Bonjour/bonsoir à toutes et à tous ! Voici le chapitre 3 ~ désolée pour l'attente (qui devrait aller en grandissant entre les chapitres, première année de médecine oblige...), j'espère qu'il vous plaira.
Moins d'action que le dernier chapitre, plus de dialogue.
Bonne lecture !
Angelic Warriors
Episode 3
Alliance - The Conversation
Rarement Antoine avait-il senti une telle sensation de bien-être pulser dans son corps tout entier. Ses membres ne lui faisaient plus mal, comme si les plaies se refermaient d'elles-même. Son mal de crâne avait diminué rapidement, avant de disparaître complètement.
Lorsqu'il avait chuté dans les bras de Mathieu, il s'était endormi, il le savait. Mais apparemment, il s'était réveillé peu après, dans ce qu'il pensait être une voiture. Il avait toutefois eu du mal à formuler des pensées cohérentes, et avait décidé de se laisser à nouveau glisser dans le sommeil après avoir un peu profité des effets agréables que les pouvoirs d'Angelic Slayer avait eu sur lui.
Lorsqu'il se réveilla à nouveau, ses pensées étaient encore brumeuses. Il eut un peu de mal à ouvrir les yeux, aussi prit-il son temps avant d'émerger totalement.
"Salut la Belle au Bois dormant."
Ah, la voix de Richard. Antoine se redressa doucement contre son oreiller. Son ami était assis sur une chaise à côté de son lit, et le regardait d'un air rassuré mais également désapprobateur.
"Alors il paraît que tu t'es foutu sur la gueule avec le nain?
- Ouais, admit le touffu en s'étirant. Il se sentait parfaitement reposé, comme après une semaine de vacances.
- 'paraît aussi que tu t'es pris une sacrée branlée.
- Ça va, il est plus expérimenté que moi…
- Ouais, bon. J'te raconte pas comment j'ai flippé quand j'ai entendu sonner à trois heures du mat', j'ai à peine eu le temps de décrocher une fléchette soporifique à tes vieux… Et là je vois le p'tit Mathieu avec ton corps inanimé sur le dos. Il t'a balancé sur ton lit et s'est cassé juste après, heureusement que Pandi-Panda est resté pour tout me raconter."
Antoine tortilla nerveusement ses doigts. Avec le recul, l'épisode de la veille n'était pas franchement glorieux. Mais il avait eu le mérite de soulever des questions.
"Hmm. Dis, Richard, Mathieu m'a dit que… Que les ombres que j'ai affrontées n'étaient pas de vraies menaces. Et que tu le savais."
Le petit garçon poussa un long soupir, avant de répondre :
"Oui, j'étais au courant. Mais je pensais que cela te mettrait en confiance, et qu'après tu pourrais défoncer de vraies ombres. J'suis vraiment désolé.
- C'est bon, c'est bon, je suis grand seigneur, je te pardonne. À une condition.
- Quoi ?
- Ce soir, tu m'accompagnes rendre une petite visite à Mathieu.
- Mais… Mais t'es sérieux mec ?! Il faut que t'y passes avant de comprendre que ce gars est barré et dangereux ?!
- Je veux juste le voir une dernière fois, pour qu'il me dise enfin c'est quoi son problème. Mais je suis pas fou hein, je vais aller le voir là où il ne pourra pas me frapper."
Antoine se leva doucement, attrapant un papier dans un tiroir de son bureau, qu'il tendit à son compagnon.
"J'ai pris des notes sur son profil. Il va pas en cours, mais y'a l'adresse de son boulot, et ses horaires.
- T'es vraiment sûr que ce soit une bonne idée ?
- Bah il va pas se transformer en magical boy puis me tabasser devant tout le monde quand même !
- Un point pour toi."
"C'est donc ici qu'il travaille ?
- Faut croire. 'fin ça doit être cool, j'suis sûr qu'il a des frites à volonté."
Antoine eut du mal à cacher sa déception. Au vu de l'image qu'il s'était faite de son rival, il s'attendait à ce qu'il soit un employé d'une multinationale, ou qu'il ait une start-up… Bref, probablement à tout, sauf à un MacDonald's.
"Bon, ben… On y va."
