Avec beaucoup (ok, énormément ^^) de retard, voilà la deuxième partie de cette histoire. Entre le boulot de cet été et le manque total de motivation pour traduire, ça a pris beaucoup plus de temps que prévu mais bon, c'est enfin là ^^ Merci à tout ceux qui ont commenté le premier chapitre, j'espère que celui ci vous plaira tout autant :)

Bonne soirée et bonne lecture !


Part 2: Arthur

Après avoir taillé en pièces un mannequin d'entrainement qu'il avait installé dans un des donjons, Arthur rentra pour trouver sa chambre vide en dehors d'un plateau couvert sur la table. Se massant les épaules, Arthur lui jeta un regard noir et passa devant pour aller s'installer dans son fauteuil.

Peut-être qu'aller s'entraîner dans le donjon n'avait pas été la meilleure des idées. Sa peau était légèrement moite et ses épaules lui faisaient mal d'avoir dues se limiter à un espace beaucoup plus restreint que l'extérieur. C'était le désespoir qui l'avait poussé à installer ce mannequin, incapable de supporter une bataille de plus aux échecs et encore plus réticent à voir Merlin l'éviter à nouveau.

Arthur se demanda ce que faisait Merlin. Avant de se mettre à tout simplement disparaître, il avait toujours été là et désormais c'était comme si quelqu'un avait pris une part de lui-même et l'avait cachée dans un endroit impossible à trouver. C'était irritant et ça ne faisait qu'accroître sa frustration.

Tout cela était ridicule, franchement. Il était question de Merlin. Était-ce si difficile de se retrouver seul avec lui ? Apparemment oui. Il n'avait pas réussi à avoir une vraie conversation avec le jeune homme depuis qu'ils avaient discuté de ses pouvoirs deux semaines plus tôt.

A la vérité, Arthur ne savait pas quoi faire. Quand Merlin s'était ouvert à lui pour ce qui semblait être la première fois, quand Arthur avait cédé et l'avait attiré à lui, il avait pensé que le brun ressentait la même chose. Le blond pouvait encore sentir la façon dont Merlin s'était pressé contre lui, la façon dont ses mains avaient empoigné son manteau comme si elles ne voulaient plus jamais le lâcher. Mais, en un instant, tout avait changé une fois de plus et ils étaient de retour à l'endroit où ils avaient commencé. La prise de conscience mutuelle des pouvoirs de Merlin avait été écartée et ils n'avaient pas dit un mot à ce sujet depuis lors. Merlin avait recommencé à être insolent et insoumis – tout du moins durant le peu de temps qu'il avait réellement passé en présence d'Arthur.

Parfois, lorsque le jeune Prince l'observait, il avait l'impression de voir quelque chose dans les yeux de Merlin, mais ensuite le brun clignait des yeux ou détournait le regard et cette chose disparaissait. Assurément, si Merlin avait ressenti la même chose, il aurait déjà agi en conséquence. Arthur ne pouvait tout simplement pas imaginer Merlin se contentant d'attendre en silence que le blond prenne les choses en main, étant donné qu'il n'avait d'habitude aucun scrupule à défier Arthur sur tous les autres sujets.

Laissant échapper l'air dans ses poumons, Arthur massa ses épaules douloureuses une fois de plus. Les rares fois où son épée avait frappé le mur de pierres n'avaient de toute évidence pas arrangé les choses. Il décida qu'il était probablement préférable d'envoyer un serviteur demander à Gaius l'huile de massage que le médecin lui fournissait d'habitude. Sans ça il savait, d'expérience, qu'il serait incapable de lever les bras le matin venu.

Une fois qu'il eut trouvé un serviteur de passage pour relayer le message, lui ordonnant de lui envoyer un cuvier* pendant qu'il y était, il ne put empêcher la légère torsion dans son estomac à l'idée que ce soit Merlin lui-même qui lui amène l'onguent. Se sentant stupide, Arthur se força à mettre de côté ses sentiments et essaya de s'occuper en lisant un livre qu'il avait eu l'intention de lire depuis des mois mais que ses obligations princières ne lui avaient jamais permis de parcourir.

Lorsque quelqu'un frappa finalement à la porte, Arthur ne pût empêcher son cœur de battre légèrement plus vite dans sa poitrine, mais il fit de son mieux pour l'ignorer. Il n'avait jamais imaginé que tomber amoureux le transformerait en fille, c'était carrément épouvantable.

Grimaçant de dégoût face à son attitude, le jeune Prince essaya de prendre un air nonchalant.

"Entrez" dit-il de son habituelle voix forte.

Mais ce ne fut pas Merlin qui entra et Arthur eut du mal à cacher sa déception. Le serviteur, un grand blond, passa la porte avec hésitation, comme s'il n'avait jamais pénétré dans les quartiers du Prince. Et à la réflexion, après l'avoir bien observé, Arthur se dit qu'il était fort possible qu'il ne soit jamais venu, il ne se souvenait pas l'avoir déjà vu dans les environs auparavant.

"L'huile que vous avez demandé Sire" déclara-t-il, s'inclinant respectueusement tandis qu'il déposait le flacon à l'autre bout de la table.

"Remerciez Gaius pour ça" répondit l'autre homme. "Vous êtes nouveau ?"

Le serviteur se dandina légèrement d'un pied sur l'autre, levant brièvement les yeux pour regarder Arthur avant de baisser le regard une fois de plus.

"Oui Sire" répondit-il en croisant les bras dans son dos. "Je suis Galien, le nouvel apprenti de Gaius."

Arthur se redressa, luttant contre un froncement de sourcils tandis qu'il mettait son livre de côté.

"L'apprenti de Gaius ? Depuis quand ?"

Le garçon se dandina à nouveau, apparemment mal à l'aise de se faire interroger de la sorte.

"Depuis environ deux semaines Sire" dit-il, observant le jeune Prince à travers ses cils.

"Qu'en est-il de son autre apprenti ?"

Galien haussa légèrement les épaules.

"Merlin ne s'intéresse pas vraiment au fait de devenir le futur médecin de la cour."

Dans une tentative pour paraître désintéressé, Arthur découvrit le plateau et attrapa un morceau de fromage, mais il bouillait intérieurement. Deux semaines et Merlin n'avait de toute évidence pas jugé nécessaire de l'informer de ces changements. Il pensa à l'espace de travail exigu que possédait Gaius et ne put s'empêcher de demander: "Où dormez-vous ?"

Le serviteur leva enfin les yeux sur lui et Arthur n'arriva pas à mettre un doigt sur l'expression qu'il arborait.

"Je dors avec Merlin, Sire."

Arthur s'étouffa.

Le garçon eut la présence d'esprit de lui verser un verre d'eau et de lui tendre la coupe, que le blond avala d'un trait.

"Tout va bien Sire ?"

Arthur lui fit signe que tout allait bien, son sang-froid ne refaisant surface que grâce à des années de pratique. Ses phalanges, en revanche, étaient blanches et le jeune homme pouvait sentir ses ongles courts mordre dans le métal du gobelet qu'il tenait à la main. La douleur n'aida en rien à le faire revenir sur terre.

"Ce sera tout" le commanda Arthur, la voix encore un peu rauque après sa quinte de toux. "Vous pouvez y aller."

Une fois que la porte se fut refermée sur Gwalien-Gadin-peu importe, le blond arrêta toute prétention de calme et bondit de sa chaise, faisant les cent pas devant sa cheminée, furieux. Et lui qui se demandait pourquoi Merlin était si réticent à retourner ses sentiments, pas étonnant si toute son attention était concentrée sur ce… Gralien. Comment avait-il pu être aussi aveugle, aussi stupide ! Il avait voulu donner à Merlin du temps pour s'habituer à l'idée, du temps pour peut-être l'approcher par lui-même.

Ressentant le besoin de détruire quelque chose, Arthur serra les poings et essaya de prendre une profonde inspiration. Il était le Prince de Camelot, il était hors de question qu'il perde face à un simple serviteur. Surtout pas face à ce Gaydien.

