Un silence s'était installé.
Le seul bruit qui perturbait la plénitude des lieux était les pages que Sam tournaient. Ce dernier leva les yeux de son livre. Liliael n'avait pas bougé. Le sang sur ses bras traçait des signes dans une langue qu'il ne connaissait pas. Il fut fasciné par le ballet des symboles sanglants qui apparaissaient et disparaissaient, certainement au rythme des battements du cœur de la jeune femme. Bientôt, une douce chaleur l'envahit. Il tomba en transe. Des images défilaient dans sa tête, mais il fut surpris de constater qu'il n'en avait pas peur. Il était en train de contempler le souvenir de la vie d'une petite fille que l'on retenait à l'écart du monde. À travers une fenêtre, elle contemplait avec tristesse la pluie tombée sur les vitres en se demandant surement comment était le monde en dehors des hauts murs qui entouraient ce qui semblait être sa prison. Puis, le souvenir changea et il se retrouva dans une grande salle face à un immense trône. Des colonnes de marbres soutenaient un haut plafond finement ciseler et décorer à la feuille d'or. De magnifiques et immenses vitraux décoraient les espaces qu'on avait laissé entre elles. Au milieu de l'immense et magnifique salle, une estrade qui soutenait les sièges de plusieurs hommes et femmes, tous assis sur de simples trônes de bois sculpté, à par un vieil homme à l'air sévère qui semblait parler à une personne qui se trouvait à côté de Sam. Son trône était fait de marbre, ses accoudoirs ainsi que tout le siège étaient recouverts de jade et de fourrures qui se trouvaient très certainement-là pour le rendre plus confortable. Sam tourna la tête. La petite fille se tenait là, mais elle était devenue une jeune femme qui semblait rongeait son frein. Une lueur de colère brillait dans ses yeux, mais elle ne disait rien préférant regarder le vieil homme autoritaire qui lui parlait et qui semblait être son père.
Il tiqua.
Il avait déjà vue cette lueur quelque part. Cette jeune fille lui disait quelque chose... Ces yeux gris, ce ne pouvait être que ceux de Liliael.. Mais une Liliael plus jeune de quelques années... Soudain, l'arrivée de deux gardes qui encadrèrent la jeune femme, attira son attention. Devant-lui, ils lui ôtèrent sa toge. Nue, ils la forcèrent à monter les quelques marches qui les séparaient du souverain. Quand elle y fut, elle fut forcée à s'agenouiller et à étirer ses ailes. Sam remarqua qu'elles étaient nacrées. Elles n'avaient pas encore pris leurs couleurs noires striées de blancs. Elles avaient aussi l'air plus grandes. Il vit un homme s'avançait quand le père leva le bras.. Il tenait entre ses mains une lame luisante qu'il approcha des deux magnifiques ailes. Il leva l'arme au-dessus de sa tête et l'asséna...
Il sentit une force le faire sortir de la tête de l'avatar et Sam ouvrit les yeux. Deux yeux gris lui firent face.
Quelques minutes s'écoulèrent pendant lesquelles il se demanda pourquoi la lueur froide qui brillait depuis leur rencontre avait presque disparue, laissant place à un sentiment qu'il ne saurait décrire et qu'il n'aurait jamais cru qu'elle pouvait ressentir. Pour la première fois depuis leur rencontre, il l'a contemplé de près. Son visage était recouvert de minuscules symboles qui ressemblaient fortement à ceux qui continuait à se former sur son bras. Ces symboles étaient comme des cicatrices sur son beau visage et, comme ils étaient presque invisibles, en déduisit qu'ils devaient dater de sa jeunesse.. Soudain, de la pitié naquit en lui au souvenir du visage triste de la petite fille qu'il avait entre perçut dans les souvenirs de la jeune femme. Comment pouvait-on faire une chose pareille à une gosse d'à peine cinq ans ?! La voie de Liliael l'interrompit dans ses pensées.
-Donne-moi ton poignet, lui dit-elle presque avec douceur.
-Je.. Pourquoi ? Demanda-t-il surpris.
Elle ne répondit rien, soupira et lui captura le poignet avec douceur. Un anneau bleuté y brillait. Balthazar ne fessait pas les choses à moitié pensa-t-il. Il la vit caresser doucement l'anneau. Ses lèvres remuaient, mais il ne comprit pas ce qu'elle prononçait. Puis, il vit l'anneau tombé et il comprit qu'elle venait des les libérer tout deux du sort de lien auquel Balthazar les avait soumis.
-Je... commença Sam.
-Ne t'inquiète pas je sais ce que tu as vu et je ne te ferai rien ! Ce ne sont que des souvenirs après tout ! Lui-dit elle en l'interrompant et en esquissant un sourire auquel elle essayait de donner le plus de véracité possible.