Le duo pénétra dans l'établissement. Il n'y avait pas grand-monde à cette heure avancée de la soirée un couple dans un coin, occupés à se dévorer du regard un groupe de jeunes près de l'entrée, parlant bruyamment. Antoine avança rapidement vers le comptoir.
"Bonsoir, qu'est-ce que ce… Oh."
Voir Mathieu vêtu de sa chemise et sa casquette aux couleurs du fast food était étrange. Le lycéen n'avait pas l'impression d'avoir en face de lui un guerrier robuste et froid, mais un simple adolescent un peu timide, à en juger par le petit sourire gêné avec lequel il accueillait les clients.
"Euh…"
Sur le chemin aller, ébouriffé avait beaucoup réfléchi à ce qu'il voulait dire, à comment lancer la conversation. Mais devant l'autre guerrier, les mots lui manquaient. Comment parler à celui qui a failli vous tuer vingt-quatre heures auparavant ? Tandis qu'il cherchait ses mots, Richard commandait des nuggets au guichet d'à côté.
"Dans combien de temps tu finis ton service ?"
Mathieu le regarda comme s'il avait perdu la raison.
"Euh… Vingt minutes, pourquoi ?
- Bah, pour discuter, tiens."
Nouveau regard incrédule.
"Discuter. Vraiment.
- Ouais…"
L'adolescent se frotta nerveusement l'arrière de la tête. Il s'attendait à ce que son interlocuteur lui explose de rire au visage, ou lui jette un regard noir, ou encore le somme de s'en aller. Mais un silence gêné s'installa entre eux, et Mathieu finit par le rompre de façon surprenante :
"D'accord. T'as qu'à m'attendre."
Antoine hocha la tête, avant de rejoindre Richard, qui avait pris place à une table proche du comptoir. Déclinant la nourriture proposée par son ami, le jeune homme rumina ses pensées. C'était étrange. Bien entendu, il était content et soulagé que sa proposition ait été acceptée mais qu'est ce qui avait bien pu pousser son ancien adversaire à agir de la sorte ? Peut-être avait-il réfléchi de son côté. Peut-être regrettait-il son comportement. Peut-être Maître Panda lui avait-il passé un sacré savon.
Les vingt minutes passèrent lentement. Antoine n'arrêtait pas de jeter des regards à la dérobée à l'autre Élu, qui de son côté avait l'air de trouver les machines à sodas très intéressantes.
Enfin, Mathieu quitta son poste, et fit signe à son rival de le suivre, ce que ce dernier s'empressa de faire. Ils sortirent du bâtiment, Richard sur leurs talons.
"Je suis garé à trois cents mètres, ensuite il y en a pour un quart d'heure de route.
- OK."
Le trajet jusqu'au domicile du jeune homme se déroula dans le silence le plus total. Sur la banquette arrière, Richard examinait attentivement le conducteur, cherchant à décrypter son expression. Lui aussi avait été étonné que l'adolescent accepte aussi facilement la proposition d'Antoine, et suspectait que Mathieu ait une idée derrière la tête. Une chose était sûre, il protégerait le touffu du mieux qu'il pourrait si l'autre guerrier devenait violent.
Antoine suivit Mathieu dans la pièce sombre. Elle s'illumina rapidement, l'adolescent ayant appuyé sur un interrupteur proche, révélant un petit salon aux murs bordés de bibliothèques. Au fond de la pièce trônait un téléviseur, devant lequel se trouvait une table basse jonchée de magazines et boîtes de jeux vidéos.
"Faites pas attention au bordel. Vous pouvez vous asseoir sur le canapé, je vais chercher Maître Panda."
L'ébouriffé et son compagnon obtempérèrent, tandis que leur hôte quittait la pièce. Antoine fit courir son regard dans le salon, admirant les peintures variées accrochées au-dessus du poste de télévision quelque chose lui soufflait qu'elles étaient l'œuvre du maître des lieux. Ce dernier revint quelques minutes plus tard, son compagnon sur les talons.
"Bonsoir Antoine, bonsoir Richard.
- Salut tête de con."
Le touffu jeta un regard noir à son ami. Inutile de démarrer la conversation ainsi, il voulait vraiment avoir une discussion constructive avec l'autre adolescent.