Des images de Merlin avec ce maudit garçon passaient spontanément devant ses yeux et Arthur était persuadé qu'il n'avait jamais été sous l'emprise d'une brulure aussi intense au niveau de la poitrine. Il avait l'impression qu'elle allait le consumer tout entier. Pour la première fois de sa vie, il comprit ce qu'avaient pu ressentir tous ces sorciers ayant brûlé sur le bûcher.

Découragé, Arthur plaça ses mains contre la pierre froide au-dessus de la cheminée, souhaitant tout simplement rester dans cette position pour toujours. Cela ne lui était pas venu à l'idée que la souffrance de ces dernières semaines pourrait empirer, mais de toute évidence il avait eu tort.

Il ne s'était jamais senti aussi pathétique, et il eut l'envie soudaine de ramper sous ses couvertures comme un enfant et de ne plus jamais en ressurgir. Que faire si Merlin aimait vraiment ce Greyden ? Et s'il était capable de donner à Merlin quelque chose de plus qu'Arthur ? Il était le Prince héritier après tout, il ne serait jamais en mesure de procurer une vie normale au jeune homme. Merlin devrait partager Arthur avec son peuple, une chose qu'il savait pertinemment ne pas être aisée.

Soupirant, Arthur s'appuya un peu plus contre la pierre et baissa la tête. Il n'accordait pas son amour à la légère, ne l'avait jamais donné à quiconque avant Merlin, et il lui était désormais impossible de le reprendre. Et il y avait toujours cette partie égoïste de lui qui ne voulait pas le reprendre.

Ce qu'il voulait c'était Merlin, uniquement Merlin. Il voulait que Merlin soit sien. La simple pensée qu'un autre puisse le toucher lui donnait la chair de poule, il aurait voulu avoir le droit de bannir tous ceux qui ne serait-ce qu'oseraient regarder de travers le brun. Qu'il soit damné s'il se contentait de rester là sans rien faire pendant que ce maudit Gadwin lui enlevait ce qui aurait dû lui appartenir depuis le début.

Il n'avait plus qu'à se débrouiller pour montrer à Merlin que, malgré tout, personne ne pourrait jamais l'aimer plus que lui.

oOo

Lorsque Merlin débarqua pour récupérer le plateau plus d'une heure plus tard, Arthur était fraichement lavé et un peu plus calme. Il avait réussi à avaler quelques morceaux de fromage de plus, accompagnés de pain et de viande, avant de repousser son assiette.

Le jeune homme brun observa d'un œil critique le plateau presque plein, avant de toiser attentivement Arthur.

"Si tu continues comme ça, c'est moi qui vais te retrouver dans le caniveau" dit-il, une légère touche d'inquiétude teintant sa voix.

"Il faudra plus que ça pour me mettre dans le caniveau Merlin" répondit Arthur, traversant la pièce pour prendre place dans son fauteuil préféré. "Et j'ai encore un long chemin à faire avant d'avoir l'air aussi famélique que toi."

Merlin prit la mouche, ramassant les vêtements du Prince éparpillés un peu partout et les fourrant dans son armoire sans aucune finesse. Arthur fronça les sourcils.

"J'avais l'intention de reporter ces vêtements Merlin" cracha-t-il.

Le dit Merlin l'ignora, fermant ostensiblement les portes de l'armoire avant de se retourner vers lui.

"Sérieusement Arthur, tu devrais essayer de manger un peu plus" insista-t-il, faisant un geste vague de la main en direction du plateau.

Arthur se sentit fondre devant l'air préoccupé de son compagnon, c'était pathétique mais il s'en fichait. Il posa le bout de sa botte sur la chaise près de lui et l'éloigna de la table, de la même façon qu'il l'avait fait la dernière fois qu'il avait offert à Merlin de partager son repas.

Merlin observa la chaise pendant un moment, semblant apparemment en proie à un dilemme interne, avant de soupirer et de prendre place. Leurs jambes s'effleurèrent et le contact envoya une décharge directe vers son sexe. Il dû contracter sa cuisse pour s'empêcher de l'approcher de celle de Merlin.

Se raclant la gorge devenue soudainement sèche, Arthur se força à reprendre un peu de viande. S'il voulait trouver un moyen de gagner le cœur de Merlin, il devait d'abord déterminer l'étendue des sentiments de son compagnon pour Gueldin.

"J'ai appris que Gaius avait un nouvel apprenti." Arthur fit de son mieux pour paraître décontracté, mordant dans un morceau de viande et le mâchant avec soin.

Merlin leva les yeux, continuant de fourrer un morceau de fromage dans son pain.

"Ouais, Galien" précisa-t-il, avant de croquer dans son encas et de continuer sa phrase entre deux bouchées. "C'est un bon élève pour Gaius."

"Tu crois ?" Son air désintéressé ne le quitta pas une seule seconde.

Merlin fourra le dernier morceau de son pain dans sa bouche, et eut la décence d'avaler avant de répondre.

"Il est très dévoué, bien plus que je ne l'étais" dit-il alors, buvant une gorgée d'eau avant de continuer. "Et il est très talentueux dans ce qu'il fait, et semble vraiment se soucier des gens."

Le blond fronça les sourcils, à la fois à cause de l'appréciation évidente des talents de Gredwin et des mots de Merlin.

"Personne ne se soucie plus des gens que toi Merlin."

Le brun leva les yeux, apparemment agréablement surpris par les paroles d'Arthur, et le blond se fit la réflexion que si c'était le regard qu'il obtenait lorsqu'il complimentait Merlin, il allait le faire bien plus souvent.

"Peut-être." Merlin contemplait la table d'un air pensif. "Mais pas comme Galien. Je veux dire, il est tellement enthousiaste à propos de tout ça… pour être honnête, je me sens parfois un peu stupide à côté."

Sa nourriture complètement oubliée, Arthur étudia la tête baissée de Merlin, souhaitant pouvoir faire courir ses lèvres contre ces belles pommettes qui semblaient le hanter depuis des mois, si ce n'est plus.

Lorsque son regard glissa vers la main de Merlin qui reposait sur le bois de la table, ses longs doigts légèrement recourbés, il tendit la main avant même qu'il ne se rende compte de ce qu'il faisait. Ne voulant pas faire marche arrière, il couvrit la main du brun avec la sienne et essaya d'ignorer la chaleur qui lui envahit tout le corps.

Les yeux du brun s'ancrèrent aux siens, larges et incroyablement bleus, mais il ne retira pas sa main. Au lieu de ça, il la retourna doucement de façon à ce que leurs paumes se retrouvent intimement pressées l'une contre l'autre. Arthur dût se retenir de ne pas attirer Merlin à lui, de ne pas envoyer valser les assiettes et l'étaler sur la table, revendiquant cette bouche sur laquelle il fantasmait depuis le premier jour où il avait posé les yeux dessus.

"Tu n'es pas stupide Merlin."

Merlin haussa un sourcil, ses lèvres courbées en un petit sourire qui fit vaciller Arthur.

"Je veux dire, tu l'es mais…" Le blond se racla la gorge. "Mais pas vraiment."

Le petit sourire se transforma en l'un des sourires lumineux propres au jeune sorcier, ses doigts se resserrant légèrement autour de ceux de son compagnon. Bien que la prise fût forte, ils semblaient presque délicats sous la grande main calleuse du Prince, lui donnant envie de les câliner et de céder à son envie ridicule de protéger chaque centimètre de Merlin. Le fait qu'il savait que le jeune homme n'avait guère besoin de sa protection ne semblait pas avoir la moindre importance.

"Toujours aussi profond, votre Altesse" le taquina Merlin, mais il n'y avait aucune trace de méchanceté dans ses mots.

Arthur se concentra pour garder un visage impassible.

"Tais-toi Merlin" rétorqua-t-il avec la force de l'habitude.

Le sourire du brun ne faiblit pas tandis qu'il faisait doucement courir son pouce sur la tranche de la main d'Arthur, qui semblait avoir développé une connexion directe avec son sexe.

