous sommes !, reprit-il, nous nous aimons. Quel songe avons-nous fait, Camille ?
Plus il s'avançait vers elle, au fur et à mesure que progressait sa réplique, plus Rose sentait qu'il voulait changer cela en un autre de leurs jeux. Elle en eut la preuve quand, tête levée vers lui, elle remarqua le léger tressaillement de ses lèvres à « nous en avons fait un jouet ». Scorpius ou Perdican, elle ne se laisserait pas faire. Suivant son instinct, elle se releva lentement jusqu'à l'instant où il arriva face à elle. Ils étaient très proches, peut être à moins de cinq centimètres l'un de l'autre, si proche qu'elle pouvait presque sentir son souffle mentholé quand il acheva en la regardant droit dans les yeux.
-nous nous aimons.
Son cœur tressauta légèrement tant il y avait mis d'intensité. Il la serra contre lui, lui laissant juste assez d'espace pour qu'elle puisse continuer à lire.
-Oui, nous nous aimons, Perdican laisse-moi le sentir sur ton cœur ce Dieu qui nous regarde ne s'en offensera pas. Il veut bien que je t'aime il y a quinze ans qu'il le sait.
Elle se lova amoureusement contre lui. Elle était si douce à cet instant, trop loin de la lionne taquine et mutine qu'il affectionnait. Pourtant il sentait qu'elle était toujours dans le jeu, engagée loin dans le personnage et se battant pour triompher en même temps. Tout dépendrait de cette phrase, si simple et si profonde, qui les départagerait. Ou il prenait tout l'aval et dirigeait les choses, ou bien il finissait sous sa coupe. Il devait la surprendre. Il prit le temps de relever le menton de sa Rose, sa Camille, et de s'enfoncer dans l'océan de son regard tendre.
-Chère créature, tu es à moi.
Rose frissonna et n'eut pas le temps de réagir que déjà il joignait leurs lèvres. Ces six mots l'avaient paralysée. Il y avait tant de domination, de désir et de passion dans ces quelques malheureuses lettres, plus que dans n'importe quel « Je t'aime » qu'avaient pu lui dédier des jeunes gens. Son baiser, même chaste, restait plus attractif que n'importe quel contact qu'elle avait pu avoir. Il invitait à tellement plus, à des nuits endiablées en compagnie du démon en personne. Scorpius était le démon, un être tentateur et maléfique, la flamme mortelle qui attirait inexorablement un papillon rouge et or. Le cri de Nott les sépara, mais le reste se déroula comme dans un rêve pour Rose. Les répliques s'enchaînèrent, la scène s'acheva, et le professeur les félicita chaudement en accordant dix points à chacune de leurs maisons. Elle retourna se rasseoir. Un peu plus tard, un papier atterrit sur sa table.
« Pour le quai de la gare ». Ses joues s'enflammèrent et elle le replia rageusement.
Égalité des maisons ou non, elle avait perdu.
Voilà ! J'espère que vous avez pris plaisir à le lire.
Petite précisions sur la pièce, pour ceux qui ne connaissent pas : "On ne badine pas avec l'amour", parfois raccourci en "Badine", est une pièce d'Alfred de Musset qui date d'environ 1830 (l'année exacte m'échappe). Elle met en scène Camille et Perdican, deux cousins élevés dans l'optique de se marier un jour. Au début, ils se retrouvent après des années séparés, leurs études achevées. Camille a grandit au couvent tandis que Perdican était à la ville. Le problème, c'est que Camille craint l'amour éphémère des hommes dont elle a sans cesse entendu parler par les religieuses qui l'ont éduquée, sans jamais l'avoir vraiment connu. A côté, Perdican a eu de nombreuses relations avec des femmes dites "du monde" et trouve que rien n'est plus beau que ce sentiment, aussi fugitif soit-il. Ils s'aiment, mais leurs visions s'opposent et ils ne parviennent pas à admettre leurs sentiments l'un envers l'autre. Camille planifie de retourner au couvent se faire bonne sœur, et la fierté de Perdican ainsi que son honnêteté l'empêchent de la supplier de rester. Le jeune homme courtise alors Rosette, une fille du village, afin de rendre Camille jalouse. La scène finale se déroule après l'annonce des fiançailles de Perdican et Rosette. Camille, éplorée, va se réfugier dans un oratoire (lieu religieux) pour demander conseil à celui qui devait devenir son "époux céleste". En l'entendant prier et pleurer, Perdican comprends qu'il a fait une erreur et affirme son amour pour elle. Ils sont enfin réunis, mais reste à régler le problème de Rosette. Je vous invite à lire cette pièce, assez courte et que je trouve magnifique. Je sais qu'on ne doit pas faire de publicité, aussi je me contenterai de conclure ce point culture par un : le théâtre, c'est bien, bouffez-en.
Juste une dernière chose : je pense que vous avez maintenant compris pourquoi j'ai choisi cette pièce pour Rose et Scorpius. Au fond, leur entêtement ne vous fait-il pas un peu penser à Camille et Perdican ?
A demain pour un nouvel OS !