"Bon, Antoine, reprit le panda en ignorant son homologue, je pense que cela sera plus aisé si vous n'êtes que tous les deux. Richard et moi allons rester dans la cuisine, c'est juste à côté, ainsi on vous entendra si… Si le ton monte.
- Évitez quand même de vous foutre sur la gueule, hein." ajouta l'ancienne peluche en suivant Maître Panda.
Une fois seul avec Mathieu, Antoine prit une grande inspiration.
"Je voulais juste savoir pourquoi tu t'acharnes comme ça. Pourquoi tu veux pas que je sois… Euh… Un guerrier, et pourquoi t'as plus ou moins essayé de me tuer."
Le plus petit hésita un peu avant de répondre, décontenançant son interlocuteur. Qu'était-il advenu du fier et froid héros bordeline psychopathe de la veille ?
"Ce… C'est pas contre toi, Antoine. Franchement. Mais moi, ça fait un moment que je suis dans le métier, si je puis dire… Et les ombres sont devenues beaucoup plus fortes. Je ne parviens à les battre que grâce à mon expérience, et c'est dans ton intérêt que j'ai voulu te pousser à arrêter les combats.
- Mais pourquoi tu ne m'as pas expliqué les choses calmement ?
- Honnêtement, tu m'aurais écouté ? Tu aurais abandonné les combats comme ça ?"
L'espace d'une seconde, Antoine fut tenté de répondre oui. Mais c'aurait été un mensonge.
"Non, avoua-t-il.
- Alors je me suis dit qu'il fallait mettre le paquet, que là ça marcherait. Mais je me suis laissé emporter et… Encore désolé pour hier soir.
- T'inquiète, c'est déjà oublié.
- Oui, enfin j'ai quand même failli te tuer. Mais bon, j'imagine qu'à partir de maintenant je n'interviendrai plus, j'ai été un peu con.
- Merci. T'es tout pardonné, hein, ça doit pas être facile tous les jours comme vie, hein ? Se fighter tout seul. 'Fin, bon, y'a le panda mais… bon, tu vois ce que je veux dire."
Mathieu ne put empêcher un sourire de fleurir sur ses lèvres.
"Ouais, je vois. Et toi, avec Richard…
- Alors je dois lui reconnaître, il fait des putains de bons cocktails.
- Pas très utile en combat.
- Non, mais pour après c'est pas mal."
Le petit brun éclata de rire. Parler avec quelqu'un d'autre que Maître Panda ou Stéphane lui faisait du bien, et pour une raison inconnue, discuter avec Antoine lui semblait familier.
"Mathieu, fit le lycéen en reprenant son sérieux, je suis aussi venu pour… Te faire une proposition.
- Une proposition ?
- Ouais. Est-ce que… Enfin… Qu'est ce que tu penserais de se battre ensemble ? Je sais que je suis sans doute une merde comparé à toi, mais…
- Pourquoi pas. Je pourrais t'entraîner, si tu veux."
Antoine écarquilla les yeux. Avait-il bien entendu ?!
"Qui êtes-vous, et qu'avez vous fait d'Angelic Slayer ? plaisanta-t-il.
- Ha ha…
- Bon, on a un deal alors ?
- Ça m'en a tout l'air !" sourit le petit brun en saisissant la main tendue de son nouveau coéquipier. Mais lorsque leurs peaux s'effleurèrent, Mathieu sentit un frissonnement le parcourir, et une immense autant qu'inexplicable pointe de regret et de nostalgie le transpercer. Comme lorsqu'il parlait à Stella.
"Oh. C'est encore vous."
Mathieu se tourna vers la jeune femme, qui était bien plus grande que lui. Comme toujours, elle arborait un petit air satisfait, radieuse dans sa tunique immaculée. Ses cheveux bruns étaient tirés en un chignon d'où s'enfuyaient des mèches folles, qui retombaient sur ses yeux chocolat.
"Qu'est ce que vous me voulez cette fois ?
- Dis donc, mon chou, tu crois pas que t'as un peu merdé tout à l'heure, quand même ?"
Le jeune guerrier leva les yeux au ciel. D'abord Maître Panda, puis Stéphane, et ensuite elle. Il avait juste voulu protéger Antoine - à sa façon, okay. Rien de plus.
"OK, j'y ai peut-être été fort. Sans doute, même.