"Il se fait tard, je devrais y aller." Merlin semblait déçu, mais tout le plaisir que put ressentir Arthur à cette pensée se dissipa lorsque son compagnon reprit la parole. "J'ai promis à Galien de l'aider avec quelque chose avant que nous allions au lit."

La main d'Arthur fut laissée vide et froide lorsque Merlin se leva pour empiler les assiettes sur le plateau. Il voulut la tendre à nouveau, prit de l'envie soudaine d'enchaîner Merlin à son lit afin de le garder rien que pour lui.

"J'enverrai un serviteur faire enlever la cuve" l'informa le jeune homme tandis qu'il déposait le dernier plat. "Voudrais-tu que je t'aide à te mettre au lit avant de partir ?"

Arthur sentit son sexe battre contre la couture de son pantalon et se laissa automatiquement glisser dans son fauteuil.

"Ce ne sera pas nécessaire" répondit-il avec fermeté. "Tu peux y aller."

Son imagination lui jouait-elle des tours, ou une note de soulagement avait orné les traits de Merlin tandis qu'il ramassait le plateau ? Le cœur d'Arthur se serra douloureusement et il jura en silence.

"Bonne nuit Arthur."

Comme à son habitude, Merlin fuit après avoir prononcé ces mots et le jeune Prince n'eut pas le temps de lui rendre la pareille. Il se demanda si Merlin pensait qu'il ne le disait pas en retour. Puis il se demanda ce que pouvait bien faire Merlin pour aider Galien et grinça des dents face au flot d'images indésirables qui lui inonda le cerveau.

Ayant l'impression que son sang bouillait dans ses veines, Arthur cria sur les deux servants qui vinrent chercher sa cuve et se déshabilla en quatrième vitesse après leur départ, déchirant ses vêtements au passage.

Lorsque les draps froids touchèrent enfin sa peau nue, Arthur se branla à un rythme effréné, enchaînant les petits coups rapides et secs jusqu'à ce que sa colère s'évacue de concert avec sa libération, le nom de Merlin sur les lèvres tandis que sa chaude jouissance recouvrait la main qui avait été enroulée autour de celle de son serviteur quelques minutes plus tôt.

oOo

Avec Yuletide approchant à grand pas, le château sembla se réveiller de sa torpeur. La senteur de pin était omniprésente, même dans la froideur des couloirs, et Arthur voyait constamment des serviteurs parcourir rapidement les couloirs glacés. Quelques-unes des âmes les plus courageuses au château s'aventuraient à l'extérieur dès que les chutes de neige s'arrêtaient brièvement.

Arthur lui-même avait profité d'un de ces courts laps de temps pour partir en patrouille à travers la ville avec une grande partie de ses chevaliers, voulant s'assurer de la sécurité de son peuple. Ils avaient aidé à déterrer quelques maisons et à déneiger quelques toits afin de les empêcher de céder sous le poids de la neige.

Bien qu'il y ait encore assez de nourriture, Arthur et ses chevaliers distribuèrent quelques potions préparées par Gaius aux gens qui avaient succombé aux basses températures. Cela semblait être une bonne année, cependant, car très peu de personnes avaient trépassé à ce jour, et les victimes étaient pour la plupart des personnes âgées, aucune perte infantile n'étant à déplorer. Dans l'ensemble, Arthur était satisfait de la situation générale et était heureux d'aller annoncer toutes ces choses positives à son père.

Ce ne fut que sur le chemin du retour jusqu'à ses quartiers que la bonne humeur du Prince fut détruite à la vue de Merlin en grande discussion avec Galien. Ils étaient de toute évidence en chemin vers les cuisines et la mâchoire du blond se resserra assez pour lui faire mal aux dents tandis qu'il observait Merlin rire à propos d'une chose que l'autre lui avait dite.

Leur attitude était familière et lorsque Galien enroula son bras autour du coude de Merlin, ce dernier ne protesta pas.

Arthur s'élança dans le couloir plus vite que cela n'aurait dû être possible, étant donné l'épais manteau qu'il portait et qui le ralentissait considérablement, alourdi par l'humidité glaciale qui s'était infiltrée dans le château à cause de la neige.

"Merlin, attends-moi" cracha le blond, la voix plus sévère qu'il ne l'avait initialement prévue.

Ce fut suffisant pour les faire s'écarter l'un de l'autre et ternir le sourire de Merlin. Arthur voulut hurler de frustration.

"Y-a-t-il un problème ?" s'enquit le jeune sorcier, étudiant attentivement le visage d'Arthur.

Le blond fronça les sourcils dans sa direction, bien qu'en vérité son regard noir fût plus dirigé vers Galien.

"En dehors du fait que mon serviteur est aussi inepte qu'à son habitude, pas du tout" dit-il sèchement. "Maintenant bouge-toi Merlin, je ne veux pas mourir d'une pneumonie dans ce couloir."

Le brun leva les yeux au ciel, mais se tourna pour faire ses adieux avant de suivre Arthur dans le couloir en direction des chambres.

La jalousie le rongeait intérieurement, tel un serpent venimeux enroulé autour de son cœur et le comprimant jusqu'à le faire souffrir physiquement. La peau du jeune Prince semblait à vif et le démangeait, comme si le poison s'était infiltré dans ses veines et se répandait dans tout son corps.

"Je te garde à mon service pour travailler Merlin, pas pour conter fleurette à ce serviteur." Le ton d'Arthur était désobligeant, exempt de toute trace de taquinerie.

Merlin bredouilla tandis que le rouge lui envahissait le cou et les joues, jusqu'à atteindre le bout de ses oreilles. Arthur voulait abaisser ce foulard ridicule et lécher cette rougeur, mordre la peau douce de ce cou et y laisser ses marques de dents pour que tout le monde puisse les voir.

"Je n'étais pas en train de conter fleurette !" protesta-t-il avec véhémence, arrachant Arthur à ses pensées.

Ils avaient cessé de marcher et se faisaient face, affichant des mines énervées. Arthur avait du mal à réprimer ses tremblements, mais Merlin semblait bien au-delà de ce genre de répression. Ses mains serrées en deux poings tremblaient énormément, son corps était légèrement penché vers son acolyte dans une posture clairement hostile. Arthur était déchiré entre la colère et un désir intense.

"Je trouve cela difficile à croire, au vu du fait que ces derniers temps tu as délaissé tes fonctions afin de t'amuser avec ton nouveau compagnon de jeu."

Les yeux de Merlin s'écarquillèrent et il eut l'air à la fois insulté et persuadé qu'Arthur avait perdu la tête.

"Galien n'est pas mon compagnon de jeu" dit-il d'un ton cassant. "Nous sommes juste amis."

Les lèvres d'Arthur se tordirent en un sourire malveillant, se rappelant vivement la promesse de Merlin de s'abstenir de lui mentir. Le serpent resserra sa prise et le blond eut du mal à prendre sa respiration suivante.

"Amis ou pas" aboya-t-il durement, crachant le premier mot comme s'il était toxique, "tu te souviendras que le devoir vient en premier. Est-ce clair ?"

Le jeune sorcier le regarda avec une férocité qui fit courir un frisson le long de la colonne vertébrale d'Arthur, un éclair d'or tourbillonnant dans la profondeur de ce regard pendant un instant avant de s'évanouir.

"Oui Sire" cracha-t-il.

D'une certaine manière Merlin réussit à faire passer le titre honorifique pour une insulte, une fois de plus, mais Arthur n'eut d'autre choix que de laisser couler et de continuer son chemin dans le couloir. S'il regardait Merlin un seul instant de plus, il serait contraint d'oublier toute prudence et de le prendre contre le mur – au diable la patience et la décence.

oOo

Merlin sembla vouloir faire passer un message en arrivant près d'une heure en retard avec le diner d'Arthur. Il laissa tomber le plateau sur la table sans aucune finesse, les plats cognant les uns contre les autres en une manifestation bruyante du dur traitement qu'ils subissaient.

Il versa le vin avec assez de vigueur pour le faire éclabousser sur le bois, créant de sombres taches sur la table et atteignant même une des manches d'Arthur posée près de lui. Le blond leva les yeux et lui lança un regard perçant.