Il l'a regarda en silence. Sam savait qu'elle ne voulait pas en parler, mais il voulait savoir. Savoir comment il était entré dans des souvenirs auxquels il savait pertinemment qu'il n'aurait pas dû avoir accès. Savoir pourquoi elle avait subi ce qu'elle avait enduré. Savoir comment un père pouvait laisser sa fille se faire graver des symboles sur son visage... Mais Liliael, dès qu'elle eût fini son incantation, s'était relevée et s'était envolée. Mais, elle réapparut un quart de seconde plus tard avec un sac. Elle le posa sur la table et l'ouvrit. Elle en sorti un katana.
-Comment se fait-il que j'ai pu entrer dans tes souvenirs ? Lui demanda Sam.
-Le sort de lien que Balthazar a créé pour te rattacher à moi peut, dans certain cas, provoquer plus qu'un lien physique et l'un des deux sujets ou, dans notre cas les deux sujets, peuvent avoir accès à l'esprit de l'autre, lui expliqua-t-elle. Normalement tu n'aurais pas du pouvoir voir les miens, mais vue l'état de mes pouvoirs tu as eu beaucoup de chance que ton cerveau n'est pas grillé.
-Tu.. T'ES RENTREE DANS MA TÊTE ! S'exclama Sam se sentant soudain violé dans ses pensées les plus intimes et se demanda jusqu'où elle avait pu voir.
-Ne t'inquiète pas, je n'ai vu que le minimum, lui répondit-elle sans même se retourner.
-Le minimum qu... commença Sam.
Elle se retourna et ses yeux gris se posèrent sur lui.
-Si tu veux tout savoir j'y ai vue de la tristesse... La tristesse d'une vie de chasseur. J'ai vu la façon dont tu aimerais dire à ton frère que cette vie n'est plus pour toi. Pour vous. Que tu aimerais pouvoir refaire ta vie loin de la chasse. Tu voudrais que tous ceux que t'aimais et qui sont morts te reviennes. Que Jessica, te reviennes. J'ai vu ta vie passée, présente et future.. Je... Toi et moi, et quoi que tu puisses en penser, on se ressemble beaucoup plus que tu ne le crois. Nos décisions influences le monde qui nous entoure et nous sommes ceux qui décidons s'il doit continuer à tourner ou s'il est temps pour lui qu'il se finisse.
-Tu te trompes ! Toi et moi sommes différents ! Oui, j'avais le choix de provoquer l'Apocalypse ou non ! Mais Lucifer est retourné dans sa cage ! Et puis, ma vie est très bien comme elle est ! Comment pourrais-je avoir une vie normal en étant chasseur ! Lui rétorqua-t-il.
Liliael le regarda d'un œil triste. Il ne comprenait pas qu'elle ne parlait pas de ça, mais elle savait qu'une partie de lui avait enregistré ce qu'elle lui avait révélé. Elle savait aussi que, quand le moment sera venu, ses paroles lui reviendront en mémoire et que, quel que soit la décision qu'il prendra, la survie ou la mort de son monde en dépendra. Lui et son frère vivront un événement qui marquera le début d'un grand bouleversement. Devrait-elle lui révéler que sa vie n'aura bientôt plus rien à voir avec ce qu'il pouvait connaître ? Devrait-elle lui dire que la libération d'Hénoch était la début de la fin d'une époque ?
-Qui est Hénoch ? Lui demanda Sam.
Elle le regarda sans comprendre.
-Tu pensais à voix haute. Lui indiqua le chasseur.
Ses yeux se voilèrent et son regard devint lointain. Sa voix avait perdu sa douceur.
-Hénoch est un Avatar. Il fessait partie de ma garde exécutive personnelle. Lui répondit-elle simplement.
-Il était plus que ça pour toi ? Continua-t-il en lisant dans les expressions de son visage. Tu l'aimais ?
Elle retourna à son katana, lui tournant ainsi le dos.
-Il n'était pas de ma classe ! Comment aurais-je put l'aimer ! Répondit-elle d'une voie qui se voulait froide et outrée.
-Mais cela ne t'en as pas empêché pourtant... Et à cause de ça ils t'ont coupé les ailes... dit doucement Sam en s'avançant vers l'endroit où se tenait la jeune femme. Je comprends ce que tu as pu vivre. Quand je suis parti pour Stanford, mon père ne comprenait pas ma décision...
Elle reposa le sabre.
-Tu ne peux pas comprendre... lui rétorqua-t-elle.
-Alors, explique moi. Lui dit Sam.
-Tout cela s'est passé il y a bien longtemps... Remuer le passé n'est pas bon, alors laisse le là où il se trouve ! Lui répondit-elle.
Une main se posa sur son épaule. Elle ne réagit même pas à ce contact. Des sentiments qu'elle avait si longtemps refoulé menait une bataille sanglante en elle. Sam retira sa main, craignant que se contact n'ouvre les hostilités.