- Ben tu le reconnais, c'est déjà ça. Mais moi, je pense qu'il y a une autre raison, hein ?"
Son expression malicieuse fut soudainement remplacée par un air inquiet.
"Tu t'es laissé emporté, non ? Tu avais du mal à te retenir, je l'ai bien vu. Mais tu as aussi pris plaisir à… À ça, hein ? À lui détruire ses illusions, puis à le tabasser."
Mathieu baissa le regard, incapable de soutenir celui de son interlocutrice. Bien entendu, elle avait vu juste. Une fois de plus. Elle avait mis des mots sur ce qu'il n'avait osé s'avouer.
"Ça a empiré, n'est ce pas ?"
L'adolescent ne répondit pas. Il n'y avait pas besoin. Tandis qu'il se grattait machinalement le coude, Stella prit une intonation douce :
"Mathieu, mon chéri, il faut absolument que tu détruises la racine du problème. C'est la seule solution.
- Et comment je fais ?
- Eh bien, tu n'es plus seul maintenant. Peut-être devrais-tu faire confiance à Antoine.
- Mais je… Je lui ai cassé la gueule dans les grandes largeurs, jamais il voudra…
- Ah, mon petit, tu ne le connais pas comme moi je le connais. Tu verras, avec un peu de chance c'est même lui qui fera le premier pas. En tout cas, je te prierais de faire attention à tes sautes d'humeur, elles peuvent être… dangereuses, comme tu en as eu la preuve ce soir.
- Je sais.
- Tu continues à prendre le traitement ?
- Oui, Maître Panda et Stéphane m'ont même conseillé de doubler la dose.
- Sage avis. Allez, tu as eu une longue journée, je vais pas t'embêter plus longtemps. Va te reposer un peu."
Stella déposa un baiser léger sur le front de son protégé, qui sombra dans un sommeil profond.
"Je suis devenu Angelic Slayer à l'âge de quatorze ans."
Mathieu prit une gorgée de bière. Auparavant, il n'avait jamais raconté son histoire à qui que ce soit, mais il ressentait le besoin d'en parler avec Antoine. Après tout, ils allaient travailler ensemble, autant qu'ils sachent un maximum l'un de l'autre. Et puis, son histoire était fortement liée à celle de leur ennemi.
"Un jour, je rentrais des cours, comme d'habitude quoi. Rien de différent, a priori… Et soudainement, il s'est mis à pleuvoir des météores. Tout le monde est parti se mettre à l'abri, mais moi je suis resté planté sur le trottoir, comme un con. J'arrivais juste pas à me bouger. C'était quasi hypnotisant.
- Si ça peut t'arriver, il m'est arrivé un truc similaire. C'est pas si idiot que ça."
Mathieu adressa un sourire à son nouveau partenaire.
"Voilà qui me rassure un peu. Enfin bref, tout d'un coup, une météorite m'a littéralement foncé dans la gueule, j'ai fermé les yeux, et quand je les ai rouverts j'étais au milieu de l'espace. C'est là qu'une fille est apparue…
- Attends, désolé de t'interrompre, mais est-ce qu'elle était petite avec des yeux bleus ?
- Hein ? Ah non, pas du tout. Elle était plutôt grande, avec des yeux marron. Enfin bref, elle m'a expliqué que j'avais été choisi par des forces astrales ou un truc comme ça pour protéger l'humanité d'une menace imminente. Mais…"
Le jeune homme grimaça. Rien qu'évoquer le souvenir allait raviver la douleur intolérable qu'il avait alors ressenti dans tout son corps, il en était sûr.
"Tout d'un coup, tout est devenu noir, et même Stella avait l'air flippé.
- Stella ?
- Ah, la meuf dans l'espace.
- OK.
- J'ai eu mal, tellement mal tout d'un coup. Et je me suis senti comme… Comme si j'explosais de l'intérieur. Quand je suis revenu à moi, j'étais allongé par terre, dans la rue, et je saignais de la bouche."
Mathieu s'était mis à trembler légèrement. Il était clair que l'expérience avait été extrêmement désagréable, et Antoine lui expédia maladroitement quelques tapes dans le dos pour tenter de le rassurer.