"Si tu fous le bordel ce sera à toi de nettoyer Merlin" dit-il sèchement et avec une certaine irritation.

La réponse de Merlin fut sous la forme d'un regard noir.

Un silence de cathédrale suivit Arthur tout au long de son repas, seulement interrompu par les bruits de mauvais traitements délibérément accordés à plusieurs des possessions d'Arthur.

Le jeune Prince ne put supporter plus longtemps cette situation et remercia Merlin avant d'avoir terminé son assiette. Il détesta le voir partir.

oOo

Quand Arthur les revit le lendemain après-midi, Merlin était occupé à frotter les bras de Galien pour lui procurer un peu de chaleur et semblait lui faire un reproche que l'autre homme balaya d'un rire.

Le jeune servant tapota l'épaule du brun, avant de passer un bras autour des dites épaules tandis qu'ils continuaient leur marche. Leur bavardage ne cessa pas, même si Arthur était trop loin pour entendre ce qu'ils racontaient.

Cette fois, Arthur se força à tourner les talons et partir dans la direction opposée. Ce fut avec un sentiment de satisfaction totale, cependant, qu'il rendit visite à Gaius et lui commanda des potions pour tous ses chevaliers, car ils avaient passé pratiquement toute la journée de la veille dans le froid glacial.

oOo

Au cours des deux jours suivants, Arthur profita de l'absence boudeuse de Merlin, et occupa les heures creuses de ses journées à errer dans les couloirs afin de tomber sur Galien aussi souvent que possible. Personne ne remit en question son besoin soudain d'errer dans les couloirs du château, il était le Prince après tout, et son habituel masque d'arrogance transpirait une certaine importance que personne n'osait contredire.

Chaque fois qu'il croisait le jeune serviteur, Arthur semblait se rappeler qu'il avait quelque chose de très urgent à faire faire et ordonnait au jeune homme d'effectuer ladite tâche lui-même. En tant qu'apprenti de Gaius, Galien n'était pas un serviteur ordinaire, on ne pouvait donc pas lui donner d'ordres à proprement parler. Mais, comme Arthur l'avait espéré, personne ne semblait l'avoir mis au courant de cet état de fait.

Après qu'il lui ait ordonné de lui monter un bain dans sa chambre le soir du deuxième jour, Galien se débrouilla tellement mal qu'il se retrouva trempé de la tête aux pieds au moment où il finit de l'installer. Lorsqu'Arthur le congédia, il tremblait de tout son corps et semblait plus que désireux de retrouver la chaleur et le confort des quartiers de Gaius.

Ou du lit de Merlin.

Cette pensée s'introduisit spontanément dans sa tête et toute trace de remord qu'il aurait éventuellement pu ressentir se retrouva immédiatement étouffée. Si Arthur n'avait pas été aussi miséricordieux, il aurait ordonné à Galien de frotter le plancher de sa chambre avec une brosse de la taille d'une tête d'épingle.

Arthur, par conséquent, n'eut absolument aucun doute quant à la raison pour laquelle Merlin fit irruption dans ses quartiers à peine une demi-heure plus tard. Sa résolution sembla faiblir légèrement, cependant, lorsqu'il vit qu'Arthur était allongé dans son cuvier, les bras appuyés sur les bords et la tête inclinée vers l'arrière dans un acte délibéré et planifié de mettre en évidence la ligne de sa mâchoire.

Quand les yeux de Merlin se fixèrent sur cette partie de son anatomie en particulier, Arthur dû réprimer son air de suffisance. Il n'avait pas imaginé que cela fonctionnerait aussi bien.

Il fallut qu'Arthur lève un sourcil curieux pour que Merlin revienne brusquement à la réalité. Le changement dans ses traits fut immédiat et son air fasciné se transforma en un froncement de sourcils.

"Mais bon sang c'est quoi ton problème Arthur ?"

Ledit Arthur se décala légèrement au son du doux clapotis de l'eau et afficha une expression d'ennui complet sur son visage, perfectionnée grâce à des années de rapports constants avec la noblesse.

"Tu vas devoir être un peu plus spécifique si tu t'attends à une réponse" répondit-il d'une voix trainante.

"Tu sais très bien de quoi je veux parler !" La voix de Merlin se transforma en un cri. "Il aurait pu attraper la mort !"

La mâchoire du blond se serra face à la défense féroce dont faisait preuve Merlin.

"Ce n'est pas de ma faute si ton précieux petit ami semble incapable d'accomplir la plus basique des taches."

Le sorcier semblait être sur le point de le frapper. Voilà un moment qu'Arthur ne l'avait vu à ce point en colère.

"Ce n'est pas son rôle d'être traité par toi comme un esclave !" éclata Merlin, agitant ses bras d'une façon saccadée et absolument pas coordonnée. "Il y a bien assez de servants que tu peux commander à ta guise dans ce château. Tu n'as jamais eu aucun scrupule à m'envoyer chercher des choses de jour comme de nuit, alors pourquoi ressens-tu soudainement le besoin de tyranniser un nouveau serviteur ?"

S'asseyant dans son bain, Arthur renonça à toute prétention d'indifférence.

"Je ne vais pas le traiter différemment juste parce que tu aimes l'avoir dans ton lit !" sortit le blond sur un ton furieux.

Merlin eut l'air horrifié, frappé de stupeur, comme si Arthur l'avait giflé.

"Arthur – tu – Ce n'est pas – Je veux dire, je ne suis pas…" Le jeune homme semblait avoir du mal à trouver les mots justes. "Tu – tu n'as rien compris."

"Et qu'est-ce que j'ai pas compris exactement ?" La voix d'Arthur était assez brusque pour irriter sa gorge et il combattit la crispation douloureuse dans son estomac. "Vous êtes tout le temps l'un sur l'autre. Vous dormez ensemble."

"Nous ne faisons que partager ma chambre, nous ne – " Merlin s'interrompit soudainement, sa prise de conscience se reflétant sur son visage.

Arthur aurait voulu s'immerger et se noyer dans cette cuve tandis que le brun s'approchait, diminuant lentement la distance entre eux.

"Alors c'est de ça qu'il s'agissait ?" Il semblait à bout de souffle et complètement pris de court. "Tu es – tu es jaloux ?"

Arthur serra les dents, mais son silence parlait pour lui. Il fallut quelques secondes à Merlin pour réagir, mais lorsqu'il le fit ce fut par un grand éclat de rire.

Le jeune Prince eut l'impression que quelqu'un l'avait frappé à l'estomac. Merlin dut remarquer son expression blessée, cependant, car le rire se calma très vite et il passa soudainement ses mains dans les cheveux et sur les joues du blond, inclinant légèrement la tête de ce dernier de façon à ce que leurs regards se croisent.

Les yeux de Merlin n'avaient jamais semblé aussi doux et chaleureux, et Arthur se sentit fondre face à ce regard.

"Qui est l'idiot maintenant ?" demanda Merlin, la douceur de sa voix trahissant le sens réel de ses mots. "Arthur, je suis amoureux de toi depuis le premier jour. Je n'arrive pas à regarder quelqu'un d'autre, ne parlons même pas du fait de trouver la volonté de le faire. J'ai été malheureux durant des mois. Je n'arrive pas à croire que tu aies pu découvrir mes pouvoirs mais que tu n'as pas vu ce que, de toute évidence, tout le monde ici a remarqué."

Arthur se doutât qu'il devait effectivement avoir l'air idiot.

"Tu veux dire que tu n'es pas…" A ces mots il ajouta un geste vague complètement inutile, avant de continuer en balbutiant "et tu es…"

Merlin leva les yeux au ciel, un sourire jouant sur ses lèvres.

"Oui, Arthur."

Et cela sembla être suffisant pour le cerveau d'Arthur qui se décida enfin à enregistrer cette nouvelle information. Il n'avait absolument aucun contrôle sur le petit bruit étouffé qui s'échappa de sa gorge.