-Est-ce que ce qui s'est passé à un rapport avec cette boîte ? Insista pourtant le jeune homme.
Pourquoi fallait-il qu'il lui pose toutes ses questions ? Elle sentait des larmes s'accumulaient dans ses yeux. La douleur et les souvenirs remontaient en elle et elle n'en pouvait plus. Elle soupira, chassa tant bien que mal les larmes qui étaient prêtes à couler et se tourna vers le mortel.
-Oui, cela à un rapport avec la boîte que votre Crowley à prise. Lui répondit-elle.
-Qui est-il ? Et quel rapport existe-t-il entre toi et tout ce qui est en train de se passer ?
-Tout te raconter prendrait trop de temps et je n'en ai pas assez à te consacrer ! Il me faut me préparer pour le combattre. Mais, tu te dois de savoir. Tu comprendras en temps voulut.
Sam ne comprenait pas. Il la voyait fouiller dans son sac, en sortir des boites qu'elle ouvrait à la recherche de quelque chose. Puis, quand elle eût trouvé ce qu'elle cherchait, elle glissa une main dans une des poches de son blouson et en sorti le pendentif qu'elle avait arraché au démon lors de leur première rencontre. Elle se dirigea enfin vers lui et lui tendit le bijoux après avoir soufflé quelques mots sur la pierre qui sertissait le médaillon.
-Prends-le, lui dit-elle avec un sourire, qui certes n'était pas chaleureux, mais qui n'avait rien de mauvais non plus.
-En quoi cette chose va me permettre de comprendre ? Lui demanda le jeune homme en prenant ce qu'elle lui tendait.
-Cette amulette contient la réponse à tes questions, eût-il comme réponse.
Il examina le collier, cherchant comment cela pouvait bien fonctionner. Elle prit doucement l'amulette de ses mains et la lui passa autour de son cou, humant au passage et sans le vouloir l'odeur du jeune homme. Un parfum doux, peut-être un peu gâcher par cette tenace odeur de menthe... Non ! Il fallait qu'elle se reprenne ! Ce n'était pas vraiment le moment de se laisser aller ! Elle passa une dernière fois une main sur le médaillon qui s'illumina d'une lueur bleutée.
-Mes souvenirs se trouvent en grande partie là-dedans. Dès que tu voudras en savoir plus, tu n'auras qu'à fermer les yeux et à t'allonger. Lui expliqua Liliael.
Il regarda le collier qui brillait faiblement contre sa poitrine. Liliael, quant à elle, s'était assis sur une chaise et passer presque avec amour un chiffon à la forte odeur de girofle sur son sabre. Du coin de l'œil, elle le vit pincer les lèvres puis s'allonger sur un des deux lits de la pièce et fermer les yeux, les bras croisés sur son ventre. Elle soupira et laissa les souvenirs l'envahir pendant qu'elle entretenait son arme.
Castiel brandi son épée céleste. L'avatar sourit.
-Pauvre petit ange ! Crois-tu vraiment que ton cure-dent pourra m'arrêter ? Lui dit-il avant de l'envoyer voler.
L'ange aux yeux bleus atterrit près de son protégé qui essayait tant bien que mal de se relever après son dernier vol plané. Dean rampa vers Castiel. L'ange était sonné. Hénoch, quant à lui, s'avançait vers un Balthazar qui le défiait du regard.
-Balthazar ! Mais quel plaisir de te revoir ! Dit la créature sans la moindre once de chaleur dans la voie.
Balthazar le laissa s'approcher. Il ne pouvait plus bouger. Il avait eu raison de ne pas avoir laissé Liliael venir. Elle pourrait retrouver ses pouvoir et prié silencieusement que sa magnifique créature ne s'était pas mise en tête de faire sa tête de mule. Une douleur lui arracha un cri. L'avatar venait d'enfoncer son bras dans son ventre.
-Oh ! Mon cher ami, je suis au regret de t'annoncer que tu vas mourir. Mais, d'abord je vais te révéler ce que je vais faire subir à ta très chère Liliael. Je me vengerais de ce qu'elle m'a fait. Je lui prendrais ce qu'elle a de plus cher au monde. Ah et j'espère que tu ne tiens pas trop à tes amis, car il ne reviendront pas de cet endroit ! Je vais commencer par celui que tu appels ton frère. Lui indiqua-t-il.
Un geste de la main du monstre et Castiel glissa sur le sol, toujours inconscient.
-Ne le touches pas ! Si tu dois t'en prendre à quelqu'un s'est à moi ! Je suis le seul qu'elle pleurera et tu le sais aussi bien que moi ! Laisse-les partir ! Dit froidement Balthazar.
L'avatar rit.
-Et bien, empêches-y moi, Balthazar ! Ou devrais-je dire Mastêma ?