"Et je me suis rendu compte qu'un type avec ma tronche et habillé en panda se tenait en face de moi. Ainsi qu'un autre clone de moi, habillé tout en noir. Et encore un autre, en blouse blanche, avec un bras robotique. Le mec en noir s'est alors jeté sur le panda… J'ai pas réfléchi, j'avais super mal, mais instinctivement j'ai sauté sur lui pour protéger le panda."
Le jeune homme se frotta les tempes. Comme à chaque fois qu'il se remémorait les événements, sa tête lui faisait mal, et il avait la sensation d'oublier quelque chose. Quelque chose d'important. Son expression n'échappa pas à Antoine.
"Ça va?
- Ouais… Ça va aller, merci. Bref, le gars en noir a fini par s'enfuir, et moi je me suis évanoui. Quand j'ai rouvert les yeux, j'étais allongé dans une ruelle. Le panda, tu t'en doutes, c'était Maître Panda, et le gars en blanc, Stéphane. Je te le présenterai demain."
Son interlocuteur tressaillit. Voilà qui expliquait l'existence de ce "Stéphane Sommet" sans que Mathieu ait de frère.
"Ils m'ont expliqué que j'étais un Élu des Étoiles, et que je devais me battre pour sauver l'humanité. Bien sûr, j'y ai pas cru, et puis j'étais un peu choqué de voir trois types avec ma tête sortir de nulle part… Mais j'ai fini par accepter mon destin. Et ça fait quatre ans que je me bats.
- Oh. Mais d'où ils sortent, en fait, ces gars-là ?
- Je ne sais toujours pas, admit Mathieu en haussant les épaules. Maître Panda m'a promis de m'expliquer une fois l'ennemi vaincu.
- Ah.
- Ouais. On a emménagé ici, c'était plus simple, comme ça Stéphane peut avoir son labo, et ça fait un peu QG. J'ai arrêté les cours et pris un petit boulot, histoire qu'on ait un peu d'argent légal, Stéphane a un peu tendance à piquer du fric par ci par là à de grandes firmes.
- Je vois. Mais, euh, ta famille ? Elle ne vit pas ici ?"
Le lycéen regretta aussitôt sa question, il était clair qu'elle avait mis son nouvel ami mal à l'aise.
"Pardon, je voulais pas-
- Non, c'est bon. Je ne voulais pas les mettre en danger, où qu'ils puissent être utilisés comme moyens de pression, alors…"
Le jeune homme vida sa bière d'un trait.
"Je me suis débrouillé pour qu'ils me détestent, et je ne suis parti qu'avec les deux autres. Je leur ai fait croire que j'étais le pire rebut de l'humanité. Dealer, assassin, violeur, la totale. Ils me croient en prison, en fait. Mais ça ne pose pas de problème, vu qu'ils ne viendraient pas me voir."
Mathieu baissa les yeux. Il lui fallait se ressaisir, il ne fallait pas craquer devant Antoine… Il devait lui servir de modèle, bordel, pas être une loque…
De son côté, le touffu n'osait rien dire. Mathieu avait vraiment tout sacrifié pour sa mission. Lui menait encore une vie insouciante, allant au lycée, gardant des relations amicales avec ses camarades, vivant chez ses parents aimants. Pas étonnant que le petit brun ait initialement nourri une certaine rancœur envers lui.
"Je t'admire vraiment.
-Pa-Pardon ?
- Renoncer à tout. Pour te consacrer à ton devoir."
L'adolescent aux yeux bleus eut un rire nerveux.
"Ne t'en fais pas, je ne pense pas que tu auras à agir de même. Maintenant qu'on est deux, je compte bien en finir le plus vite. Et puis… Si le Patron veut torturer quelqu'un, ce sera moi.
- Le Patron ?
- Notre ennemi. Le type en noir dont je t'ai parlé. C'est lui qui contrôle les ombres. C'est un putain de psychopathe sadique, et il veut conquérir le monde.
- Ah… Pas cool.
- Non, pas du tout. Surtout que les ombres sont de plus en plus puissantes, et de plus en plus nombreuses. On ne peut plus se contenter de les éliminer, il faut détruire le mal à la source. Seul, c'aurait été bien trop risqué, mais…"
Mathieu leva son regard vers son partenaire, à qui il adressa un sourire.
"À deux, je pense que ça va le faire."