Incapable et peu disposé à attendre une seconde de plus, Arthur finit par se décider et passa une de ses mains sur la nuque du jeune sorcier, sentant l'épaisse chevelure brune chatouiller sa paume, avant d'écraser sa bouche sur celle de son compagnon.

Les lèvres de Merlin étaient chaudes et souples sous les siennes, se séparant facilement devant la langue exigeante du Prince. Arthur ne put s'empêcher de gémir dans la chaleur humide de la bouche de Merlin tandis qu'il rapprochait un peu plus son compagnon, sentant ce dernier faire la même chose, son emprise sur les cheveux d'Arthur se resserrant légèrement.

"Arthur" murmura Merlin contre lui, en lui, comme une prière.

Cherchant brièvement une prise sur le rebord de sa cuve, Arthur se hissa sur ses genoux, entraînant Merlin avec lui afin de faire fusionner leurs torses. II pouvait sentir sa peau tremper la tunique de son compagnon, les collant l'un contre l'autre. Ses mains retrouvèrent leur chemin vers le corps du brun, l'une d'elles s'enroulant autour de ses hanches tandis que l'autre tirait sur son foulard avec insistance.

Son érection lancinante butait contre le bois dur de la bassine tandis qu'il cherchait à se rapprocher encore plus de Merlin, ne voulant faire plus qu'un avec lui, sa langue faisant son chemin dans la bouche se son acolyte et étouffant les halètements du jeune homme.

Libérant finalement Merlin de son foulard, Arthur le jeta à leurs côtés et fit courir ses doigts sur sa peau douce et diaphane. Il retraça la ligne du cou avec son pouce, continuant sur la mâchoire avant de s'immobiliser sur le menton du sorcier.

Se reculant légèrement, Arthur ouvrit les yeux pour ne pas perdre une miette du spectacle qui se déroulait devant lui, Merlin arborant des joues écarlates et les cheveux plus ébouriffés que jamais. C'était comme si Arthur l'avait déjà pris plusieurs fois, ce qui faisait palpiter douloureusement le sexe du blond contre le rebord du cuvier.

Lorsqu'Arthur abaissa délicatement son menton, les yeux de Merlin s'ouvrirent pour l'observer, plus sombres qu'Arthur ne les avait jamais vus et avec une distincte lueur dorée au plus profond du regard. Le jeune Prince appuya avec plus d'insistance et Merlin céda instantanément, comme s'il n'y avait rien au monde qu'il ne laisserait Arthur lui faire, ouvrant un peu plus la bouche tandis qu'Arthur se penchait une fois de plus pour reprendre possession d'elle. Il courba sa langue contre le palet de Merlin, tandis que son pouce effleurait doucement le bord tranchant des dents de ce dernier. Les gémissements de Merlin étaient plus audibles cette fois-ci, et Arthur laissa ses mains glisser vers le bas pour saisir son épaule et plonger plus profondément sa langue dans la chaleur humide de sa bouche.

"Merlin" le demi-gémissement-demi-marmonnement fut étouffé par la douce bouche du brun, qui le serra dans ses bras assez fort pour lui laisser des marques.

"Merlin, j'ai besoin – viens là."

Sans attendre la réaction de son compagnon, Arthur l'enveloppa dans ses bras et le tira dans la cuve, faisant déborder l'eau et inondant le sol autour d'eux. Merlin laissa échapper un cri de surprise qui se transforma rapidement en un gémissement passionné dès qu'Arthur le pressa contre le bord, se frottant contre lui avec insistance.

"Arthur" haleta le jeune sorcier, ses ongles griffant le cuir chevelu de son maitre tandis qu'il tendait un peu plus le cou, cou sur lequel Arthur se jeta avidement.

"Te veux depuis si longtemps" murmura-t-il fougueusement, ses lèvres effleurant la peau humide, sentant le pouls de Merlin battre sous sa langue. "Pendant tout ce temps j'ai pensé – "

Il s'interrompit, faisant doucement glisser ses mains pour les poser sur la mâchoire de Merlin tandis qu'il l'embrassait à nouveau, l'air désespéré.

"Je ne pouvais supporter l'idée qu'il puisse te toucher" souffla-t-il tout contre sa bouche. "Je voulais le jeter dans les cachots rien que pour le fait qu'il puisse te regarder."

"Arthur" murmura à nouveau le brun, faisant doucement courir ses mains dans les cheveux de son compagnon et sur sa poitrine, entrouvrant ses lèvres pour faire place à la langue d'Arthur.

Les muscles dans les cuisses de Merlin fléchirent alors qu'il se reculait et enroulait ses jambes autour de la taille du blond, de façon à se rapprocher de lui. Arthur voulait délester Merlin de ses vêtements trempés, voulait toucher chaque centimètre de sa peau nue, mais son corps ne coopérait plus. Son désir pour le brun avait brulé le moindre petit fragment de contrôle et Arthur se sentait à la fois impuissant et désespéré.

"Promets-moi qu'il ne s'est rien passé entre vous." Il ne put décider si l'intention derrière ses mots était une demande ou une supplique.

Ses doigts s'agrippèrent au postérieur encore vêtu de Merlin alors qu'il s'appuyait contre lui avec plus de force, le tissu grossier frottant durement contre la verge nue du Prince. Il pouvait sentir l'excitation de Merlin à travers ses braies, tendue contre le tissu humide tandis qu'elle frottait contre celle d'Arthur à chaque coup de bassin.

"Je te le jure" murmura fébrilement Merlin, entrainant Arthur encore plus près et déposant de légers baisers sur chaque partie de son visage. "Ça a toujours été toi Arthur. Et ce le sera toujours."

Un son qu'Arthur reconnu à peine comme étant le sien s'échappa de sa gorge et Merlin le serra plus fort, enroulant ses bras autour des épaules du blond, à la fois pour l'effet de levier et pour garder leurs lèvres scellées. Leurs baisers avaient perdu toute finesse, réduits à une bataille de langues et de dents, mais Arthur était bien trop perdu dans le plaisir pour s'en soucier.

Les jambes de Merlin resserrèrent leur prise autour de lui, réduisant les mouvements d'Arthur à des coups secs qui faisaient buter le brun contre le rebord de la cuve à chaque poussée. L'eau bougeait avec eux, de petites gouttes de liquide frappant la peau surchauffée d'Arthur et courant le long de sa colonne vertébrale, se mêlant à sa sueur.

Il était si près de la délivrance, enivré par le goût de Merlin, son odeur, le moindre petit bruit suffisant pour le rendre fou de désir. Sentant sa poitrine se contracter, Arthur fut contraint de séparer sa bouche de celle de Merlin pour insuffler une dose d'oxygène plus que nécessaire à ses poumons agonisants. Il pouvait sentir le jeune sorcier trembler et entendit un gémissement s'échapper de sa gorge, ses hanches bougeant automatiquement pour provoquer ce son à nouveau.

Les doigts de Merlin se recourbèrent, ses ongles lacérant les épaules du blond, et ce dernier eut l'impression de sentir quelque chose changer dans l'air autour d'eux. Une étrange sensation de picotements lui passa dans tout le corps, des millions de minuscules étincelles explosant juste sous sa peau. Il sentit Merlin haleter contre ses lèvres, le sentit se presser contre lui avec une urgence désespérée et lorsque le bleu de ses yeux commença à être dominé par l'or, Arthur sentit une soudaine montée de chaleur lui traverser le corps.

La tête de Merlin tomba en arrière, provoquant un son sourd, et Arthur le serra fermement lorsqu'il le sentit frémir contre lui, une litanie de soupirs entrelacés avec le nom d'Arthur s'échappant de ses lèvres.

Au loin, Arthur entendit un fracas tonitruant, mais toute pensée cohérente fut anéantie alors qu'il pressait son visage dans le cou de son compagnon et plantait ses dents dans la peau douce et pale, jouissant si fort que sa vision explosa en un millier d'étoiles.

Arthur ne savait pas combien de temps ils restèrent là sans bouger, injectant désespérément de l'air dans leurs poumons, mais lorsqu'il sentit le torse haletant de Merlin sous le sien, il se força à bouger, inquiet du fait qu'il était peut-être en train de l'écraser et plaça un baiser hasardeux sur le bout de peau le plus proche qu'il put trouver. Il atterrit au coin de la bouche de Merlin.

Ledit Merlin tourna légèrement la tête, attrapant les lèvres d'Arthur dans un baiser qui se composait principalement de halètements dans la bouche de l'autre tandis qu'ils tentaient de reprendre leur souffle. Il resta à proximité, ne voulant pas se séparer de la bouche de son amant un seul instant, passant sa main sur le tissu trempé qui s'accrochait à la peau du brun.

L'eau commençait à perdre sa chaleur et Arthur ne put empêcher un léger frisson de lui courir le long du dos alors qu'il sentait l'humidité de sa chemise sécher dans l'air frais de la chambre. Le feu avait dû se consumer depuis qu'Arthur s'était installé dans le bain.

Lorsqu'il se recula légèrement, tendant le cou pour regarder par-dessus l'épaule de Merlin, il eut un aperçu du lit. Lit qui ressemblait à un champ de bataille. Le baldaquin était tombé, emportant avec lui les chandelles éteintes sur la table de chevet d'Arthur. Des éclats de bois étaient éparpillés sur le sol.

"Eh bien" dit-il, un peu étourdi et la voix encore éraillée. "J'espère que tu ne feras pas ça quand nous y serons."

Merlin, qui avait suivi le regard d'Arthur, réussit à arborer un ton écarlate en grimaçant simultanément.

"Toujours aussi romantique" dit-il sèchement, frissonnant légèrement.

Le blond l'observa, son doigt laissant une nouvelle trainée d'eau sur sa joue tandis qu'il étudiait son expression.

"T'as froid ?" demanda-t-il, le lit complètement oublié.

Merlin opina de la tête, alors même qu'il couvrait la main posée sur son visage avec une des siennes, profitant du toucher un instant avant d'appuyer ses lèvres sur les lignes de sa paume, provoquant ce sentiment idiot et confus dans la poitrine d'Arthur qui donnait envie à ce dernier d'offrir à Merlin tout ce qu'il voulait.

"Tu penses que tu pourrais nous avoir une serviette ?" demanda-t-il doucement.

La bouche de Merlin se courba en un sourire contre sa paume et Arthur ne put résister à l'envie de l'embrasser, écartant les douces lèvres de son amant avec sa langue et s'enivrant du délicieux bruit que Merlin produisit lorsqu'il suçota délicatement sa lèvre inférieure. Il aurait sans doute embrassé Merlin jusqu'à ce qu'ils aient tous les deux attrapé un rhume, si le brun n'avait pas choisi ce moment précis pour placer sa main sur la nuque d'Arthur, la froideur de sa peau ramenant Arthur à la réalité.

Il se recula, bien qu'avec beaucoup de réticence, et observa les yeux grand ouverts de Merlin, un air un peu hébété occupant un instant son visage avant de disparaître.

"Ah oui c'est vrai, la serviette" dit-il fermement, mais lorsqu'il essaya de se lever, Arthur le retint.

"Je voulais dire, d'ici."

Merlin le regarda, les yeux légèrement écarquillés.

"Tu veux dire…"

"Oui."

Merlin lui lança un dernier regard inquisiteur, avant de regarder dans la direction du placard devant lui et d'étendre une de ses mains. Lorsque le brun prononça les mots nécessaires au sort, Arthur regarda avec fascination ses yeux virer à l'or une fois de plus. De l'autre côté de la pièce, les portes de l'armoire s'ouvrirent d'elles-mêmes et une des serviettes d'Arthur vint en flottant vers eux, atterrissant parfaitement dans la main tendue de Merlin.

Arthur enroula doucement son bras autour de celui de Merlin et l'aida à se remettre sur ses pieds et à sortir du cuvier, l'eau désormais froide ayant drainé toute chaleur restante dans leur corps. La pierre était gelée sous les pieds nus du blond, l'inconfortable sensation accrue par la flaque qui se formait lentement autour d'eux. Les vêtements de Merlin étaient gorgés d'eau et gouttaient sans discontinuer et lorsqu'Arthur le vit frissonner, il s'approcha instinctivement, coinçant de ce fait la serviette entre leurs deux corps.

"Tu ressembles à un chaton trempé sous la pluie" déclara, non sans affection, Arthur, récupérant la serviette des mains de Merlin et frottant doucement ses cheveux humides.

Merlin profita du toucher et frissonna quand Arthur fit passer la serviette sur sa nuque.

"Et à qui la faute ?" répondit le brun avec une facilité née de l'expérience. "Qui n'as pas réussi à contenir ses hormones assez longtemps pour sortir de l'eau ?"

Arthur essuya une goutte sur la joue du brun avec la serviette.

"Et qui a détruit mon lit dans un accès de passion ?"

Comme il s'y attendait, les pommettes et les oreilles de Merlin virèrent au rouge vif et il baissa légèrement la tête d'embarras. Arthur sentit un sourire jouer sur ses lèvres, ses bras s'enroulant autour du corps mince du sorcier tandis qu'il déposait un baiser sur son front surchauffé.

"C'était incroyable, à vrai dire" admit-il doucement. "Tes yeux…"

Arthur s'arrêta, le souffle coupé au souvenir de Merlin se tortillant contre lui et perdant le contrôle, le regardant comme s'il était prêt à arracher les étoiles du ciel une par une si Arthur le lui demandait.

Merlin tendit la main et passa délicatement ses doigts dans les cheveux trempés du Prince.

"Je peux les sécher si tu veux."

Arthur avala sa salive puis opina de la tête, ne se fiant pas à sa voix.

La voix de Merlin était à peine plus qu'un murmure et Arthur regarda avec fascination l'or reprendre le dessus sur le bleu, brillant de mille feux dans la salle de plus en plus sombre. Le goutte à goutte régulier de ses cheveux sur sa nuque stoppa et Arthur avait déjà plus chaud maintenant que l'humidité avait disparu de sa tête.

"Je devrais aller chercher ton dîner" murmura Merlin, bien qu'il contredit ses paroles en emmêlant profondément ses doigts dans les cheveux d'Arthur.

Le blond l'embrassa à nouveau, lentement et profondément.

"T'en va pas" chuchota-t-il, les mots presque incompréhensibles contre la bouche de Merlin. "Je vais envoyer quelqu'un d'autre. Je ne veux pas que tu y retournes."

"Mais Gaius…" protesta faiblement le jeune sorcier, alors même qu'il se rapprochait, ses vêtements mouillés faisant contraste avec la peau d'Arthur, et passait ses bras autour des épaules du blond. Le Prince le serra contre sa poitrine, l'embrassant violemment avant de faire glisser ses lèvres vers son cou, longeant avec sa langue les traces que ses dents avaient précédemment laissé, sentant Merlin trembler contre lui.

"Viens au lit avec moi" déclara-t-il tout contre sa peau.

Les doigts du brun brossèrent doucement les cheveux sur le front d'Arthur avant de caresser sa mâchoire.

"D'accord."

Arthur se recula légèrement, son cœur battant la chamade dans sa poitrine. "D'accord ?"

Merlin hocha la tête, se rapprochant à nouveau et cherchant les lèvres d'Arthur, l'embrassant lentement, prudemment, comme s'il ne savait pas réellement comment procéder. Arthur l'attira encore plus près, une de ses mains trouvant le bas de la tunique de Merlin et passant entre le tissu humide et la peau moite de son compagnon. Il frotta doucement la peau, essayant d'y faire revenir un peu de chaleur.

"Tu dois sortir de ces vêtements trempés" murmura le blond, traçant distraitement du doigt l'endroit où les braies du jeune homme rencontraient sa peau.

Merlin frissonna légèrement, mais ses mains tremblaient lorsqu'elles reprirent leur place dans les cheveux d'Arthur. Le Prince referma les siennes sur les poignets délicats de Merlin, ses pouces reposant sur le pouls du jeune homme qui battait à vive allure sous ses doigts. Arthur fronça légèrement les sourcils.

"Qu'est-ce qu'il y a Merlin ?" demanda-t-il gentiment, scrutant avec soin l'expression de son compagnon. "Nous ne sommes pas obligés de – "

"Non" protesta rapidement Merlin, le rouge lui colorant les joues tandis que ses doigts s'enfonçaient plus profondément dans les cheveux d'Arthur. "Je veux dire, je le veux, c'est juste…"

"Quoi ?"

Merlin se pencha vers lui et Arthur déposa un léger baiser sur sa tempe, sentant les lèvres de Merlin effleurer son cou lorsqu'il répondit.

"C'est juste que", il hésita encore une fois et Arthur le serra plus près, apaisant les muscles tendus sous sa main. "Je n'ai jamais rien fait de tel auparavant."

A ces mots, le blond se recula légèrement, se sentant à la fois soulagé et incroyablement excité. Merlin avait l'air incertain, ce qui ne fit qu'enflammer encore plus Arthur.

"Jamais ?" répéta Arthur, se sentant un peu étourdi par la révélation.

Merlin secoua la tête, ses doigts se recourbant dans les épaules de son Prince, comme s'il s'attendait à être repoussé.

Savoir que personne n'avait jamais touché Merlin de cette façon était suffisant pour le faire vaciller et il savait, sans l'ombre d'un doute, qu'il était prêt à n'importe quoi pour être le premier et le seul à avoir Merlin de cette façon.

La mâchoire du brun était douce sous sa paume, l'ombre d'une barbe naissante n'entachant en rien la douceur du toucher.

"C'est pas grave" le rassura posément Arthur, faisant s'effleurer leurs lèvres. "Il n'y a pas d'urgence."

"J'ai confiance en toi" murmura Merlin contre ses lèvres, inclinant légèrement la tête pour sceller leurs bouches une fois de plus.

Arthur retourna le baiser lentement, avant d'ajouter "Et si je nous trouvais quelque chose à mettre pendant que tu restaures mon lit à son état initial ?"

Le sourire éclatant qui orna les lèvres de Merlin, ses yeux bleu vif étincelants dans la faible lumière de la pièce, rendirent Arthur tout chose.

"Mais uniquement parce que je passe la nuit ici" le taquina un Merlin tout sourire. "Autrement ton royal postérieur aurait probablement passé la nuit sur le sol."

Arthur combattit un sourire, faisant de son mieux pour froncer les sourcils de façon convaincante.

"Merlin ?" Le concerné le regarda avec un air innocent.

"Oui ?"

"Tais-toi."

Le rire étouffé du brun le suivit tout le long du chemin jusqu'à son armoire, et Arthur permit enfin à sa bouche de s'étirer en un sourire tandis qu'il plaçait sa tête entre les étagères, à la recherche d'une chemise de nuit supplémentaire.

oOo

La grande salle était chauffée et illuminée par des centaines de bougies. Chaque occupant du château y était entassé et les tables croulaient sous l'immense quantité de nourriture. Un petit groupe de musiciens jouait dans un coin, presque étouffé par les voix enjouées qui s'élevaient un peu partout dans la pièce, déliées par le vin qui coulait à flot.

Arthur savait qu'il valait mieux ne pas le boire trop rapidement. Le vin que son père faisait servir lors des occasions spéciales était un mélange fort apporté de Mercie, et deux coupes étaient suffisantes pour étourdir le plus fort des hommes.

Ses pensées furent interrompues par l'apparition de la main de Merlin dans son champ de vision et par la présence de son corps chaud frôlant son flanc tandis qu'il remplissait sa coupe d'eau. Lorsqu'il fit un mouvement pour se retirer, Arthur le retint en glissant discrètement sa main jusqu'à sa cuisse, s'enroulant en douceur autour d'elle pour le maintenir en place.

"Arthur" l'avertit Merlin, bien qu'il ne fit aucun mouvement pour se débarrasser de lui. "Des gens pourraient voir."

Le blond se pencha contre le flanc de son compagnon, résistant à peine à l'envie d'enfouir son visage dans la tunique de cérémonie que tous les serviteurs devaient porter ce soir. Il avait hâte de ramener Merlin à sa chambre, vers le lit qu'ils avaient quitté seulement quelques heures auparavant.

"Je doute fortement que quiconque puisse voir par-delà sa coupe de vin Merlin" répliqua paresseusement le Prince, son pouce caressant doucement le velours des braies de son amant.

Le brun soupira, son souffle agitant les cheveux d'Arthur tandis qu'il se détendait totalement sous la caresse, allant même jusqu'à faufiler ses propres mains entre eux de façon à glisser ses doigts à l'endroit où la tunique d'Arthur rencontrait son poignet, faisant frissonner ce dernier.

Le moment fut interrompu, cependant, lorsque Morgane apparu soudainement de l'autre côté d'Arthur, ayant l'air pas tout à fait sobre mais pas aussi enivrée que son père semblait l'être.

Merlin fit un bond en arrière avec un air coupable, renversant une partie de l'eau qu'il transportait sur la manche d'Arthur. Morgane leur adressa un sourire béat, apparemment très heureuse à propos de quelque chose. Arthur essaya de son mieux de ne pas réfléchir à ce sujet.

Même les joues de Gwen étaient anormalement rouges, mais Arthur n'était pas étonné que Morgane ait glissé en douce à sa servante un peu de vin en l'honneur de la fête. Yuletide avait toujours été sa fête préférée depuis qu'elle était petite fille.

"J'aimerais que chaque jour soit comme ça" déclara-t-elle comme par hasard, ayant l'air plus heureuse qu'Arthur ne l'avait vue depuis un moment.

Arthur jeta un regard incertain en direction de son père, qui avait glissé un bras autour des épaules de Gaius et déclamait quelque chose au cercle des nobles qui s'étaient rassemblés autour de lui. Il y avait une tâche de vin sur ses vêtements royaux et son fils aurait été plus préoccupé s'il n'avait vu les nobles rire aux éclats, affalés sur la table, apparemment incapables de tenir debout plus longtemps. Même Gaius riait à l'anecdote que son père relatait dans son ivresse.

"Asseyez-vous tous les deux." La voix impérieuse de Morgane s'éleva à ses côtés, attirant l'attention d'Arthur à sa présente compagnie. "C'est ridicule que vous soyez encore debout. Personne ne peut plus distinguer un noble d'un serviteur désormais."

Merlin et Gwen se laissèrent tomber sur les chaises vides aux côtés de leurs maîtres, laissant échapper d'identiques soupirs de soulagement alors qu'ils pouvaient enfin reposer leurs pieds endoloris.

"L'avantage de cette beuverie, c'est que personne ne sera capable de sortir du lit avant demain après-midi" déclara Merlin, souriant tandis qu'il s'appuyait contre la table, repoussant plusieurs assiettes dans le processus.

Leurs chaises étaient positionnées de telle sorte qu'Arthur pouvait presser leurs cuisses l'une contre l'autre, et le brun le regarda brièvement en réciproquant le mouvement.

"Je suis d'accord" répondit Gwen, avant de tendre la main vers une cuisse e poulet qui semblait encore assez intacte et préservée. "C'est la seule fois où nous sommes autorisés à dormir tard."

Merlin fit un geste vague de la main, geste que Gwen connaissait de toute évidence puisqu'elle lui tendit un morceau de viande provenant de l'assiette la plus proche.

"Je suis ravie que ton père passe un aussi bon moment" commenta tranquillement Morgane à côté d'Arthur, un regard doux dans les yeux. "Il a l'air heureux."

Arthur se retourna vers l'endroit où il avait vu son père pour la dernière fois, voyant qu'il semblait désormais impliqué dans une joyeuse conversation avec Gaius, qui avait du mal à soutenir le poids d'Uther. Arthur ne put qu'agréer silencieusement avec Morgane, voir son père heureux lui réchauffait le cœur.

"Gaius semble avoir quelques difficultés à l'empêcher de tomber de sa chaise" fut cependant la réponse d'Arthur.

Morgane se mit à rire et prit une autre gorgée de sa coupe de vin.

"Je suis sûr que Gaius a de l'expérience quand il s'agit de s'occuper du Roi" songeait Merlin de son autre côté, ses dents continuant de déchirer le morceau de viande qu'il mangeait. "J'oublie toujours depuis combien de temps ils se connaissent"

Morgane et Gwen firent toutes les deux un bruit d'approbation.

"Je sais" déclara la servante, essuyant ses mains grasses sur la nappe. "C'est une honte qu'ils semblent passer si peu de temps ensemble dans des circonstances normales."

Leur conversation légèrement déprimante fut interrompue par l'apparition de Galien, transportant une énorme cruche de vin frais dans ses bras.

"J'arrive pas à croire que les gens continuent de boire" souffla-t-il tandis qu'il s'arrêtait en chancelant à côté de Merlin et plaçait la cruche sur la table avec un grognement. "Ils doivent avoir déjà ingurgité plus de la moitié du stock de vin."

"Au moins ils n'en voudront pas pendant un certain temps après ça" dit joyeusement Gwen, interceptant un autre morceau de viande avant d'en passer deux de plus à Merlin et Galien.

Ce dernier se joignit à eux, s'écroulant dans la chaise à côté de Merlin avec l'air de quelqu'un sur le point de s'évanouir.

"Pourquoi tu te trimballes ce truc de toute façon ?" le questionna Merlin, désignant l'objet avec l'os qu'il tenait en main. "Je pensais que Shanley était en charge du vin."

Galien renâcla avant de répondre. "La dernière fois que je l'ai vu, il était étendu sous l'une des tables avec la fille de Sir Kendrick."

Le jeune homme sembla soudainement se rendre compte de l'assistance présente à ses côtés et se tût aussitôt, arborant une expression coupable lorsqu'il repéra Arthur et Morgane.

Arthur n'avait pas encore totalement enterré son ressentiment envers le garçon, mais il décida qu'au vu de l'ambiance festive qui régnait il pouvait laisser tomber la rancune pour un temps.

"Elle n'est ni ma fille ni ma femme, ce n'est donc aucunement mon affaire qui la déflore et dans quelles circonstances" répondit-il avec désinvolture, décidant qu'une gorgée de vin supplémentaire ne ferait de mal à personne.

Morgane émit un grognement peu féminin près de son oreille tout en se penchant légèrement vers l'endroit où était assis Galien.

"Il n'est pas nécessaire pour lui de s'inquiéter à ce sujet, car ce serait trop tard" commenta-t-elle sèchement. "La moitié du château lui est déjà passée dessus."

Gwen rougit furieusement à cette remarque, alors que Galien semblait sur le point de pleurer de soulagement. Merlin éclata de rire et Arthur dû cacher son sourire derrière sa coupe.

C'est sur ces propos que l'atmosphère devint encore plus confortable et après cette ouverture prometteuse, tout le monde sembla penser qu'il était temps de relayer chaque potin du château. Arthur était déchiré entre secouer la tête de dépit et se joindre à la conversation, une envie qu'il combattit bravement. Le Prince héritier ne pouvait être surpris en train de commérer, peu importe l'état d'ébriété rencontré.

Dans l'ensemble, Arthur dû admettre que la soirée était très agréable et, bien qu'il ne l'admettrait jamais à voix haute, qu'il fut touché que son père soit venu leur souhaiter une bonne nuit, serrant d'une main forte l'épaule de son fils et acceptant un câlin de la part de Morgane, avant de se retirer avec l'aide de Gaius.

Au moment où Arthur et Merlin se retirèrent en titubant vers la chambre du blond, bras dessus bras dessous pour se soutenir l'un l'autre, l'aube était déjà proche et Arthur se sentait fatigué, mais ridiculement heureux. Les couloirs étaient déserts et ils progressaient très lentement étant donné qu'Arthur ressentait le besoin de pousser Merlin contre un mur tous les eux pas, pressant des baisers fougueux contre ses lèvres et faisant courir ses mains sous la tunique du brun pour sentir la douceur chaleureuse de son dos.

Merlin n'arrêtait pas de murmurer des protestations, bien qu'il se languissait de chaque toucher et jouait avec la langue d'Arthur, l'attirant près de lui et le laissant faire des marques d'appartenance dans son cou.

Lorsqu'Arthur se glissa finalement sous les épaisses couvertures et fourrures de son lit, il ne fut pas mécontent de quitter enfin les pierres gelées qui composaient le sol. Il observa Merlin, désormais affublé d'une de ses chaudes chemises de nuit en laine, tapis devant la cheminée pour raviver le feu. Arthur se demanda si c'était la simple habitude qui le faisait faire ça manuellement, ou s'il était toujours un peu méfiant à l'idée d'utiliser la magie en présence du Prince.

Au moment où Merlin se glissa dans le lit aux côtés du blond, le froid avait presque entièrement quitté son corps et les pieds gelés de Merlin furent un choc contre ses mollets.

"Mon Dieu Merlin" siffla-t-il, glissant malgré tout ses bras autour du brun pour le rapprocher de lui. "Nous pouvons être reconnaissants que tes pieds ne soient pas encore tombés."

Merlin se rapprocha encore plus, la laine du vêtement de nuit légèrement rugueuse contre les paumes d'Arthur.

"Je ne pense pas que je serais capable de le sentir si ça arrivait." Les paroles de Merlin étaient étouffées puisqu'il avait enfoui sa tête dans le cou d'Arthur, son nez froid coincé derrière l'oreille du blond.

Arthur resta silencieux pendant un moment, une de ses mains installée sur le torse de son compagnon tandis que l'autre caressait sa nuque. Ses doigts brossaient alternativement les cheveux noirs indisciplinés et la zone de transition avec la nuque. Merlin soupira, s'approchant un peu plus.

Tournant la tête, Arthur inhala l'odeur de Merlin, fermant brièvement les yeux alors qu'il combattait le sommeil.

"Je veux que tu emménages ici" déclara-t-il, clignant légèrement des yeux pour éviter de céder à la tentation de s'endormir.

Pendant quelques instants Merlin resta immobile, avant de se relever sur un coude pour supporter son poids. Ses traits étaient encore plus doux dans la douce lumière du feu et Arthur ne put s'empêcher de les tracer du doigt pendant que Merlin l'observait.

"De quoi est-ce que tu parles ?" demanda-t-il, incrédule. "Je ne peux pas tout simplement emménager dans ta chambre ! Les gens sauraient que – "

Arthur le fit taire d'un doigt sur la bouche, avant de le remplacer par ses lèvres.

"Tu es mon serviteur" murmura-t-il, appuyant son front contre celui de son amant. "Tu es supposé être près de moi, c'est pourquoi il y a une antichambre près des quartiers du Roi et du Prince. La seule raison pour laquelle tu n'as pas tout de suite intégré cette chambre c'est Gaius. Mais il a un nouvel apprenti maintenant et je te veux ici. Que tu dormes dans la pièce d'à côté ou dans mon lit, personne ne saura faire la différence."

Merlin fronça légèrement les sourcils, ayant l'air partagé entre deux idées.

"Est-ce à cause de Galien ?" demanda-t-il soupçonneux, se reculant légèrement. "Parce que je te l'ai dit –"

Arthur le rapprocha à nouveau.

"C'est à propos de toi" déclara-t-il sérieusement, "et du fait de vouloir t'avoir près de moi."

La détermination de Merlin vacilla visiblement et il céda facilement, écartant avec plaisir ses lèvres pour le baiser d'Arthur.

"D'accord" murmura-t-il contre la bouche de son Prince, ses longs doigts caressant son visage.

Arthur se recula légèrement pour lui sourire.

"D'accord ?"

Le sourire de Merlin était à la fois éclatant et doux, faisant battre la chamade au cœur d'Arthur. C'était définitif, il avait été transformé en fille, une fille romantique et pathétique, mais en cet instant il s'en fichait complètement car il était complètement et désespérément amoureux. Alors peut être que ce n'était pas si grave.


*Cuve dans laquelle on faisait la lessive ou dans laquelle on prenait son bain au Moyen-Age.